La Saison barbare
Portland, Maine, mercredi
Il avait fallu tout terminer puisqu’elle ne pouvait pas retourner dans la cuisine pour y jeter les restes. Le lait commençait à tourner, exhalant une odeur aigre de vomi de bébé. La terre incrustée au pied du céleri lui avait longtemps agacé les dents.
Où avait-elle passé ces trois derniers jours ? Elle n’en avait conservé aucun souvenir si ce n’était d’avoir rampé à plusieurs reprises vers le meuble en bois sombre afin d’en tirer une nouvelle bouteille. Sans doute avait-elle été malade. Une large tache malodorante jaunissait en coulée le bord du couvre-lit d’inspiration quaker.
Elle avait souvent glissé vers « avant ». Avant Marie, avant ici, avant maintenant. Pourtant, grâce à toutes ces années de dressage, elle avait un jour presque réussi à se convaincre, se rassurer : elle était de taille à maintenir close la lourde porte qui bouclait ses pires souvenirs dehors, à l’extérieur d’elle ou peut-être dans un recoin à peu près indolore. Rien à foutre de leur localisation pourvu qu’ils cessent de faire mal. Ce leurre n’avait pas résisté à l’analyse. En réalité, c’était Marie. Seule Marie avait été capable de peser de tout son poids de bébé, de petit enfant, puis de jeune fille pour bouter les germes passés de la terreur hors les neurones de sa mère. Marie était la porte, la Porte à Mémoire. Elle était l’armure. Léonora se retrouvait si vulnérable, la chair exposée, la mémoire à vif.
Léonora caressa du bout de l’index la photo qu’elle avait tant embrassée qu’une pellicule de salive sèche en atténuait les contours. Marie. Marie bronzée en short, son bras encerclant la taille de sa mère. Marie hurlant d’un rire maintenant figé, sans cause repérable sur la photo. De quoi riait-elle ? Mince, comment avait-elle pu oublier ce qui avait, juste à ce moment-là, provoqué la folle hilarité de sa fille, ce qui avait renversé sa tête, découvert ses dents en arrondissant ses lèvres ? D’un autre côté, Marie riait de tout et de rien, des mouettes qui miaulaient en frôlant les têtes des promeneurs, de ses cheveux fins et bouclés que le vent dressait sur son crâne, du sable qui crissait dans sa bouche.
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Ce soir-là, Léonora avait serré les mâchoires jusqu’à sentir la couche d’émail qui recouvrait ses molaires s’effriter. Elle était arrivée un peu plus tôt à la clinique, un petit établissement situé non loin de la place d’Italie, sa chemise de nuit et son nécessaire de toilette rangé dans un sac en toile cirée écossaise. L’animation qui débordait jusque dans le couloir l’avait pétrifiée. On aurait cru que toutes les femmes enceintes du coin s’étaient donné le mot pour accoucher en même temps. Un truc à voir avec la prochaine pleine lune lui avait expliqué d’un ton docte l’une de ses voisines.
Elle était seule et c’était aussi bien ainsi. À l’époque, sa force se concentrait dans la solitude de sa tête. Elle se repliait sur elle-même, se tassait en boule dans son cerveau, minuscule univers de résistance, sans aspérité, sans prise réservée à l’extérieur. C’était après Josefa. La seule parade qu’elle eut trouvée pour fuir son porc de veuf tout en restant là où il exigeait qu’elle fût. À la cuisine, au poulailler, devant la table à repasser ou allongée, les cuisses écartées.
Les filles comme elles, trop jeunes, démunies d’argent, de mots ou d’aplomb, sans grosse voix de mari, sans débit péremptoire de mère comme soutien ne pouvaient pas prétendre à grand-chose, aussi n’avait-elle rien exigé. Soulagée déjà qu’une infirmière débordée lui lance en courant que « tout ira bien, mon petit. Installez-vous sur la civière. Commencez à vous déshabiller, ça nous avancera ». Il y avait une telle assurance dans cette phrase que Léonora avait vraiment cru qu’elle s’adressait à elle en particulier, à son ventre qui lâchait. Elle avait d’abord jeté un regard inquiet autour d’elle. Mais les gens passaient dans le couloir sans même la déceler. Elle avait enfilé sa chemise de nuit en se tournant vers le mur pour dissimuler ses seins.
