L'adolescence clémentine ; La suite de l'adolescence clémentine
Chant Royal de la Conception nostre dame, que Maistre Guillaume Cretin voulut avoir de
A monsieur Cretin, Souverain Poëte françoys Salut
L'homme sotart, et non sçavant,
Comme un Rotisseur qui lave Oye,
La faulte d'aulcun nonce avant,
Qu'il la congnoisse, [ou] la voye : [ne]
Mais vous de hault sçavoir la voye
Sçaurez par trop mieulx me excuser
D'ung gros erreur, si faict l'avoye,
Qu'ung amoureux de Muscq user.
Chant Royal de la Conception
Lors que le Roy par hault desir, et cure,
Delibera d'aller vaincre Ennemys,
Et retirer de leur prison obscure
Ceulx de son Ost à grands tourmens submis,
Il envoya ses Fourriers en Judée
Prendre logis sur place bien fondée :
Puis commenda tendre en forme facile
Ung Pavillon pour exquis Domicile,
Dedans lequel dresser il proposa
Son Lict de camp nommé en plein Concile
La digne Couche, où le Roy reposa.
Au Pavillon fut la riche paincture,
Monstrant par qui noz pechez sont remis :
C'estoit la nue, ayant en sa closture
Le Jardin clos, à tous humains promis,
La grand Cité des haulx Cieulx regardée,
Le Lys Royal, l'Olive collaudée,
Avec la Tour de David immobile.
Parquoy l'Ouvrier sur tous le plus habile
En lieu si noble assist, et apposa
(Mettant en fin le dict de la Sybille)
La digne Couche, où le Roy reposa.
D'antique ouvrage a composé Nature
Le boys du Lict, où n'a ung poinct obmis :
Mais où Coissin plume tresblanche, et pure
D'ung blanc Coulomb le grand Ouvrier a mis :
Puis Charité tant quise, et demandée
Le Lict prepare avec Paix accordée :
Linge trespur Dame Innocente file :
Divinité les trois Rideaulx enfile,
Puis à l'entour les tendit, et posa,
Pour preserver du vent froit, et mobile,
La digne Couche, où le Roy reposa.
Aulcuns ont dit noire la Couverture :
Ce qui n'est pas, car du Ciel fut transmis
Son lustre blanc, sans aultre art de taincture :
Ung grand Pasteur l'avoit ainsi permis :
Chant Royal de la Conception nostre dame, que Maistre Guillaume Cretin voulut avoir de l'Autheur : lequel luy envoya avecques ce huictain 102
Lequel jadis par grâce concordée
De ses Aigneaulx la toison bien gardée
Transmist au cloz de Nature subtile,
Qui une en feit la plus blanche, et utile,
Qu'oncques sa main tissut, ou composa :
Dont elle orna (oultre son commun stile)
La digne Couche, où le Roy reposa.
Pas n'eut ung Ciel faict à frange, et figure
De fin Damas, Sargettes, ou Samis,
Car le hault Ciel, que tout rond on figure,
Pour telle Couche illustrer fut commis.
D'ung tour estoit si precieux bordée,
Qu'oncques ne fut de vermine abordée.
N'est ce donc pas d'humanité fertile
Oeuvre bien faict ? veu que l'Aspic hostille,
Pour y dormir, approcher n'en osa ?
Certes si est, et n'est à luy serville
La digne couche, où le Roy reposa.
Envoy
Prince je prends en mon sens puerile
Le Pavillon, pour Saincte Anne sterile :
Le Roy, pour Dieu, qui aux Cieulx repos a :
Et Marie est (vray comme l'Evangile)
La digne Couche, où le Roy reposa.
Chant Royal de la Conception nostre dame, que Maistre Guillaume Cretin voulut avoir de l'Autheur : lequel luy envoya avecques ce huictain 103