Fortune Academy : Troisième année (French Edition)
Chapitre 19
— ù est-ce que tu penses aller comme ça, putain ? rugit Dante tandis O
que je marchais rapidement le long des rues clairsemées, droit
vers l’Arène des monstres.
L’influence de Cole semblait s’être disséminée partout dans le campus,
ce qui avait été rendu visible par la brume noire qui s’enroulait autour de
mes chevilles.
Je compris rapidement que c’était un bon signe. Cela signifiait qu’il
était puissant, et j’avais besoin qu’il soit puissant, et énervé, lorsque je le
libérerais, car il était la clé pour terrasser la doyenne.
Il me suffisait de le convaincre que cette dernière était une menace plus
importante que moi. Étant donné qu’elle voulait fricoter avec l’enfer, et
qu’elle était la raison pour laquelle il était enfermé, je supposais que ce ne
serait pas trop demander.
Je serrai contre ma poitrine le mouchoir que j’avais utilisé pour éponger
les quelques gouttes de sang de la jeune reine. C’était mon filet de sécurité.
La preuve me parvenait sous la forme d’une vibration au pouvoir naturel
qui me donnerait accès à n’importe quelle porte de l’Académie.
Enfin, je pourrais revoir Kaito.
Et je pourrais affronter Cole.
Dante me saisit par l’épaule, violemment, et me fit pivoter si vite que je
faillis tomber à la renverse.
— Ne me tourne pas le dos, grogna-t-il tandis que la brume noire se
déplaçait dans l’air en dansant plus haut vers nos poitrines.
Je n’avais vraiment pas le temps pour ces conneries.
— Écoute, Dante. Je comprends que tu es en colère et que Cole te tape
sur les nerfs.
Je ne ressentais plus les effets du sort de bien-être d’Olivia, alors, plus
tôt je retrouverais Cole, mieux ce serait.
— Tu ne comprends pas ? demandai-je en brandissant le mouchoir.
C’est la clé de mon véritable Éveil. J’ai toujours été fragmentée, et brisée.
Je replaçai le précieux morceau de tissu dans ma poche avant qu’il ne
parvienne à me l’arracher.
— Tu ne pourrais pas comprendre ce que j’éprouve.
— Je ne comprendrais pas ? rugit-il en m’attrapant de nouveau.
Mais je bougeais trop rapidement pour qu’il soit en mesure d’attraper
ma jupe. Il présenta la longue cicatrice le long de son poignet, et la brume
noire glissa dessus, comme intéressée par la souffrance passée de Dante.
— J’ai vécu avec une main en moins pendant un an pour toi, ou est-ce
que tu as oublié ce détail ? Tu sais ce qui rend un homme fragmenté et
brisé ? Un putain de membre manquant !
Des larmes menacèrent de commencer à couler sur mon visage, même
si j’avais conscience que Dante agissait comme un énorme connard à cause
du démon de la rage.
— Je ne t’ai jamais demandé de faire ça pour moi, lui rétorquai-je avant
de me retourner pour commencer à courir.
Peut-être que je n’étais pas aussi rapide que le chasseur, mais je ne
comptais pas lui faciliter la tâche.
Je canalisai toute ma force surnaturelle dans mes jambes pour fuir dans
la rue. Logan me manquait, et je savais que cet exercice lui aurait plu. Il aurait couru et joué à mes côtés, plutôt que de me poursuivre comme un
chasseur traquant sa victime.
Je ne réussis pas à semer Dante qui me rattrapa plus rapidement que je
l’avais anticipé. Sa force avait augmenté après qu’il était devenu ma Vertu,
de la même manière que tous mes hommes s’étaient épanouis en explorant
leurs pouvoirs. Excepté que, pour le moment, il employait les dons que
j’avais éveillés en lui contre moi, et cela me faisait enrager.
Au moment même où ses doigts se refermèrent sur ma hanche, je
tournoyai, utilisant mon élan pour le projeter au-dessus de moi et au sol. Il
subit un impact violent et roula en boule. Je m’apprêtai à sauter au-dessus
de lui, mais le chasseur gardait un œil sur moi, même durant sa cascade
déroutante, et me saisit afin que je tombe par terre avec lui.
Nous devînmes un entremêlement de bras et de jambes, et la rue
rocailleuse me poignarda la côte, me coupant le souffle jusqu’à ce que nous
arrêtions de rouler, et que Dante me piège au sol. Sa poitrine se gonflait
sous sa respiration lourde, et ses yeux orange fous brûlaient sous l’effet de
la soif de sang et du désir.
— Tu ne t’en souviens toujours pas, pas vrai ? demanda-t-il, sa colère
brûlant intensément tandis que les ténèbres menaçaient de se refermer
autour de nous.
Il abaissa violemment son col et révéla la longue cicatrice qui courait le
long de son cou.