Rien n’avait été, bien sûr. Bassin trop étroit, bébé trop lourd. Huit heures. L’accouchement avait duré huit heures. Au début, ce déchirement juste sous son nombril, qui la disloquait, l’avait surprise, paniquée. Ensuite, elle avait eu mal, si mal, rien d’autre. Les hurlements d’une femme entre deux âges, sans doute épuisée, mais que Léonora avait détestée durant des années. La sage-femme qui barrissait : « Mais enfin, poussez ! » comme si elle allait la gifler. Le médecin qui passait parfois la tête par l’entrebâillement de la porte, haussant juste les sourcils en signe d’interrogation et la femme qui répondait : « On s’en sort pas, ça risque de déraper. » Toutes les fibres de son corps qui se hérissaient sous la souffrance, l’impression de membranes qui se déchiraient les unes derrière les autres pour tenter de délivrer le bébé. Un truc qui coulait le long de sa cuisse, la sueur qui trempait le drap sous elle, puis la sage-femme décidant tout haut :
— Bon, là, il faut qu’il sorte.
Léonora avait bien tenté de protester lorsque la femme corpulente s’était assise à califourchon sous ses seins. Mais elle était si loin dans cette sorte de coma douloureux, épuisée aussi. Elle avait vaguement essayé de repousser le volumineux derrière de la femme qui l’étouffait, mais l’autre avait glapi :
— Si tu crois que ça m’amuse, ma cocotte ! Bon allez, on le sort… il faut qu’il vienne et vite. Pousse, bordel, pousse !
Léonora avait songé, à ce moment-là, que rien de ce qu’elle vivrait ensuite ne pourrait être pire que ces heures interminables. Cette idée l’avait étrangement soulagée, comme si elle impliquait, en toute logique, qu’elle venait d’abandonner sa provision de « pire » derrière elle. Elle avait tort. Pour pas mal de raisons dont l’une évidente : dès que Marie avait avalé sa première goulée d’air personnelle, sans l’aide du sang de sa mère, toute cette souffrance, tout ce coma s’étaient soudain dilués. Le premier hurlement de Marie l’avait fait sangloter de satisfaction, de triomphe aussi. Son premier, son unique triomphe.
La sage-femme avait dessellé d’elle en soupirant :
— Ben c’est pas dommage. Une fille. Comment s’appelle la mignonne ?
Léonora avait bafouillé :
— Marie… Marie Louvier.
— Y a pas de père ? avait rétorqué l’autre, mi-désolée, mi-agacée.
— Non.
Un joli nom, Louvier. Un nom qu’elle devait à la rue dans laquelle on l’avait laissée un soir. La rue de l’orphelinat, rue de la Louvière. Quant au Léonora, c’était parce qu’il y avait déjà une petite Léone et une maigrelette Eléonore à son arrivée dans l’institution, preuve de la tendresse d’une des sœurs pour son Léon de père, décédé quelques années auparavant d’un manque d’envie de poursuivre sa vie. La religieuse leur avait un jour conté qu’il avait laissé un de ses avant-bras d’adolescent durant la Grande Guerre pour perdre toutes ses illusions sur la gloire de l’Homme lors de la seconde, la deuxième mutilation l’ayant plus définitivement ravagé que la première.
Léonora était ressortie le lendemain soir de la clinique. Alors qu’elle attendait l’autobus — la petite chose trop fragile et vagissante plaquée, encore, contre son ventre — lui était tombée dessus une étrange certitude. Ces quelques heures avaient été le catalyseur d’une transmutation. Une sorte d’Œuvre alchimique s’était opérée en elle, à son insu, mettant à sac cette économie d’elle-même, cette pingrerie de courage qui l’avait poussée à se tasser, à fuir ou à se rouler en boule de résistance lorsque la fuite lui semblait impossible. C’était cela, elle le sentait. L’insupportable versatilité de ses cellules humaines avait été remplacée par l’obstination tenace des minéraux. C’était cela, elle était devenue une sorte de rocher buté, un de ceux que l’on doit contourner parce qu’on ne peut ni les déplacer, ni les pulvériser.
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En arrière-plan, sur la photo, le grand monolithe d’un sombre granit arrogant se dressait au milieu de l’anse de Portland.
Curieux comme elle n’avait jamais remarqué à quel point sa fille était plus menue, plus fragile qu’elle. Plus petite aussi. Une bonne dizaine de centimètres. Sans doute parce qu’elle était si vive, comme le sont souvent les femmes de petite taille. Marie ne savait pas bouger simplement : elle occupait tout l’espace à la fois avec une frénésie joyeuse. L’ombre de ses gestes, l’écho de son passage imprégnait chaque recoin, se répercutait de mur en mur, générant ces sortes de traînées de lumière que certains photographes apprivoisent sur leurs clichés. « Mais arrête, tu me donnes le tournis », protestait parfois sa mère.
Elle. La mère de Marie. Que restait-il d’elle, Léonora, en dehors de cette appropriation qui en faisait le bien inaliénable de sa fille ? Pas grand-chose. Ça tombait pile : elle ne souhaitait aucune autre généalogie que celle qui la faisait exister à partir de Marie.
Léonora approcha la photo de son front et l’y pressa comme un remède.
