La traversée des lumières

Eric de Kermel · Chapitre 14 sur 21

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La traversée des lumières

Chapitre 11 - Les hautes lumières

Chapitre 11

Les hautes lumières

 

La violence des policiers qui prirent la suite des Gardes rouges contrastait

avec la douceur et la lenteur qui caractérisaient le mode de vie des

bouddhistes et les messages portés par les moines et moniales qui

peuplaient Lhassa par milliers.

Lorsque Vadim rentra au consulat, il prévint son hôte de son départ

imminent pour le Mustang.

— Et vous comptez y aller comment sans repasser par une gare

chinoise ?

— À cheval.

— Par la montagne ? Mais il y en a pour deux mois au moins.

— Oui, deux mois, c’est bien peu dans une vie.

— Vous ne partez pas seul ?

— Si.

 

Vadim avait fait part de son projet à Sojyal.

— Sur le début de ton chemin, je t’indiquerai des lamaseries qui

t’accueilleront quand tu leur remettras ce mot de recommandation. Mais

ensuite il te faudra un guide pour atteindre le col de Chak à plus de 4 000

mètres d’altitude. Viens demain au Potara et demande à parler au maître des

chevaux. Je l’aurai prévenu. Il te donnera un jumli.

— C’est quoi, un jumli ?

— Un cheval originaire du territoire de Jumla, au Népal. Petit et trapu,

ce sont les meilleurs pour la montagne. Tu verras.

— Mais je ne puis accepter.

— C’est ma part. Pour que tu retrouves Kam.

Dans le bas du palais blanc du Potara, des écuries avec un accès direct à

la vallée accueillaient une centaine de chevaux.

Tenzin accueillit Vadim.

— Tu sais monter à cheval ?

— Oui. Un peu…

— Alors choisit un cheval et équipe-le. On va voir…

Vadim fit le tour des stalles et finit par choisir un cheval gris du nom de

Sikâri.

— Tu sais ce que veut dire ce nom ?

— Non.

— Dans la tradition népalaise, les sikâris sont les esprits de la forêt. Ils

dominent les animaux sauvages et vivent dans le tronc des arbres. Ils sont

craints des hommes. Tu ne peux pas prendre ce cheval car il a toujours

refusé d’être monté.

— Laisse-moi essayer.

Sogyal était arrivé et Tenzin lui fit part de la volonté de Vadim.

— Laisse-le faire. On va voir. Le cheval n’a rien à craindre.

— Mais l’homme oui.

— C’est son problème…

Le cheval fut amené dans un corral fermé et Vadim entra à sa suite.

Gris, le regard vif, incapable de rester calme, la bête ruait, se cabrait,

partait au galop ou virevoltait soudainement. Vadim s’assit au milieu du

corral et attendit, les yeux fermés. Les heures passèrent. Sikâri semblait

indifférent à Vadim et alternait des moments calmes, regardant au loin, et

des moments d’excitation.

— Vadim, nous allons déjeuner. Tu viens ? lui demanda Sogyal.

— Non, je reste là.

Tenzin voulut amener de l’eau au cheval mais Vadim refusa qu’il le fasse.

Quand les deux hommes revinrent, Vadim n’avait pas bougé. L’après-

midi se passa ainsi. Sogyal et le maître des chevaux étaient repartis à leurs

activités.

Alors que le soir tombait, le cheval petit à petit se calma et commença à

tourner autour de Vadim. Des apprentis cavaliers ayant achevé leurs leçons

entourèrent le corral, intrigués, ne cessant de rire et de parler. Vadim

entendait à la tonalité de leurs voix qu’ils se moquaient un peu de lui. Puis,

tout doucement, le cheval s’approcha de Vadim, la tête baissée vers le sol, et continua de s’avancer jusqu’à coller son front dans le dos du cavalier.

