L'adolescence clémentine ; La suite de l'adolescence clémentine

Clément Marot ; texte établi par Gérard Defaux · Chapitre 49 sur 49 · partie 1/6

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L'adolescence clémentine ; La suite de l'adolescence clémentine

Chapitre XLVIII

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 6 parties.

 

De celluy, qui est demeuré, et s'Amye s'en est allée

Tout à part soy est melancolieux

Le tien Servant, qui s'eslongne des lieux,

Là où l'on veult chanter, dancer, et rire :

Seul en sa chambre il va ses pleurs escrire,

Et n'est possible à luy de faire mieulx.

Car quand il pleut, et le Soleil des Cieulx

Ne reluist point, tout homme est soucieux,

Et toute Beste en son creux se retire

Tout à part soy.

Or maintenant pleut larmes de mes yeux,

Et toy, qui es mon Soleil gracieux,

M'as délaissé en l'ombre de martyre :

Pour ces raisons loing des aultres me tire,

Que mon ennuy ne leur soit ennuyeux

Tout à part soy.

 

XLVIII 152

XLIX

 

De celluy, de qui l'Amye a faict nouvel Amy

Jusque à la mort Dame t'eusse clamée,

Mais ung nouveau t'a si bien reclamée,

Que tu ne veulx qu'à son Leurre venir :

Si ne peulx tu contre moy soustenir,

Pourquoy l'amour deust estre consommée.

Car en tous lieux tousjours t'ay estimée,

Et si on dict, que je t'ay deprimée,

Je dy que non, et le veulx maintenir

Jusque à la mort.

Dieu doint que pis tu n'en sois renommée :

Car s'il est sceu, tu en seras nommée

Femme sans cueur, qui ne se peult tenir

D'aller au change, et à grand tort bannir

Celluy, qui t'eust parfaitement aymée

Jusque à la mort.

 

XLIX 153

L

 

De l'Amant Marry contre sa Dame

Du tout me veulx desheriter

De ton amours, car proffiter

Je n'y pourrois pas longue espace

Veu qu'un aultre reçoit ta grâce,

Sans mieulx que moy la meriter.

Puis qu'à toy se veult presenter,

De moy se debvra contenter,

Car je luy quitteray la place

Du tout.

Tes grâces sont fort à noter,

On n'y sçauroit mettre, ne oster.

Tu as beau corps, et belle face,

Mais ton cueur est plein de fallace :

Voylà qui m'en faict deporter

Du tout.

 

L 154

LI

 

D'alliance de Soeur

Par alliance ay acquis une Soeur,

Qui en beaulté, en grâce, et en doulceur

Entre ung milier ne trouve sa pareille :

Aussi mon cueur à l'aymer s'appareille,

Mais d'estre aymé ne se tient pas bien seur.

Las, elle m'a navré de grand vigueur,

Non d'ung cousteau, ne par haine, ou rigueur,

Mais d'ung baiser de sa bouche vermeille

Par alliance.

Cil qui la voit, jouyt d'ung treshault heur :

Plus heureux est, qui parle à sa haulteur,

Et plus heureux, à qui preste l'oreille :

Bien heureux donc debvroit estre à merveille

Qui en amours seroit son serviteur

Par alliance.

 

LI 155

LII

 

D'une Dame, ayant beaulté, et bonne grâce

Grande vertu, et beaulté naturelle

Ne sont souvent en forme corporelle,

Mais ta forme est en beaulté l'outrepasse,

D'aultant que l'Or tous les Metaulx surpasse,

Et si voit on mainte vertu en elle.

Aussi par tout en volle la nouvelle,

En ce qui plus ton renom renouvelle,

C'est que tu as (toy seulle) double grâce,

Grande vertu.

Grâce en maintien, et en parolle belle :

Grâce en apres, que mercy on appelle :

L'une contrainct, que t'amour on pourchasse :

L'aultre de toy la jouyssance brasse :

Je te supplie, use envers moy d'icelle

Grande vertu.

 

LII 156

LIII

 

A la jeune Dame melancolique, et solitaire

Par seulle amour, qui a tout surmonté,

On trouve grâce en divine bonté,

Et ne la fault par aultre chemin querre :

Mais tu la veulx par cruaulté conquerre,

Qui est contraire à bonne volunté.

Certes c'est bien à toy grand cruaulté,

De user en dueil la jeunesse, et beaulté,

Que t'a donné Nature sur la terre

Par seulle amour.

En sa verdeur se resjouist l'Esté,

Et sur l'Yver laisse joyeuseté :

En ta verdeur plaisir doncques asserre,

Puis tu diras (si vieillesse te serre)

A Dieu le temps, qui si bon a esté

Par seulle amour.

 

LIII 157

LIV

 

A une Dame, pour luy offrir cueur, et service

Tant seullement ton Amour je demande,

Te suppliant que ta beaulté commande

Au cueur de moy, comme à ton serviteur,

Quoy que jamais il ne desservit heur,

Qui procedast d'une grâce si grande.

Croy que ce cueur de te congnoistre amande,

Et vouluntiers se rendroit de ta bande,

S'il te plaisoit luy faire cest honneur

Tant seullement.

Si tu le veulx, metz le soubz ta commande :

Si tu le prends, las je te recommande

Le triste Corps, ne le laisse sans Cueur,

Mais loges y le tien, qui est vainqueur

De l'humble Serf, qui son vouloir te mande

Tant sellement.

 

LIV 158

LV

 

A une Dame pour la louer

Rondeau, où toute aigreur abonde,

Va veoir la doulceur de ce Monde :

Telle doulceur t'adoulcira,

Et ton aigreur ne l'aigrira.

Trop plus qu'en aultre en moy s'est arresté

Fascheux ennuy : car Yver, et Esté

N'ay veu que fraulde, hayne, vice, et oppresse

Avec chagrin : et durant ceste presse,

Plus mort, que vif au Monde j'ay esté.

Mais le mien cueur (lors de vie absenté)

Commence à vivre, et revient à santé,

Et tout plaisir vers moy prend son adresse,

Trop plus qu'en aultre.

Car maintenant j'aperçoy loyauté,

Je voy à l'oeil Amour, et feaulté,

Je voy vertu, je voy pleine lyesse.

Tout cela voy : voire mais en qui est ce ?

C'est en vous seule, ou gist toute beaulté

Trop plus qu'en aultre.

 

LV 159

LVI

 

A la fille d'ung Painctre d'Orleans, belle entre les autres

Au temps passé Apelles Painctre sage

Feit seullement de Venus le visage

Par fiction : mais (pour plus hault attaindre)

Ton Pere a faict de Venus (sans rien faindre)

Entierement la face, et le corsage.

Car il et Painctre, et tu es son ouvrage

Mieulx ressemblant Venus de forme, et d'aage,

Que le Tableau, qu'Apelle voulut paindre

Au temps passé.

Vray est qu'il feit si belle son ymage,

Qu'elle eschauffoit en Amour maint courage ;

Mais celle là que ton Pere a sceu taindre,

Y mect le feu, et a dequoy l'estaindre :

L'aultre n'eut pas ung si gros advantage

Au temps passé.

