La Main qui frappe et Winnetou

Karl May · Chapitre 7 sur 28

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La Main qui frappe et Winnetou

Chapitre IV: Parmi les Chercheurs D’or

CHAPITRE IV

 

PARMI LES CHERCHEURS D’OR

Le soir du troisième jour, nous atteignîmes les gorges de San-Joan. Comme le digger nous l’avait conseillé, nous tour-nâmes à l’est et, après une courte halte à la nuit tombée et quelques heures de sommeil, nous nous hâtions de nous re-mettre en route.

C’est le lendemain, vers midi, que nous pénétrâmes dans la vallée du Sacramento, où tout portait la marque de cette activité fiévreuse, de cette folie qui s’était emparée, peu auparavant, de tant d’hommes, sous toutes les latitudes, les arrachant à leurs foyers, ateliers, chantiers ou champs pour les faire se ruer là, à la recherche du deadly dust, cette poussière de la mort, qui éblouit les yeux et aveugle les cœurs.

Trop de livres ont relaté l’existence aventureuse et souvent tragique des chercheurs d’or de Californie pour que je tente ici, à mon tour, de retracer ce qu’était la vie de ces « damnés de l’or ». Il faut cependant reconnaître que même le voyageur le mieux équilibré n’est pas complètement à l’abri de la fièvre de l’or lorsqu’il arrive dans cette région, où la poussière jaune ap-paraît instantanément comme la seule et unique raison de vivre. En amasser assez pour faire fortune en quelques semaines ou en quelques mois, telle était visiblement la pensée obsédante de tous dans la fameuse vallée du Sacramento. Et pourtant quels déboires, quelles désillusions ne rencontraient-ils pas, ces mal-heureux, et combien ils étaient nombreux ceux qui devaient payer de leur santé, quand ce n’était pas de leur vie, leurs rêves hallucinants d’enrichissement rapide ? Sur cent chercheurs, c’est à peine si un ou deux parvenaient véritablement à se cons-

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Le soir tombait lorsque nous arrivâmes en vue de Yellow Watergrounds. C’était une vallée assez étroite traversée par un cours d’eau, dont les eaux tumultueuses se précipitaient vers le Sacramento. De nombreuses huttes et cabanes se dressaient des deux côtés de la rivière. On voyait encore, un peu partout, des traces de travaux, mais la vague montante de la fièvre d’or était depuis longtemps étale, et plus d’un signe révélait qu’elle était déjà en plein recul.

Barrant la vallée, nous apparut soudain une large baraque, pas très élevée, dont l’enseigne portait, tracés à la craie, les mots suivants : Store and Boarding House of Yellow Watergrounds. C’était la boutique-cabaret du village. Dans l’espoir d’obtenir quelques renseignements du patron, nous mîmes pied à terre et, après avoir confié la garde de nos montures à Bob, nous y péné-trâmes.

Dans la buvette, aux tables et aux sièges de bois non rabo-té, tout était rudimentaire à l’extrême. Les quelques consomma-teurs à l’aspect peu engageant, sinon franchement suspect, nous dévisageaient avec un air mi-goguenard mi-inquiet.

– Tiens ! Tiens ! Encore des diggers qui arrivent ! Ils au-ront peut-être plus de chance que nous, dit l’un d’eux en rica-nant.

– Approche un peu, Peau-Rouge, dit un autre en se tour-nant vers Winnetou, que je te paie un verre.

Winnetou, qui ne buvait jamais d’alcool, feignit de n’avoir pas entendu l’invitation et s’assit tranquillement à la table où je venais de m’installer.

 

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Cependant l’individu qui l’avait interpellé se leva et, son verre d’eau-de-vie à la main, se dirigea vers nous, la mine me-naçante.

– Alors il faut que je t’apprenne maintenant, espèce de sauvage, que refuser un verre à un digger est une insulte ? Vide-ras-tu, oui ou non, ce verre ?

– Le guerrier rouge ne veut pas faire outrage à l’homme blanc, mais il ne boit jamais d’eau de feu.

– C’est trop fort, tu vas me payer ça !

Et le chercheur d’or, en même temps qu’il lançait le conte-nu de son verre au visage du chef apache, tira son couteau et bondit sur Winnetou pour lui transpercer le cœur. Avec une souplesse féline, l’Apache esquiva le coup, mais, tirant à son tour son couteau, il frappa son adversaire. Celui-ci s’écroula avec un faible cri, touché à mort. Toute cette scène n’avait pris que quelques secondes.

Là-dessus, les compagnons de la victime s’étaient dressés de leurs sièges avec des hurlements de possédés et en brandis-sant leurs couteaux. Mais, à notre tour, nous avions saisi nos armes et Bob lui-même, attiré par les vociférations, mettait son fusil en joue.

