La traversée des lumières
Chapitre 11 - Les hautes lumières
Chapitre 11
Les hautes lumières
La violence des policiers qui prirent la suite des Gardes rouges contrastait
avec la douceur et la lenteur qui caractérisaient le mode de vie des
bouddhistes et les messages portés par les moines et moniales qui
peuplaient Lhassa par milliers.
Lorsque Vadim rentra au consulat, il prévint son hôte de son départ
imminent pour le Mustang.
— Et vous comptez y aller comment sans repasser par une gare
chinoise ?
— À cheval.
— Par la montagne ? Mais il y en a pour deux mois au moins.
— Oui, deux mois, c’est bien peu dans une vie.
— Vous ne partez pas seul ?
— Si.
Vadim avait fait part de son projet à Sojyal.
— Sur le début de ton chemin, je t’indiquerai des lamaseries qui
t’accueilleront quand tu leur remettras ce mot de recommandation. Mais
ensuite il te faudra un guide pour atteindre le col de Chak à plus de 4 000
mètres d’altitude. Viens demain au Potara et demande à parler au maître des
chevaux. Je l’aurai prévenu. Il te donnera un jumli.
— C’est quoi, un jumli ?
— Un cheval originaire du territoire de Jumla, au Népal. Petit et trapu,
ce sont les meilleurs pour la montagne. Tu verras.
— Mais je ne puis accepter.
— C’est ma part. Pour que tu retrouves Kam.
Dans le bas du palais blanc du Potara, des écuries avec un accès direct à
la vallée accueillaient une centaine de chevaux.
Tenzin accueillit Vadim.
— Tu sais monter à cheval ?
— Oui. Un peu…
— Alors choisit un cheval et équipe-le. On va voir…
Vadim fit le tour des stalles et finit par choisir un cheval gris du nom de
Sikâri.
— Tu sais ce que veut dire ce nom ?
— Non.
— Dans la tradition népalaise, les sikâris sont les esprits de la forêt. Ils
dominent les animaux sauvages et vivent dans le tronc des arbres. Ils sont
craints des hommes. Tu ne peux pas prendre ce cheval car il a toujours
refusé d’être monté.
— Laisse-moi essayer.
Sogyal était arrivé et Tenzin lui fit part de la volonté de Vadim.
— Laisse-le faire. On va voir. Le cheval n’a rien à craindre.
— Mais l’homme oui.
— C’est son problème…
Le cheval fut amené dans un corral fermé et Vadim entra à sa suite.
Gris, le regard vif, incapable de rester calme, la bête ruait, se cabrait,
partait au galop ou virevoltait soudainement. Vadim s’assit au milieu du
corral et attendit, les yeux fermés. Les heures passèrent. Sikâri semblait
indifférent à Vadim et alternait des moments calmes, regardant au loin, et
des moments d’excitation.
— Vadim, nous allons déjeuner. Tu viens ? lui demanda Sogyal.
— Non, je reste là.
Tenzin voulut amener de l’eau au cheval mais Vadim refusa qu’il le fasse.
Quand les deux hommes revinrent, Vadim n’avait pas bougé. L’après-
midi se passa ainsi. Sogyal et le maître des chevaux étaient repartis à leurs
activités.
Alors que le soir tombait, le cheval petit à petit se calma et commença à
tourner autour de Vadim. Des apprentis cavaliers ayant achevé leurs leçons
entourèrent le corral, intrigués, ne cessant de rire et de parler. Vadim
entendait à la tonalité de leurs voix qu’ils se moquaient un peu de lui. Puis,
tout doucement, le cheval s’approcha de Vadim, la tête baissée vers le sol, et continua de s’avancer jusqu’à coller son front dans le dos du cavalier.
