Fortune Academy : Troisième année (French Edition)
Chapitre 13
B ien entendu, les pouvoirs de Muse de Melinda n’avaient aucun effet sur moi, mais elle l’ignorait. Et comme mes Vertus s’étaient déjà liées à moi, ses petites manipulations mentales ne fonctionneraient pas sur
eux, mais nous jouâmes nos rôles et passâmes en mode zombie tandis
qu’elle nous posait des questions.
Nous veillâmes à garder l’histoire aussi simple que possible. Nous
étions allés en enfer, avions parcouru les strates inférieures et affronté les
esprits de sorcières jusqu’à ce que nous puissions utiliser un portail pour
revenir ici. Cela fait, nous avions trouvé la Fortune Academy en plein
chaos, et tout le monde avait perdu la tête.
Apaisée, Melinda termina sa troisième bière et fit un rot, puis gloussa
tout en se couvrant la bouche.
— Pardon !
Je résistai à l’envie de soulever un sourcil, et conservai mon expression
de zombie.
— Est-ce que tu as tout ce qu’il te faut ? demanda Olivia. Je pense être
en mesure de dire sans risque qu’ils peuvent réintégrer les cours. (Elle
toucha mon bras.) D’ailleurs, Lily était la tutrice de plusieurs autres
étudiants avant qu’elle ne… parte. Je propose qu’elle reprenne son rôle
immédiatement, et il en va de même pour Hendrik, Dante et Orion.
Melinda opina du chef, la tête balançant légèrement, et elle saisit une
autre bière.
— Oui. Les gamins sont d’accord. (Elle me tapota le nez.) Vous êtes
libre, mademoiselle Lily.
Elle laissa courir ses doigts sur chacun de mes hommes, s’attardant un
peu trop longtemps à mon goût sur les larges épaules de Dante.
— Vous êtes tous libres de vous en aller aussi, mais gardez à l’esprit que
je vous observe !
Elle forma un O avec une main et nous regarda à travers.
— Et je peux vous obliger à faire tout ce que je veux ! (Elle poussa un
soupir en considérant Dante.) Enfin, presque tout. Je n’ai pas envie d’être
expulsée.
— Melinda, l’avertit Olivia.
— D’accord, d’accord, j’y vais. (Elle fit une petite courbette avant
d’attraper l’un de ses esclaves pour qu’il l’aide à tenir debout.) Venez, les
filles. Allons finir cette fête chez moi.
Elles ricanèrent en la suivant, ressemblant bien plus à de terrifiants
robots qu’à autre chose.
Je laissai échapper un soupir lorsqu’elle ferma la porte derrière elle.
— Pas trop tôt. J’ai cru qu’elle ne partirait jamais.
— On est d’accord, confirma Orion tout en m’attrapant par la taille
avant de me hisser sur ses genoux.
Il embrassa mon crâne tandis que son bras remontait mon corps, en
profitant pour caresser mes seins.
— J’avais hâte que nous prenions une pause.
Olivia leva les yeux au ciel et commença à débarrasser les bouteilles de
bière vides que Melinda avait laissées derrière elle.
— Je n’ai pas envie de voir ça.
Avec un gloussement, je repoussai la main d’Orion, ce qui se révéla
inefficace, car il interpréta cela comme une invitation à me toucher… ailleurs.
— Orion, soufflai-je.
— Bon, d’accord. Mais si tu es excitée plus tard, ce ne sera pas ma
faute.
Il me déposa sur le canapé et se releva en ajustant son pantalon.
— On ne peut pas dormir ici, à tout hasard ? demanda Orion.
Olivia secoua la tête.
— Absolument pas.
Logan, toujours sous sa forme de loup, poussa un gémissement tout en
se roulant en boule à mes pieds, clairement désintéressé par l’idée d’aller où
que ce soit. Je le grattai derrière les oreilles.
— Écoutez. Melinda et les autres souffrent peut-être d’amnésie, mais ce
n’est que temporaire. Melinda a perdu tous ses amis Cerveaux durant la
dernière bataille. Tu n’as pas remarqué qu’elle est devenue une alcoolique
avec seulement des esclaves pour amis ? Elle ne se souvient pas de ce qui
s’est passé, mais une part d’elle fait son deuil, ce qui veut dire que mon
numéro ne va pas la berner longtemps. Heureusement, j’ai découvert cela
assez rapidement, et j’ai passé ces derniers temps à empêcher les souvenirs
de la doyenne de resurgir, mais vous devez tous reprendre vos vies telles
qu’elles l’étaient avant que vous ne rencontriez Lily, compris ? Si vous
faites quoi que ce soit qui sort de l’ordinaire, la doyenne serait susceptible
de recouvrer la mémoire. Elle est puissante, et il me faut user de toute ma
force pour empêcher ça.
— Quand as-tu acquis un tel pouvoir ? l’interrogea Hendrik en inclinant
la tête. Tu étais une faiblarde, à peine digne de rejoindre mon clan la
dernière fois que je t’ai vue.
— J’ai retrouvé mon âme, tu te rappelles ? demanda-t-elle en désignant
ses yeux d’or. D’où penses-tu que ça vient ?
Je poussai un petit cri de surprise.
— Olivia ! Ne me dis pas que je t’ai rendu ton âme pour que tu la
dévores de nouveau ?
Elle fit un geste de la main pour balayer mes inquiétudes.
— Du calme, je ne vais pas l’utiliser entièrement. J’essayais simplement
de trouver une solution avec les Mages sombres, mais maintenant que vous
êtes là, nous avons peut-être une chance de réussir. (Elle jeta les bouteilles
vides à la poubelle et se tapota la lèvre.) Peut-être que Yuri pourrait aider.