– Halte-là ! s’écria l’aubergiste. Reprenez vos places, les gars. Cette querelle ne nous regarde pas, elle a été réglée entre Jim et l’Indien. L’incident est clos. Nell, enlève le corps !

Pareil sang-froid confinait au cynisme, et cependant ces quelques paroles suffirent pour mettre fin à l’effervescence. Les consommateurs, visiblement impressionnés à la fois par le ton ferme de l’aubergiste et par la menace de nos fusils, se rassirent. Quittant le comptoir, le garçon prit le corps inerte sur son épaule et sortit de la salle. Par la porte restée ouverte derrière lui nous pûmes le voir comme il déposait le mort dans une fosse abandonnée et le recouvrait de quelques pelletées de terre.

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Après tant d’autres, l’infortuné Jim était venu là à la re-cherche de la « poussière de la mort ». C’était peut-être, jadis, un homme raisonnable et doux, mais quelques mois passés dans cette région maudite avaient suffi pour en faire une brute. Et combien de malheureux trop faibles pour résister à l’influence dégradante de ce milieu connurent la même dé-chéance et le même sort !

Nous prîmes place un peu à l’écart.

– Qu’est-ce qu’on vous sert, Messieurs ? demanda l’aubergiste.

– De la bière, répondit Bernard.

– Porter ou ale ?

– Quelle est la meilleure ?

– Je vous conseille l’ale, Messieurs. C’est du Burton ale au-thentique : il vient de Burton, dans le Stratfordshire.

Il eût été curieux de savoir quel chemin avait suivi cette bière anglaise, célèbre à juste titre, avant d’échouer dans la val-lée du Sacramento. Chacun de nous en reçut une bouteille, mais pas de verre. Sans perdre de temps, Bob eut vite débouché la sienne et, enfonçant le goulot dans sa bouche si profondément qu’on eût dit qu’il voulait atteindre son gosier, il but ou plutôt engloutit d’un trait son contenu. Il fit aussitôt une grimace épouvantable.

– Ale pas bon ! s’écria-t-il après avoir extirpé la bouteille de sa bouche grande ouverte. Bob avoir ventre plein esprit de sel.

Pendant que je m’efforçais de rassurer ce grand enfant noir, victime, une fois de plus, de sa gloutonnerie, l’aubergiste s’adressait à Bernard.

– Voulez-vous régler votre addition, Messieurs ?

 

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Comme Marshall fouillait dans sa poche, Sam intervint.

– Laissez ça, Mister Bernard, dit-il. Le patron est bien pressé d’encaisser le prix de la bière. Nous n’avons pas pu en-core la goûter. S’il n’a pas confiance en nous, c’est son affaire. D’ailleurs, c’est mon tour de payer. Qu’est-ce que je vous dois ?

– Cinq bouteilles à trois dollars, cela fait quinze dollars.

Pour cette somme, nous aurions pu, à San-Francisco, nous en offrir non pas cinq, mais cinq douzaines. Cependant Sam, sans se laisser démonter le moins du monde par l’énormité du prix, acquiesça :

– C’est raisonnable, patron, mais bouteille comprise, n’est-ce pas ?

– Naturellement.

– Bah ! nous pouvons vous laisser encore les bouteilles, car des gens comme nous, qui connaissent des filons où l’on ra-masse l’or à pleines poignées, ne s’embarrassent pas de telles bagatelles. Approchez vos balances.

– Vous voulez payer en or ?

– Et pourquoi pas ?

Sam ouvrit sa cartouchière et en sortit quelques pépites, dont l’une avait la grosseur d’un œuf de pigeon.

– Sapristi ! où avez-vous déniché ce beau caillou ?

– Dans mon filon, parbleu, répondit Sam, imperturbable.

– Mais où est-il, votre filon ?

– Quelque part en Amérique. Excusez, j’ai mauvaise mé-moire, et je ne le retrouve que lorsque j’ai absolument besoin de renouveler ma provision.

 

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L’aubergiste feignit de se contenter de cette dérobade, mais, pendant qu’il pesait la pépite d’or et rendait l’argent à Sam, ses yeux ne cessaient de briller de convoitise. La somme qu’il offrit en échange de l’or était vraiment dérisoire, et j’aurais gagé que ses balances étaient truquées.

Cependant Sam empocha l’argent sans sourciller, avec un air de grand seigneur qui n’en est pas à quelques dollars près. Ainsi, Sans-Ears portait dans sa cartouchière, sans que nous nous en doutions, une véritable petite fortune. Cette scène évo-qua dans mon esprit ma première rencontre avec lui. Au cours de notre conversation, il avait fait allusion, en passant, aux nombreux filons qu’il connaissait dans les montagnes et qui suf-firaient, avait-il ajouté, à l’enrichir, lui et ses amis, s’il voulait seulement en ramasser les pépites. Mais Sam ne se souciait nul-lement de faire fortune.