Vadim resta sans bouger. Sikâri commença par donner de petits coups de
tête comme pour attirer son attention puis finit par le contourner et lui faire
face, la tête toujours inclinée. Alors seulement Vadim ouvrit les yeux et vit
son reflet dans l’œil brun du cheval. Ce fut autour du jumli de fermer les
yeux. Vadim avança sa main contre sa joue, se leva doucement, caressa son
encolure jusqu’à sa crinière puis longea sa croupe. Enfin, la main gauche
empoignant la crinière et la droite posée sur son dos, il murmura à l’oreille
du cheval et grimpa sur la monture réputée indomptable.
— Sikâri, Sikâri, Sikâri ! crièrent les enfants en levant les bras.
Accoudé à la barrière, Sogyal souriait. Tenzin le salua mais son regard
était sévère.
— Que se passe-t‐il ? demanda Vadim au lama.
— Les enfants et Tenzin pensent que tu es un sikâri. Que tu domines les
bêtes sauvages. Tu leur fais peur. Qu’as-tu dit à ce cheval ?
— Que dans un autre temps j’ai aimé un autre représentant de son
espèce. Que s’il le voulait nous pouvions nous unir au point de ne devenir
qu’un. Que j’ai besoin de lui et que j’en prendrai soin. Ce cheval a été battu
lorsqu’il était très jeune. Il n’y a pas de cheval fou. Aux échecs le cheval et
le fou sont deux pièces différentes.
— Ce cheval est à toi, lui dit Sogyal. La légende gardera de toi que tu es
un sikâri. Tu seras craint pour cela.
— Mais je ne veux pas être craint.
— Tu en auras peut-être besoin pour traverser les montagnes et rejoindre
le Mustang. Tu as le droit d’être le premier sikâri bienveillant, lui dit‐il en
souriant.
Le Mustang est une enclave au sein du Népal avec un statut très
particulier. Aussi appelé le royaume de Lo, l’État népalais accepte que les
rites et traditions du royaume ancien y soient toujours vivants. C’est sans
doute l’un des lieux où le bouddhisme tibétain est pratiqué dans sa forme la
plus traditionnelle. C’est au Mustang que fut exfiltré le dalaï-lama lors de
l’invasion de Lhassa par les Gardes rouges chinois pour annexer le Tibet.
En s’engageant une nouvelle fois au cœur des montagnes himalayennes,
Vadim retrouva la joie éprouvée lors des grandes traversées précédentes.
Loin des vallées, ceux qui vivent sur le toit du monde seraient‐ils si près du
ciel que parfois ils y croisent les hautes lumières…
Suivant les conseils de Sogyal, il fit halte dans des monastères et des
ermitages où quelques lamas occupaient des cavernes rocheuses. De cette
période il adopta les pratiques bouddhistes sans en revendiquer la religion,
simplement pour être à l’unisson de ceux qui l’accueillaient.
Lorsqu’il arrivait quelque part, Vadim était toujours attendu. Aucun
étonnement chez ses hôtes et toujours une très grande déférence. Personne
n’osait s’approcher de son cheval qui pourtant semblait fasciner bien des
moines. Vadim se trouva très limité dans ses échanges car aucun de ses
interlocuteurs ne parlait anglais.
L’odeur qui régnait dans certains de ces lieux modestes était très
singulière, mélange des fumées de genévrier, de corps rarement lavés et du
beurre rance des lampes qui brûlaient.
Chaque matin, dès l’aube, il reprenait son chemin. Régulièrement, tels
des repères surgis de nulle part, des chörtens ponctuaient le sentier. Certains
maladroitement bâtis, prêts à s’effondrer, d’autres sublimes et représentant
l’équilibre parfait entre les ingrédients qui forment le cosmos : la base
carrée pour la terre, la coupole arrondie pour l’eau, l’ombrelle pour l’air, la
flèche triangulaire pour le feu et le soleil, la lune et la flamme pour l’éther.
