Fortune Academy : Troisième année (French Edition)

Chapitre 18

 

M a confrontation avec Evelyn la poussa enfin à admettre qu’elle n’était pas une étudiante, la première étape dans ma quête pour

découvrir comment j’allais les ramener à leur époque.

Je frottai mon bras là où son satané chat noir m’avait griffée. Le petit

salaud avait surgi de nulle part, mais je supposais que je l’avais mérité après

avoir capturé et étudié un des compagnons de la reine des Congrégations

Royales.

— Restez ici, leur ordonnai-je, même si ce n’était pas nécessaire.

Les défenses de l’Académie étaient à l’affût dans le Hall Central, et

elles seraient piégées dans un filet électrique avant d’avoir parcouru deux

mètres en terrain interdit.

Je pris une profonde inspiration, et les laissai dans le hall, me préparant

mentalement à affronter la doyenne… ainsi que Dante.

Je devais reproduire exactement ce qui s’était déroulé dans la vision

d’Olivia. Il fallait que la doyenne sache qui était la fille. Malgré Calamity

qui minait sa santé mentale, nous partagions un désir commun. Nous avions

tous les deux besoin que la Fortune Academy existe. Sans elle, elle

n’arriverait pas à planifier sa domination mondiale et à ressusciter son

amant piégé en enfer. La Fortune Academy était unique, car elle était capable de fusionner avec l’emplacement de l’enfer dans la structure de

l’espace-temps sans être détruite ou subir trop d’effets néfastes.

Dans tous les cas, elle n’aurait pas souhaité que la Fortune Academy

cesse d’exister, pas plus que moi.

— Bien, allons-y, dis-je en soupirant et en entrant dans la salle d’attente

pour découvrir mon chasseur qui s’y trouvait déjà.

Je me mâchouillai la lèvre avant de m’approcher de lui. Je gardai la tête

haute et croisai les bras.

— Salut.

Il leva les yeux vers moi.

— Salut.

Nous nous regardâmes en chiens de faïence jusqu’à ce que je lève les

yeux au ciel.

— Écoute, j’ai conscience que tu es infecté par la rage de Cole, et que

toi et Hendrik avez un… arrangement afin d’y remédier.

Il fronça les sourcils, et sa main se porta vers sa dague lorsqu’il se leva.

Elle était mal enfoncée dans son fourreau. Lorsque la lame bougea, je

découvris l’Angepierre qui était plongée au fond de l’étui.

C’était un tout autre niveau de « caché en plein jour ».

Nos regards se croisèrent, ses yeux orange luirent de rage, mais je sentis

un mouvement dans le lien de compagnon endormi qui m’indiquait qu’il ne

voulait rien d’autre que m’attraper et libérer sa frustration sur moi comme

Hendrik l’avait fait.

Mais nous ne pouvions pas. Contrairement à Hendrik, mon chasseur

n’aurait pas survécu si j’avais laissé mon côté succube sortir pendant même

un instant. J’avais progressé pour maîtriser cette partie de moi-même, mais

avec l’influence de Cole sur le cercle de compagnons, je craignais de perdre

le contrôle.

Tant que nous n’étions pas tous rassemblés, et que le lien de compagnon

ne nous unissait pas les uns aux autres, je m’accrochai au rêve que je serais enfin en mesure d’être moi-même, avec tous mes gars, et qu’ils pourraient

être eux-mêmes avec moi.

Au lieu d’être charmant comme à son habitude, le chasseur semblait

avoir régressé à l’assassin colérique qu’il avait été avant notre rencontre.

— Tu ne vas rien dire ? crachai-je.

— Pourquoi est-ce que la doyenne m’a convoqué ici ? demanda-t-il en

plissant les yeux.

— Parce que j’ai une jeune reine des Congrégations Royales qui attend

dans le couloir avec l’un de ses compagnons que tu as capturé pour les

études de monstres.

Cela retint son attention.

Mon chasseur me considéra en sourcillant avant de répondre.

— Comment est-ce que c’est possible ?

— Est-ce que tu te souviens de ce qu’on a appris en histoire des

fondateurs ? L’un des partenaires de la reine Evelyn est un mage temporel.

Dante n’avait pas besoin de savoir que je n’avais appris cela que

quelques minutes plus tôt lorsqu’Olivia m’en avait parlé, tout heureuse en

me croisant lorsque je me précipitais vers le bureau de la doyenne. Elle

s’était doutée de la véritable identité du vampire, mais ne voulait pas

influencer le futur qu’elle avait aperçu dans sa vision en me prévenant de

l’arrivée d’Evie.

