La solution rouge

Gérard De Villiers · Chapitre 15 sur 19

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La solution rouge

Chapitre XV

 

Malko n’arrivait maintenant à tenir la tête hors de l’eau qu’en se redressant sur ses bras en extension. La douleur musculaire était encore supportable. Inlassablement, le faux bonze continuait à ajouter de l’eau…

Celle-ci clapotait déjà à la hauteur du menton de Malko. Sentant l’ankylose gagner ses bras, celui-ci, bloquant son souffle, plongea la tête sous l’eau, pour se reposer comme il l’avait déjà fait à plusieurs reprises.

Au moment où il remontait, quelque chose pesa soudain sur sa tête. Il crut qu’on avait posé un couvercle sur la baignoire avant de réaliser que c’était une main humaine ! Tout simplement, on était en train de le noyer. Bandant ses muscles, il tenta en vain de sortir la tête de l’eau. La panique le submergea. La noyade était une mort atroce. Il avait beau se répéter qu’ils avaient besoin de lui vivant, la pression se maintenait… Les poumons prêts à éclater, il ouvrit la bouche et avala plusieurs gorgées d’eau saumâtre, s’étranglant aussitôt. La trachée encombrée de liquide, il fut pris d’une effroyable quinte de toux et perdit connaissance.

Lorsqu’il revint à lui, encore hoquetant, il aperçut les cheveux gris de son « interrogateur » debout à côté de la baignoire. Malko était maintenu hors de l’eau par deux des jeunes gens au crâne rasé. Dès qu’ils le virent reprendre connaissance, ils le lâchèrent et il replongea sous la surface. Mais, cette fois, personne ne l’empêcha de ressortir la tête de l’eau. En équilibre sur ses bras tendus, il entendit la voix douce du Cambodgien aux cheveux gris.

– Votre interrogatoire a commencé. Je vous conseille d’être raisonnable. Qui sont vos complices dans la clique de Pailin ?

Les mots parvinrent faiblement à son cerveau. C’était évidemment la seule question à laquelle il ne pouvait pas répondre, mais il fallait gagner du temps.

– Demandez à Jane Baron, répondit-il.

L’interrogateur n’éleva pas la voix.

– Ne faites pas l’imbécile. Jane Baron est morte, nous l’avons exécutée et vous le savez très bien.

Une lueur furieuse traversa fugitivement les yeux noirs de son interlocuteur. Il jeta un ordre à un des jeunes bonzes qui, immédiatement, pesa sur les épaules de Malko.

De nouveau, ce fut la noyade, les poumons serrés, la poitrine prête à éclater, puis l’eau dans les bronches… Cette fois, ils le remontèrent avant qu’il n’ait perdu connaissance… Il s’ébrouait encore quand la seconde question tomba :

– Du côté des fantoches provietnamiens, qui sont ceux qui poussent à cet accord ?

– Je n’en sais rien.

De nouveau le rictus haineux, mais cette fois Malko n’eut pas droit à la noyade.

– Quand et où doit se signer le protocole consacrant la trahison des valets de l’impérialisme ? demanda le Khmer rouge d’un ton plutôt pompeux.

Si Malko n’avait pas été à moitié noyé, il aurait éclaté de rire… C’était une question à laquelle il pouvait répondre.

– Celui que vous avez torturé et assassiné à Siem Reap, Chang, devait m’apporter la réponse à cette question, dit-il. Je pense que cela devait se faire à Phnom Penh.

Cela, Ta-Mok le savait déjà…

– Et pourquoi ici et non pas à Bangkok, par exemple ? demanda l’interrogateur d’une voix doucereuse.

– Je ne sais pas.

L’explosion fut brève et violente.

– Menteur ! Sale Impérialiste ! hurla l’homme aux cheveux gris. Parce que les fantoches de Hun Sen ont réclamé la tête du camarade Ta-Mok ! Que vous allez leur remettre. Vous, un Américain !

Il se mit à vociférer en cambodgien et ses sbires replongèrent Malko dans l’eau. À nouveau l’horreur… Le temps lui parut infiniment long ; puis il émergea, encore un peu plus faible. Le petit Polpotiste avait continué à verser ses seaux et, maintenant, seules ses narines affleuraient hors de l’eau. Et encore, parce qu’il se maintenait en équilibre sur la pointe de ses doigts. Les chaînes entourant ses chevilles s’enfonçaient douloureusement dans sa chair, et la courroie reliant son torse au fond de la baignoire était tendue à craquer.