Il chemina ainsi durant quatre semaines avant d’atteindre le dernier
monastère tibétain, à 3 900 mètres d’altitude. C’est là qu’il devait trouver
un guide pour passer la frontière et entrer au Mustang. À son arrivée,
plusieurs fois, les dungchens retentirent. Il aimait le son de ces longs cors
en bronze qu’il entendait également à chaque départ d’un lieu où il avait
passé nuit.
Ce soir-là, l’accueil des moines fut différent. Alignés debout dans leurs
tenues pourpres, ils étaient dans la cour intérieure d’un monastère aux
boiseries décorées, entourant un homme enveloppé dans une tunique safran
et assis sur un trône en bois.
À l’arrivée de Vadim, l’homme se leva, quatre moines firent retentir des
tambours dont la toile était teinte en vert et, une nouvelle fois, très
longuement les dungchens résonnèrent sur les flancs de l’Himalaya.
— Je m’appelle Lhapka, dit l’homme à Vadim dans un anglais parfait.
Nous vous attendions. Vous avez avancé vite. Vous avez une bonne
monture.
— Bonjour et merci pour cet accueil solennel que je ne mérite pas.
Comment se fait‐il que vous m’attendiez ?
— La solennité n’est pas liée à votre présence mais à la mienne, lui
répondit Lhapka en souriant. Je suis le fils du dernier roi du royaume de Lo,
devenu Mustang. Je suis aussi guide de haute montagne et je vais vous
accompagner. Votre venue est annoncée depuis votre départ de Lhassa.
Dans chaque monastère les dungchens ont rythmé votre progression. Sogyal
est un ami. C’est lui qui a fait retentir le premier cor signalant votre départ.
Avec des cavaliers kampas, nous avons tous les deux fait partie de ceux qui
ont escorté le dalaï-lama au Mustang lors de la répression chinoise du
soulèvement de Lhassa en 1959.
— Qui sont les kampas ?
— Des guerriers originaires de l’est du Tibet fidèles au dalaï-lama et au
bouddhisme tibétain. Ils luttent toujours contre l’emprise chinoise.
D’excellents cavaliers. Vous en rencontrerez aussi au Mustang.
Le soir venu, Lhapka et les moines entrèrent en prière, associant Vadim à
la cérémonie. Lhapka lui enseigna les mantras psalmodiés par les moines
afin d’ancrer leurs pensées, de porter la paix au monde et de se libérer
d’énergies négatives.
Ommmm… Ommmm… Ommmm…
— Le Om est le son primordial, il nous ramène à la création du monde et
de la vie. Nous le disons à chaque moment où nous souhaitons entrer en
méditation.
Sa ta na ma… Sa ta na ma… Sa ta na ma…
— Ce mantra est pour toi, Vadim. Il accompagne les changements, les
transitions, la chenille qui devient papillon. Sa, c’est la naissance. Ta, la vie.
Na, la mort. Ma, la renaissance. Comment renaître sans accepter la mort ? À
chacune des syllabes, ton pouce doit toucher chacun des autres doigts de ta
main.
So-ham.
Tu dois inspirer sur le So et expirer longuement sur le ham. Ce mantra
t’invite à lâcher prise, à sentir combien tu fais partie d’un tout qui, lui, te
dépasse. Que tu es conscience individuelle, mais aussi partie d’une
conscience collective. L’une sans l’autre n’est rien.
Om mani padmé hum… Om mani padmé hum… Om mani padmé hum…
— Ce mantra, Vadim, t’accompagnera partout. Tu le trouveras sur les
portes des maisons, sur les selles des cavaliers, et partout où nous nous
rassemblons il est la signature tibétaine de notre prière. Cela signifie
« joyau dans le lotus ». Le joyau, c’est cette sagesse du bouddha que nous
cherchons tous le long de notre vie. Et régulièrement ces tambours qui
venaient faire vibrer tous les organes de son corps…
Assis en tailleur, dans ce modeste monastère accroché à la montagne,
Vadim en oublia le temps passé. Il n’était plus qu’un souffle dans la densité
d’un présent jamais perçu auparavant comme tel. Bateau aux voiles
gonflées par le souffle du monde, il n’était plus qu’un souffle doré au cœur
d’une nuit himalayenne.