Vadim resta sans bouger. Sikâri commença par donner de petits coups de

tête comme pour attirer son attention puis finit par le contourner et lui faire

face, la tête toujours inclinée. Alors seulement Vadim ouvrit les yeux et vit

son reflet dans l’œil brun du cheval. Ce fut autour du jumli de fermer les

yeux. Vadim avança sa main contre sa joue, se leva doucement, caressa son

encolure jusqu’à sa crinière puis longea sa croupe. Enfin, la main gauche

empoignant la crinière et la droite posée sur son dos, il murmura à l’oreille

du cheval et grimpa sur la monture réputée indomptable.

— Sikâri, Sikâri, Sikâri ! crièrent les enfants en levant les bras.

Accoudé à la barrière, Sogyal souriait. Tenzin le salua mais son regard

était sévère.

— Que se passe-t‐il ? demanda Vadim au lama.

— Les enfants et Tenzin pensent que tu es un sikâri. Que tu domines les

bêtes sauvages. Tu leur fais peur. Qu’as-tu dit à ce cheval ?

— Que dans un autre temps j’ai aimé un autre représentant de son

espèce. Que s’il le voulait nous pouvions nous unir au point de ne devenir

qu’un. Que j’ai besoin de lui et que j’en prendrai soin. Ce cheval a été battu

lorsqu’il était très jeune. Il n’y a pas de cheval fou. Aux échecs le cheval et

le fou sont deux pièces différentes.

— Ce cheval est à toi, lui dit Sogyal. La légende gardera de toi que tu es

un sikâri. Tu seras craint pour cela.

— Mais je ne veux pas être craint.

— Tu en auras peut-être besoin pour traverser les montagnes et rejoindre

le Mustang. Tu as le droit d’être le premier sikâri bienveillant, lui dit‐il en

souriant.

 

Le Mustang est une enclave au sein du Népal avec un statut très

particulier. Aussi appelé le royaume de Lo, l’État népalais accepte que les

rites et traditions du royaume ancien y soient toujours vivants. C’est sans

doute l’un des lieux où le bouddhisme tibétain est pratiqué dans sa forme la

plus traditionnelle. C’est au Mustang que fut exfiltré le dalaï-lama lors de

l’invasion de Lhassa par les Gardes rouges chinois pour annexer le Tibet.

En s’engageant une nouvelle fois au cœur des montagnes himalayennes,

Vadim retrouva la joie éprouvée lors des grandes traversées précédentes.

Loin des vallées, ceux qui vivent sur le toit du monde seraient‐ils si près du

ciel que parfois ils y croisent les hautes lumières…

Suivant les conseils de Sogyal, il fit halte dans des monastères et des

ermitages où quelques lamas occupaient des cavernes rocheuses. De cette

période il adopta les pratiques bouddhistes sans en revendiquer la religion,

simplement pour être à l’unisson de ceux qui l’accueillaient.

Lorsqu’il arrivait quelque part, Vadim était toujours attendu. Aucun

étonnement chez ses hôtes et toujours une très grande déférence. Personne

n’osait s’approcher de son cheval qui pourtant semblait fasciner bien des

moines. Vadim se trouva très limité dans ses échanges car aucun de ses

interlocuteurs ne parlait anglais.

L’odeur qui régnait dans certains de ces lieux modestes était très

singulière, mélange des fumées de genévrier, de corps rarement lavés et du

beurre rance des lampes qui brûlaient.

Chaque matin, dès l’aube, il reprenait son chemin. Régulièrement, tels

des repères surgis de nulle part, des chörtens ponctuaient le sentier. Certains

maladroitement bâtis, prêts à s’effondrer, d’autres sublimes et représentant

l’équilibre parfait entre les ingrédients qui forment le cosmos : la base

carrée pour la terre, la coupole arrondie pour l’eau, l’ombrelle pour l’air, la

flèche triangulaire pour le feu et le soleil, la lune et la flamme pour l’éther.

