La Femme de paille

Catherine Arley · Chapitre 8 sur 21

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La Femme de paille

Chapitre 5

5

 

Quelques heures plus tard, accoudée au bastingage aux côtés d’Anton Korff, elle lui faisait part de ses impressions.

Le port de Cannes s’éloignait doucement dans la nuit.

— Vous vous êtes bien débrouillée. Il m’a parlé de vous.

— Que vous a-t-il dit ?

— Oh ! rien de spécial, ne vous grisez pas. Vous restez encore en observation ; mais le premier contact est bon puisque vous êtes encore là. À propos, j’espère que vous n’avez pas le mal de mer ?

— Je ne pense pas, pourquoi ?

— Il serait assez contrariant que vous restiez enfermée dans votre cabine. Nous faisons rarement escale et elles sont toujours de courte durée. Je vous ai apporté des pilules. Prenez-en plusieurs fois par jour à titre préventif.

Hildegarde le regarda en souriant.

— Vous êtes l’homme des détails, décidément !

— Empêchez-le de fumer. Ce sera sans doute assez difficile, mais le Pr Maurey y tient particulièrement. N’oubliez pas, en jouant aux échecs, de le laisser gagner, pas systématiquement, il s’en apercevrait, mais assez souvent tout de même.

— Je le crois facile à manœuvrer ; au fond, il demeure un vieil enfant sentimental.

— Ne vous fiez pas trop à cette première impression.

— Savez-vous que j’ai dû lui parler de Hambourg pendant une heure, lui raconter la ville, lui donner une foule de détails ?

— Je vous interromps tout de suite car vous faites fausse route si vous pensez qu’il vous a écoutée par sentimentalité. Il vérifiait vos origines, sans plus.

— Qui vous l’a dit ?

— Lui.

Hildegarde contempla la mer pendant un moment et constata :

— Peut-être que je le préfère ainsi.

Puis la vie, lentement, s’organisa. Hildegarde, qui n’avait jamais mis les pieds sur un bateau, trouva ce nouveau rythme de vie passionnant. Ce grand palace flottant la ravissait, et aussi sa cabine, chef-d’œuvre de confort et de bon goût. Levée tôt le matin, elle arpentait le pont, prenait son petit déjeuner au carré des officiers et allait se bronzer au soleil sur la plage arrière. Un peu avant midi, elle retournait à sa cabine passer une robe pour se présenter à Karl Richmond, qui venait tout juste de se lever. Elle lui changeait son pansement et bavardait avec lui en lui faisant les mains.

Il lui avait demandé de s’en charger, bien qu’elle n’eût pas de compétence particulière. Il utilisait ce prétexte pour la garder près de lui sans avouer qu’il y prenait plaisir.

Ce matin-là, tandis que ses mains trempaient dans le bol d’eau savonneuse, il lui dit d’un ton mielleux :

— Savez-vous ce que vous allez faire, ma petite mignonne ?

— …

— Vous allez me confier pour quelques minutes la clé que vous avez cachée dans votre poche.

— Qu’avez-vous l’intention d’en faire ?

Il fit un drôle de petit bruit qu’elle traduisit par un rire.

— Il faut que je prenne un objet dans le secrétaire.

— Un cigare, sans doute ?

— Trop curieuse, ma mie ! Écoutez, je vous propose un échange : vous me donnez la clé et moi je vous donne un beau billet de 100 dollars tout neuf.

— Vous savez très bien que le docteur vous a interdit de fumer.

— Je n’ai pas dit que j’allais prendre un cigare.

— Vous ne l’avez pas dit, mais vous allez le faire.

— Réfléchissez, ma petite mignonne. Ce secret restera entre nous. Contre cette clé dont vous ne pouvez rien faire, je vous donne un beau billet de 100 dollars dont vous pourrez faire tout ce que vous voudrez.

— Inutile, monsieur Richmond, vous perdez votre temps.

Alors le vieillard explosa.