Le garçon apporta enfin les verres et nous goutâmes à la bière. À la vérité, je dois dire que si nous étions venus directe-ment de la savane sans avoir dégusté les vins et liqueurs de l’excellente cave de doña Elvira, cette ale nous aurait paru très buvable. Mais cette incursion dans les boissons de haut goût à San Francisco, pour brève qu’elle eût été, avait rendu notre pa-lais difficile. Sans être experts en la matière, nous n’eûmes pas de peine à constater que cette prétendue bière de Burton était tout simplement faite sur place, avec des herbes de la région. La tromperie sur marchandise était manifeste, et, par surcroît, le prix de trois dollars la bouteille était un vol éhonté et le bénéfice prodigieux. Sans être chercheur d’or, notre aubergiste avait trouvé, dans sa vente, le meilleur filon de Yellow Watergrounds.

En attendant, sa curiosité avait été trop piquée à vif par les vagues explications de Sam sur le miraculeux filon d’or. Voulant en apprendre plus long, il vint s’asseoir à une table voisine de la nôtre pour chercher à faire parler Sam.

– À propos, sir, ce filon dont vous parlez, est-il loin d’ici ?

 

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– De quel filon parlez-vous ? J’en connais quatre ou cinq.

– Quatre ou cinq ? Oh ! par exemple. Mais que venez-vous chercher alors dans cette damnée vallée dont tous les gisements sont à peu près taris ? Et quelle imprudence de planter là vos fi-lons ! D’autres peuvent les découvrir à leur tour et rafler jusqu’au dernier nugget.

– N’ayez crainte, cher monsieur, j’ai pris mes précautions.

– Vous ne vendriez pas un de vos filons ?

– Je ne connais personne avec des moyens suffisants pour l’acheter. Il faudrait compter le prix d’une cinquantaine de quin-taux d’or.

– Sacrebleu ! mais alors pourquoi ne fonderiez-vous pas une société pour l’exploitation de vos filons. Quatre ou cinq per-sonnes, en réunissant leurs fonds, pourraient bien réunir le ca-pital nécessaire. Je me fais fort de trouver l’argent si vous me fournissez la garantie que le jeu en vaut la chandelle.

– Ce serait intéressant, dit Sam sans se départir de son flegme.

– Je connais justement plusieurs hommes susceptibles de s’intéresser à une société de ce genre. Par exemple un certain Alain Marshall, venu ici il y a quelque temps avec quelques mil-liers de dollars et qui est parti, il y a deux ou trois jours seule-ment, la bourse bien garnie. En voilà un qui s’y entend aux af-faires.

– Vous le connaissez bien ?

– Très bien. D’ailleurs un employé congédié par lui est en-core à Yellow Watergrounds. Il m’a expliqué comment prati-quait son ancien patron. Il revendait la poussière et les petites pépites à un grand établissement de Sacramento. Quant aux gros cailloux, il les enfouissait sous terre, dans sa tente. L’autre jour, il est parti à l’improviste, sans avoir prévenu personne.

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– Et vous n’avez pas idée du lieu où il s’est rendu ?

– Pas du tout. J’ai dû répondre de la même façon aux trois types qui le cherchaient avant-hier.

– Trois types, dites-vous ?

– Oui, deux blancs et un mulâtre. Ils m’ont paru très déçus d’apprendre que Marshall n’était plus ici. Ils se sont fait mon-trer l’emplacement de sa tente, ont fureté tout autour et ont même longtemps examiné un morceau de papier qu’ils y ont trouvé. Mais, au fait, cela semble beaucoup vous intéresser ? Connaîtriez-vous Marshall ou ses visiteurs ?

– Un peu, dit Sam, toujours du même ton nonchalant. Ces gens si curieux vous ont-ils dit où ils allaient en quittant Yellow Watergrounds ?

– Ils m’ont demandé le chemin de la vallée du Short Rivu-let. Je le leur ai indiqué, et ils sont partis le soir même.

– Je doute fort qu’ils trouvent cette vallée, même avec vos explications.

– Vous connaissez l’endroit ?

– Parfaitement. À propos, où se trouve l’emplacement de la tente de Marshall ?

– On le voit d’ici, par la porte. Tenez, là, à droite, près de ce talus couvert d’arbustes. La trace du foyer est encore très vi-sible.

– Et son ancien employé, comment s’appelle-t-il ?

– Fred Buller. Il travaille au deuxième plazer à gauche, en descendant la rivière.

