L'adolescence clémentine ; La suite de l'adolescence clémentine
Chapitre XIII
De Jehan Serre, excellent Joueur de Farces
Cy dessoubz gist, et loge en serre
Ce tresgentil fallot Jehan Serre,
Qui tout plaisir alloit suivant,
Et grand joueur en son vivant,
Non pas joueur de Detz, ne Quilles,
Mais de belles Farces gentilles.
Au quel Jeu jamais ne perdit,
Mais y gaigna bruit, et credit,
Amour, et populaire estime,
Plus que d'escuz, comme j'estime.
Il fut en son jeu si à dextre,
Qu'à le veoir on le pensoit estre
Ivrongne, quand il se y prenoit :
Ou Badin, s'il l'entreprenoit :
Et n'eust sceu faire en sa puissance
Le Sage, car à sa naissance
Nature ne luy feit la trongne
Que d'ung Badin, ou d'ung Ivrongne.
Toustefois je croy fermement,
Qu'il ne feist oncq si vivement
Le Badin, qui rit, ou se mort,
Comme il faict maintenant le mort.
Sa science n'estoit point vile,
Mais bonne : car en ceste Ville
Des tristes tristeur destournoit,
Et l'homme aise en aise tenoit.
Or brief, quand il entroit en salle
Avec une chemise sale,
Le Front, la Joue, et la Narine
Toute couverte de Farine,
Et coiffé d'un Beguin d'enfant,
Et d'un hault bonnet triumphant,
Garny de plumes de Chappons,
Avec tout cela, je responds,
Qu'en voyant sa grâce nyaise
On n'estoit pas moins gay, ny aise,
Qu'on est aux champs Elysiens.
O vous humains Parisiens,
De le pleurer pour recompense
Impossible est : car quand on pense
A ce, qu'il souloit faire, et dire,
On ne se peult tenir de rire.
Que dis je ? on ne le pleure point ?
Si faict on, et voicy le point :
On en rit si fort en maintz lieux,
Que les larmes viennent aux yeux.
Ainsi en riant on le pleure,
XIII 85 Et en plourant on rit à l'heure.
Or pleurez, riez vostre saoul,
Tout cela ne luy sert d'un soul :
Vous feriez beaucoup mieulx (en somme)
De prier Dieu pour le pauvre homme.
XIII 86 Ballades