— Bougre d’idiote ! Réfléchissez. Si vous ne me la donnez pas de bonne grâce, j’appelle un des domestiques et je lui fais défoncer le secrétaire. Moi, j’aurai la boîte de cigares et vous, vous n’aurez pas un liard.

— Si vous voulez.

— Vous acceptez ?

— Je refuse de vous donner la clé, mais appelez un steward, faites-lui défoncer le meuble, prenez un cigare, fumez-le. Vous serez malade et moi je serai tranquille.

— Ne vous emballez pas. On peut s’arranger autrement. Peu délicat de ma part de vous proposer de l’argent, je le reconnais. Il y a bien mieux à faire avec une belle jeune femme comme vous.

D’un geste brusque, il fit pivoter son fauteuil et roula vers le petit salon. Il y ouvrit un placard, en sortit une grande boîte, la posa sur ses genoux et revint vers Hildegarde qui le regardait sans bouger.

Avec des gestes de conspirateur, il ouvrit son gilet, déboutonna sa chemise et en extirpa une clé qui pendait au bout d’une longue chaîne, l’introduisit dans la serrure, fit jouer le mécanisme et souleva le couvercle, surveillant la jeune femme du coin de l’œil.

Dans la boîte capitonnée de velours pelucheux, s’entassaient pêle-mêle des bracelets, des bagues, des pendentifs, en or, en platine, sertis de pierres précieuses.

Tout un trésor d’Ali-Baba posé sur les genoux du vieil homme. Pour rendre le tableau plus conventionnel, il y plongea ses mains déformées par les rhumatismes et fit étinceler les joyaux.

— Choisissez, ma mignonne.

Hilde, fascinée, regardait toutes ces merveilles.

— Qu’est-ce qui vous ferait plaisir ? Une bague, un bracelet, un clip ?

Et, avant qu’elle n’ait pu répondre, il brandissait un gros rubis carré monté sur griffes.

— Tenez, prenez-le, je vous le donne.

Hilde le tint un moment entre ses doigts, faisant instinctivement danser ses feux dans la lumière.

— Quelle merveilleuse pierre, dit-elle dans un souffle.

— Je l’ai rapportée de Ceylan, on y trouve les plus belles gemmes.

Elle releva la tête et croisa son regard. Alors, doucement, elle reposa la bague dans le coffret et dit en souriant :

— Je ne pensais pas que vous aimiez fumer à ce point-là, désolée.

D’un geste brusque de la main, il fit claquer le couvercle, fourgonna un instant avant de réussir à introduire sa clé dans la serrure, la ferma, puis fit couler la clé entre sa poitrine et sa chemise, reboutonna son gilet et, d’un air dépité, apostropha Hilde.

— Vous vous souvenez, j’espère, que vous êtes à mon service.

— Vous me laissez assez peu l’occasion de l’oublier.

— Eh bien, je vous ordonne, entendez-vous, d’aller me chercher des cigares.

— Cette comédie devient absurde, monsieur Richmond. Vous m’avez engagée, mais j’ai reçu mes ordres du Pr Maurey et je les respecte, uniquement dans votre intérêt.

— Je ne vous paye pas pour raisonner, mais pour obéir ! Donnez-moi cette clé !

— Non, désolée.

— Vous refusez ?

— Évidemment !

— Foutez le camp ! Je ne veux plus vous voir. Je ne veux plus entendre parler de vous. Je vous chasse !

Hilde, un peu éberluée du ridicule de cette scène, hésitait à se lever.

— Allez-vous déguerpir, maudite femelle !

— Je vous signale que nous sommes en mer. Dois-je partir à la nage ?

— Foutez le camp !

— Vous ne devriez pas vous mettre en colère, monsieur Richmond, à votre âge les années comptent double.

Mais la pudeur empêcha Hilde de se souvenir de sa réponse.

La disgrâge dura jusqu’au lendemain. Karl Richmond, enfermé dans sa cabine, ne la fit pas appeler. Ses Jamaïcains assurèrent le service et pas question de leur demander leurs impressions.