Je fis signe à Bernard et, laissant Sam continuer son entre-tien avec l’aubergiste, nous partîmes tous deux vers l’endroit in-diqué.

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Deux hommes y travaillaient, à l’écart des autres.

– Bonjour, Messieurs. Nous voudrions parler à M. Buller. Est-il ici ?

– Yes, sir, répondit l’un d’eux. C’est moi.

– Pourriez-vous nous consacrer quelques minutes ? Nous avons à vous parler.

– Peut-être, répondit Buller d’un air bourru. Mais ici le temps est précieux. Chaque minute sans travail signifie une perte d’argent.

– Très juste. Combien demandez-vous pour dix minutes d’entretien ?

– Trois dollars.

– Les voici, dit Marshall en lui tendant la somme deman-dée.

– Thank you ! sir, je vois que j’ai affaire à des gentlemen.

– Vous en serez encore mieux convaincu, déclarai-je pour le mettre en appétit, lorsque vous aurez répondu à nos ques-tions.

– Well, sir, je vous écoute.

L’homme me semblait être un filou fieffé. Comment gagner sa confiance sinon en lui laissant croire que nous étions de son milieu ?

– Ce que j’ai à vous dire est un peu confidentiel, fis-je d’un air entendu.

Butler nous examinait non sans méfiance.

– Dites donc, vous me semblez bougrement armés.

 

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– Nous avons en effet des armes redoutables pour nos en-nemis et des pièces sonnantes et trébuchantes pour nos amis.

– C’est bon, je vous suis.

Buller sortit de l’eau, où il plongeait jusqu’aux genoux, comme l’exigeait son travail, et nous fîmes quelques pas en-semble pour nous mettre à l’écart.

– Est-il vrai que trois hommes sont venus vous voir hier ?

– C’est exact.

– Deux blancs et un mulâtre ?

– C’est ça. Pourquoi ?

– Les deux blancs étaient le père et le fils ?

– Oui. Quant au mulâtre, c’est un de mes amis et des nôtres, comme je pense.

Un souvenir me traversa l’esprit en éclair. J’ajoutai :

– Porte-t-il une balafre sur la joue droite ? Si oui, je le con-nais.

– Ah ! bien, vous connaissez le capit…, je veux dire Mr. Shelley.

– Nous avons fait autrefois des affaires ensemble, et nous voudrions savoir où il est.

– Je regrette, Messieurs, je l’ignore moi-même.

Je le fixai pendant qu’il parlait : il semblait sincère. Je poursuivis :

– Qu’est-ce qu’il vous voulait au juste ?

– Je crains, sir, que les dix minutes soient déjà écoulées.

 

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– Pas encore. D’ailleurs, pour rafraîchir votre mémoire, je vous dirai qu’il venait vous demander des renseignements sur votre ancien patron, Alain Marshall. Cessez d’être réticent et, à la fin de notre entretien, vous toucherez encore cinq dollars.

Déjà Marshall avait sorti un billet de sa poche et le lui ten-dit.

– Merci, Messieurs. Vous êtes bien plus réguliers que les Morgan et Shelley et vous en aurez pour votre argent. D’ailleurs, si vous avez travaillé avec Shelley, vous devez savoir que ce n’est pas un type commode et qu’il est ladre par-dessus le marché.

– Et comment ! dis-je en riant.

– En tout cas, poursuivit Buller je ne sais pas où sont allés les trois types ; tout ce que j’ai remarqué, c’est qu’ils ont cherché longuement sur l’emplacement de la tente de Marshall et qu’ils y ont ramassé un papier. Or, si Shelley s’était montré plus chic à mon égard, je lui en aurais montré d’autres, et bien plus intéres-sants que tout ce qu’il a pu trouver.

– De quels papiers s’agit-il ? demandai-je.

– De lettres, répondit Buller.

– Écrites par qui et à qui ?

L’homme eut un sourire rusé.

– Je vous le dirai quand je verrai que la chose vous inté-resse vraiment.

– Allons, ne faites pas d’histoires. C’est combien ?

– Cent dollars.

– Voyez-vous ça ! Vous interceptez les lettres de votre pa-tron pour les vendre au capitaine. Comme celui-ci vous offre trop peu, vous les gardez, en vous disant que ce qui avait de la valeur pour Shelley peut en avoir aussi par ailleurs. Je vous

– 311 – l’assure, tout cela pourrait bien finir par mal tourner pour vous. Je vous en offre cinquante dollars, c’est à prendre ou à laisser.

J’avais lancé mon accusation à tout hasard, mais la réac-tion du lascar me prouva que j’avais touché juste.

– Je vois maintenant que vous avez été à l’école du capi-taine, dit Buller. Puisqu’il en est ainsi, je ne marchanderai pas. Ça va pour cinquante dollars. Venez chez moi.