 

LVI 160

LVII

 

Du baiser de s'Amye

En la baisant m'a dit, Amy sans blasme

Ce seul baiser, qui deux bouches enbasme,

Les arres sont du bien tant esperé :

Ce mot elle a doulcement proferé

Pensant du tout appaiser ma grand flamme.

Mais le mien cueur adonc plus elle enflamme,

Car son alaine odorant plus que basme

Souffloit le feu qu'Amour m'a preparé

En la baisant.

Brief, mon esprit sans congnoissance d'âme

Vivoit alors sur la bouche à ma Dame,

Dont se mouroit le corps enamouré :

Et si la levre eust gueres demouré

Contre la mienne, elle m'eust sucé l'âme

En la baisant.

 

LVII 161

LVIII

 

Pour ung, qui est allé loing de s'Amye

Loing de tes yeux t'amour me vient poursuivre

Autant ou plus qu'elle me souloit suivre

Aupres de toy : car tu as (pour tout seur)

Si bien gravé dedans moy ta doulceur,

Que mieulx graver se pourroit en cuivre.

Le corps est loing, plus à toy ne se livre :

Touchant le cueur, ta beaulté m'en delivre.

Ainsi je suis (long temps a) sans mon cueur,

Loing de tes yeux.

Or l'homme est mort, qui n'a son cueur delivre :

Mais endroit moy ne s'en peult mort ensuyvre,

Car si tu as le mien plein de langueur,

J'ay avec moy le tien plein de vigueur,

Lequel aultant que le mien me faict vivre

Loing de tes yeux.

 

LVIII 162

LIX

 

De la Paix traictée à Cambray par trois Princesses

Dessus la Terre on voyt les trois Deesses,

Non pas les trois, qui après grand liesses

Misrent au Monde aspre guerre, et discord :

Ces trois icy avec paix, et accord

Rompent de Mars les cruelles rudesses.

Par ces trois là entre tourbes, et presses

La Pomme d'or causa grandes oppresses :

Par ces trois cy l'Olive croist, et sort

Dessus la Terre.

S'elle fleurist, sont divines largesses

S'elle flestrist, sont humaines sagesses :

Et en viendra (si l'Arbre est bon, et fort)

Gloire à Dieu seul, aux humains reconfort,

Amour de peuple aux trois grandes Princesses

Dessus la Terre.

 

LIX 163

LX

 

A Monsieur de Belleville

En attendant que plus grand Oeuvre face,

Pour presenter devant la clere face

De Diana, Seigneur tant estimé,

Prens cest escript mal poli, et limé :

Et si lourd suis, mes offenses efface.

Si respondray je à ton envoy, qu'Orace

N'amenderoit. Voyre mais, quand sera ce ?

Tu le sçauras par ce Rondeau rimé

En attendant.

Ce sera lors, que ma Muse trop basse

Se haulsera pour louer l'outrepasse

En Bruyt, et Los, qui par tout est semé.

Loyal Amant tresdigne d'estre aymé

Vueilles moy mettre, et tenir en sa grâce

En attendant.

 

LX 164

LXI

 

Sur la devise de Madame de Lorraine : Amour, et Foy

Amour, et Foy sont bien appariez,

Voire trop mieulx ensemble mariez

Que les humains, qu'en ce Monde on marie :

Car jamais Foy de l'Amour ne varie :

Et vous humains bien souvent variez.

Dames de cueur icy estudiez :

Ces deux beaulx dons Dieu vous a dediez,

Et sont seans en haulte seigneurie

Amour, et Foy.

Tant sont uniz, tant sont bien alliez,

Qu'oubliant l'ung, l'autre vous oubliez :

Si l'Amour fault, la Foy n'est plus cherie :

Si Foy perit, l'Amour s'en va perie :

Pour ce les ay en devise lyez,

Amour, et Foy.

 

LXI 165

LXII

 

De l'Amour du Siecle Antique

Au bon vieulx temps ung train d'Amours regnoit,

Qui sans grand art, et dons se demenoit,

Si qu'un boucquet donné d'Amour profonde,

S'estoit donné tout la Terre ronde,

Car seulement au cueur on se prenoit.

Et si par cas à jouyr on venoit,

Sçavez vous bien comme on s'entretenoit ?

Vingt ans, trente ans : cela duroit ung Monde

Au bon vieulx temps.

Or est perdu ce qu'Amour ordonnoit,

Rien que pleurs fainctz, rien que changes on n'oyt,

Qui vouldra donc qu'à aymer je me fonde,

Il fault premier que l'Amour on refonde,

Et qu'on la meine ainsi, qu'on la menoit

Au bon vieulx temps.

 

LXII 166

LXIII

 

Rondeau par Victor Brodeau, responsif au precedant

Au bon vieulx temps, que l'amour par bouquetz

Se demenoit, et par joieux caquetz,

La femme estoit trop sotte, ou trop peu fine :

Le temps depuis, qui tout fine, et affine,

Luy a monstré à faire ces acquetz.

Lors les Seigneurs estoient petis Nacquetz,

D'aux, et Oignons se faisoient les banquetz,

Et n'estoit bruict de ruer en cuisine

Au bon vieulx temps.

Dames aux huis n'avoient clefz, ne loquetz :

Leur garde robe estoit petis pacquetz

De Canevas, ou de grosse Estamine :

Or, Diamans on laissoit en leur Mine,

Et les couleurs porter aux Perroquetz

Au bon vieulx temps.

 

LXIII 167

LXIV

 

D'une Dame, à ung Importun

Tant seullement ton repos je desire,

T'advertissant (puis qu'il fault le te dire)

Que je ne suis disposée à t'aymer :

Si pour cueillir tu veulx donc semer,

Trouve aultre champ, et du mien te retire.

Brief, si ton cueur plus à ce chemin tire,

Il ne fera que augmenter son martyre,

Car je ne veulx serviteur te nommer

Tant seullement.

Tu peulx donc bien aultre maistresse eslire :

Que pleust à Dieu qu'en mon cueur pusses lire,

Là où Amour ne t'a sceu imprimer :

Et m'esbahis (sans rien desestimer)

Comment j'ay prins la peine de t'escrire

Tant seullement.

 

LXIV 168

LXV

 

De la mal mariée, qui ne veult faire Amy

Contre raison Fortune l'esvollée

Trop lourdement devers moy est vollée,

Quand pour loyer de ma grand loyaulté

Du mien Espoux je n'ay que cruaulté,

En lieu d'en estre en mes maulx consollée.

Or d'aultre Amy ne seray je accollée,

Et aymeroys mieulx estre descollée,

Que desloiaille à sa desloiauté

Contre raison.

La fleur des champs n'est seichée, et foulée

Qu'en temps d'yver, mais moy pauvre affollée

Perds en tout temps la fleur de ma beaulté.

Helas ma Mere, en qui j'ay privaulté,

Reconfortez la pauvre desollée,

Contre raison.

 

LXV 169

LXVI

 

De l'inconstance de Ysabeau,

Comme inconstante, et de cueur faulse, et lasche,

Elle me laisse. Or puis qu'ainsi me lasche,

A vostre advis ne la doibs je lascher ?

Certes ouy : [et] aultrement fascher [mais]

Je ne la veulx, combien qu'elle me fasche.

