Fortune Academy : Troisième année (French Edition)

Chapitre 20

 

D ante et moi trouvâmes la porte du dortoir des Demis ouvertes, et nous entrâmes facilement. Ce n’était pas inhabituel, compte tenu de l’incroyable arrogance des demi-dieux. Ils aimaient s’afficher, surtout ces

temps-ci., après avoir appris comment accéder à leurs pouvoirs sans les

orgies d’Orion.

Je compris cela avant Dante. Les Demis tiraient leur puissance de la

brume de rage de Cole. Ils se nourrissaient des émotions et de la passion, et

il y avait une frontière fine entre le sexe amoureux et le sexe haineux. Et

c’est ce dernier qui dominait dans le campus récemment.

Un coup violent contre le mur attira mon attention, et je relevai les yeux

vers l’escalier doré.

— Qu’est-ce que c’était ? murmurai-je.

Le chasseur mena la charge et commença à grimper les marches tout en

dégainant sa lame, prenant garde à ne pas déranger l’Angepierre cachée

dans le fourreau.

— On dirait que ça vient de la chambre de Trevor.

— Laquelle est la chambre de Trevor ?

Il désigna une porte fermée décorée de coquillages.

Ah, évidemment.

Un nouveau coup fit trembler les murs, et le son de giclées d’eau

m’incita à me demander si nous nous apprêtions à assister à une inondation

au milieu des quartiers d’un demi-dieu.

— Viens, dit-il tout en grimpant les marches.

— Je ne sais pas si nous devrions le déranger, protestai-je. Peut-être

qu’il pratique simplement son… crawl.

Le cri d’une femme provenant de la pièce voisine balaya la moindre

hypothèse selon laquelle ce qui s’y déroulait n’était qu’un innocent

entraînement.

J’écarquillai les yeux en remarquant que le brouillard de Cole avait

infiltré les étages supérieurs des dortoirs des Demis, ce qui signifiait que

Trevor était probablement fou de rage, et que s’il se défoulait sur une

étudiante, nous devions intervenir. La brume noire se déploya sur le tapis de

velours et disparut sous l’une des portes, luttant contre des éclaboussures

d’eau pure qui forçaient leur passage sous le seuil.

— Il y a quelqu’un d’autre là-dedans, déclara Dante. (Il poussa la porte,

mais elle ne bougea pas.) Je ne pense pas qu’elle soit verrouillée. C’est

seulement la pression de l’eau.

— Sans blague ?

Je ne comptais pas laisser Cole pousser ce campus à bout, surtout pas un

campus empli de surnaturels capables de déchaîner des inondations dans les

rues et des cataclysmes pouvant entraîner la fin du monde. Trevor avait été

plus ou moins inoffensif avant que je ne me lie à Orion, mais à présent, les

Demis approchaient de leur puissance maximale grâce à la quantité

immense de rage qui infiltrait l’Académie et dont ils pouvaient se nourrir.

Un autre cri résonna, confirmant ma décision. Je n’allais pas laisser les

choses prendre une tournure merdique.

Je transformai mes mains en mes fidèles griffes et frappai la poignée,

l’arrachant d’un coup net. Je tranchai de nouveau, déchiquetant le bois épais jusqu’à atteindre le loquet qui était mis à l’épreuve par la pression de l’eau

contre la porte.

Le loquet céda, la porte s’ouvrit en grand, et je fus projetée au sol par

une vague écrasante qui me trempa en une poignée de secondes.

Je crachai tout en me remettant debout avant de balayer le reste des

éclats de la porte et de lutter pour traverser l’eau qui s’abattait sur moi.

Lorsque le plus gros fut parcouru, je remarquai Trevor en pleine

transformation de demi-dieu. Il avait coincé une fille contre le mur tandis

que des ailerons recouvraient son dos nu et que l’eau se formait d’elle-

même en une couronne étincelante autour de son crâne. Des écailles

luisaient sur sa peau, et je les aurais trouvées magnifiques si je n’avais pas

entendu un nouveau hurlement de la part de sa victime contre qui il poussa

sa jambe, sans aucun doute pour la frapper dans le ventre.

— Lâche-la ! rugis-je en me jetant sur lui pour frapper son épaule.

Mais il était trop lisse, et mes griffes ne firent que glisser sur ses écailles

scintillantes. Je tombai au sol comme une masse pathétique, et une nouvelle

vague recouvrit mon uniforme déjà imbibé d’eau.