Le « chez moi » de Buller était une misérable hutte de terre recouverte, en guise de toit, d’une couverture de lit. L’homme sortit d’un tas hétéroclite un paquet enveloppé dans un vieux chiffon. Il en tira deux feuilles de papier et me les mit sous les yeux. Comme je voulais les prendre, il retira la main.

– Vous êtes trop pressé, sir. C’est donnant donnant.

– Sans doute, mais auparavant il faut que je voie à qui elles sont adressées.

– D’accord, dit Buller. Je garde les lettres à la main. Regar-dez, s’il vous plaît.

J’y jetai un coup d’œil : c’étaient bien des lettres d’Alain, et elles étaient adressées à son père, dont il ne pouvait encore soupçonner la mort.

– Ça va, dis-je. Donnez-lui l’argent, Bernard.

Mon ami compta aussitôt à Buller les cinquante dollars, mais non sans dissimuler une colère bien légitime, et je pris possession des précieux documents.

Cependant, comme le sacripant glissait dans le paquet la somme rondelette si prestement gagnée, nous eûmes le temps d’apercevoir, parmi les autres objets, une montre au boîtier d’or massif. Bernard tressaillit et, d’un geste rapide, il s’en saisit avant que Buller ait pu l’en empêcher.

 

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– Rendez-moi ma montre, cria Buller, soudain furieux.

– Je voulais voir quelle heure il est, dit Bernard.

– Elle ne marche pas, fit Buller de plus en plus furieux. Monsieur, la plaisanterie a assez duré.

– Minute ! m’écriai-je. Si cette montre ne peut pas nous renseigner sur l’heure qu’il est, elle nous révélera peut-être l’identité de son propriétaire.

– C’est la montre d’Alain ! s’écria Bernard.

– Vous entendez, ajoutai-je en élevant la voix, ce gentle-man est le frère du propriétaire de cette montre. Serait-il trop indiscret de vous demander comment elle se trouve entre vos mains ?

– M. Marshall m’en a fait cadeau, répondit Buller non sans embarras.

– Vous mentez, s’écria Bernard. Cette montre est un sou-venir de famille, et mon frère n’aurait jamais eu l’idée de l’offrir à un employé.

– Très bien, Bernard. Mais, s’il en est ainsi, il ne faut pas nous en tenir là dans nos recherches. Regardez un peu si vous ne trouvez rien d’autre qui puisse nous intéresser, pendant que je m’occuperai de notre homme.

Et je saisis si solidement Buller par les bras que, renonçant à toute tentative de résistance, il se contenta de rouler des re-gards haineux qui allaient sans cesse de Bernard à moi et inver-sement. Et, d’une voix furieuse, il s’écria :

– Qui êtes-vous et de quel droit fouillez-vous ma hutte ? Je vais appeler au secours et vous serez lynchés.

 

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– Vous plaisantez, jeune homme, lui dis-je. Assez de me-naces ! Tenez-vous bien sage. Si vous criez, je vais serrer un peu plus fort, cela vous ôtera toute envie de recommencer.

Et, à l’étreinte de mon bras gauche sur ses bras allongés contre son corps, j’ajoutai celle de ma main droite qui enserrait le cou, ce qui le réduisait complètement à l’impuissance.

– Je n’ai rien trouvé d’intéressant, dit Bernard qui venait de terminer la perquisition.

– Eh bien ! dit Buller, lâchez-moi maintenant et rendez-moi ma montre.

– Doucement, doucement, fis-je, consultons d’abord mon camarade. Qu’en pensez-vous, Bernard ?

– Je pense qu’il a volé la montre à mon frère et qu’il doit me la rendre.

– C’est également mon avis. À vrai dire, il mériterait même d’être puni, mais nous saurons nous montrer généreux. Nous nous contenterons simplement de lui reprendre les cinquante, les cinq et les trois dollars. Tenez, faites-le pendant que je le tiens.

Buller eut beau se débattre comme un beau diable, il ne put empêcher Bernard de reprendre son argent. Et ce n’est qu’une fois la restitution accomplie que je desserrai mon étreinte et lui rendis la liberté.

Sans un mot, Buller se précipita hors de la hutte et courut comme un possédé dans la direction de l’auberge.

Nous le suivîmes sans trop nous presser. Mais, arrivés à quelque distance de l’auberge, nous entendîmes un vacarme épouvantable. Pressentant une bagarre nous fûmes, en quelques enjambées rapides, dans la cour. Nos chevaux étaient toujours attachés à proximité de l’entrée, mais Bob, qui devait les garder, avait disparu.

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La salle de l’auberge, dont la porte était béante, ressemblait à un véritable champ de bataille. Chaises et tables gisaient pêle-mêle. Dans un coin, Winnetou serrait d’une main la gorge de Bullet et, de l’autre, brandissait la crosse de son fusil, qu’il tenait par le canon.