Enfin, il eut un peu de répit, un des Khmers rouges lui maintenant la tête hors de l’eau en le tirant par les cheveux.

Il avait honte, il se sentait un animal, une loque avec comme seule idée : ne pas suffoquer.

– Très bien, fit de son ton mielleux son interrogateur, vous êtes très stupide. Vous pensez que l’entraînement de la CIA vous a endurci pour toutes les épreuves, mais vous vous trompez… Vous allez mourir d’une façon particulièrement désagréable. Sauf si vous acceptez de collaborer à un accord.

– Comment ? cracha Malko, la bouche pleine d’eau.

– Je vous propose un échange : votre vie contre celle de cette Sopia Sen. Elle est plus coupable que vous, car il ne s’agit pas de votre peuple. Nous allons vous ramener à Phnom Penh et vous lui donnerez rendez-vous…

– Non, répondit Malko d’un ton ferme.

L’interrogateur referma posément son petit carnet et le remit dans la poche de sa chemise avec son stylo.

– Très bien, dit-il sans élever le ton.

Il lui tourna le dos et s’éloigna dans le couloir séparant les cellules. Celui qui tenait les cheveux de Malko les lâcha. Celui-ci plongea la tête dans l’eau et réussit tout juste à la redresser. On ne rajoutait plus d’eau… Les deux Polpotistes au crâne rasé le surveillaient avec intérêt. Dans quelques minutes, les muscles de ses bras allaient flancher et il enfoncerait son visage dans l’eau. Il réussirait sûrement à remonter deux ou trois fois. Mais la fatigue finirait par l’empêcher de se maintenir assez haut pour respirer.

À ce moment, comme l’avait prévu le Khmer rouge, il allait mourir comme un rat noyé dans un baquet.

 

Les pourparlers duraient depuis quatre heures au moins. La nuit était tombée et Sherry consacrait l’essentiel de son énergie à lutter contre les moustiques. Ils attaquaient par centaines, en vol vrombissant, cherchant chaque centimètre de peau nue. Avec terreur, elle se souvenait du dicton cambodgien : « Dans les Cardamomes, tout ce qui vole tue ! » Ces moustiques-là véhiculaient la forme de malaria la plus dangereuse, sans compter la dingue et la fièvre jaune…

Accroupis le long des murs, la Kalach entre les genoux, l’air mortellement sérieux et le regard fixé sur une modeste porte, des soldats adolescents semblaient ne pas sentir les piqûres. Certains grignotaient discrètement une banane ou un letchi. Ils paraissaient en mauvaise santé, moroses. Derrière la porte se trouvaient les principaux chefs de l’Angkar, ceux qui avaient soumis le Cambodge à un effroyable génocide… dix ans plus tôt.

Pol Pot en personne était arrivé dans une Range Rover blindée avec ses vingt gardes du corps, les yeux dissimulés derrière des lunettes noires. Seul, Ta-Mok manquait, et pour cause.

Sherry sursauta. La porte venait de se rouvrir sur un homme charmant et souriant, à la silhouette épaisse :

Khieu Sampan, le porte-parole des Khmers rouges et leur ministre itinérant des Affaires étrangères. Il vint s’asseoir à côté de la jeune Américaine et engagea la conversation en excellent anglais, évoquant ses souvenirs de New York, citant des restaurants qu’il fréquentait du temps où il siégeait aux Nations Unies. Au fond de cette jungle sauvage et inhospitalière, dans cette ambiance guerrière, c’était totalement surréaliste… Il s’excusa brusquement, un des gardes venait de chuchoter quelques mots à son oreille.

– Je dois vous quitter, dit-il.

Encore une demi-heure de palabres secrètes. Puis le marchand de rubis du marché Toutophom réapparut. Il alla échanger quelques mots avec Chieng, accroupi lui aussi dans un coin de la pièce. Le chauffeur s’approcha de Sherry et annonça :

– Tout va bien, nous repartirons demain matin très tôt pour arriver à Phnom Penh dans la soirée.

– Parfait, approuva Sherry, soulagée.

Elle n’osa pas demander ce qui s’était passé.