Le vieil homme avait l’air lunatique, peut-être pas malin de se faire prendre en grippe dès le début !

Elle le revit à un dîner où il les convia tous à sa table, tous : Anton Korff, le commandant, l’officier en second et elle-même.

Il arborait ce soir-là un sourire malicieux et son œil sans pansement les dévisageait les uns après les autres avec une joyeuse ironie.

Le dîner fut raffiné, les vins, rares, l’atmosphère, toujours un peu fausse. Chacun se tenait sur ses gardes et se demandait quelle lubie couvait le vieil excentrique.

La conversation roula sur le voyage et les plages à la mode, sujet d’une reposante neutralité. Anton Korff en faisait les frais avec l’officier en second, heureuse nature assez peu perméable aux ambiances.

À la fin du repas, Hildegarde comprit l’attitude du vieillard. Comme on apportait le café et les alcools, il sortit de sa poche un cigare, en coupa le bout d’un coup de dent, le cracha devant lui sans quitter la jeune femme des yeux et lui dit en l’allumant :

— Vous aviez raison de refuser, ma chère enfant. Il m’a coûté beaucoup moins cher que si je l’avais obtenu de vous.

Et, en disant cela, il sortit un étui de crocodile et le lui montra. Une dizaine de havanes la narguaient. Elle ne répondit pas et prit une cigarette que lui tendait le capitaine.

— Eh bien, mademoiselle Maëner, ne regrettez-vous pas votre intégrité d’hier ?

Elle l’observa en souriant, rejeta par les narines un long jet de fumée et lui dit sans élever la voix :

— Savez-vous, monsieur Richmond, pourquoi le Pr Maurey m’a fait promettre de ne pas vous laisser fumer ?

Elle attendit une seconde une réponse qui ne vint pas et enchaîna :

— Il m’a dit textuellement : « Un cigare pour un homme de son âge équivaut à un mois de vie. » Pour ma part, je trouve courageux que vous dilapidiez un aussi petit capital.

Il y eut un silence qui les figea tous. Anton Korff piqua du nez dans son assiette pour que nul ne vît la lueur amusée de son regard. Les deux officiers, mal à l’aise, s’absorbèrent dans leur café ; seule Hildegarde regardait le vieillard en souriant, mais lui ne cessait de la fixer. La fumée de son cigare montait doucement, formant écran, mais sa victoire déjà ne l’amusait plus. Par bravade pourtant, il en tira une longue bouffée.

— Un mois, murmura Hildegarde, soit trente jours plus trente nuits, au total, combien d’heures ?

Le poing de Karl Richmond s’abattit sur la table, faisant tinter les cristaux. Une goutte de vin rouge tomba sur la nappe brodée.

— Pécore ! ragea-t-il. Sale petite pécore !

— Mais jeune, monsieur Richmond, si jeune encore !

Et en souriant, calmement, elle se leva et quitta la table. Les autres, impassibles, ne tournèrent pas la tête pour la voir sortir.

La porte refermée, elle prit conscience du tremblement qui la parcourait. Le côté affreux de la scène lui revint. N’avait-elle pas été trop loin ? Il y avait peu de temps qu’elle se trouvait dans la place. N’avait-elle pas compromis ses chances en jouant si serré dès le départ ?

Appuyée au bastingage, elle attendait que se calmât son remous intérieur. Elle n’entendit pas arriver le capitaine. Seul le son de sa voix la fit sursauter.

— Vous jouez un jeu dangereux, mademoiselle.

Elle esquissa un sourire, ne sachant trop quoi répondre.

— Méfiez-vous, si toutefois vous me permettez de vous donner un conseil. Le vieux n’aime pas beaucoup se faire moucher en public.