Dans un autre coin, se trouvait Bob, son couteau à la main – qu’avait-il fait de son fusil ? – se débattant désespérément contre plusieurs agresseurs. Au milieu de la pièce se tenait Sam, qui, le fusil et le revolver braqués sur quatre ou cinq gaillards, dont l’aubergiste, les tenait ainsi en respect.

J’eus vite reconstitué la scène, telle qu’elle venait de se dé-rouler. Buller avait ameuté ses compagnons contre nous, et le patron, qui avait perdu tout espoir de conclure une bonne af-faire avec Sam, s’était joint aux agresseurs. Les diggers s’étaient lancés dans la bagarre avec d’autant plus de résolution qu’ils avaient pensé que le moment était venu de venger leur cama-rade mort et de faire main-basse sur la cartouchière aux pépites de Sam.

Mais, dans cette situation si critique pour nos amis, il fal-lait intervenir de la façon la plus judicieuse.

Comme Sam et Winnetou n’étaient pas en danger immé-diat, nous nous précipitâmes d’abord au secours de Bob.

– Ne tirez qu’à toute extrémité, criai-je à Bernard, frappez à coups de crosse.

Puis je me jetai dans la mêlée. Ce fut aussitôt une terrible pluie de coups de part et d’autre, mais, bientôt, la plupart des agresseurs de Bob étaient acculés dans un coin de la salle, et le nègre avait même réussi à récupérer son fusil. Comme un tigre, il fonça alors sur les deux ou trois chenapans qui continuaient à lui tenir tête. Par bonheur, les diggers n’étaient pas munis d’armes à feu.

Je me tournai alors vers Sam.

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– Lâchez votre fusil, Charlie, me cria-t-il. En avant les to-mahawks ! Frappez avec le dos de l’arme.

Dès lors, ce ne fut plus une bataille, mais un jeu. À peine avions-nous asséné quelques coups secs avec le dos de nos to-mahawks, sur le crâne des diggers, que toute la bande prenait la fuite, abandonnant en hurlant la salle, qui se vida comme par enchantement. Nous restâmes seuls avec l’aubergiste et Buller, que Winnetou tenait toujours prisonnier.

– Tu sais, Charlie, cet individu prétend que tu lui as volé sa montre et son portefeuille ? m’interpela alors Sam.

– Quel toupet ! C’est lui, au contraire, qui a volé les lettres du frère de Bernard, et sa montre par-dessus le marché.

– Et, malgré cela, tu l’as encore laissé courir, me reprocha Sam. Mais, enfin, je ne veux pas me mêler de ces histoires-là. Par contre, il y a une chose que je ne suis pas près de pardonner à ce gredin : c’est d’avoir excité les diggers contre nous. Si vous n’étiez pas venus à temps, cette bande de vauriens m’aurait coupé pour la seconde fois les oreilles. Il va me payer ça.

– Voyons, Sam, tu ne vas tout de même pas le faire passer de vie à trépas, dis-je en regardant Buller, qui tremblait comme une feuille.

– Ce serait lui faire trop d’honneur, répondit Sans-Ears. Mais j’ai reçu dans la bagarre un coup un peu fort sur le nez ; et je goûte fort mal les plaisanteries de ce genre. Quand on n’a plus d’oreilles, on tient doublement à son appendice nasal. Ne le lâche pas, Winnetou !

Et, pendant que l’Apache serrait toujours vigoureusement le misérable, Sam tira son couteau et fit un pas vers eux. Un geste rapide de Sam, un hurlement de Buller : Sam lui avait tranché le bout du nez.

 

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– Voilà, dit-il, satisfait. Œil pour œil, nez pour nez. Main-tenant qu’il n’a plus de nez, il ne pourra plus le fourrer dans les affaires qui ne le regardent pas… Essayer de faire lyncher d’honnêtes chasseurs de l’Ouest, a-t-on jamais vu chose pa-reille ! Mais que devient notre cher aubergiste dans tout cela ? Approchez un peu, patron, j’ai comme une idée que votre nez est un peu plus long qu’il ne sied.

Cette aimable invitation n’eut guère le don de séduire l’aubergiste.

– J’espère, gentlemen, que vous n’aurez pas l’ingratitude d’oublier mon hospitalité. Je ne vous ai pas fait de mal et…

– Tatata ! faire payer trois dollars la bouteille l’infâme mix-ture que vous nous avez servie, c’est cela que vous appelez votre hospitalité.