Léonora avait emporté si peu de choses de France. À la vérité, ses possessions se limitaient à quelques ustensiles de cuisine, un peu de vaisselle, une valise de vêtements, cinq ou six livres. Rien de souhaitable, et encore moins de précieux à l’exclusion d’une paire de lunettes de dame à verres progressifs et de ce petit cadre en bois blanc qui protégeait une photo ancienne.
Une petite fille souriante, boutonnée jusqu’au cou dans un joli manteau blanc à col de fourrure claire, un bonnet cachant ses cheveux, ne découvrant que sa frange épaisse. La photo avait été colorisée, lui dessinant d’improbables pommettes bien rondes et roses et une petite bouche vermillon. L’enfant se tenait très droite, sans doute intimidée, sa menotte gantée nettement posée sur une table fleurie d’un gros bouquet de roses.
Une photo typique des années trente. Josefa. Le cliché avait-il été pris juste avant que ses parents ne fuient la Pologne ou après l’exil, lorsqu’ils avaient senti que rien de meilleur ne les attendait dans ce nouveau pays et surtout pas Dieu contrairement à ce qu’affirmait la légende consolatrice qui se ressassait dans les pays de l’Est ? « Dieu est en France. » Léonora n’avait jamais songé à le lui demander et elle s’en voulait terriblement aujourd’hui. C’était si coupable qu’elle se serait giflée de son manque de curiosité d’alors.
Existons-nous en dehors de ce qui nous entoure ? Existons-nous sans nos lieux, nos êtres, leurs gestes et leurs mots, les nôtres ? Existons-nous sans l’amour qu’ils nous donnent ou qu’ils nous imposent ? Existons-nous sans celui qui nous vient, même lorsqu’il est inopportun ?
Peut-être était-ce, en effet, la Pologne. Il devait faire très froid. L’enfant-Josefa portait un pantalon noir par-dessous une robe à carreaux, comme les petites filles d’antan.
Léonora repêcha dans la poche de son pantalon en laine noire la boîte de neuroleptiques. Merde, plus que deux. Ah merde… Cela signifiait qu’elle devrait bientôt remonter jusque dans sa chambre.
Elle libéra les deux comprimés bleu tendre de leur petite alvéole en aluminium et dévissa la bouteille de bourbon. Tiens, elle avait attaqué le bourbon, ce coup-ci. La menteuse alchimie qui se produisait entre l’alcool et les calmants produirait bientôt son effet. Elle l’attendit, se bagarrant contre la panique du manque qui la frôlait. Pas du manque de substance, elle n’en prenait pas depuis assez longtemps pour la subir déjà — plutôt du manque de cachette dans laquelle enfermer à nouveau son cerveau. Une petite cachette dont les parois intérieures étaient recouvertes d’une ouate étouffante. Son cerveau pouvait s’y cogner sans s’y déchirer tout à fait. H pouvait s’y blesser de souvenirs, y saigner de tant de peine sans démolir le reste de ses cellules. C’était peut-être cela au fond la fonction principale de ces petites pilules bleues : contraindre sournoisement le cerveau à survivre alors qu’il ne le souhaitait plus, lui ôter pour un temps son infini pouvoir de destruction sur le reste du corps.
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À nouveau la plainte stridente. Elle rattrapa de justesse la bouteille qu’elle avait failli lâcher. Non, pas encore Judith !
Une voix qu’elle ne connaissait pas. Une voix féminine, jeune, française, dont l’étouffement s’expliqua aussitôt par un reniflement. Une voix de beaucoup de larmes.
— Madame Louvier… euh… Morrison… je ne sais pas si vous vous souvenez de moi… je… Stéphanie Marolle… j’étais à l’enterrement de Marie. J’ai votre numéro de téléphone personnel parce qu’elle me l’avait confié au cas où… (des sanglots hachèrent la voix qui mourut pour quelques instants). J’étais sa voisine de palier et nous étions assez amies… je voulais vous dire… je ne sais pas s’il faut que je vous le dise… oh putain… je sais pas quoi faire. Ça tourne dans ma tête depuis le cimetière… Euh… il y avait quelqu’un chez elle ce soir-là… le soir où elle s’est suicidée… nos appartements sont mitoyens. Je… Je ne crois pas que Marie se soit suicidée. J’étais rentrée tard. J’ai gardé le chat… Tom.
Un gouffre. Un gouffre comme seul endroit préférable, vivable. Léonora était au bord, sondant sa profondeur.
La voix poursuivit :
— Je ne sais pas, moi… (un sanglot paniqué glissa jusqu’à Léonora :) Madame Louvier, répondez, je vous en prie.
Elle se rua vers le téléphone. Une sonnerie continue. La jeune femme dont elle était incapable de se remémorer les traits avait raccroché. Elle enfonça la touche de rappel automatique. « Numéro caché » s’afficha sur le minuscule écran à cristaux de l’appareil. Un anonymat pire qu’une blessure.