Il luy fauldroit (au train qu'à mener tasche)

Des Serviteurs à journée, et à tasche.

En trop de lieux veult son cueur attacher

Comme inconstante.

Or pour couvrir son grand vice, et sa tache,

Souvent ma plume à la louer s'attache :

Mais à cela je ne veulx plus tascher,

Car je ne puis son maulvais bruyt cacher

Si seurement, qu'elle ne se descache

Comme inconstante.

 

LXVI 170

LXVII

 

Rondeau parfaict.

A ses Amys apres sa delivrance

En liberté maintenant me pourmaine,

Mais en prison pour tant je fuz cloué :

Voyla comment Fortune me demaine.

C'est bien, et mal. Dieu soit de tout loué.

Les Envieux ont dit, que de Noé

N'en sortirois : que la Mort les emmaine.

Maulgré leurs dentz le neud est desnoué,

En liberté maintenant me pourmaine.

Pourtant si j'ay fasché la Court Rommaine,

Entre meschans ne fuz oncq alloué :

Des biens famez j'ay hanté le dommaine :

Mais en prison pourtant je fuz cloué.

Car aussi tost que fuz desavoué

De celle là, qui me fut tant humaine,

Bien tost apres à sainct Pris fuz voué :

Voylà comment Fortune me demaine.

J'eus à Paris prison fort inhumaine :

A Chartes fuz doulcement encloué :

Maintenant voys, où mon plaisir me maine.

C'est bien, et mal. Dieu soit de tout loué.

Au fort, Amys, c'est à vous bien joué,

Quand vostre main [hors du parc] me ramaine.[hors de per]

Escript, et faict d'ung cueur bien enjoué,

Le premier jour de la verte Sepmaine,

En liberté.

 

LXVII 171 Chansons

 

Chansons 172 Chanson première

 

Plaisir n'ay plus, mais vy en desconfort,

Fortune m'a remis en grand douleur :

L'heur que j'avoys, est tournée en malheur,

Malheureux est, qui n'a aulcun confort.

Fort suis dolent, et regret me remord,

Mort m'a osté ma Dame de valeur,

L'heur que j'avoys, est tourné en malheur :

Malheureux est, qui n'a aulcun confort.

Valoir ne puis, en ce Monde suis mort,

Morte est m'amour, dont suis en grand langueur,

Langoreux suis plein d'amere liqueur,

Le cueur me part pour sa dolente mort.

 

Chanson première 173 Chanson II

 

Secourez moy, ma Dame par amours,

Ou aultrement la Mort me vient querir.

Aultre que vous ne peult donner secours

A mon las cueur, lequel s'en va mourir.

Helas, helas, vueillez donc secourir

Celluy, qui vit pour vous en grand destresse,

Car de son cueur vous estes la maistresse.

Si par aymer, et souffrir nuictz et jours,

L'amy dessert ce, qu'il vient requerir,

Dictes, pourquoy faictes si longs sejours

A me donner ce, que tant veulx cherir ?

O noble fleur, laisserez vous perir,

Vostre Servant, par faulte de lyesse ?

Je croy qu'en vous n'a point tant de rudesse.

Vostre rigueur me feit plusieurs destours,

Quand au premier je vous vins requerir :

Mais Bel Acueil m'a faict d'assez bons tours,

Et me laissant maint baiser conquerir.

Las vos baisers ne me sçavent guerir,

Mais vont croissant l'ardant feu, qui me presse :

Jouyssance est ma medecine expresse.

 

Chanson II 174 Chanson III

 

Dieu gard ma Maistresse, et regente,

Gente de corps, et de façon,

Son cueur tient le mien en sa tente

Tant et plus d'ung ardant frisson.

S'on m'oyt pousser sur ma chanson

Son de voix, ou harpes doulcettes,

C'est Espoir, qui sans marrisson

Songer me faict en amourettes.

La blanche Colombelle belle,

Souvent je voys priant, criant,

Mais dessoubz la cordelle d'elle

Me gette un oeil friant riant,

En me consommant, et sommant

A douleur, qui ma face efface :

Dont suis le reclamant amant,

Qui pour l'oultrepasse trespasse.

Dieu des Amans de mort me garde,

Me gardant, donne moy bon heur,

En le me donnant, prens ta Darde,

En la prenant, navre son cueur,

En le navrant, me tiendras seur,

En seurté, suyvray l'accointance,

En l'accointant, ton Serviteur

En servant aura jouyssance.

 

Chanson III 175 Chanson IV

 

Jouyssance vous donneray,

Mon Amy, et si meneray

A bonne fin vostre esperance.

Vivante ne vous laisseray,

Encores, quand morte seray,

L'esprit en aura souvenance.

Si pour moy avez du soucy,

Pour vous n'en ay pas moins aussi,

Amour le vous doibt faire entendre.

Mais s'il vous grieve d'estre ainsi,

Appaisez vostre cueur transi :

Tout vient à point, qui peult attendre.

 

Chanson IV 176 Chanson V

 

J'attens secours de ma seulle pensée :

J'attens le jour, que l'on m'escondira,

Ou que de tout la Belle me dira,

Amy t'amour sera recompensée.

Mon alliance est fort bien commencée.

Mais je ne sçay, comment il en yra,

Car s'elle veult, ma vie perira,

Quoy qu'en Amour s'attend d'estre avancée.

Si j'ay reffus, vienne Mort insensée :

A son plaisir de mon cueur jouyra.

Si j'ay mercy, adonc s'esjouyra

Celluy, qui point n'a sa Dame offensée.

 

Chanson V 177 Chanson VI

 

Amour, et Mort m'ont faict oultrage.

Amour me retient en servage,

Et Mort (pour accroistre ce dueil)

A prins celluy loin de mon oeil,

Qui de pres navre mon courage.

Helas Amour, tel personnage

Te servoit en fleur de son aage,

Mais tu es ingrat à mon vueil

De souffrir Guerre, et son orgueil

Tuer ceulx, qui t'ont faict hommage.

Si est ce à mon cueur advantage,

De ce que son noble corsage

Gist envers, loing de mon acueil,

Car si j'avois veu son Sercueil,

Ma grand douleur deviendroit rage.

 

Chanson VI 178 Chanson VII

 

Celle qui m'a tant pourmené,

A eu pitié de ma langueur :

Dedans son Jardin ma mené,

Ou tous arbres sont en vigueur :

Adoncques ne usa de rigueur,

Si je la baise, elle m'accolle :

Puis m'a donné son noble cueur,

Dont il m'est advis que je volle.

Quand je vei son cueur estre mien,

Je mys toute crainte dehors,

Et luy dys, Belle, ce n'est rien,

Si entre voz bras je ne dors :

La Dame respondit alors,

Ne faicte plus ceste demande :

Il est assez maistre du corps,

Qui a le cueur à sa commande.

 

Chanson VII 179 Chanson VIII

 

Si de nouveau j'ay nouvelles couleurs,

Il n'en fault jà prendre esbahissement,

Car de nouveau j'ay nouvelles douleurs,

Nouvelle amour, et nouveau pensement :

Dueil, et Ennuy, c'est tout l'avancement,

Que j'ay encor de vous tant amoureuse :

Si vous supply, que mon commencement

Cause ne soit de ma fin langoreuse.