Le voyage temporel me donnait mal à la tête.

— Alors, qu’est-ce que ça signifie ? reprit-il, ses doigts se crispant

comme s’il avait envie de frapper quelqu’un. J’espère que la doyenne ne va

pas surréagir. C’est moi qui ai ramené ce vampire.

Sa mâchoire se contracta avec irritation.

— Faire du mal à des monstres est la seule chose qui me permet de

rester sain d’esprit.

— Ça et un certain Mage sombre, me moquai-je.

Il me jeta un regard noir.

— Ferme ta gueule.

— Oh, j’ai touché un point sensible on dirait ? le raillai-je en lui

tapotant les côtes.

Le chasseur me saisit par le bras et m’écrasa contre le mur plus fort que

je m’y attendais, faisant voler des étoiles dans mon champ de vision.

Eh bien, ça, c’était une surréaction aussi.

Je me figeai lorsqu’il se pressa contre moi.

— Hendrik est la seule raison pour laquelle je ne t’ai pas trouvée dans la

nuit et que je n’ai pas fait quelque chose que je regretterais. Ce foutu démon

de la rage m’a influencé bien plus que quiconque dans le cercle de

compagnons, et maintenant, je veux te baiser et te faire mal à la fois.

Il recula, des flammes orange dansant dans ses yeux.

— Je refuse de te faire du mal, Lily. Par conséquent, je me défoule sur

les monstres à la place. Et Hendrik est l’un d’entre eux. Ce salopard sans

âme et moi avons deux choses en commun. Notre rage, et notre amour pour

toi.

J’étais touchée d’entendre mon chasseur parler d’amour, même s’il

semblait prêt à m’égorger.

— Allons expliquer les choses à la doyenne, mais laisse-moi parler,

d’accord ?

Il regarda la porte.

— Tu penses vraiment que c’est une bonne idée ? Si elle sait qu’elle a

une des championnes sous sa coupe, elle pourrait être tentée de conserver

son pouvoir pour elle-même.

— C’est un risque que nous allons devoir prendre, dis-je en le

bousculant. Nous avons besoin que la doyenne nous aide à les ramener d’où

ils viennent, et tu dois m’aider à récupérer du sang d’Evie avant qu’elle ne

traverse le portail.

Il se pressa derrière moi et écrasa la porte avec sa main avant que je ne

puisse l’ouvrir.

— Pourquoi as-tu besoin de son sang ?

Je levai les yeux au ciel.

— Sérieusement ? Est-ce que tu n’as pas eu ton diplôme il y a quelques

années ? Le sang d’un fondateur est capable d’ouvrir n’importe quelle porte

verrouillée dans la Fortune Academy.

Je brandis les mains en l’air.

— Des portes verrouillées comme… celle de l’Arène des monstres ?

Celle de la cellule de Kaito ?

Je ne mentionnai pas le fait que je prévoyais également de déverrouiller

la cellule de Cole. Le chasseur ne m’aurait jamais laissée m’approcher du

démon s’il connaissait mes véritables intentions.

Il recula et m’adressa un grognement, démontrant ses incroyables

talents de communication. J’interprétai son irritation peu convaincue

comme une approbation.

Je me précipitai dans le bureau de la doyenne et la trouvai, le nez plongé

dans de la paperasse. Elle avait bien plus l’apparence d’une doyenne qui se

souciait de ses étudiants. Elle releva les yeux et sourit, me mettant à l’aise,

bien qu’elle sache tout à fait qui elle était.

— Ah, Lily. Olivia a dit que tu viendrais me voir, aujourd’hui. (Elle

posa son stylo et se redressa.) En quoi puis-je t’aider ?

Je pris une profonde inspiration avant d’expliquer que je faisais attendre

une jeune reine des Congrégations Royales dans un couloir arraché à sa

ligne temporelle, avant son ascension à son trône de sorcière. La seule

chose qui prouvait qu’elle n’était pas exactement ce qu’elle prétendait était

la brève lueur de malice dans son regard.

— Elle ne doit pas apprendre que nous connaissons son identité, à part

le fait qu’elle est une sorcière. De plus, je ne sais pas exactement comment

la ramener à son point d’origine. J’espérais que tu serais en mesure de

m’assister sur ce point.