Khieu Sampan réapparut à son tour et glissa dans la main de la jeune Américaine un petit paquet avec un sourire ravi.

– Ceci est un modeste cadeau de la part du camarade Pol Pot, annonça-t-il. Il apprécie beaucoup le fait que vous soyez venue jusqu’ici et votre contribution à la réconciliation nationale. Nous considérons les États-Unis comme une grande puissance amicale.

Sherry regarda le paquet, tétanisée. C’est un peu comme si Hitler lui avait offert des boucles d’oreilles. Sous le regard paternel du Khmer rouge, elle l’ouvrit et retint un cri de stupéfaction.

C’était un rubis d’une eau admirable – sang de pigeon – de cinq ou six carats… Un cadeau princier. Elle croisa le regard amusé de Khieu Sampan.

– Cette région produit beaucoup de pierres précieuses, expliqua-t-il. Leur vente a servi à maintenir notre effort de guerre. Venez, je vais vous conduire à votre bungalow.

Elle sortit à sa suite. Le camp, en pleine jungle, au nord de Pailin, comportait de grands bâtiments de bois pour les soldats, un pavillon central et une douzaine de bungalows d’invités… Celui de Sherry était éclairé par une unique ampoule jaunâtre. Un seau d’eau faisait office de salle de bains. Khieu Sampan mit en route un ventilateur rouillé et la quitta avec un sourire.

– Bonne nuit et bon retour !

Restée seule, Sherry s’allongea sur le lit, contemplant son rubis. La tête lui tournait : tant de choses avaient basculé dans sa vie depuis qu’elle avait découvert le cadavre de Jane Baron. Elle se trouvait projetée dans un monde qu’elle avait à peine soupçonné, où les gentlemen pratiquaient la sodomie, où les criminels de guerre vous offraient des pierres précieuses et où les enfants amputés faisaient de l’espionnage.

Elle ferma les yeux, pensant à Malko. Instinctivement, elle commença à frotter ses cuisses légèrement l’une contre l’autre, revivant sa première étreinte avec lui. Certes, Sherry avait eu un certain nombre d’amants, mais n’avait ressenti avec aucun la violence de l’autre soir. Elle en frémissait encore d’une honte délicieuse, repensant au moment où il s’était emparé de ce qu’elle n’aurait jamais pensé offrir à un homme.

Un jour, elle avait lu dans un journal qu’un voyou avait sodomisé une femme et sa mère lui avait dit que des individus pareils devraient être castrés. Jamais, elle n’oserait lui raconter son aventure… Pourtant, en fermant les yeux, elle y pensait encore avec un trouble exquis. Tellement que, dès qu’elle eut posé la main sur le bas de son ventre, presque sans bouger les doigts, un picotement exquis monta de ses cuisses, suivi d’une secousse plus forte qui la laissa pantelante. Elle regarda vers la porte, honteuse, comme si quelqu’un avait pu surprendre son orgasme secret.

C’était bien la première fois qu’elle jouissait ainsi, sans même se caresser vraiment. Elle réalisa soudain que tout ce qu’elle souhaitait, c’était de retrouver son amant et de faire l’amour avec lui, de toutes les façons.

Pour être sûre qu’elle n’avait pas rêvé.

Elle allait compter les heures. Si seulement, elle avait eu un téléphone ! Mais elle se trouvait au bout du monde, en pleine jungle. De nouveau, elle ferma les yeux, se demandant ce que faisait Malko. En proie déjà à la jalousie. Il y avait tant de Cambodgiennes disponibles à Phnom Penh.

 

Malko ouvrit les yeux. Il était allongé à même le sol de la salle de torture, avec de nouveau les anneaux de fer aux chevilles. Sa poitrine le brûlait. Il était trempé et avait presque froid en dépit de la chaleur moite du sous-sol. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu’on l’avait arraché à la mort à la dernière seconde, alors qu’il avait coulé au fond de la sinistre baignoire.

Évidemment : mort, il ne servait plus à rien. Il se sentait tellement épuisé qu’il regretta presque qu’on ne l’ait pas laissé se noyer. Puis l’instinct de conservation reprit le dessus. Quelle nouvelle horreur l’attendait ?

Il avait perdu la notion du temps.