Pleust or à Dieu (pour fuyr mes malheurs)

Que je vous tinse à mon commandement :

Ou pour le moins, que voz grandes valeurs

Ne fussent point en mon entendement :

Car voz beaulx yeux me plaisent tellement,

Et vostre amour me semble tant heureuse,

Que je languis : ainsi voylà comment,

Ce qui me plaist, m'est chose doloreuse.

 

Chanson VIII 180 Chanson IX

 

Quand j'ay pensé en vous ma bien aymée,

Trouver n'en puis de si grande beaulté :

Et de vertu seriez plus estimée,

Qu'aultre qui soit, si n'estoit cruaulté.

Mais pour vous aymer loyaulment

J'ay recompense de tourment :

Toutefois quand il vous plaira,

Mon mal par mercy finera.

Des que mon oeil apperceut vostre face,

Ma liberté du tout m'abandonna,

Car mon las cueur esperant vostre grâce

De moy partit, et à vous se donna.

Or s'est il voulu retirer

En lieu, dont ne se peult tirer,

Et vous a trouvé sans sy,

Fors qu'estes Dame sans mercy.

Vostre rigueur veult doncques que je meure,

Puis que pitié vostre cueur ne remord,

Si n'aurez vous (de ce je vous asseure)

Loz, ny honneur de si cruelle mort :

Car on ne doibt mettre en langueur

Celluy qui ayme de bon cueur :

Trop est rude à son Ennemy,

Qui est cruel à son Amy.

 

Chanson IX 181 Chanson X

 

Je suis aymé de la plus belle,

Qui soit vivant dessoubz les Cieulx :

Encontre tous faulx Envieulx

Je la soustiendray estre telle.

Si Cupido doulx, et rebelle

Avoit desbendé ses deux yeux,

Pour veoir son maintien gracieux,

Je croy qu'amoureux seroit d'elle.

Venus la Deesse immortelle

Tu as faict mon cueur bien heureux,

De l'avoir faict estre amoureux

D'une si noble Damoyselle.

 

Chanson X 182 Chanson XI

 

Qui veult avoir lyesse

Seullement d'ung regard,

Vienne veoir ma Maistresse,

Que Dieu maintienne, et gard :

Elle a si bonne grâce,

Que celluy qui la voit,

Mille douleurs efface,

Et plus, s'il en avoit.

Les vertus de la Belle

Me font esmerveiller.

La souvenance d'elle

Faict mon cueur esveiller.

Sa beaulté tant exquise

Me faict la mort sentir :

Mais sa grâce requise

M'en peult bien garentir.

 

Chanson XI 183 Chanson XII

 

Tant que vivray en aage florissant,

Je serviray Amour le Dieu puissant,

En faict, et dictz, en chansons, et accords.

Par plusieurs jours m'a tenu languissant,

Mais apres dueil m'a faict resjouyssant,

Car j'ay l'amour de la belle au gent corps.

Son alliance

Est ma fiance :

Son cueur est mien,

Mon cueur est sien :

Fy de tristesse,

Vive lyesse,

Puis qu'en Amours a tant de bien.

Quand je la veulx servir, et honnorer,

Quand par escriptz veulx son nom decorer,

Quand je la voy, et visite souvent,

Les envieulx n'en font que murmurer,

Mais nostre Amour n'en sçauroit moins durer :

Aultant ou plus en emporte le vent.

Maulgré envie

Toute ma vie

Je l'aymeray,

Et chanteray :

C'est la premiere,

C'est la derniere,

Que j'ay servie, et serviray.

 

Chanson XII 184 Chanson XIII

 

Languir me fais sans t'avoir offensée,

Plus ne m'escriptz, plus de moy ne t'enquiers,

Mais nonobstant aultre Dame ne quiers :

Plus tost mourir, que changer ma pensée.

Je ne dy pas t'amour estre effacée,

Mais je me plainds de l'ennuy que j'acquiers,

Et loing de toy humblement te requiers

Que loing de moy, de moy ne sois faschée.

 

Chanson XIII 185 Chanson XIV

 

D'où vient cela, Belle, je vous supply,

Que plus à moy ne vous recommandez ?

Tousjours seray de tristesse remply,

Jusques à temps qu'au vray me le mandez :

Je croy que plus d'Amy ne demandez,

Ou maulvais bruyt de moy on vous revelle,

Ou vostre cueur a faict amour nouvelle.

Si vous laissez d'Amour le train joly,

Vostre beaulté prisonniere rendez :

Si pour aultruy m'avez mis en oubly,

Dieu vous y doint le bien, que y pretendez :

Mais si de mal en rien m'apprehendez,

Je veulx qu'aultant que vous me semblez belle,

D'aultant, ou plus vos me soyez cruelle.

 

Chanson XIV 186 Chanson XV

 

Ma Dame ne m'a pas vendu,

Elle m'a seulement changé :

Mais elle a au change perdu,

Dont je me tiens pour bien vengé,

Car ung loyal a estrangé

Pour ung aultre, qui la diffame.

N'est elle pas legiere femme ?

Le Noir a quicté, et rendu,

Le Blanc est d'elle defrengé,

Violet luy est deffendu,

Point n'ayme Bleu, ny Orangé :

Son cueur muable s'est rengé

Vers le Changeant, couleur infame.

N'est elle pas legiere femme ?

 

Chanson XV 187 Chanson XVI

 

J'ay contenté

Ma voulenté

Suffisamment,

Car j'ay esté

D'amours traicté

Differemment.

J'ay eu tourment,

Bon traictement,

J'ay eu doulceur, et cruaulté :

Et ne me plainds fors seulement

D'avoir aymé si loyaulment

Celle, qui est sans loyaulté.

Cueur affeté

Moins arresté

Qu'ung seul moment,

Ta lascheté

M'a dejecté

Fascheusement.

Prend hardiment

Amandement.

Et vous Dames de grand beaulté

Si l'honneur aymez cherement,

Vous n'ensuyvrez aulcunement

Celle, qui est sans loyaulté.

Chanson XVII

Je ne fais rien que requerir

Sans acquerir

Le don d'amoureuse liesse

Las ma Maistresse

Dictes, quand est ce,

Qu'il vous plaira me secourir ?

Je ne fais rien que requerir.

Vostre beaulté qu'on voit flourir

Me faict mourir :

Ainsi j'ayme ce, qui me blesse.

C'est grand simplesse :

Mais grand sagesse,

Pourveu que m'en vueillez guerir.

Je ne fais rien que requerir.

 

Chanson XVI 188 Chanson XVIII

 

D'un nouveau dard je suis frappé,

Par Cupido cruel de soy :

De luy pensois estre eschappé,

Mais cuydant fuyr, me deçoy,

Et remede je n'apperçoy

A ma douleur secrette,

Fors de crier, allegez moy

Doulce plaisant Brunette.

Si au Monde ne fussiez point,

Belle, jamais je n'aymerois :

Vous seule avez gaigné le poinct,

Que si bien garder j'esperois :

Mais quant à mon gré vous aurois

En ma chambre seullette,

Pour me venger, je vous feroys

La couleur vermeillette.