Dès l’aube, Lhapka et Vadim partirent vers le col de Chak. Très
rapidement, l’herbe rase où pâturaient chèvres et moutons gardés par de
jeunes bergers laissa place à des sols pierreux désertiques.
Durant la journée, les deux hommes parlèrent peu. À la nuit tombante ils
rejoignirent une maison en pierre adossée à la montagne.
— Nous allons dormir là. C’est le dernier refuge avant les neiges
éternelles et le passage du col. L’eau de cette source est devenue un
symbole. C’est la dernière eau tibétaine que le dalaï-lama a bue avant de
franchir la frontière népalaise. Il existe depuis une tradition que nous allons
respecter en remplissant une bouteille que nous rapporterons au Mustang et
que nous donnerons à boire au premier enfant que nous croiserons pour lui
rappeler que l’eau est telle l’esprit, toujours libre même si le Tibet ne l’est
pas.
Lhapka fit réchauffer le traditionnel dalbhat, composé de lentilles et de
riz que l’on mange dans tous les pays himalayens.
Alors que le vent faisait battre la maigre porte de la cabane enfumée, et
distinguant à peine le regard du jeune prince du royaume de Lo, Vadim lui
posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis la veille.
— Connaissez-vous une jeune femme étrangère du nom de Kam Yil ?
— Le Mustang est un petit royaume de quelques milliers d’habitants. Je
crois que je connais tous les adultes qui y vivent. Qu’appelles-tu une
étrangère ?
— Je veux dire qu’elle n’est pas du type asiatique des habitants de ce
pays. Elle est blonde, la peau blanche, les yeux bleus.
— Et cela suffit‐il pour être étrangère ? Un étranger n’est‐il pas plutôt
quelqu’un qui ne comprend ni les chants, ni les mots, ni les gestes de ceux
qui l’ont accueilli et qui reste toujours sur l’autre rive ?
Vadim, au seul regard éclairé par le feu de Lhapka, perçut le sourire de
celui qui se moquait un peu de lui.
— Je vais reposer ma question plus simplement. Connaissez-vous Kam
Yil ?
— Je ne vais pas vous faire attendre, Vadim. Je connais celle que vous
cherchez. Elle habite du côté de Lo Manthang, l’ancienne capitale du
Mustang.
— Elle est là ?
— À la prochaine lune, à Lo Manthang, commence la fête du Tiji où
chaque année nous prions pour la paix du monde. Si elle n’est pas en
voyage, elle sera là.
Vadim comprit qu’il était inutile de poser de nouvelles questions. Les
réponses viendraient.
Incapable de s’endormir, il sortit dans la nuit. Un ciel étoilé comme il
n’en avait jamais vu l’attendait. Chaque étoile semblait briller à quelques
millimètres de la suivante. La nuit n’était plus noire, mais un scintillement
qui enveloppait la Terre d’une vibration céleste.
— So-ham, répéta Vadim, inspirant sur le so et expirant lentement sur le
ham. Lui, la poussière d’étoile dans le sillage d’une chevauchée de cavaliers
traversant la nuit.
Vadim s’engagea sur le sentier jusqu’à ce que son pas rencontre la
première neige et s’y enfonce légèrement.
— Sa ta na ma. Sa ta na ma…
Dans cette neige immaculée, en haut de ces montagnes sacrées, dernières
frontières avec le ciel, il confia sa vie aux étoiles, à celles qui vivent,
meurent et renaissent ailleurs.
Au loin, vers les Annapurnas qui bordent le petit royaume, il vit la
première lueur orangée de l’aube, un rayon rouge dirigé vers un
promontoire rocheux, à son aplomb. Comme si quelque part, quelqu’un
voulait orienter son regard.