Quelqu’un se pencha sur lui et le saisit par les épaules. Il entendit un échange en cambodgien et aperçut dans son champ visuel l’interrogateur et un des « bonzes ». Les deux autres le mirent debout, le soutenant pour qu’il ne tombe pas. Avec ses fers, il ne pouvait se déplacer seul. On le traîna donc jusqu’au tabouret installé derrière l’établi, et on l’y assit. Puis, un de ses bourreaux lui saisit le poignet, le glissant de force dans l’étau.

Un tour de vis et il fut immobilisé, le métal mordant sa chair.

De l’autre côté, une plaque métallique forçait sa main à demeurer à plat, facilitant la tâche du tortionnaire. La conscience lui revenait et, avec elle, la peur ; on a beau se dire qu’on peut très bien vivre sans ongles, il y a un moment difficile à passer quand on commence à vous les arracher. Malko se concentra de toutes ses forces pour maîtriser les battements de son cœur et l’angoisse lui nouant l’estomac. Pensant et repensant à Alexandra, cherchant les moments d’extase qui pointaient hors de ses innombrables souvenirs érotiques.

Avec un ricanement, un des « bonzes » lui prit l’index et lui caressa l’ongle… Chez les Khmers rouges, on apprenait la cruauté avant l’alphabet… Il se demandait pourquoi ils ne commençaient pas la séance. Peut-être pour éprouver ses nerfs. Jusqu’au moment où il réalisa que le sinistre interrogateur n’était pas là… Ce qui lui donnait un faible répit.

 

Sopia Sen contemplait d’un air dégoûté ce qui restait du conducteur de cyclo-pousse. Il ne risquait pas de remonter en selle, les jambes brisées en plusieurs endroits. Le sang de ses blessures avait coulé de la table, inondant le carrelage, rouge par bonheur. L’hypothèse de Malko s’était révélée exacte : il faisait bien partie du réseau Ta-Mok à Phnom Penh. En qualité de messager, ce qui lui avait permis de connaître toutes les planques utilisées par les hommes de Ta-Mok. Évidemment, sa confession n’était pas sortie facilement…

– Dépêchez-vous !

Sopia houspillait les policiers vietnamiens en train de traîner la loque humaine à travers la pièce.

La révélation la plus importante de Tong était l’emplacement d’une prison secrète réservée aux « traîtres ». C’était là que Malko avait dû être emmené. Il était peut-être encore temps de le sauver.

On bascula le corps inanimé du cyclo dans le coffre de la Mercedes et Sopia Sen se glissa au volant. Dans son sac, il y avait un Colt 45 et les trois Vietnamiens étaient armés de pistolets. À Phnom Penh, les Polpotistes ne devaient pas disposer d’armement lourd… Comme un des Viets enfourchait sa Honda, Sopia l’arrêta.

– Venez dans la voiture, vous êtes trop reconnaissable avec ça.

Ils obéirent aussitôt et elle prit à droite, filant vers le sud de la ville, là où devait se trouver la prison. Si le cyclo avait menti, ils l’avaient sous la main pour un petit interrogatoire supplémentaire…

Pas un mot ne fut prononcé durant le trajet. La circulation devint rapidement fluide et des rizières entrecoupées de petits bois et de bananeraies remplacèrent les maisons. Sopia s’engagea dans un chemin longeant un canal d’irrigation, suivant les points de repère du cyclo. On était en pleine campagne, à cinq kilomètres de Phnom Penh. Soudain, la maison décrite par leur prisonnier apparut, très basse, avec son petit jardinet, et un gros banian dans le jardin.

– C’est là, dit Sopia, la gorge serrée.

Les Viets s’étaient tendus, on voyait les muscles jouer sous leurs mâchoires maigres. Les Khmers rouges avaient toujours été des adversaires redoutables, mais, là, ils bénéficiaient de la surprise…

La Mercedes s’arrêta et les quatre occupants jaillirent pratiquement ensemble des portières. Ce n’était plus le moment de finasser. Sopia pénétra la première dans le jardin. Au même moment, la porte s’ouvrit sur un jeune garçon vêtu comme un paysan, mais le crâne rasé… Il examina les intrus une seconde puis, sans dire un mot, et sans même tenter de refermer la porte, disparut à l’intérieur.

Ce fut probablement la plus mauvaise et en tout cas la dernière décision de sa vie.