 

Chanson XVIII 189 Chanson XIX

 

Mauldicte soit la mondaine richesse,

Qui m'a osté m'Amye, et ma Maistresse.

Las par vertu j'ay son amytié quise,

Mais par richesse ung aultre l'a conquise :

Vertu n'a pas en amour grand prouesse.

Dieu gard de mal la Nymphe, et la Deesse :

Mauldict soit l'Or, où elle a sa liesse,

Mauldicte soit la fine Soye exquise,

Le Dyamant, et la Perle requise

Puis que par eulx il fault qu'elle me laisse.

 

Chanson XIX 190 Chanson XX

 

Le cueur de vous ma presence desire ;

Mais pour le mieulx (Belle) je me retire,

Car sans avoir aultre contentement,

Je ne pourroys servir si longuement :

Venons au poinct, au poinct qu'on n'ose dire.

Belle Brunette, à qui mon cueur souspire,

Si me donnes ce bien (sans m'escondire)

Je serviray : mais sçavez vous comment ?

De Nuict, et Jour tresbien, et loyaulment.

Si ne voulez, je fuiray mon martyre.

 

Chanson XX 191 Chanson XXI

 

Amour au cueur me poinct,

Quand bien aymé je suis :

Mais aymer je ne puis

Quand on ne m'ayme poinct.

Chascun soit adverty

De faire comme moy :

Car d'aymer sans party,

C'est un trop, grand esmoy.

 

Chanson XXI 192 Chanson XXII

 

Qui veult entrer en grâce

Des Dames bien avant,

En cautelle, et fallace

Fault estre bien sçavant.

Car tout vray Poursuyvant,

La loyaulté suyvant,

Au jourd'huy est deceu :

Et le plus decepvant

Pour loyal est receu.

 

Chanson XXII 193 Chanson XXIII

 

Long temps y a, que je vys en espoir,

Et que Rigueur a dessus moy pouvoir :

Mais si jamais je rencontre Allegeance,

Je luy diray, Ma Dame venez veoir :

Rigueur me bat, faictes m'en la vengeance.

Si je ne puis allegeance esmouvoir,

Je le feray au Dieu d'Amour sçavoir,

En luy disant, ô Mondaine plaisance,

Si d'aultre bien ne me voulez pourveoir,

A tout le moins ne m'ostez Esperance.

 

Chanson XXIII 194 Chanson XXIV

 

Quand vous vouldrez faire une Amye,

Prenez la de belle grandeur,

En son Esprit non endormie,

Et son Tetin bonne rondeur,

Doulceur

En cueur,

Langage

Bien sage,

Dansant, chantant par bons accords,

Et ferme de Cueur, et de Corps.

Si vous la prenez trop jeunette,

Vous en aurez peu d'entretien :

Pour durer prenez la brunette

En bon point, d'asseuré maintien.

Tel bien

Vault bien

Qu'on fasse

La Chasse

Du plaisant Gibier amoureux :

Qui prend telle Proye, est heureux.

Chanson vingtcinquiesme du jour de Noël

Une pastourelle gentille,

Et ung Bergier en ung Verger

L'autrhyer jouant à la Bille

S'entredisoient pour abreger,

Roger,

Bergier,

Legere

Bergiere,

C'est trop à la Bille joué.

Chantons Noé, Noé, Noé.

Te souvient il plus du Prophete

Qui nous dist cas de si hault faict,

Que d'une Pucelle parfaicte

Naistroit ung Enfant tout parfaict ?

L'effect

Est faict :

La belle

Pucelle

[A eu un Filz au Ciel voué,] [A ung filz du ciel advoué,]

Chantons Noé, Noé, Noé

 

Chanson XXIV 195 Chanson XXVI

 

En entrant en un Jardin

Je trouvay Guillot Martin

Avec Helene,

Qui vouloit son Picotin,

Son beau petit Picotin

Non pas d'Avoyne.

Adonc Guillot luy a dit,

Vous aurez bien ce credit,

Quand je seray en alaine :

Mais n'en prenez qu'un petit.

Car par trop grand appetit

Vient souvent la Pance pleine.

 

Chanson XXVI 196 Chanson XXVII

 

D'Amours me va tout au rebours,

Jà ne fault, que de cela mente,

J'ay reffus en lieu de secours :

M'amye rit, et je lamente.

C'est la cause pourquoy je chante,

D'Amours me va tout au rebours,

Tout au rebours me va d'Amours.

 

Chanson XXVII 197 Chanson XXVIII

 

J'ay grand desir

D'avoir plaisir

D'amour mondaine :

Mais c'est grand peine,

Car chascun loyal amoureux

Au temps present est malheureux :

Et le plus fin

Gaigne à la fin

La grâce pleine.

 

Chanson XXVIII 198 Chanson XXIX

 

O Cruaulté logée en grand beaulté,

O grand beaulté, qui loges cruaulté,

Quand ma douleur jamais ne sentiras,

Au moins ung jour pense en ma loyaulté :

Ingrate alors (peult estre) te diras.

 

Chanson XXIX 199 Chanson XXX

 

J'ayme le cueur de m'Amye,

Sa bonté, et sa doulceur.

Je l'ayme sans infamie,

Et comme ung Frere la Soeur.

Amytié desmesurée,

N'est jamais bien asseurée,

Et mect les cueurs en tourment :

Je veulx aymer aultrement.

Ma Mignonne debonnaire,

Ceulx, qui font tant de clamours,

Ne taschent qu'à eulx complaire

Plus, qu'à leurs belles amours.

Laissons les en leur follye,

Et en leur melancolye :

Leur amytié cessera,

Sans fin la nostre sera.

 

Chanson XXX 200 Chanson XXXI

 

Si je vy en peine, et langueur,

De bon gré je le porte,

Puis que celle, qui a mon cueur,

Languist de mesme sorte.

Tous ces maulx nous faict recepvoir

Envie decevante,

Qui ne permect nous entreveoir,

Et d'en parler se vante.

Aussi Danger faulx Blasonneur

Tient Rigueur à la Belle,

Car il menasse son honneur,

S'il me veoit aupres d'elle.

Mais plus tost loing je me tiendray,

Qu'il en vienne nuysance :

Et à son honneur entendray,

Plus tost qu'à ma plaisance.

 

Chanson XXXI 201 Chanson XXXII

 

Changeons propos, c'est trop chanté d'amours :

Ce sont clamours, chantons de la Serpette :

Tous Vignerons ont à elle recours,

C'est leur secours pour tailler la Vignette.

O Serpillette, ô la Serpillonnette,

La Vignolette est par toy mise sus,

Dont les bons Vins tous les ans sont yssus.

Le Dieu Vulcain forgeron des haults Dieux,

Forgea aux Cieulx la Serpe bien taillante

De fin acier trempé en bon vin vieulx,

Pour tailler mieulx, et estre plus vaillante :

Bacchus la vante, et dit qu'elle est seante,

Et convenante à Noé le bonshom

Pour en tailler la Vigne en la saison.