Il chemina ainsi durant quatre semaines avant d’atteindre le dernier

monastère tibétain, à 3 900 mètres d’altitude. C’est là qu’il devait trouver

un guide pour passer la frontière et entrer au Mustang. À son arrivée,

plusieurs fois, les dungchens retentirent. Il aimait le son de ces longs cors

en bronze qu’il entendait également à chaque départ d’un lieu où il avait

passé nuit.

Ce soir-là, l’accueil des moines fut différent. Alignés debout dans leurs

tenues pourpres, ils étaient dans la cour intérieure d’un monastère aux

boiseries décorées, entourant un homme enveloppé dans une tunique safran

et assis sur un trône en bois.

À l’arrivée de Vadim, l’homme se leva, quatre moines firent retentir des

tambours dont la toile était teinte en vert et, une nouvelle fois, très

longuement les dungchens résonnèrent sur les flancs de l’Himalaya.

— Je m’appelle Lhapka, dit l’homme à Vadim dans un anglais parfait.

Nous vous attendions. Vous avez avancé vite. Vous avez une bonne

monture.

— Bonjour et merci pour cet accueil solennel que je ne mérite pas.

Comment se fait‐il que vous m’attendiez ?

— La solennité n’est pas liée à votre présence mais à la mienne, lui

répondit Lhapka en souriant. Je suis le fils du dernier roi du royaume de Lo,

devenu Mustang. Je suis aussi guide de haute montagne et je vais vous

accompagner. Votre venue est annoncée depuis votre départ de Lhassa.

Dans chaque monastère les dungchens ont rythmé votre progression. Sogyal

est un ami. C’est lui qui a fait retentir le premier cor signalant votre départ.

Avec des cavaliers kampas, nous avons tous les deux fait partie de ceux qui

ont escorté le dalaï-lama au Mustang lors de la répression chinoise du

soulèvement de Lhassa en 1959.

— Qui sont les kampas ?

— Des guerriers originaires de l’est du Tibet fidèles au dalaï-lama et au

bouddhisme tibétain. Ils luttent toujours contre l’emprise chinoise.

D’excellents cavaliers. Vous en rencontrerez aussi au Mustang.

 

Le soir venu, Lhapka et les moines entrèrent en prière, associant Vadim à

la cérémonie. Lhapka lui enseigna les mantras psalmodiés par les moines

afin d’ancrer leurs pensées, de porter la paix au monde et de se libérer

d’énergies négatives.

 

Ommmm… Ommmm… Ommmm…

 

— Le Om est le son primordial, il nous ramène à la création du monde et

de la vie. Nous le disons à chaque moment où nous souhaitons entrer en

méditation.

 

Sa ta na ma… Sa ta na ma… Sa ta na ma…

 

— Ce mantra est pour toi, Vadim. Il accompagne les changements, les

transitions, la chenille qui devient papillon. Sa, c’est la naissance. Ta, la vie.

Na, la mort. Ma, la renaissance. Comment renaître sans accepter la mort ? À

chacune des syllabes, ton pouce doit toucher chacun des autres doigts de ta

main.

So-ham.

 

Tu dois inspirer sur le So et expirer longuement sur le ham. Ce mantra

t’invite à lâcher prise, à sentir combien tu fais partie d’un tout qui, lui, te

dépasse. Que tu es conscience individuelle, mais aussi partie d’une

conscience collective. L’une sans l’autre n’est rien.

 

Om mani padmé hum… Om mani padmé hum… Om mani padmé hum…

 

—  Ce mantra, Vadim, t’accompagnera partout. Tu le trouveras sur les

portes des maisons, sur les selles des cavaliers, et partout où nous nous

rassemblons il est la signature tibétaine de notre prière. Cela signifie

« joyau dans le lotus ». Le joyau, c’est cette sagesse du bouddha que nous

cherchons tous le long de notre vie. Et régulièrement ces tambours qui

venaient faire vibrer tous les organes de son corps…

Assis en tailleur, dans ce modeste monastère accroché à la montagne,

Vadim en oublia le temps passé. Il n’était plus qu’un souffle dans la densité

d’un présent jamais perçu auparavant comme tel. Bateau aux voiles

gonflées par le souffle du monde, il n’était plus qu’un souffle doré au cœur

d’une nuit himalayenne.