La doyenne se mit à réfléchir en tapotant son menton.

— Il y a un portail destiné à apporter des provisions sur Terre. Il

pourrait être modifié pour le voyage temporel, à condition que son

compagnon vampire soit nourri.

Je grimaçai, me remémorant l’image du vampire accroché au poignet

d’Evelyn. Cela semblait douloureux, mais aussi plutôt… intime.

Dommage que je n’aie pas mon propre compagnon vampire pour

explorer cette expérience si particulière.

— Il est nourri, confirmai-je en retenant mes intérêts alimentés par mon

côté succube pour la moindre chose un tant soit peu sexuelle. Il n’y aura

donc aucun problème.

— Oh ! Eh bien, cette question est donc réglée. (Elle ouvrit un tiroir de

son bureau et brandit une clé.) Ceci permettra d’ouvrir un portail vers la

Terre, qui se trouve à trois portes de mon bureau.

Lorsque je tendis le bras pour la saisir, elle l’éloigna subitement, et un

vague sourire amusé se forma sur son visage.

— Bien entendu, je dois tout d’abord les rencontrer. Une fois qu’ils

utiliseront ce passage, la magie du mage temporel qui s’y trouvera prendra

le relais, mais j’aimerais leur parler en premier lieu.

Elle me présenta de nouveau la clé, et je l’attrapai avant qu’elle ne

change d’avis. Elle afficha un sourire innocent qui me convainquit presque.

Presque.

— Fais-les entrer, veux-tu ? demanda-t-elle avec un ton attendri jusqu’à

l’écœurement.

Un frisson parcourut mon échine. La doyenne n’avait pas intérêt à tout

faire capoter, ou j’aurais été prête à la piéger dans l’Angepierre que Dante

cachait dans son fourreau.

— Bien sûr, parvins-je à prononcer en tournant les talons avant qu’elle

ne remarque l’inquiétude qui se lisait sur mon visage.

Je retrouvai Dante et nos invités, et les invitai à s’asseoir en face de la

doyenne pendant que je m’installais à côté de mon chasseur.

De tout son être émanaient de la colère et de la chaleur, son désir faisant

réagir mes parties intimes. Malgré ce que lui et Hendrik pensaient de mes

capacités, je pouvais encaisser la moindre violence qu’ils m’adresseraient,

mais je m’inquiétais pour leur sort. Mon côté succube avait tendance à

détraquer, surtout depuis que nous avions quitté l’enfer où cette fraction de

moi semblait en partie satisfaite.

— Je suis désolée que nous ayons confondu votre compagnon avec un

monstre rare, déclara la doyenne une fois que tout le monde fut installé.

Son expression désolée semblait étonnamment sincère, à tel point que je

faillis la croire, mais c’était probablement une extension de ses pouvoirs en

tant qu’ancienne immortelle. Une raison de plus de ne pas la sous-estimer,

même j’étais très tentée de saisir l’Angepierre à la ceinture de Dante et de la

piéger ici et maintenant.

— Je n’ai pas arrêté d’essayer de vous dire, grogna Marcus en

m’interrompant dans mes pensées, que je n’étais pas un monstre. Mais à

présent qu’Evelyn vous oblige à me libérer, vous comprenez que vos

méthodes sont immondes ? (Il croisa les bras.) Je n’y crois pas.

La doyenne réagit aussitôt, et tourna son regard désapprobateur vers

moi et Dante.

— Qu’avez-vous à déclarer à Marcus et à notre nouvelle invitée ?

Tout mon sang se précipita vers mon visage lorsque Dante dégaina sa

lame.

N’utilise pas l’Angepierre, pauvre idiot ! lui hurlai-je par la pensée,

mais je ne croyais pas qu’il pouvait m’entendre.

Mon chasseur manipulait le bout de sa lame du bout des doigts. La

doyenne attendit patiemment sa réponse, ne semblant pas du tout intimidée.

— Comment étais-je censé savoir que ce serait un problème ? demanda-

t-il d’un ton défensif.

Je le frappai dans les côtes.

— Tu es censé dire que tu es désolé !

Il se contenta de me fusiller du regard, et, bien que je ne sois pas en

mesure d’entendre ses pensées, je m’accordai un instant pour réfléchir à sa

position. Capturer le vampire avait été l’une de ses nombreuses missions, et

je ne doutais pas une seule seconde que la doyenne l’obligeait à travailler

comme un forçat pour qu’elle mette la main sur de nouveaux monstres à

jeter dans l’Arène des monstres.