Bacchus alors Chapeau de treille avoit,

Et arrivoit pour benistre la Vigne :

Avec Flascons Silenus le suivoit,

Lequel beuvoit aussi droict qu'une ligne :

Puis il trepigne, et se faict une bigne :

Comme une guigne estoit rouge son nez.

Beaucoup de gens de sa race sont nez.

 

Chanson XXXII 202 Chanson XXXIII

 

La plus belle des troys sera

Celle, qui mourir me fera,

Ou qui me fera du tout vivre,

Car de mon mal seray delivre,

Quand à sa puissance plaira.

Pallas point ne m'aidera :

Juno point ne s'en meslera :

Mais Venus, que j'ay voulu suivre,

Me dira bien, tien je te livre

Celle, qui ravy ton cueur a.

 

Chanson XXXIII 203 Chanson XXXIV

 

Puis que de vous je n'ay aulte visage,

Je m'en vois rendre hermite en ung desert,

Pour prier dieu, si ung aultre vous sert,

Qu'aultant que moy en vostre honneur soit sage.

A dieu Amours, à dieu gentil corsage,

A dieu ce tainct, à dieu ces frians yeux :

Je n'ay pas heu de vous grand adventage :

Ung moins aymant aura, peult estre, mieulx.

 

Chanson XXXIV 204 Chanson XXXV

 

Vous perdez temps de me dire mal d'elle,

Gens qui voulez divertir mon entente :

Plus la blasmez, plus je la trouve belle.

S'esbahist on, si tant je m'en contente ?

La fleur de sa jeunesse

A vostre advis rien n'est ce ?

N'est ce rien que ses grâces ?

Cessez voz grands audaces,

Car mon Amour vaincra vostre mesdire :

Tel en mesdict, qui pour soy la desire.

 

Chanson XXXV 205 Chanson XXXVI

 

Pour la Brune

Pourtant si je suis Brunette,

Amy n'en prenez esmoy,

Aultant suis ferme, et jeunette,

Qu'une plus blanche que moy.

Le Blanc effacer je voy.

Couleur Noire est tousjours une :

J'ayme mieulx donc estre Brune

Avecques me fermeté,

Que Blanche comme la Lune

Tenant de legiereté.

 

Chanson XXXVI 206 Chanson XXXVII

 

Pour la Blanche

Pourtant si le Blanc s'efface,

Il n'est pas à despriser :

Comme luy le Noyr se passe,

Il a beau temporiser.

Je ne veulx point me priser,

Ne mesdire en ma revanche :

Mais j'ayme mieulx estre blanche

Vingt, ou trente ans ensuivant

En beauté nayve, et franche,

Que noire tout mon vivant.

 

Chanson XXXVII 207 Chanson XXXVIII

 

J'ay trouvé moien, et loisir

D'envoyer Monsieur à la chasse,

Mais ung aultre prend le plaisir

Qu'envers ma Dame je pourchasse.

Ainsi pour vous gros Boeufz puissans,

Ne trainez Charrue en la Plaine :

Ainsi pour vous Moutons paissans,

Ne portez sur le dos la Laine.

Ainsi pour vous Oyseaulx du Ciel,

Ne sçauriez faire une couvée :

Ainsi pour vous Mousches à miel,

Vous n'avez la Cire trouvée.

 

Chanson XXXVIII 208 Chanson XXXIX

 

Si j'avoys tel credit,

Et d'Amour recompense,

Comme l'Envieux pense,

Et comme il vous a dict,

Menteur ne seroit dict,

Ne vous froide amoureuse,

Et moy pauvre interdict

Serois personne heureuse :

Quand viens à remirer

Sa belle jouyssance,

Il n'est en ma puissance

De ne la desirer :

Et pour y aspirer

N'en doy perdre louange,

Ne d'honneur empirer :

Suis je de fer, ou Ange ?

Qu'est besoing de mentir ?

J'ose encores vous dire,

Que plus fort vous desire,

Quand veulx m'en repentir :

Et pour aneantir

Ce desir, qui tant dure,

Il vous fauldroit sentir

La peine que j'endure.

Vostre doulx entretien,

Vostre belle jeunesse,

Vostre bonté expresse

M'ont faict vostre, et m'y tien :

Vray est, que je voy bien

Vostre amour endormie,

Mais langueur ce m'est bien

Pour vous, ma chere Amye.

 

Chanson XXXIX 209 Chanson XL

 

Ne sçay combien la hayne est dure,

Et n'ay desir de le sçavoir :

Mais je sçay qu'amour, qui peu dure,

Faict ung grand tourment recepvoir.

Amour aultre nom deust avoir,

Nommer la fault Fleur, ou Verdure,

Qui peu de temps se laisse veoir.

Nommer le donc Fleur, ou Verdure

Au cueur de mon legier Amant :

Mais en mon cueur, qui trop endure,

Nommez le Roc, ou Dyamant,

Car je vy tousjours en aymant,

En aymant celluy qui procure,

Que Mort me voyse consommant.

Chanson XLI composée par Heroet

Qui la vouldra, fault premier que je meure :

Puis s'il congnoist son grand dueil appaisé,

La serve bien : mais il est mal aysé,

(Mort son Amy) qu'elle vive demeure.

Second couplet par Marot

Je cuyde bien qu'elle mourroit à l'heure,

Que Mort viendroit tous les Amans saisir :

Mais si (toy mort) elle en trouve à choisir,

J'ay belle peur qu'à grand peine elle pleure.

 

Chanson XL 210 Chanson XLII

 

Mon cueur se recommande à vous,

Tout plein d'Ennuy, et de Martire :

Au moins en despit des Jaloux

Faictes qu'à Dieu vous puisse dire.

Ma bouche, qui vous souloit rire,

Et compter propos gracieux,

Ne faict maintenant que mauldire

Ceulx, qui m'ont banny de voz yeux.

Banny j'en suis par faulx semblant :

Mais pour nous veoir encor ensemble,

Fault que me soiez ressemblant

De fermeté : car il me semble

Que quand faulx Rapport desassemble

Les Amans, qui sont assemblez,

Si ferme amour ne les r'assemble

Sans fin seront desassemblez.

Fin de l'Adolescence Clementine

 

Chanson XLII 211 La suite de l'adolescence Clementine

 

La suite de l'adolescence Clementine 212 Le contenu de la suite de l'adolescence

 

Dont le contenu se trouvera en la page suivante

La Complainte sur Robertet

L'Eglogue sur la mort de Madame

Les Elegies

Les Epistres

Les Chantz divers

Le Cymetiere

Les Oraisons

Salm. macrini ivliodvnensis

Hendecasyllabi ad Lectorem

QVos tu tantopere expetis, probasque,

Demiransque stupes, amice Lector,

Clementi nisi surpuisset audax

Maroto Plagiarius Libellos,

Esset copia nulla nunc lengendi.

Proin si praemia danda sunt merenti,

Fraudari suo honore fas nec ullum,

Ipsi gratia non habenda Vati est,

Qui nobis sua durus invidebat :

Sed furi magis illa publicanti,

Hoc quem conspicis ordine, ac paratu

Non sanè illepido, nec invenusto.

Si Autori editio haud placet, quid ad me,

Ipsis dum liceat frui Libellis ?