— Euh, Lily ? m’interpella Dante d’un ton étonnement prudent.

— Quoi ? crachai-je en balançant au loin des algues qui s’étaient

coincées autour de mes doigts. Beurk, sérieusement. C’est dégoûtant.

— Comme tu dis, acquiesça Dante.

En relevant les yeux vers lui, je vis que son regard était orienté vers le

demi-dieu. Il rangea sa lame.

— Je n’avais pas besoin de voir ça.

— Voir quoi ? demandai-je, mon regard se redirigeant vers Trevor.

Je compris enfin ce que j’observais.

Son corps avait suffisamment bougé pour que je voie qu’il était

complètement nu… et en totale érection.

Son… membre, qui luisait également de minuscules écailles nervurées

et qui… pulsait, se mut contre le ventre d’une autre femme très nue. Une femme aux yeux dorés, et larges comme des soucoupes.

— Olivia ! hurlai-je en essayant de me couvrir les yeux.

Mais il était trop tard. Cette image était pour toujours imprimée sur ma

rétine.

J’étais à peu près sûre d’avoir assisté à un orgasme de dieu-poisson.

— Lily ! Ça t’arrive de frapper ? cria-t-elle tout en repoussant Trevor.

Le demi-dieu éclata de rire et ne fit aucun effort pour se couvrir. Je

soupçonnais que, même sans le souvenir de toutes les orgies qu’Orion avait

organisées, le fils de Poséidon ne serait pas du genre timide.

— Bordel, mais qu’est-ce qui se passe ici ? tonna la voix d’Orion qui

me traversa comme une vague chaude de lumière solaire.

Son effet me poussa à me détendre, et je courus vers lui, puis passai mes

bras autour de son torse que j’étais incapable de complètement recouvrir.

J’aurais pu jurer qu’il était devenu plus gigantesque encore depuis notre

retour à l’Académie.

— Orion ! C’est horrible ! me lamentai-je contre son torse. Il a un pénis

de poisson !

— Pourquoi est-ce que vous regardez le pénis de Trevor ? demanda-t-il

sans la moindre hésitation. (Il pointa un doigt accusateur vers le demi-dieu.)

Pas touche à Lily !

Trevor leva les mains en signe de capitulation, ce qui ne contribua qu’à

révéler son anatomie luisante à l’assemblée.

— Hé, je me réserve pour Olivia maintenant. Je t’assure, c’est elle qui

nous a surpris.

Olivia finit d’enfiler un haut imperméable et brandit une serviette

devant la taille de Trevor.

— Arrête de te montrer devant tout le monde, le gronda-t-elle.

Il ricana et passa la serviette autour de ses hanches.

— Par les dieux. Vous êtes tous tellement prudes.

Dante leva les yeux au ciel.

— Bon, maintenant que nous savons que personne n’est en train de

mourir ici, est-ce qu’on peut partir ? (Il agita un pied.) Tout est… trempé

dans cette pièce.

— Oui, je confirme, plaisanta Trevor en pinçant les fesses d’Olivia.

— Trevor ! cria-t-elle, son visage devenant aussitôt écarlate. Par les

dieux, Lily, je suis vraiment désolée. Je suis complètement humiliée.

— Oh, je t’en prie ! dit Trevor en passant une main autour de sa taille

pour la rapprocher de lui. Elle s’envoie tellement en l’air avec Orion que je

crois qu’elle commence à avoir des taches de rousseur sur le nez. (Il se

pencha et plissa les yeux.) Oui, je crois que j’en vois une là.

Olivia rit, et j’épargnai donc Trevor pour son commentaire.

— Je, euh, je vais vous laisser un peu d’intimité. Désolée d’être entrée

en trombe. Je pensais seulement…

— Que je lui faisais du mal ? demanda Trevor avec délice. (Il posa un

baiser sur le crâne d’Olivia.) Est-ce que je te faisais du mal, bébé ? Si oui,

c’était un mal pour un bien, pas vrai ?

Elle se tortilla, mal à l’aise, ne souhaitant clairement pas répondre à sa

question.

— Oui, tout va bien, Lily, je te verrai plus tard. Je dois, euh… me laver.

Les flaques autour de ses pieds se mirent à recouvrir ses chevilles, et

Trevor esquissa un sourire.

— Je vais t’aider avec ça.

Booooon. Il était temps que je parte.