— Réfléchis, Lily. Réfléchis bien.
Je me figeai en découvrant la marque par laquelle je me sentais
désespérément attirée, comme un papillon vers une lumière. Je passai un
doigt dessus et rétractai ma griffe noire qui correspondait bien trop
parfaitement à la forme de la cicatrice.
Non, ça n’a aucun sens. Je n’aurais jamais pu…
Je retirai aussitôt ma main.
— Je n’aime pas ça, Dante. Laisse-moi partir.
Il saisit mon poignet et attira de nouveau mes doigts vers sa gorge, me
forçant à sentir la ligne en relief.
— Pas avant que tu ne te le rappelles.
— Que je ne me rappelle quoi ? demandai-je. Il n’y a rien qui…
Mes paroles furent coupées lorsqu’un souvenir profond et obscur se mit
à lutter pour refaire surface. Les ténèbres tout autour de moi m’aspirèrent
dans un endroit que j’avais gardé emmuré dans mon esprit, pour mon bien-
être mental.
Autrefois, j’étais plus enfant de démon que tout autre chose. Je ne
connaissais que la colère et la trahison. Mon père, le roi des incubes, n’avait
souhaité que se servir de moi pour bâtir une armée d’êtres tels que moi. Au
départ, j’avais été l’instrument parfait de ses plans. J’avais accepté ma part
d’enfant de démon. L’absence d’empathie. La colère. La rage.
Mais plus que tout… j’avais besoin d’être comprise et acceptée.
J’avais commencé à remettre en question ses actions, surtout quand il
faisait du mal à des personnes qui ne semblaient pas le mériter. L’empathie
n’était pas quelque chose qu’un enfant de démon était supposé posséder,
mais je n’étais pas un simple démon.
C’était alors qu’il m’avait enfermée dans l’ombre, cet immonde endroit
que j’avais exploré lorsque Kaito m’avait donné la fiole d’Éveil. C’était là
que j’avais perdu l’esprit.
Là où j’avais tout perdu.
J’avais blessé des gens après ça. Tout était flou, même maintenant, mais
j’avais conscience que j’avais commis des choses horribles pour lesquelles
je n’aurais jamais pu me pardonner.
— Le sang sur moi, dis-je en me remémorant cette première nuit dans la
pluie lorsque je m’étais retrouvée dans le bar de Cindy. (Je relevai les yeux
vers mon chasseur, et mon estomac se noua.) Ce n’était pas mon propre
sang.
Son visage devint lugubre, et il attendit que je termine ma réflexion.
— C’était… le tien.
C’ ÉTAIT moi qui avais fait cela à mon chasseur. Je l’avais égorgé et laissé
pour mort.
C’était la première fois qu’il avait tenté de me pourchasser, et il avait
échoué.
Mais son sang avait eu un effet sur moi. Il avait touché un pouvoir en
moi qui était lié à mes origines angéliques, et m’avait offert une seconde
chance.
Une nouvelle page.
— C’est pour cela que j’ai effacé ma propre mémoire, réalisai-je, à la
fois fascinée et horrifiée. Je ne voulais pas me souvenir de t’avoir infligé
cela.
Pas tant que mon âme le reconnaissait comme ma Vertu.
— J’ai failli mourir, grogna-t-il, sa rage toujours palpable.
Mais voir la compréhension et la douleur qui se lisaient dans mes yeux
sembla apaiser son violent besoin de me faire du mal.
— Tu n’avais pas la moindre idée de ce que tu étais, ni de la façon de
contrôler tes pouvoirs. Tu es parvenue à effacer ta propre mémoire, mais
dans le processus, tu as projeté une onde de choc qui a affecté tous les
surnaturels à portée.
Il fronça les sourcils.
— Heureusement, j’étais en transit entre la Terre et l’Académie au
moment de l’impact, et j’en ai donc évité une grosse partie.
Toute ma volonté de me battre quitta mon corps, et je m’écrasai au sol
tandis que la brume noire s’attardait sur mes lèvres.
— Pourquoi ne pas me l’avoir dit plus tôt ?
Mon chasseur sembla se détendre, tout comme moi, comme si partager
ce souvenir profond et sombre, et le mettre au jour, repoussait le contrôle
qu’il exerçait sur nous.
Je compris que s’il s’agissait là de l’influence de Cole, il avait peut-être
besoin d’une détente sur laquelle appuyer pour déclencher la rage. Je
réalisai alors qu’il n’était pas capable de la créer. Il avait besoin d’une
source dans laquelle évoluer.
Et j’avais trouvé celle de Dante.
Les yeux du chasseur reprirent leur intense lueur orange, et il me libéra
de son poids avant de me tendre sa main.
— Je ne t’ai rien dit parce que je ne veux pas te faire souffrir, Lily.