Translation des vers precedens

Ces oeuvres de Marot (ô gracieux Lecteur)

Que tu desires tant, et plus encores prises,

Ne fussent en tes mains si (pour vray) à l'Autheur

Ung Larron ne les eust cautellement prises.

Si donc pour meriter sont recompenses quises,

Et s'on ne doibt frustrer aulcun de son bienfaict,

Saches gré au Larron, quelcque chose que lises,

Et non pas à Marot de son Livre bien faict :

Car il en fut ingrat. L'autre ce bien a faict,

Qu'en tresbon, et bel ordre à ung chascun le livre.

Si Marot s'en courrousse, ou s'en fasche (en effect)

Je n'en donne ung festu, pourveu qu'aions son Livre.

Nic. borbonivs vandoperanvs

ad Lectorem

Hic liber ignaro Domino uolitare per Orbem

Inque tuas (Lector) gaudet abire manus.

Ex his conjicito, quae sint, et quanta futura

Caetera, quae Authoris lima severa premit.

Sal. macrinvs in clementis

Maroti lavdem

Le contenu de la suite de l'adolescence 213 Si Graecis Maro litteris vacasset,

Magno par potuisset esse Homero.

Esset si Latias sequutus artes

Clemens Francigenûm decus Marotus,

Aequaret dubio procul Maronem.

Sed primas Maro maluit Latino,

Quàm sermone pares habere Graeco.

Et noster patrio Marotus ore

Princeps maluit esse, quàm Latinae

In linguae eloquio pares habere :

Huic ut Gallia debeat, quod ipsi

Hellas Moenidae, Ausones Maroni.

 

Le contenu de la suite de l'adolescence 214 Deploration sur le trespas de messire Florimond Robertet

 

Jadis ma Plume on veit son vol estendre

Au gré d'Amour, et d'ung bas stile, et tendre

Distiller dictz, que soulois mettre en chant :

Mais ung regret de tous costez trenchant

Luy fait laisser ceste doulce coustume,

Pour la tremper en ancre d'amertume.

Ainsi le fault, et quand ne le fauldroit,

Mon cueur (helas) encores le vouldroit :

Et quand mon cueur ne le vouldroit encores,

Oultre son vueil contrainct y seroit ores

Par l'aiguillon d'une mort, qui le poinct :

Que dis je mort ? D'une mort n'est ce point :

Ains d'une amour : car quand chascun mourroit

Sans vraye Amour, plaindre on ne le pourroit :

Mais quand la Mort a faict son malefice,

Amour adonc use de son office,

Faisant porter aux vrays Amys le dueil,

Non point ung dueil de fainctes larmes d'oeil,

Non point un dueil de drap noir annuel,

Mais ung dueil tainct d'ennuy perpetuel :

Non point ung dueil, qui dehors apparoist,

Mais qui au cueur (sans apparence) croist.

Voylà le dueil, qui a vaincu ma joye :

C'est ce qui faict, que toute rien que je oye

Me sonne ennuy : c'est ce qui me procure,

Que couleur blanche à l'oeil me soit obscure,

Et que jour cler me semble noire nuict :

De tel façon, que ce, qui tant me nuyt,

Corrompt du tout le naïf de ma Muse,

Lequel de soy ne veult que je m'amuse

A composer en triste Tragedie :

Mais maintenant force m'est que je die

Chanson mortelle en stille plein d'esmoy,

Veu qu'aultre cas ne peult sortir de moy.

De mon cueur donc l'intention totalle

Vous comptera une chose fatalle,

Que je trouvay d'adventure mal saine

(En m'en venant de Loyre droict à Seine)

Dessus Tourfou. Tourfou jadis estoit

Ung petit Boys, où la Mort commettoit

Meutres bien grands sur ceulx, qui chemin tel

Vouloient passer. En celluy lieu mortel

Je vy la Mort hydeuse, et redoubtée

Dessus ung Char en triumphe montée,

Dessoubz ses pieds aiant ung corps humain

Mort à l'envers, et ung Dard en la main

De boys mortel, de plumes empenné

D'ung vieil Corbeau, de qui le chant dampné

Deploration sur le trespas de messire Florimond Robertet 215 Predit tout mal : et fut trempé le fer

En eaue de Styx fleuve triste d'Enfer.

La Mort en lieu de Sceptre venerable

Tenoit en main ce Dard espoventable,

Qui en maintz lieux estoit tainct, et taché

Du sang de cil, qu'elle avoit submarché.

Ainsi debout sur le Char se tenoit,

Que ung Cheval pasle en hanissant trainoit :

Devant lequel cheminoit une Fée

Fresche, en bon point, et noblement coeffée,

Sur teste rase aiant triple Couronne

Que mainte Perle, et Rubys environne :

Sa Robe estoit d'ung blanc, et fin Samys,

Où elle avoit en pourtraicture mys

(Par traict de temps) ung million de choses,

Comme Chasteaulx, Palais, et Villes closes,

Villages, Tours, et Temples, et Conventz,

Terres, et Mers, et Voylles à tous ventz,

Artillerie, Armes, Hommes armez,

Chiens, et Oyseaults, Plaines, et Boys ramez,

Le tout brodé de fine Soye exquise,

Par mains d'aultruy, torse, taincte, et acquise :

Et pour devise au bors de la besongne

Estoit escript Le feu a, qui en grongne.

Ce neantmoins sa robe elle mussoit

Soubz ung Manteau, qui humble paroissoit,

Où plusieurs draps divers furent compris

De Noir, de Blanc, d'Enfumé, et de Gris,

Signifiant de Sectes ung grand nombre,

Qui sans travail vivent dessoubz son umbre.

Ceste grand Dame est nommée Rommaine,

Qui ce corps mort jusques au Tumbeau maine

(La Croix devant) en grand cerimonie,

Chantant Motetz de piteuse armonie.

Une aultre Dame au costé droit venoit,

A qui trop peu de chanter souvenoit :

D'ung Haubin noir, de pareure tanée

Montée estoit, la plus triste, et tannée,

Qui fut alors soubz la haulteur Celique :

Helas c'estoit Françoyse Republique,

Laquelle avoit en maintz lieux entamé

Son Manteau bleu, de fleurs de Lis semé :

Si derompoit encor de toutes pars

Ses beaulx cheveulx sur elle tous espars ;

Et pour son train ne menoit avec elle

Sinon Douleur, Ennuy, et leur sequelle,

Qui la servoient de tout cela, qui duyt,

Quand au Sepulchre ung Amy on conduyt.

De l'aultre part cheminoit en grand peine

Le bon hommeau Labeur, qui en la Plaine

Avoit laissé Boeufz, Charrue, et Culture

Deploration sur le trespas de messire Florimond Robertet 216 Pour ce corps mort conduire en Sepulture :

Mais, bien lava son visage haslé

De force pleurs, ains que là fut allé.

Lors je voyant telle pompe mondaine

Presupposay en pensée soubdaine,

Que là gisoit quelcque Prince de nom :

Mais tost apres feuz adverty, que non,

Et que c'estoit ung Serviteur Royal,

Qui fut jadis si prudent, et loyal,

Qu'apres sa mort son vray Seigneur, et Roy,

Luy ordonna ce beau funebre arroy,

Monstrant au doid, combien d'amour desservent

De leurs Seigneurs les Servans, qui bien servent.

