La traversée des lumières

Eric de Kermel · Chapitre 3 sur 21

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La traversée des lumières

La Traversée des lumières

 

ॐ म णप े हूँ

 

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Été 2021, à Bréhat

À Pascale.

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Il ne peut y avoir pour l’esprit humain que deux

univers possibles : celui du sacré et celui de la

révolte.

Albert CAMUS

 

Aimer un étranger comme soi-même implique

comme contrepartie : s’aimer soi-même comme un

étranger.

Simone WEIL

 

Laissez la beauté de ce que vous aimez devenir ce

que vous faites.

RÛMÎ

 

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Le phare des Héaux de Bréhat ponctue la nuit tel un métronome les

doigts d’un pianiste sur son clavier.

Contre les flancs de la Gabinière, le ressac de l’océan marque un autre

temps.

Parfois l’un et l’autre se confondent, éphémère synchronicité du temps

des hommes et de celui des mers.

 

À marée haute, la Gabinière devient une île.

« Jamais personne ne me retrouvera ici », m’avait dit Vadim en

débarquant l’hiver dernier.

Y ai-je cru moi-même durant toute cette année passée à ses côtés ?

Une année à le regarder écrire dans la vieille bibliothèque aux larges

baies vitrées tournées vers l’Orient.

Pour qui écrivait‐il ?

Pour lui ? Pour elle ? Pour les pages arrachées de l’histoire du monde ?

Pour que je puisse à mon tour raconter son histoire ?

Il écrivait parfois à en griffer le papier, avec la rage d’un indigné ou de

celui qui sait trop bien que le dernier jour d’une vie est peut-être celui qui

vient.

À d’autres moments, son visage était apaisé. Sa respiration ralentissait. Je

savais alors qu’elle était là.

Certains jours, nous partions en mer. Il aimait la vieille goélette que je

restaurais et sa voile rouge garance usée par le sel telle la vareuse d’un

marin. Dans l’archipel de Bréhat, puis entre Fréhel et Port-Blanc, je lui ai

appris à naviguer le long de cette côte où chaque îlot peut devenir un écueil

et où vents et courants ne laissent aucun répit à qui tient la barre.

« Naviguer, c’est finalement comme jouer aux échecs, m’avait‐il dit un

jour, sauf que l’océan a toujours un coup d’avance et ne cherche pas à

gagner. En mer, le seul à tout risquer, c’est le marin. »

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