Elle lâcha le combiné en hurlant, tournant sur elle-même, cherchant des yeux… n’importe quoi, détruire, casser, blesser. Son poing fermé fila en direction de son visage, là, juste en face d’elle. Pas grave, elle ne s’était pas reconnue. Le choc du miroir qui explosait sous ses phalanges lui électrisa le bras, tétanisant son coude puis son épaule, incapable d’endiguer sa fureur. Léonora entendit à peine l’éclat du verre qui percutait le sol, se désintégrait en épaisses esquilles. Elle regarda, incertaine, le sang dévaler de ses doigts, d’abord blancs de la pression du choc, puis rouges, un rouge glorieux comme une revanche. De grosses taches en étoile, hésitantes, émouvantes de paresse embrassèrent le sol. Lentes.
Elle se laissa aller à genoux sur la moquette, regrettant un peu le retard de la douleur qui aurait déjà dû lui vriller la main, le bras.
Plus de sanglots, plus de hurlements, plus de coups de poing dans tous les objets dont le crime était de se trouver à sa portée.
Partie la terreur des lieux, la terreur de cet espace que Marie avait abandonné.
Envolée la consolation menteuse et meurtrière de son nid serré autour d’elle.
« Marie ne s’était pas suicidée » avait affirmé cette jeune femme. Ne rien conclure de cela, surtout, ne rien en déduire d’autre que ces mots pour l’instant, faute de quoi elle deviendrait tout à fait folle, c’était certain. Au demeurant, pourquoi la folie l’avait-elle frôlée pour la délaisser ensuite injustement ? Léonora s’offrait pourtant sans résistance.
Rejoindre cette jeune femme, Stéphanie. La retrouver. Écouter tous les autres mots qu’elle avait gardés.
Léonora se laissa tomber sur les fesses. Une question crétine lui traversa l’esprit : comment Stéphanie… comment ces trois personnes présentes cet après-midi-là, dans le couloir menant à la petite chapelle, avaient-elles découvert le lieu et l’heure de la crémation ? Léonora n’avait pensé à envoyer aucun faire-part et elle ignorait les noms des relations amicales ou professionnelles de sa fille. Puisque la peur bleue d’avoir à vider la baignoire l’avait tenue éloignée de l’appartement de Marie, elle n’avait pu chercher de carnet d’adresses. Du reste, même dans le cas contraire, y aurait-elle songé ? Pourquoi, comment ces trois personnes étaient-elles là ?
Judith. Judith saurait. Même si elle ne savait pas, elle trouverait. Judith et son obstination lorsqu’elle se mettait quelque chose en tête. Un embryon de soulagement. La simple mention du prénom de l’amie la détendit un peu.
Leur amitié avait été si solide, si permanente et de nature si cyclique. Au début, Léonora avait soulevé à bouts de bras la grande femme démolie, la portant, la traînant, s’acharnant à la faire revivre. Au fond, sans doute avait-elle puisé la force et la justification de sa propre sauvegarde dans les survies de Marie et de Judith. « Léonora-Moi-Je » n’était rien qui vaille la peine qu’on s’y arrête mais « Marie-Elle » et « Judith-Elle » devenaient essentielles, une sorte de label, mieux de mode d’emploi compréhensible de la vie. Faire survivre les deux autres justifiait la permanence de sa propre survie. À la mort de Don, au départ de Marie, la boucle s’était inversée à nouveau. Judith l’avait portée, la berçant, la houspillant, la contraignant. Car il y avait eu d’autres oscillations avant cela… trop long, trop pénible.
Léonora fixa le téléphone que sa chute avait projeté non loin d’elle. Elle ne parvenait qu’à le frôler du bout du majeur, même en étirant le bras au maximum, jusqu’à sentir les tendons de son épaule renâcler sous la torsion, les lèvres de la blessure de ses phalanges s’entrouvrir, le sang humecter à nouveau la peau éclatée.
Elle était fatiguée, épuisée. Avait-elle dormi tous ces jours suivis de toutes ces nuits ? Elle ne s’en souvenait pas, le coton dense de la camisole chimique ayant imperméabilisé son cerveau depuis la… depuis le départ de Marie.
Elle parvint enfin à se traîner et composa le numéro sans même réfléchir où elle posait l’index. Une voix ensommeillée lui répondit après d’interminables sonneries.
— Qui c’est ?
— Moi. Judith… je… je suis rentrée.
— À l’instant ? Mais il n’est même pas six heures du matin. Comment vas-tu ?
— Mal, très mal, c’est pas grave. Tu peux venir ?
— J’arrive chérie, donne-moi une demi-heure pour émerger… Oh… je suis si contente de t’entendre. Tu m’as vraiment foutu la trouille.
Léonora raccrocha en songeant que la vraie peur commençait maintenant. Judith l’ignorait encore.
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