Je me détendis en réalisant que son impolitesse envers la doyenne faisait

simplement partie du rôle qu’il jouait. Il avait reçu une mission, et il l’avait

accomplie à la lettre. S’il ne semblait pas énervé à l’idée de devoir

s’excuser, la doyenne se serait doutée de quelque chose.

Il soupira et abaissa son couteau, puis se tourna de nouveau vers cette

dernière.

— J’ai été entraîné pour trouver des anomalies magiques. J’en ai détecté

une. Un vampire qui possédait encore ses pouvoirs de mage.

La mâchoire de la doyenne se crispa, et je voulus donner un coup de

coude à Dante pour lui signifier qu’il s’était fait comprendre, mais il

poursuivit.

— Les vampires sont des monstres, pas vrai ? Et les monstres ne sont

bons que pour deux choses.

Il pointa sa lame vers le vampire pour donner du poids à ses mots, mais

je sus que ses paroles avaient un double sens qui m’était destiné.

— Être tués et être étudiés.

Son regard parcourut mon corps, ne laissant aucun doute quant à ce

qu’il voulait étudier chez moi. Cette pensée me poussa à avaler la boule

d’angoisse dans ma gorge.

— Ça suffit, cracha la doyenne en relâchant légèrement son contrôle sur

ses pouvoirs et en faisant trembler le sol. Vous deux avez déjà provoqué

suffisamment de dégâts ainsi. Présentez vos excuses à nos visiteurs et

montrez-leur comment retourner d’où ils viennent.

La doyenne se pencha en arrière et m’autorisa silencieusement à

ramener Evelyn et son compagnon dans sa ligne temporelle.

Je ne mis pas sa patience à l’épreuve et passai mon bras autour de la

jeune Evie, puis la traînai hors de la pièce avant que la fine corde sur

laquelle je marchais ne cède pas sous mes pieds.

–– Très bien. Tu arrives de la Terre, j’espère ? demandai-je.

C’était en effet le seul portail auquel la doyenne m’avait donné accès

qui fonctionnerait grâce aux pouvoirs d’un mage du temps. Le vampire

nous suivait de près, accompagné de Dante qui ne paraissait pas amusé par

mes pitreries.

— C’est le seul endroit où je sais me rendre, poursuivis-je. Par

conséquent, c’est là qu’on ira.

Je descendis le couloir et comptai les portes comme me l’avait enseigné

la doyenne. En arrivant à la troisième, je saisis la poignée, mais elle ne

bougea pas.

— Est-ce que tu fais ça souvent ? m’interrogea Evie jeune en observant

la porte d’un air sceptique.

Ah oui… porte « verrouillée ».

Je crachai un juron et tirai la clé de ma jupe.

— Quitter l’Académie ? Pas vraiment, dis-je en radotant sans trop

mentir pour rendre mon discours crédible. À part pour des missions, des

tâches ou ce genre de choses.

Je regardai Dante et me demandai combien de fois il m’avait laissée

pour partir accomplir de soi-disant missions pour mon bien.

Evie jeune me considéra avec une grimace.

— Comme la chasse aux monstres par exemple ?

Je lui adressai un sourire tout en essayant de cacher la douleur

instantanée que cette idée avait provoquée chez moi. Dante m’avait traquée

auparavant… lui aussi.

— Oui, comme la chasse aux monstres. C’est ce que je préfère,

confirmai-je en observant encore une fois Dante.

À présent, c’était à mon tour de partir en chasse.

Tentant de manipuler de nouveau le verrou, je parvins à ouvrir la porte

qui ne révéla qu’un gigantesque néant.

Mince. Je n’enviais pas ceux qui devaient voyager par là.

— Voilà ! C’est par ici ! m’exclamai-je gaiement tout en poussant

Evelyn dans sa direction.

Marcus afficha ses dents et menaça de me tuer avant de bondir derrière

elle. Un chat noir qui n’avait été jusqu’alors qu’une ombre prit forme et

suivit le duo dans le néant.

Je fermai la porte derrière eux et souris.

— Qu’est-ce qui te rend si heureuse ? demanda Dante.

Je brandis mes griffes noires qui avaient piqué la jeune reine lors de son

départ.

— Quelqu’un veut du sang de fondatrice ?

 

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