 

Dès l’aube, Lhapka et Vadim partirent vers le col de Chak. Très

rapidement, l’herbe rase où pâturaient chèvres et moutons gardés par de

jeunes bergers laissa place à des sols pierreux désertiques.

Durant la journée, les deux hommes parlèrent peu. À la nuit tombante ils

rejoignirent une maison en pierre adossée à la montagne.

— Nous allons dormir là. C’est le dernier refuge avant les neiges

éternelles et le passage du col. L’eau de cette source est devenue un

symbole. C’est la dernière eau tibétaine que le dalaï-lama a bue avant de

franchir la frontière népalaise. Il existe depuis une tradition que nous allons

respecter en remplissant une bouteille que nous rapporterons au Mustang et

que nous donnerons à boire au premier enfant que nous croiserons pour lui

rappeler que l’eau est telle l’esprit, toujours libre même si le Tibet ne l’est

pas.

Lhapka fit réchauffer le traditionnel dalbhat, composé de lentilles et de

riz que l’on mange dans tous les pays himalayens.

Alors que le vent faisait battre la maigre porte de la cabane enfumée, et

distinguant à peine le regard du jeune prince du royaume de Lo, Vadim lui

posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis la veille.

— Connaissez-vous une jeune femme étrangère du nom de Kam Yil ?

— Le Mustang est un petit royaume de quelques milliers d’habitants. Je

crois que je connais tous les adultes qui y vivent. Qu’appelles-tu une

étrangère ?

— Je veux dire qu’elle n’est pas du type asiatique des habitants de ce

pays. Elle est blonde, la peau blanche, les yeux bleus.

— Et cela suffit‐il pour être étrangère ? Un étranger n’est‐il pas plutôt

quelqu’un qui ne comprend ni les chants, ni les mots, ni les gestes de ceux

qui l’ont accueilli et qui reste toujours sur l’autre rive ?

Vadim, au seul regard éclairé par le feu de Lhapka, perçut le sourire de

celui qui se moquait un peu de lui.

— Je vais reposer ma question plus simplement. Connaissez-vous Kam

Yil ?

— Je ne vais pas vous faire attendre, Vadim. Je connais celle que vous

cherchez. Elle habite du côté de Lo Manthang, l’ancienne capitale du

Mustang.

— Elle est là ?

— À la prochaine lune, à Lo Manthang, commence la fête du Tiji où

chaque année nous prions pour la paix du monde. Si elle n’est pas en

voyage, elle sera là.

Vadim comprit qu’il était inutile de poser de nouvelles questions. Les

réponses viendraient.

 

Incapable de s’endormir, il sortit dans la nuit. Un ciel étoilé comme il

n’en avait jamais vu l’attendait. Chaque étoile semblait briller à quelques

millimètres de la suivante. La nuit n’était plus noire, mais un scintillement

qui enveloppait la Terre d’une vibration céleste.

— So-ham, répéta Vadim, inspirant sur le so et expirant lentement sur le

ham. Lui, la poussière d’étoile dans le sillage d’une chevauchée de cavaliers

traversant la nuit.

Vadim s’engagea sur le sentier jusqu’à ce que son pas rencontre la

première neige et s’y enfonce légèrement.

— Sa ta na ma. Sa ta na ma…

Dans cette neige immaculée, en haut de ces montagnes sacrées, dernières

frontières avec le ciel, il confia sa vie aux étoiles, à celles qui vivent,

meurent et renaissent ailleurs.

 

Au loin, vers les Annapurnas qui bordent le petit royaume, il vit la

première lueur orangée de l’aube, un rayon rouge dirigé vers un

promontoire rocheux, à son aplomb. Comme si quelque part, quelqu’un

voulait orienter son regard.