Sopia, sans viser, se mit à tirer sur la silhouette qui avait plongé dans un escalier menant à un sous-sol. Les détonations firent trembler les murs de la cabane et les projectiles du Colt déchiquetèrent le dos du jeune homme qui atterrit, mort, au pied de l’escalier.

Les trois Vietnamiens bondirent sur ses talons comme des chats, pistolet au poing. Un autre crâne rasé se dressa devant eux, cherchant une arme. Un des Vietnamiens le foudroya d’une courte rafale de pistolet.

Ses deux compagnons arrivèrent au bout du couloir. À gauche se trouvait Malko, la main emprisonnée dans l’étau. À droite, un jeune homme fouillait dans une caisse. Il se redressa, une Kalachnikov au poing.

Il lui manqua une seconde pour actionner la culasse.

Les Vietnamiens tiraient comme des fous, sans réfléchir. Le Khmer rouge recula sous les impacts et s’effondra contre le mur, glissant lentement comme un pantin dont on coupe les fils. L’âcre odeur de la cordite rendait l’atmosphère irrespirable. Van Loc inspecta les cellules, toutes vides tandis que ses deux collègues achevaient les blessés en leur tirant une balle derrière l’oreille avec un sérieux d’expert-comptable. Sopia était en train de défaire l’étau maintenant la main de Malko qui parvint à lui sourire.

– Je crois que vous êtes arrivés à temps.

– Remerciez Sam, dit la jeune femme. C’est lui qui a retrouvé le cyclo-pousse.

Les Vietnamiens fouillaient tout, en commençant par les cadavres. Ils découvrirent des armes, des explosifs et un RPG 7 soigneusement enveloppé dans du papier huilé. Des traces de sang dans les cellules montraient qu’elles avaient été utilisées. Dix ans après leur départ de Phnom Penh, les Khmers rouges faisaient encore régner la terreur dans la capitale cambodgienne ! Les trois policiers s’approchèrent.

– Il n’y en avait pas d’autres ?

Malko pensa soudain à l’homme aux cheveux gris.

– Si, dit-il, sûrement le plus dangereux.

Sopia Sen échangea quelques mots avec Van Loc.

– Nous allons établir une planque, annonça-t-elle. Deux policiers vont rester ici et je vais vous ramener en ville, vous devez avoir besoin de vous reposer.

Il avait surtout mal aux chevilles et l’impression que tout son tube digestif le brûlait. Ils remontèrent à la surface et Sofia jeta quelques mots aux policiers. Ceux-ci ouvrirent le coffre. Malko s’approcha et frémit d’horreur : la loque sanglante tassée à l’intérieur bougeait faiblement.

Avec une exclamation de fureur, un des Vietnamiens sortit un pistolet, l’appuya contre la tempe du mourant et appuya deux fois sur la détente. Ensuite, il ne bougea plus…

À deux, ils sortirent le corps du coffre, le traînant jusqu’à la rizière proche. Sofia eut un ricanement assez cruel.

– Il va servir d’engrais ! C’est bien son tour.

On prétendait à Phnom Penh qu’au pied de chaque cocotier planté par les Polpotistes, il y avait un cadavre… Malko prit place dans la Mercedes qui s’éloigna de la ferme en cahotant.

Peut-être que l’homme aux cheveux gris reviendrait. Lui en savait sûrement beaucoup sur Ta-Mok. Sopia se tourna vers lui.

– Que voulaient-ils savoir ?

Il le lui dit et elle hocha la tête.

– Les gens de Pailin ont sous-estimé Ta-Mok. Il est le seul, apparemment, à posséder encore un réseau structuré à Phnom Penh. Et encore, nous ne savons pas tout.

– Que va-t-il se passer ?

– Ça dépend de Pailin. Ta-Mok n’ira sûrement pas là-bas, maintenant. Et il est difficile d’aller le chercher. J’ai peur que notre histoire s’arrête là, conclut-elle sombrement. Hun Sen ne peut pas tenir tête indéfiniment aux vieux crabes de Hanoï s’il n’a rien de concret à leur offrir.

– Pas de nouvelles de Chieng et de Sherry ?

– Aucune.

La tête lui tournait, il avait hâte de s’étendre dans un lit, de se soigner. Pourvu que Sherry réapparaisse. Avec de bonnes nouvelles.

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