Fortune Academy : Troisième année (French Edition)

1. Chapitre 1: Bienvenue en enfer

CHAPITRE 1: BIENVENUE EN ENFER

 

— J e n’arrive pas à croire qu’on est vraiment en enfer, dis-je, les yeux

braqués sur un ciel sanguinolent.

Je ne parvenais pas à détacher mon regard de l’horreur qui nous

surplombait, et j’enfonçai mes doigts dans le lit moelleux d’herbe sèche à

mon côté. Malgré l’environnement glacé, une légère chaleur émanait de la

terre, et j’observai les nuages noirs qui se mélangeaient à la lueur rouge de

l’atmosphère. Des crânes dotés de petits yeux rouges perçants entraient et

quittaient le brouillard, nous dévisageant tous, et attendant de voir ce que

nous allions faire.

Quel endroit glauque, putain !

Ignorant la mort qui flottait au-dessus de nos têtes, Dante s’arrêta à côté

de moi et glissa ses doigts entre les miens. Après une année passée à vivre

avec une seule main, il ne pouvait s’empêcher de regarder son membre qui

avait repoussé. Il continua de caresser mes articulations, et semblait

apprécier la sensation de chaleur qui nous traversait alors que nous venions

tout juste de sceller, pour de bon, notre lien.

— On pourrait simplement rester ici, suggéra-t-il avec un sourire

malicieux.

Je lui adressai un coup de coude.

— Le pouvoir de la Pierre de Sang t’a retourné la tête.

Il avait failli mourir après notre voyage au travers de la strate extérieure

glacée de l’enfer. Même un chasseur de primes endurci comme lui n’était

pas préparé pour un périple comme celui-là, mais le lien qui le rattachait à

moi nous avait protégés. Posséder des origines de démon et de succube

avait ses avantages.

— C’est plutôt toi qui me retournes la tête, me corrigea-t-il.

Il se blottit contre ma nuque tandis que de la vapeur enveloppait nos

deux corps. La Pierre de Sang contre ma poitrine nous nourrissait

suffisamment de chaleur pour repousser l’air glacé. Bien ironiquement, une

brise frigide congelait le sol de manière permanente, et tuait toute créature

assez stupide pour poser le pied sur les terres désolées qui encerclaient

l’enfer. La neige s’entassait en un joli cercle autour de nous, nous séparant

des responsabilités qui nous attendaient au-dehors.

Je touchai du doigt la maigre barrière, et la glace se mit à fondre,

produisant une nouvelle volute de vapeur en l’air.

— Je ne sais pas combien de temps la Pierre de Sang arrivera à nous

réchauffer. On ferait mieux d’aller dans les tunnels.

— Cet endroit doit être affecté par une sorte de cycle de chaud et froid.

On dirait que les éléments commencent à fondre. (Il désigna des vagues de

neige liquéfiée à l’horizon.) Tu vois ?

Je fronçai les sourcils.

— On ne devrait pas être en mesure d’influer sur le paysage à cette

distance.

— Exact. Si les choses se réchauffent, il n’y a rien à craindre. Tu

devrais te détendre, me conseilla Dante en s’appuyant sur son coude. (Il

balaya une mèche de mes cheveux et la plaça derrière mon oreille.) C’est à

cause de la précipitation que nous nous sommes retrouvés ici. Profitons un

peu du moment. 

Il posa un délicat baiser sur ma joue.

— J’ai rarement l’occasion de t’avoir à moi seul, alors je vais en

profiter.

Je n’avais pas l’habitude de voir Dante ainsi, si doux et attentionné. Une

part de moi était tentée par son idée de simplement rester ici. Je souhaitais

que cet instant ne s’achève jamais, mais de douloureuses visions de mes

autres Vertus parcoururent mon esprit, me poussant à les retrouver.

— Logan souffre, révélai-je d’un souffle rauque.

Le fait de penser à mon loup avait conduit le lien à réémerger, et une

vague de sa propre douleur balaya mes sens. Il avait été blessé durant la

bataille de la Fortune Academy, pendant laquelle la doyenne avait envoyé

Melinda et ses esclaves à nos trousses. Les loups de Logan et les Mages

sombres de Hendrik s’étaient alliés pour nous défendre face aux étudiants

qui avaient été subjugués par Melinda, mais un horrible bain de sang en

avait résulté.

Et puis il y avait Olivia.

Je portai ma main à ma poitrine en sentant mon cœur se serrer et des

larmes se former aux coins de mes yeux. Avais-je commis une terrible

erreur ? En la laissant mourir entre les mains de la doyenne, étais-je

devenue le monstre que j’avais toujours redouté de devenir ?

Peut-être que ma place était réellement en enfer.

— Logan ? demanda Dante. (Sa main courut vers la mienne pour que

nos doigts s’entrelacent.) Je suis sûr que tout ira bien pour lui, il est un loup

alpha, après tout.

— Je ne vais pas l’ignorer, insistai-je. Arrête de penser avec ta queue,

pour une fois.

Dante afficha un sourire, clairement insensible à mon insulte.

— Je suis à peu près sûr que c’est grâce à cela que j’ai survécu. Si tu

n’avais pas inversé tes pouvoirs de succube pour me permettre de me

nourrir de ton énergie sexuelle, j’aurais été changé en statue.

— Ça aurait rendu mon existence plus confortable.

Il plaça une main contre son cœur.

— Oh ! chérie, tu me blesses.

Nos chamailleries prirent fin, et je levai de nouveau les yeux vers le

ciel, me sentant à la fois agacée et dépitée. Comment allais-je trouver qui

que ce soit dans un endroit pareil ?