Là, sur ce rocher, les yeux fixes, assise, la queue se balançant dans le

vide, une panthère blanche tachetée de brun le regardait. Immobiles, les

yeux dans les yeux l’un de l’autre, l’homme et l’animal étaient liés. Le

regard de Vadim s’embua.

— Ommmmm, vibra sa gorge pour rejoindre le geste initial de la création

du monde.

Plusieurs minutes, l’un et l’autre restèrent ainsi. Le ciel rosissait pour

célébrer le jour nouveau.

— Ommmm, continuait Vadim, presque en silence.

La panthère des neiges, dans un geste d’une souplesse incroyable, finit

par sauter du rocher où elle se trouvait. Elle se dirigea lentement vers

Vadim, sans le quitter du regard. Arrivée à sa hauteur, tel un chat, elle

longea Vadim en frôlant sa jambe. Il tendit sa main et caressa le dos du félin

jusqu’à remonter le long de sa queue.

Quand il se retourna, elle avait disparu.

 

C’est alors que Lhapka sortit du refuge, s’inclina face au soleil levant,

puis vint vers Vadim.

Immobile et muet, ce dernier désigna les empreintes laissées au sol par la

panthère puis leur disparition soudaine.

Lhapka sourit et dit :

— On l’appelle aussi le fantôme des neiges. Car la voir est impossible

pour celui qui la cherche… Seule se donne-t‐elle à celui dont le cœur a la

couleur de son pelage. Tu es un Sikâri blanc, Vadim. Un esprit reconnu par

les animaux, même les plus sauvages, mais un esprit blanc… Comme il

existe des loups noirs nourris à la haine, il existe des loups blancs nourris à

l’amour.

Les deux hommes se mirent en marche vers le dernier col avant de

basculer au Népal, dans le district du Mustang.

Le vent soufflait fort et ils mirent pied à terre, tirant leur monture face

aux bourrasques de neige qui leur fouettaient le visage. La tempête forçait

et les chevaux avançaient avec peine, s’enfonçant jusqu’au jarret. Vadim

avait bouclé sa veste d’alpinisme, le col jusqu’au nez, capuche serrée autour

d’une brève fente horizontale par laquelle il pouvait continuer à voir.

Autour d’eux, tout n’était plus que blanc. Il n’y avait plus ni sol ni ciel, ni

droite ni gauche, plus qu’un brouillard blanc où seule la silhouette plus

sombre du cheval qui précédait Vadim devenait le repère à suivre. On ne

voyait pas à deux mètres.

Lhapka s’arrêta et Vadim vint à sa hauteur. Il lui cria :

— Ici on appelle cela « les ténèbres blanches ». Un blanc aussi blanc que

la plus noire des nuits. Bien des guides ont laissé leur vie dans ces tempêtes

qui se lèvent sans prévenir lorsque l’homme tente de tutoyer les sommets

des montagnes. Comme un avertissement à ne pas aller plus loin. Mais nous

ne pouvons plus reculer, et s’arrêter c’est mourir de gel à tout coup. Quand

nous aurons passé le col, nous sortirons du nuage. Mais là, je ne vois plus

rien.

— Moi si, lui dit Vadim.

— Que vois-tu ?

— Regarde ! répondit Vadim en lui désignant le sol.

Là, devant eux, trois empreintes de panthère des neiges, tels trois signes

sur la piste à suivre.

— Sikâri… lui répondit pensivement Lhapka. Les animaux sauvages

sont tes guides et peut-être en es-tu un toi-même. Sikâri blanc…

Vadim avança, suivant les traces du fantôme blanc.

Lui revint en mémoire la partie de chasse de ses 14 ans et les mots du

guide originaire du Kamtchatka après qu’il eut survécu au coup de patte

d’une ourse sur son torse. « Tu portes en toi un peu du monde des fauves.

Mi-homme mi-fauve. »

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