L'adolescence clémentine ; La suite de l'adolescence clémentine
Epitaphes
Epitaphes 72
I
De Jane Bonté
Cy est le corps de Jane Bonté bouté :
L'esprit au Ciel est par bonté monté.
I 73
II
De Longueil, homme docte
O Viateur, cy dessoubz gist Longueil :
A quoi tient il, que ne meines long dueil,
Quand tu entends sa vie consommée ?
N'as tu encor entendu Renommée
Par les Climatz, qui son renom insigne
Va publiant à voix, trompe, et buccine ?
Si as pour vray : mais si grande est la gloire,
Qu'en as ouy, que tu ne le peulx croire.
Va lire donc (pour en estre asseuré)
Ses beaulx escriptz de stille mesuré :
Lors seulement ne croiras son hault pris,
Mais aprendras, tant sois tu bien apris.
Si te sera son bruit tout véritable,
Et la grandeur de ses faictz profitable.
II 74
III
De feu honneste personne, le petit Argentier Paulmier d'Orleans Cy gist le corps d'ung petit Argentier,
Qui eut le cueur si bon, large, et entier,
Qu'en son vivant n'assembla bien aulcun,
Fors seulement l'amytié de chascun :
Laquelle gist avec luy (comme pense)
Et a laissé pour toute recompense
A ses Amys le regret de sa mort.
Doncque, Passant, si pitié te remord,
Ou si ton cueur quelcque dueil en reçoit,
Souhaitte luy (à tout le moins) qu'il soit
Autant aymé de Dieu, tout pur, et munde,
Comme il estoit du miserable Monde.
III 75
IV
De Maistre André le Voust, Medecin du Duc d'Alençon
Celluy qui prolongeoit la vie des humains,
A la sienne perdue, au dommaige de maintz.
Helas c'estoit le bon feu maistre André le Voust,
Jadis Alençonnoys, ores pasture, et goust
De terrestre vermine : et ores revestu
de Cercueil, et de Tumbe, et jadis de Vertu.
Or est mort Medecin du bon Duc d'Alençon :
A Nature ainsi fault tous paier la rençon.
IV 76
V
De Noble Damoyselle Parisienne, Katherine Budé
Mort a ravy Katherine Budé.
Cy gist le corps : helas, qui l'eust cuydé ?
Elle estoit jeune, en bon point, belle, et blanche.
Tout cela chet, comme fleurs de la branche.
N'y pensons plus. Voyre, mais du renom,
Qu'elle merite, en diray je rien ? non.
Car du Mary les larmes pour le moins
De sa bonté sont souffisans tesmoings.
V 77
VI
De coquillart : et de ses armes à trois coquilles d'or
La morre est jeu pire que aux Quilles,
Ne que aux Eschetz, ne qu'au Quillart.
A ce meschant jeu Coquillart
Perdit sa vie, et ses Coquilles.
VI 78
VII
De frere Jehan Levesque, Cordelier natif d'Orleans
Cy gist, repose, et dors leans
Le feu Evesque d'Orleans :
J'entends l'Evesque en son surnom,
Et frere Jehan en propre nom.
Qui mourut l'an cinq cens, et vingt,
De la verolle qui luy vint.
Or affin que Sainctes, et Anges,
Ne prennent ces boutons estranges,
Prions Dieu, qu'au frere frappart
Il donne quelcque Chambre à part.
VII 79
VIII
De Jehan le Veau
Cy gist le jeune Jehan le Veau,
Qui en sa grandeur, et puissance
Fust devenu Boeuf, ou Taureau,
Mais la mort le print des enfance.
Il mourut Veau par desplaisance :
Qui fut dommaige à plus de neuf,
Car on dit (veu sa corporance)
Que ce eust esté ung maistre Boeuf.
VIII 80
IX
De Guion le Roy, qui s'attendoit d'estre Pape, avant que de mourir Cy gist Guion, Pape jadis, et Roy :
Roy de surnom, Pape par fantasie :
Non marié, de peur (comme je croy)
D'estre cocu, ou d'avoir jalousie.
Il prefera son vin, et malvoysie,
Et chair sallée à sa propre santé.
Or est il mort la face cramoysie :
Dieu te pardoint, pauvre Pater sante.
IX 81
X
De Jouan, le fol de ma Dame
Je fuz Jouan, sans avoir femme,
Et fol jusque à la haulte Game.
Tous Folz, et tous Jouans aussi
Venez pour moy prier icy.
L'ung apres l'autre, et non ensemble :
Car le lieu seroit (ce me semble)
Ung petit bien estroict pour tous :
Et puis s'on ne parloit tout doulx,
Tant de gens me romproient mon somme.
Au surplus : quand quelcque saige homme
viendra mon Epitaphe lire,
J'ordonne (s'il se prend à rire)
Qu'il soit des Folz maistre passé.
Fault il rire d'ung trespassé ?
X 82
XI
De frere André Cordelier
Cy gist, qui assez mal preschoit,
Par ces femmes tant regretté,
Frere André qui les chevauchoit
Comme ung grand Asne desbaté.
XI 83
XII
De feu Maistre Pierre de Villiers
*Cy gist feu Pierre de Villiers,
Jadis fin entre deux milliers,
Et Secretaire de renom
De Françoys premier de ce nom.
Si saigement vivre souloit,
Que jamais estre ne vouloit
(Combien qu'il fust viel charié)
Prestre, ne mort, ne marié,
De peur qu'il ne chantast l'office,
De peur qu'il n'entrast en service,
Et de peur d'estre ensepvely.
Et de faict, je tiens tant de ly,
Ou au moins par tout le bruit a,
Que des troys, les deux evita :
Car jamais on ne le veit estre
Au Monde Marié, ne prebstre :
Mais de mort, ma foy je croy bien
Qu'il l'est, de puis ne sçay combien.
Les deux il sceut bien eschapper,
Mais le tiers le sceut bien happer
Mil cinq cens ung et vingt quatre :
Non pas happer, mais si bien batre,
Qu'il dort encor cy dessoubz.
De ses pechez soit il absoulz.
XII 84