Et comment allais-je pouvoir vivre avec ma culpabilité ? Olivia avait

prouvé qu’elle était une si bonne amie, bien meilleure que tout ce que

j’avais mérité. Après tout ce qu’elle avait fait pour moi, je venais de

l’abandonner pour une quête absurde dans le but de sauver le monde. Si elle

devait mourir, dans quel monde serais-je forcée de vivre ?

— Je viens de retrouver ma main, Lils. Je te serais vraiment

reconnaissant de ne pas arracher celle-ci.

Je baissai le regard et découvris ma main serrant intensément les

pauvres doigts de Dante. Je les relâchai et bafouillai une excuse.

— Tu t’inquiètes pour les autres ? La dernière fois que tu les as

ressentis, tu as dit qu’ils étaient anxieux, mais calmes. Alors, je suis sûr

qu’ils vont bien.

— Ça suffit, lançai-je en peinant à me relever.

De la neige explosa en un petit nuage de vapeur lorsque j’atteignis le

rebord du mur qui bordait notre étroite parcelle. D’autres mottes tout autour

de nous s’affaissaient et commençaient à s’évaporer.

Je jetai un regard sévère à mon chasseur qui brillait d’une magnifique

lueur rouge. L’aura de la Pierre de Sang brûlait en lui grâce à notre union,

solidifiant notre lien plus profondément qu’il ne l’avait jamais été avec mes

autres Vertus.

— Je sais ce que tu essaies de faire. Tu essaies de me pousser à oublier

que je suis une immense ratée, et que tous ceux que j’aime sont condamnés

parce que j’ai merdé.

Si la doyenne ne m’avait pas découverte… si je m’étais liée plus tôt à

mes Vertus… si je n’avais pas été aussi incroyablement stupide, peut-être que l’univers aurait eu droit à la championne qu’il mérite.

À la place, c’était moi qu’il avait choisi, prouvant une fois pour toutes

que l’univers avait perdu les pédales.

— Je ne fais rien du tout, contesta-t-il en arborant un sourire innocent

qui mettait ses pommettes en valeur.

Il se releva et passa un bras autour de ma taille pour me rapprocher de

lui. Il blottit de nouveau son nez contre ma nuque et prit une inspiration.

— Je ne veux simplement pas que tu t’inquiètes pour des choses que tu

ne contrôles pas.

— Olivia est morte, dis-je, ma voix se brisant sous cet aveu.

Et c’est ma faute.

— Tu n’en sais rien, prononça-t-il en éloignant son visage. (Ses yeux

orange scintillants prirent un air sérieux.) La doyenne ne se serait pas

débarrassée de l’avantage qu’elle a sur toi. Olivia est encore vivante. J’en

suis certain.

Je ravalai la boule qui s’était formée de manière permanente dans ma

gorge.

— J’espère que tu as raison.

Il poussa un soupir, et de la vapeur se forma dans les airs tandis qu’il

levait les yeux. Il semblait enfin avoir remarqué les crânes flottants et les

nuages noirs, et il grimaça.

— On trouvera un moyen de sortir d’ici. Il le faut.

Je balayai le paysage du regard et me demandai par où seulement

démarrer, surtout à présent que de petites poches de vapeur avaient

commencé à bouillonner à la surface. Ça ne pouvait rien annoncer de bon.

Merde ! Il fallait vraiment que j’arrête de mettre à exécution des plans

que je n’avais pas peaufinés, parce que cette situation était à chier.

— Et si tu réessayais de ressentir la présence de Logan ? me proposa

Dante après un long silence gênant. Peut-être que ça nous aiderait à trouver

les tunnels.

Je soupirai et serrai ses doigts pour puiser dans sa chaleur.

— D’accord, mais si je nous guide dans un puits de flammes, ou un truc

du genre, ce sera ta faute.

Il ricana.

— Bien sûr.

Le pouvoir de notre lien me traversait comme du velours, forçant mes

épaules à se détendre, malgré mes nerfs qui étaient emballés. Logan apparut

de nouveau brièvement dans mon esprit, et ses yeux bleus parcoururent

mon champ de vision, plongeant droit sur moi, jusque dans mon âme.

— Je l’ai.

— Bien, dit Dante à voix basse tout en se penchant vers moi. As-tu

l’impression que cette sensation provient d’une direction en particulier ?

Je me concentrai, et je finis par distinguer avec certitude quelque chose

qui me tirait vers la gauche. Je hochai la tête.

— C’est très bien. Suis-la. Je te tiens la main, et je serai tes yeux

jusque-là. Tu es en sécurité.

Le visage tordu par la concentration, je fis un pas en avant et me figeai

en percevant la neige qui grésillait autour de mon pied. Le lien apparaissait

et disparaissait, qu’importe à quel point j’essayais de le maintenir.

— Quelque chose interfère, déclarai-je en sentant la douleur traverser

ma tempe, me faisant grimacer.

— Euh, je ne veux pas t’effrayer, mais je pense savoir ce que c’est.

— Quoi ? soufflai-je.

— Non, rien. N’ouvre pas les yeux. C’est…

Trop tard.

Putain.

De merde.

— Dante !

Ce fut au tour du chasseur de me couper la circulation jusqu’à mes

doigts lorsqu’il m’agrippa fortement.

— Du calme, c’est seulement un chien errant.

— Ce n’est pas un putain de chien errant. C’est Cerbère !

Le molosse à trois têtes de la taille d’un bâtiment parcourait les terres

désolées, soulevant de la neige et la terre sur son passage, son cap fixé droit

sur nous.

Merde !

 

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