– Mais, Messieurs, je suis disposé à vous rembourser ce que vous m’avez payé si ma boisson…

– Gardez votre argent, l’interrompit Sam avec mépris. Pour cette fois, je vous fais même cadeau de votre nez. Mais ne vous avisez pas de recommencer, sinon gare à vous, ou plutôt gare à quelque partie de votre répugnante personne ! Maintenant, par-tons.

Ces derniers mots, cependant, soulevèrent de violentes protestations de la part de Bob.

– Massa Sam vouloir déjà partir. Pas bien. Si massa Sam pas vouloir punir patron pour bière pleine d’esprit de sel don-née à Bob, alors, Bob vouloir le punir.

Il se saisit d’une bouteille, la déboucha et la tendit à l’aubergiste.

– Allez, verse tout ça maintenant dans estomac. Vite, si-non, Bob…

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Bon gré, mal gré, l’homme dut ingurgiter le contenu de la bouteille. Mais déjà Bob lui tendait une seconde.

– Une pas assez, bois deux !

Et le patron de s’exécuter, toujours tremblant.

– Deux pas assez, bois trois, fit Bob, tandis qu’il lui en ten-dait une troisième.

Et le nègre, impitoyable, s’acharna à lui faire vider l’une après l’autre cinq bouteilles de bière sans se soucier le moins du monde de ce que pouvait éprouver le cabaretier.

– Maintenant Bob content. Nous boire cinq bouteilles, lui boire cinq bouteilles. Nous consommer quinze dollars, lui con-sommer quinze dollars. Nous avoir crampes dans estomac, lui avoir crampes dans estomac. Bob lui donné une bonne leçon.

Nous n’avions plus rien à faire dans cette auberge. Winne-tou lâcha enfin Bullet. Celui-ci, qui n’avait fait que gémir pen-dant toute la scène, fit entendre alors un hurlement féroce et se précipita au dehors. Nous sortîmes. Nous fûmes bientôt en selle et partîmes au galop.

Il était grand temps, car une quarantaine de diggers, aler-tés par l’aubergiste et ses acolytes, s’étaient à la hâte armés de fusils et de carabines et s’avançaient dans la direction du caba-ret, en proférant d’horribles menaces. Les premiers de la bande lâchèrent même quelques coups de feu sur nous, mais sans at-teindre personne. Grâce à nos excellentes montures, nous étions déjà hors de portée, et nous pûmes gagner sans encombre les bords du Sacramento.

– Où se trouve exactement Short Rivulet ? demanda Ber-nard.

– Pour le moment, remontons le fleuve, répondit laconi-quement Sam. Nous verrons ensuite.

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Après une heure de chevauchée, nous pûmes nous estimer hors d’atteinte des aventuriers de Yellow Watergrounds.

– Faisons halte, proposa Bernard, je brûle d’impatience de lire les lettres de mon frère.

Nous accédâmes à son désir et mîmes pied à terre. Marshall tira les lettres de sa poche, en commença la lecture.

– Elles sont récentes et ne manquent pas d’intérêt, dit-il, après les avoir parcourues rapidement. Alain se plaint de notre silence, dont il ne peut s’expliquer la raison. Voici le passage le plus intéressant, concernant ses projets de départ d’ici.

» Je me propose de quitter prochainement Yellow Water-grounds, où j’ai pu faire quelques bonnes affaires, mais où la plus grande partie des filons semble tarie. D’autre part, la route de San Francisco et du Sacramento, par où j’expédie mes trans-ports d’or, est de moins en moins sûre. Même ici, je me sens en-touré de bravos et, pour leur échapper, je compte filer à l’improviste et sans laisser d’adresse.

» J’irai d’abord dans la vallée du Short Rivulet avec une centaine de livres de pépites. Il y a là-bas de nombreux filons dont l’exploitation ne fait que commencer. J’y resterai un mois, puis, en descendant le Lynn, je gagnerai Port-Humboldt et, de là, par bateau, San-Francisco. »

– Fort bien, observa Sam, mais maintenant les Morgan sa-vent, eux aussi, qu’Alain s’est dirigé vers le Short Rivulet. Du moins, c’est ce que j’ai cru conclure de votre récit.

– Malheureusement, c’est très vraisemblable, dit Bernard. Buller, qui a volé ces lettres, a dû bavarder, et, d’autre part, il est à peu près sûr que les Morgan ont trouvé quelques indices sur l’emplacement de la tente de mon frère. Que contenait, par exemple, le papier qu’ils y ont ramassé ? Une autre preuve qu’ils sont au courant de la direction de son voyage, c’est qu’ils ont

 

– 319 – demandé à l’aubergiste le chemin du Short Rivulet. Mais j’ai trouvé encore un passage intéressant, écoutez-le.