— Qui est Yuri ? la questionna Dante en croisant les bras. Pourquoi ce
nom me dit quelque chose ?
— Parce qu’elle est une agaçante vampire de l’Académie des monstres
qui va nous aider à trouver Cole. Et de ce que je comprends, Cole est notre
clé pour atteindre la doyenne, pas vrai ?
Olivia me regarda pour que je confirme ses hypothèses, et j’opinai
mollement du chef.
— Eh bien, oui, une fois que Cole sera devenu ma Vertu, je crois que
j’éveillerai mon plein potentiel, mais je ne peux pas simplement aller là-
dedans et… tu vois…
J’agitai mes mains.
— Je vais avoir besoin de temps pour apprendre à connaître le gars, ou
quelque chose comme ça.
Orion arriva par-derrière pour me serrer les fesses.
— Ou alors, on pourrait aider le petit succube en toi à sortir pour jouer.
Elle n’aura aucun mal à…
— Orion ! Je te jure que je vais te remettre un coup de pied dans les
couilles si tu n’arrêtes pas de me tripoter !
Il leva les mains en signe de capitulation.
— D’accord, d’accord. J’essaie seulement de prêter main-forte.
Je me frottai les tempes tout en m’enfonçant dans le canapé.
— Quand est-ce que les choses sont devenues si compliquées ?
Olivia gloussa en s’asseyant à côté de moi et passa un bras autour de
mes épaules.
— Depuis que tu essaies de voir trop grand. Peut-être que tu dois
simplement regarder la prochaine étape. Pour le moment, les garçons
doivent reprendre leurs vies.
Elle leva les yeux vers Hendrik, Dante, Orion, avant de pousser le loup
du bout de ses orteils.
— Chacun d’entre eux.
— Eh bien, je couchais beaucoup avant de rencontrer Lily, rétorqua
Orion en agitant ses sourcils. Je suis donc en mesure de continuer de venir
ici sans raviver les souvenirs de la doyenne, pas vrai ?
— Bon, d’accord, concéda Olivia avant de lever une main face aux
autres regards pleins d’espoirs. Ce plan a fonctionné uniquement parce que
nous avons entamé une routine familière qui n’éveillerait pas les soupçons
de la doyenne.
— Vous l’avez entendue.
Dante posa sa main sur sa dague.
— Tu en es sûre ? On pourrait simplement attaquer l’Arène des
monstres et t’amener à Cole. Et Orion a raison quant à ton côté succube. (Il
esquissa un sourire.) Il t’arrive d’être un peu… directe, quand tu en as
envie.
— Vous ne pouvez plus vous rendre dans l’arène comme ça, contesta
Olivia. La doyenne est peut-être amnésique, mais elle est aussi paranoïaque.
Elle garde les prisonniers les plus importants enfermés grâce à une clé
personnelle qui se trouve à son bracelet. Personne ne peut entrer dans ces
cages, pas même moi. Si vous voulez trouver Cole, vous devrez gagner la
confiance de la doyenne.
Je soupirai.
— Et de Kaito.
— Et de Kaito, acquiesça-t-elle.
— Eh bien, ça, ça craint vraiment, grommela Hendrik en s’appuyant
contre le mur. Mes mages ignorent même qui je suis.
La tristesse dans sa voix m’émut. Son clan était toute sa vie, et, sans
eux, l’œuvre de sa vie n’aurait aucun sens. Tout ce qu’il avait accompli était
dans l’intérêt de son groupe, même s’accoupler avec moi.
— Alors, rafraîchis-leur la mémoire, dis-je. Ils n’ont pas besoin de leurs
souvenirs pour savoir que tu es leur chef légitime. Va les voir, et montre-
leur qu’ils peuvent avoir confiance en toi, qu’ils peuvent compter sur toi,
comme tu l’as fait avec moi.
Hendrik me récompensa d’un de ses rares sourires, celui-ci sincère, qui
remontait vers ses yeux noirs.
— Tu me surprends parfois, sbire. (Il se pencha pour m’adresser un long
baiser, passant sa langue sur la mienne, avant de me caresser la tête.) Tu es
une bonne fille. Reste ici.
Je levai les yeux au ciel, et il fila par la porte.
Dante, Orion et Logan firent également leurs adieux. Orion me tripota
encore une fois tandis que Dante déplaça ses doigts dans mes cheveux en
me murmurant la promesse que nous serions bientôt tous de nouveau
réunis.
Logan refusa de se transformer pour m’embrasser, sa façon de me punir
lorsqu’il savait que je désirais toucher ses lèvres, et il quitta la pièce en
trottant, laissant mon cœur se serrer avec regret.
Olivia pouffa.
— Comment arrives-tu à gérer tous ces…
— Hommes sexy ? demandai-je.
— J’allais dire pénis.
J’éclatai de rire en la voyant commencer à compter sur ses doigts.
— Je veux dire, ça en fait, un, deux… trois, quatre, cinq. Cinq ! (Elle
leva la main et écarta les doigts.) Comment est-ce que ça marche ? Est-ce
que tu as été, comment dire… avec chacun d’entre eux en même temps ?
Je gloussai, malgré mon visage qui devenait rouge écarlate.
— Oui, et c’était incroyable.
— Je répète ma question, comment ça fonctionne ? insista-t-elle en
levant les bras en l’air.
Je m’esclaffai de nouveau au point d’en avoir mal au ventre et la
repoussai.
— Ça fonctionne, c’est tout ! Ça suffit, l’interrogatoire !
Elle leva les yeux au ciel tout en se redressant pour aller fermer la porte.
— Bon, d’accord, mais à la seconde où les sorts mentaux de Melinda
fonctionneront sur toi, je la ramènerai pour t’obliger à parler.
Je hochai la tête en essuyant mes larmes.
— Marché conclu.
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