Là, sur ce rocher, les yeux fixes, assise, la queue se balançant dans le
vide, une panthère blanche tachetée de brun le regardait. Immobiles, les
yeux dans les yeux l’un de l’autre, l’homme et l’animal étaient liés. Le
regard de Vadim s’embua.
— Ommmmm, vibra sa gorge pour rejoindre le geste initial de la création
du monde.
Plusieurs minutes, l’un et l’autre restèrent ainsi. Le ciel rosissait pour
célébrer le jour nouveau.
— Ommmm, continuait Vadim, presque en silence.
La panthère des neiges, dans un geste d’une souplesse incroyable, finit
par sauter du rocher où elle se trouvait. Elle se dirigea lentement vers
Vadim, sans le quitter du regard. Arrivée à sa hauteur, tel un chat, elle
longea Vadim en frôlant sa jambe. Il tendit sa main et caressa le dos du félin
jusqu’à remonter le long de sa queue.
Quand il se retourna, elle avait disparu.
C’est alors que Lhapka sortit du refuge, s’inclina face au soleil levant,
puis vint vers Vadim.
Immobile et muet, ce dernier désigna les empreintes laissées au sol par la
panthère puis leur disparition soudaine.
Lhapka sourit et dit :
— On l’appelle aussi le fantôme des neiges. Car la voir est impossible
pour celui qui la cherche… Seule se donne-t‐elle à celui dont le cœur a la
couleur de son pelage. Tu es un Sikâri blanc, Vadim. Un esprit reconnu par
les animaux, même les plus sauvages, mais un esprit blanc… Comme il
existe des loups noirs nourris à la haine, il existe des loups blancs nourris à
l’amour.
Les deux hommes se mirent en marche vers le dernier col avant de
basculer au Népal, dans le district du Mustang.
Le vent soufflait fort et ils mirent pied à terre, tirant leur monture face
aux bourrasques de neige qui leur fouettaient le visage. La tempête forçait
et les chevaux avançaient avec peine, s’enfonçant jusqu’au jarret. Vadim
avait bouclé sa veste d’alpinisme, le col jusqu’au nez, capuche serrée autour
d’une brève fente horizontale par laquelle il pouvait continuer à voir.
Autour d’eux, tout n’était plus que blanc. Il n’y avait plus ni sol ni ciel, ni
droite ni gauche, plus qu’un brouillard blanc où seule la silhouette plus
sombre du cheval qui précédait Vadim devenait le repère à suivre. On ne
voyait pas à deux mètres.
Lhapka s’arrêta et Vadim vint à sa hauteur. Il lui cria :
— Ici on appelle cela « les ténèbres blanches ». Un blanc aussi blanc que
la plus noire des nuits. Bien des guides ont laissé leur vie dans ces tempêtes
qui se lèvent sans prévenir lorsque l’homme tente de tutoyer les sommets
des montagnes. Comme un avertissement à ne pas aller plus loin. Mais nous
ne pouvons plus reculer, et s’arrêter c’est mourir de gel à tout coup. Quand
nous aurons passé le col, nous sortirons du nuage. Mais là, je ne vois plus
rien.
— Moi si, lui dit Vadim.
— Que vois-tu ?
— Regarde ! répondit Vadim en lui désignant le sol.
Là, devant eux, trois empreintes de panthère des neiges, tels trois signes
sur la piste à suivre.
— Sikâri… lui répondit pensivement Lhapka. Les animaux sauvages
sont tes guides et peut-être en es-tu un toi-même. Sikâri blanc…
Vadim avança, suivant les traces du fantôme blanc.
Lui revint en mémoire la partie de chasse de ses 14 ans et les mots du
guide originaire du Kamtchatka après qu’il eut survécu au coup de patte
d’une ourse sur son torse. « Tu portes en toi un peu du monde des fauves.
Mi-homme mi-fauve. »
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