Il grimaça en remarquant mon regard sur lui. Mon cœur était meurtri par
cette révélation, ainsi que par la douleur causée par l’idée qu’il m’ait caché
une telle chose durant tout ce temps.
— C’est cette foutue brume, Lils. Je suis désolé. Je n’aurais jamais dû te
forcer à t’en souvenir.
— Alors, pourquoi cela t’importe maintenant ? demandai-je, les larmes
me venant enfin douloureusement aux yeux avant de courir sur ma peau
brûlante. Il a fallu l’influence de Cole pour que tu acceptes enfin ce que je
t’ai infligé ? Après tout ce que nous avons traversé, tu as gardé ça pour toi.
Il posa un genou à terre et tourna mon visage.
— Je suis désolé de te l’avoir dissimulé. Je croyais que je faisais ce
qu’il fallait. Je ne pensais pas qu’un démon de la rage s’en servirait contre
moi.
Je laissai échapper un gloussement.
— C’est un vrai casse-tête ce type, hein ?
— Tu comptes le retrouver ? demanda-t-il en embrassant la ligne
humide sur ma joue où mes larmes avaient coulé. Dis-moi la vérité, bébé.
Tu ne vas pas simplement chercher Kaito, pas vrai ?
— Tu ne ressens pas ce que je ressens, insistai-je. Cole souffre, et il se
déchaîne comme il peut. Il ignore ce qui se passe. Tout ce qu’il sait, c’est
qu’il est emprisonné. Il est enragé, et il utilise le moindre avantage à sa
disposition.
— Et tu espères l’inciter à rejoindre ta cause en le libérant ? me
questionna-t-il avec un ton lourdement sceptique.
— Eh bien, oui, admis-je. Il est l’un des nôtres, Dante. Je le convaincrai.
Mon chasseur soupira et reposa son coude sur son genou tout en
observant la brume qui s’était emparée des rues de la Fortune Academy.
— Écoute, je ne suis pas assez bête pour me penser capable de t’arrêter.
Mais tu dois agir de manière intelligente. Ce type est un puissant démon, et
il ne sera pas ouvert à l’idée d’être « convaincu ». Il voudra faire du mal à
quelqu’un, et je ne veux pas que ce quelqu’un soit toi.
— Ça n’arrivera pas, lui promis-je. En plus, ai-je vraiment le choix ?
Nous avons besoin de lui. Tu as vu ce qui s’est produit la dernière fois que
j’ai essayé d’affronter la doyenne sans lui.
Même avec mes Vertus, cela n’avait pas suffi. Les choses s’étaient
terminées en un aller simple pour l’enfer durant lequel nous avions failli
mourir.
Dante esquissa un sourire.
— Oui. Eh bien, je ne dis pas que tu ne devrais pas le rencontrer, mais
tu dois être prudente. (Il se décala pour s’éloigner de moi.) Tu ne le connais
pas comme moi.
Ceci lui valut un regard surpris de ma part.
— Oh ?
Ses yeux orange vrillèrent légèrement sous le coup de la colère qui
menaçait de revenir.
— Disons simplement qu’il s’est introduit dans certains de mes rêves, et
qu’il peut se comporter comme un vrai connard.
Je souris en me relevant, et balayai la terre qui recouvrait mon uniforme
ruiné à tout jamais.
— S’il y a quelque chose que cette Académie m’a enseigné, c’est
comment parler le « connard ».
Il sourit, laissant cette fois apparaître ses pommettes.
— Bien vu.
Cela ressemblait plus à mon Dante, le chasseur malin qui prenait la vie
comme elle venait, qu’importe à quel point les choses pouvaient devenir
rudes.
— Alors, est-ce que ça signifie que tu vas me laisser partir sans me
plaquer encore au sol ?
— Peut-être, acquiesça-t-il en se levant et en haussant les épaules, mais
je ne pense pas que tu devrais y aller sans un plan ni sans tes Vertus.
— Ce n’est pas une option, rétorquai-je.
Qu’importe à quel point je souhaitais emmener tous mes gars avec moi,
cela nous aurait collé une cible sur le dos, surtout dans l’éventualité très
probable où Cole ne collaborerait pas avec moi comme je le voulais.
— Eh bien, amène au moins deux d’entre nous, suggéra-t-il.
Évidemment, je viendrai. Et Orion serait le deuxième plus fort, étant donné
qu’il a été le plus… lié à toi, récemment.
J’esquissai un sourire.
— Tu veux dire qu’il a été la seule Vertu assez brave pour échapper aux
espions de la doyenne et se glisser dans ma chambre la nuit.
— Assez stupide, me corrigea Dante en saisissant mon poignet et en me
traînant le long du chemin d’où nous venions. Maintenant, il est temps qu’il
rembourse ses petits plaisirs.
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