» Je pense me passer de toute escorte, car j’ai pu me procu-rer d’excellentes cartes de la région, grâce auxquelles j’ai établi un itinéraire très précis. »

– Qui sait, c’est peut-être une note sur ce plan qu’ont trou-vé les bandits, dit Sam, pensif. Quoi qu’il en soit, votre frère a tort de se fier entièrement aux cartes : un homme de l’Ouest ne commettrait pas pareille imprudence. Le voyage par lui-même, enfin, est assez risqué, car il faut traverser les territoires de chasse des Shoshones et…

– Cette tribu est-elle aussi redoutable que celle des Co-manches ? demanda Bernard.

– Tous les Indiens sont les mêmes, répondit Sam. Bons pour les amis et impitoyables pour les ennemis. Mais j’ai passé jadis quelque temps parmi eux et tous les Snake Indsmen – c’est le nom qu’on leur donne – connaissent Sans-Ears, au moins de réputation.

– Le chef des Apaches connaît, lui aussi, les Shoshones, dit Winnetou de sa voix grave. Les guerriers de cette tribu sont cou-rageux et loyaux et ils seront contents de revoir Winnetou qui a souvent fumé le calumet de paix avec eux.

C’est guidés par le chef des Apaches, qui connaissait fort bien la région, que nous nous remîmes en marche. Bientôt nous laissâmes derrière nous la vallée du Sacramento, et nous nous engageâmes sur les hauteurs de San-José, de façon à raccourcir sensiblement notre chemin. Aussi, malgré l’avance de deux jours que les bandits avaient sur nous, nous pouvions espérer les devancer, à condition d’aller à marche forcée.

Après plusieurs journées de voyage, à travers des mon-tagnes abruptes, couvertes d’épaisses forêts, durant lesquelles nous ne nous accordâmes que de très courts repos, nous attei-

– 320 – gnîmes un plateau, où étincelait le miroir argenté d’un lac im-mense. Les chasseurs appellent cette vaste nappe d’eau du nom de « Black Eye », « Œil Noir ». C’est ainsi qu’il apparaît, en ef-fet, dès que le soleil s’apprête à disparaître à l’horizon. Plusieurs petites rivières, dont le Short Rivulet, viennent grossir ses eaux profondes, qui lancent, la nuit, comme des lueurs phosphores-centes, quand elles sont agitées par le vent du soir.

Le soleil disparaissait déjà derrière d’épais nuages lorsque nous en atteignîmes les bords.

– Continuons-nous notre marche ? demanda Bernard, qui avait hâte de retrouver son frère.

– Mes frères camperont ici cette nuit, dit Winnetou d’un ton qui ne souffrait pas de réplique. On ne pourrait qu’aller à l’aventure en pleine nuit, et nous ne manquerions pas de nous égarer.

– Winnetou a raison, acquiesça Sam. Cette route n’est pas de celles que l’on puisse suivre à tâtons. Par contre, ici, le sol est recouvert d’une mousse épaisse, et nous pourrons y dormir merveilleusement. L’herbe pour les chevaux ne manque pas non plus, et je puis vous assurer que l’eau du lac est d’une fraîcheur exquise.

Devant tous ces arguments, Bernard renonça, malgré son impatience fébrile, à poursuivre son voyage. Après avoir choisi un endroit propice, nous allumâmes un feu de camp et fîmes, quelques instants après, le plus grand honneur à un délicieux dindon sauvage, tué par Bob dans la journée – le premier ex-ploit cynégétique de notre brave compagnon noir qui vaille la peine d’être mentionné, – puis nous nous étendîmes sur la mousse.

Le lendemain matin nous fûmes réveillés, aux premières lueurs de l’aube, par Marshall, dont l’inquiétude était telle qu’il n’avait guère fermé les yeux de la nuit. Nous sautâmes aussitôt

– 321 – sur nos chevaux et, après un rapide galop, nous entrâmes dans la vallée du Short Rivulet.

C’était un petit cours d’eau alimenté par quelques sources de montagne. Dans la saison chaude, il était certainement à sec, mais, à cette époque de l’année, il commençait déjà à rouler des eaux assez vives.

Nous remontâmes le cours de la rivière sur une longueur de plusieurs milles. Puis, brusquement, après en avoir franchi un coude assez prononcé, nous nous trouvâmes en vue d’un campement.

Un spectacle désolant ne tarda pas à s’offrir à nos yeux, au fur et à mesure que nous nous approchions. Les tentes, en par-tie détruites, en partie brûlées, ne laissaient aucun doute sur les événements qui s’étaient déroulés sur cet emplacement. Par-tout, on y pouvait voir les traces, encore toutes récentes, d’un combat violent.

Les chercheurs d’or qui y avaient fait halte avaient été atta-qués par une bande de pirates de la steppe. Nous arrivions trop tard !

 

– 322 –