Et comment sceu je alors, qui estoit l'homme ?

Autour de luy ne veoy, qui le me nomme,

Et m'en enquiers : mais le cueur, qui leur fend,

Toute parolle à leur bouche deffend.

Si vous diray, comment doncques j'ay sceu

Le nom de luy. Ce Char, que j'apperceu,

N'estoit paré de Rouge, Jaulne, ou Vert,

Mais tout de Noir par tristesse couvert :

Et le suyvoient cent hommes en douleur

Vestuz d'habitz de semblable couleur :

Chascun au poing Torche, qui feu rendoit,

Et où l'Escu du Noble mort pendoit.

Lors curieux picquay pour veoir les Armes,

Mais telle veue aux yeux me mist les larmes,

Y voyant painct l'Esle sans per à elle.

Dieu immortel (dis je lors) voyci l'Esle,

Qui a vollé ainsi, que voller fault

Entre deux Airs, ne trop bas, ne trop hault :

Voyci (pour vray) l'Esle, dont la vollée

Par sa vertu a la France extollée,

Circonvollant ce Monde spacieux,

Et survollant maintenant les neufs Cieulx.

C'est l'Esle noire en la bende dorée,

L'Esle en vollant jamais non essorée,

Et dont sortie est la mieulx escripvant

Plume, qui fut de nostre aage vivant.

C'est celle Plume, où modernes espritz

(Soubz ses patrons) leur sçavoir ont appris :

Ce fut la Plume en sage main baillée,

Qui ne fut oncq (comme je croy) taillée

Que pour servir en leurs secretz les Roys :

Aussi de reng elle en a servi troys

En Guerre, en Paix, en Affaire urgens,

Au gré des Roys, et proffit de leurs gens.

O vous humains, qui escoutez ma plaincte,

Qui est celluy, qui eut ceste Esle paincte

En son escu ? Vous en fault il doubter ?

Sentez vous point, quand venez à gouster

Deploration sur le trespas de messire Florimond Robertet 217 Ce, que je dy en mon triste mottet,

Que c'est le bon Florimond Robertet ?

En est il d'aultre en la vie mortelle,

Pour qui je disse une louange telle ?

Non, car vivant de son art n'en approche :

Or est il mort, Serviteur sans reproche,

Ainsi (pour vray) que mon cueur, et ma langue

Disoient d'accord si piteuse harangue,

La fiere Mort sur le Char sejournée

Sa face pasle a devers moy tournée,

Et a bien peu qu'elle ne m'a rué

Le mesme Dard, dont elle avoit tué

Celluy, qui fut la toute ronde Sphere,

Par où guettoys ma fortune prospere.

Mais tout à coup tourna sa veue oblique

Contre et devers Françoyse Republique,

Qui l'irritoit, maudissoit, et blasmoit

D'avoir occis celluy, qui tant l'aymoit.

Adonc la Mort sans s'effrayer l'escoute,

Et Republicque hors de l'estomac boute

Les propres motz contenus cy apres,

Avec sangloutz s'entresuyvants de pres.

Comment la Republique Françoyse parle à la Mort

Puis qu'on sçait bien, ô perverse Chimere,

Que toute rage en toy se peult choisir,

Jusque à tuer avec angoisse amere

L'enfant petit au ventre de sa Mere,

Sans luy donner de naistre le loysir :

Puis qu'ainsi est, pourquoy prens tu plaisir

A monstrer plus ta force tant congneue,

Dont ne te peult louange estre advenue ?

Qui de son corps la force mect en preuve,

Devant ses yeux los, ou gain luy appert :

Mais en l'effect, où la tienne s'espreuve,

Blasme pour los, perte pour gain se treuve :

Chascun t'en blasme, et tout le Monde y pert :

Perdu nous a l'homme en conseil expert,

Et l'as jecté mort dedans le giron

De France (helas) qui pleure à l'environ.

Françoys franc, Roy de France, et des Françoys,

Tu le fuz veoir, quand l'Ame il vouloit rendre :

De luy donner reconfort t'advançoys,

Et en ton cueur contre la Mort tançoys,

Qui ton bon Serf au besoing venoit prendre.

O quelle amour impossible à comprendre.

Santé cent ans puisse avoir ung tel Maistre,

Et du servant au ciel puisse l'Ame estre.

France et la fleur de ses Princes ensemble

Le corps au Temple en grand dueil ont mené.

Lors France triste à Hecuba ressemble,

Quand ses Enfans à l'entour d'elle assemble

Deploration sur le trespas de messire Florimond Robertet 218 Pour lamenter Hector son filz aisné.

Quiconques fut Hector aux armes né,

Robertet fut nostre Hector en sagesse :

Pallas aussi luy en feit grand largesse.

Au fons du cueur les larmes vont puisant

Pauvres de Court pour pleurer leur ruyne.

Et toy Labeur, tu ne veoys plus luisant

Ce cler Soleil, qui estoit tant duisant

A esclaircir de ce temps la bruine :

Processions, ne chanter en rues hymne

N'ont sceu mouvoir fiere Mort à mercy,

Qui me contrainct de dire encor ainsi.

Vieille effacée, infecte, Image immunde,

Craincte de gens, pensement soucieux,

Quel bon advis, quelle sagesse abonde

En ton cerveau d'apauvrir ce bas Monde

Pour enrichir de noz biens les haults Cieulx ?

Que mauldit soit ton Dard malicieux :

En ung seul coup s'est monsré trop habille

D'en tuer ung, et en navrer cent mille.

Tu as froissé la main tant imitable,

Qui au proffit de moy lasse escripvoit :

Tu a cousu la Bouche veritable :

Tu as percé le Cueur tant charitable,

Et assommé le Chef, qui tant sçavoit.

Mais maulgré toy çà bas de luy se voit

Ung cler renom, qui ce tour te fera

Que par sus toy sans fin triumphera.

Tu as deffaict (ô lourde, et mal adextre)

Ta non nuysance, et nostre allegement :

Endormy as de ta pesante Dextre

Cil, qui ne peult resveillé au Monde estre

Jusques au Jour du final Jugement.

Las et tandis nous souffrons largement,

N'aians recours qu'au Ciel, et à noz larmes,

Pour nous venger de tes soubdains alarmes.

De voz deux yeux vous, sa chere Espousée,

Faictes Fontaine, où puiser on puisse eau :

Filles de luy, vostre face arrosée

De larmes soit, non comme de rosée,

Mais chascun oeil soit ung petit Ruisseau :

Chascun des miens en jecte plus d'ung Seau :

De tout cela faisons une Riviere,

Pour y noyer la Mort, qui est si fiere.

Ha la meschante : escoutez sa malice.

Premier occist en Martial destroict

Quatre meilleurs Chevaliers de ma lice,

Lescut, Bayard, La Tremoille, et Palice :

Puis est entrée en mon Conseil estroict,

Et de la trouppe alla frapper tout droict

Le plus aymé, et le plus diligent.

Deploration sur le trespas de messire Florimond Robertet 219 Souvent de telz est ung Peuple indigent.

Continuer : partie 2 sur 6