Puis, sans attendre de réponse, il s’éloigna. Sa silhouette, bientôt, s’estompa dans la nuit. Ses pas résonnèrent sur le pont de teck. Nerveusement, elle tira sur sa cigarette. Des bruits vagues montaient du carré. Les Jamaïcains devaient desservir. L’incident déjà devait être commenté dans les cuisines et son attitude, critiquée. Autant tous devaient être soulagés que le vieux eût trouvé quelqu’un pour lui tenir tête, autant ce quelqu’un devait rapidement devenir sujet à caution. L’attitude du capitaine le prouvait. Les hommes, surtout les lâches, n’aiment pas les héros.

Hildegarde hésitait sur la position à prendre et ne comprenait pas pourquoi Anton Korff ne venait pas la rejoindre.

La mer bruissait doucement dans l’air léger et la nuit tendre, et la jeune femme, tout à coup, se demanda ce qu’elle faisait sur ce bateau.

Si peu de jours la séparaient de son monde clos et condamné.

Alors, le triste immeuble de Hambourg surgit soudain du fond de sa mémoire et, avant lui, toute l’époque qui l’avait précédé, celle des bombardements, celle qui avait à tout jamais marqué sa vie de femme ; la présence de rats dans le chaos des rues défoncées, l’habitude de la peur, de la faim, du froid, de la solitude. L’incroyable survie des petites manies à heures fixes telles que le sommeil sous une couverture pelée, les repas dans une boîte de conserve défoncée, les heures de marche à la recherche d’un abri, d’un kilo de pommes de terre, d’un fagot de bois sec. Dans un immeuble dont il ne restait que les charpentes, au milieu des traverses de fer tordu par le feu, des gravats, des canalisations crevées, des fenêtres béantes, elle avait vécu son roman d’amour.

L’homme, soldat d’une armée en déroute, fatigué, affamé, ne sachant plus la raison de son uniforme en loques, ni le pourquoi de son isolement, le fusil et la musette en bandoulière, tête nue avec ses cheveux de lin poudrés de poussière, lui apparut soudain dans son coin de ruines en faisant dégringoler des éboulis sous ses pieds.

Hilde avait partagé avec lui l’espèce de gamelle qu’elle faisait réchauffer sur un feu de fortune.

Le garçon avait mangé voracement en silence et après, parce qu’ils pouvaient mourir d’une minute à l’autre, que rien ne les reliait à leur passé, qu’il ne semblait pas qu’ils puissent avoir d’avenir, ils avaient fait l’amour en plein vent sur cet amas de pierres. Ils avaient échangé le meilleur d’eux-mêmes, leur jeunesse, leur sensualité, leur tendresse, leur douceur. Tout ce qui restait de vivant, de jeune et de fort, ils se l’étaient donné pour que quelqu’un au moins en profitât et que leur mort ne fût pas tout à fait inutile. Et cela avait duré toute une nuit, rien qu’une nuit. Au matin il était parti alors qu’elle dormait.

Telle fut leur part. La vie n’avait pas pu leur donner davantage, elle devait réserver ses trésors aux êtres déjà riches, jeunes, insouciants, comblés, inconscients et exigeants. Ceux-là empocheraient comme des seigneurs, sans merci, ni doigts croisés sous la table par fétichisme pour faire durer la chance, ils gaspilleraient sans compter et auraient bien raison. Eux et elle n’appartenaient pas à la même race.

La mer bruissait doucement dans l’air léger et la nuit tendre, et la jeune femme tout à coup eut l’impression d’avoir cent ans…

Un matelot s’approcha, salua d’un doigt à son calot et lui annonça que Karl Richmond la demandait pour une partie d’échecs.

Alors, tout à coup, elle fut dans le présent et décida que le vieillard gagnerait cette partie. Il devenait prudent de lui rendre quelques points.

Hildegarde suivit le garçon.

Mais cette partie d’échecs-là ne fut qu’un jeu. Celle qu’ils poursuivaient dans la vie se révélait autrement passionnante et chaque jour les laissait à tour de rôle sur des avantages relatifs.