— Au revoir ! criai-je en tirant Orion hors de la chambre.

J’avais vu suffisamment de préliminaires aqueux pour la journée.

— Ça finit toujours mal quand je me rends dans le dortoir des Demis, se

lamenta Dante tandis que nous descendions les escaliers vers le foyer.

— Qu’est-ce qui vous amène, tous les deux ? demanda Orion,

imperturbable malgré le spectacle auquel nous venions d’assister.

Il posa une immense main sur ma nuque, de cette manière possessive

qu’il appréciait. Il sourit, et ses taches de rousseur luirent de la lumière du

soleil en brillant à travers lui dans toute sa gloire. J’adorais voir Orion ainsi,

et le sexe avec lui n’était jamais ennuyeux, mais nous n’étions pas ici pour

cela, malheureusement.

— J’adore t’avoir à moi seul, mais je ne suis pas opposé à te partager

avec le chasseur, tant que tu n’as pas peur.

— Tu peux ranger ta queue, intervint Dante platement tout en croisant

les bras. Ce n’est pas une visite de politesse. Lily a trouvé un moyen de

sortir Kaito de l’Arène des monstres.

— Et Cole aussi, ajoutai-je fermement.

— Cole ? répéta Orion, ses yeux luisant de fragments dorés qui se

mariaient à ses taches de rousseur. Le démon qui rend tout le monde fou ?

— Ouaip, confirmai-je en saisissant son poignet pour le tirer hors du

bâtiment.

La brume sombre était fraîche autour de mes chevilles, contrairement à

la chaleur d’Olivia, ce qui prouvait qu’elle constituait une bonne alliée pour

affronter un démon de la rage.

— Et tu veux le libérer… pourquoi, exactement ? m’interrogea Orion en

me suivant, se laissant traîner derrière moi.

Dante poussa un soupir.

— Parce qu’elle est délirante, mais elle a aussi raison. Il est le seul ici

qui soit assez fort pour affaiblir la doyenne suffisamment longtemps pour

que nous soyons en mesure d’utiliser ceci.

Il sortit sa dague afin de pouvoir saisir l’Angepierre. Elle rayonnait sous

la lumière d’Orion, et tintait, comme heureuse d’avoir été libérée du sombre

fourreau.

Quelques étudiants approchèrent de loin, mais gardèrent la tête baissée.

Dante remit malgré tout la pierre dans sa cachette.

— Est-ce qu’on emmène quelqu’un d’autre ? demanda Orion. Le loup

est talentueux pour moi. Ça pourrait au minimum l’agacer.

— Très drôle, dis-je en levant les yeux au ciel. Mais non. J’ai besoin de

Vertus qui ne seront pas affectées par les pouvoirs de Cole. Vous n’avez pas

de vieilles rancunes enfouies qu’il serait susceptible d’utiliser contre moi,

pas vrai ?

Nous avions déjà largement réglé nos problèmes. Orion s’était autrefois

révélé être ma Vertu la plus difficile, mais il ne me cachait jamais quoi que

ce soit. Nous réglions toujours nos différends sur le moment, et c’était ce

que j’aimais chez lui.

Logan, cependant, était doué pour se morfondre et enfouir les soucis.

J’étais certaine qu’il y avait plein de choses que nous n’avions pas encore

mises au point, surtout depuis qu’il avait retrouvé sa meute. Je devais

m’occuper de cela plus tard.

Orion adressa un regard inquiet à la dague de Dante.

— Je m’attendais à ce que le chasseur soit dans cette catégorie, compte

tenu de votre… passé.

Je me figeai.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

Savait-il vraiment que j’avais essayé de tuer Dante lors de notre

première rencontre ? Combien de personnes connaissaient cet horrible

secret ?

— Il est au courant, confirma Dante qui continuait de marcher,

imperturbable.

Je le rattrapai à toute vitesse.

— Alors, tu le lui as dit avant moi ? C’est quoi ton problème, Dante ?

— C’est un truc de demi-dieu, lâcha Dante d’un ton agacé. Ton démon

de la rage n’est pas le seul capable d’envahir les rêves.

Orion gloussa doucement en me regardant, et j’eus soudain envie de

poser beaucoup de questions.

— Vous deux allez me raconter ce qui s’est passé ces derniers mois

quand tout ceci sera fini, ordonnai-je.

Pour le moment, nous avions un démon à attraper.

 

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