Parce que Hildegarde aima Portofino, ils y restèrent deux jours. Pendant qu’elle descendait à terre le vieillard se coucha et condamna sa porte.

Anton Korff dut constater son triomphe.

— Élève très douée, lui dit-il, tandis qu’ils prenaient le thé sur la terrasse d’une auberge face à la mer.

— Je suis vos leçons.

— Mieux, vous avez de l’initiative, du mordant. Je vous avais sous-estimée. Je vous crois maintenant capable de mener à bien cette affaire.

— Je préfère qu’il ne soit pas inoffensif. Il m’aurait été pénible d’abuser de sa confiance.

— Mais vous l’auriez fait quand même ?

— À vrai dire, je ne sais pas. Son attitude crée la compétition et me fait prendre goût au jeu.

— Que ferez-vous une fois que vous aurez l’argent ?

Hildegarde, les yeux dans la vague, haussa les épaules.

— Je ne sais pas. Je suppose que je devrai déjà me déshabituer de compter. Il me semble que la fortune supprime les questions secondaires. Et vous, que ferez-vous ?

— Ma chère, n’oubliez pas que ma fortune ne sera pas en rapport de la vôtre. D’autre part j’ai soixante-deux ans et si mes ambitions sont plus modestes, elles n’en sont que plus précises.

— Racontez-moi !

— Certainement pas !

— Que m’importe, après tout ? Je suis presque heureuse ainsi. J’aime la vie que nous menons, le bateau me plaît, le fiancé m’amuse ; le jeu me passionne. Qu’aurais-je de plus après ?

— Votre ton a déjà bien changé. Vous souvenez-vous du jour où vous êtes venue dans mon bureau ?

Hilde se mit à rire.

— Je vous prenais pour le fiancé. J’avais alors l’impression d’avoir gagné à la loterie.

— Indulgent de votre part !

— Ce qui prouve ma candeur. Vous, vous ne vous seriez jamais adressé à un journal pour trouver une femme.

— En effet, surtout pour l’usage que j’en fais. Elles n’entrent dans ma vie qu’à titre d’hygiène ; la brosse à dents, comprenez-vous ? Indispensable d’en changer souvent.

— N’en avez-vous jamais rencontré une qui vaille mieux que les autres ?

— Si, une putain. Ce sont des maîtresses idéales en général et celle-là en particulier. J’ai toujours eu un faible pour les femmes que l’on paye, en argent s’entend, car vous les payez toujours, surtout si vous les épousez, et elles perdent alors tous les dons qui les rendaient attractives pour se transformer en mère de famille, en cuisinière ou au virago, rarement en compagne de plaisir.

— Et moi, n’avez-vous jamais eu envie de moi ?

Anton Korff la regarda, surpris et amusé, puis répondit après un moment :

— Étant femme, vous avez essentiellement envie de ce que vous ne pouvez avoir.

— Je ne parle pas de mes réactions, mais des vôtres. N’avez-vous jamais eu envie de moi ?

— Je n’ai pas eu à me poser la question.

Et après un silence, il ajouta :

— Et vous, vous l’êtes-vous posée ?

— Oui.

— Alors ?

Leurs yeux ne se quittaient pas. Pendant une seconde, une complicité trouble s’établit entre eux et d’une voix basse Hildegarde répondit :

— Cela ne m’aurait pas déplu… peut-être…

Ses yeux à lui la détaillèrent, la déshabillant lentement, mais presque tout de suite leur expression changea et, d’une voix calme et normale, il dit, sans la regarder :

— Je ne doute pas que nous eussions passé ensemble quelques heures agréables, mais ce que nous réserve l’avenir est tellement plus excitant !

— Vous êtes seul, que vaut la fortune contre la solitude ?

— Non, pas seul, je vous ai, ma chère fille.

— Mais ni vous ni moi n’avons l’amour…

— Je vous estime infiniment plus précieuse qu’une maîtresse. Je suis désormais votre père, ne l’oubliez pas.

Là se borna leur entretien.

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