L'adolescence clémentine ; La suite de l'adolescence clémentine
Rondeaux
Rondeaux 104
I
Rondeau responsif à ung aultre, qui se commenceoit, Maistre Clement mon bon Amy En ung Rondeau sur le commencement
Ung vocatif, comme maistre Clement,
Ne peult faillir rentrer par Huys, ou Porte :
Aux plus sçavans Poëtes m'en rapporte,
Qui d'en user se gardent sagement.
Bien inventer vous fault premierement.
L'invention deschiffrer proprement,
Si que Raison, et Ryme ne soit morte
En ung Rondeau.
Usez de motz receuz communement,
Rien superflu n'y soit aulcunement,
Et de la fin quelque bon propos sorte,
Clouez tout court, rentrez de bonne sorte,
Maistre passé serez certainement
En ung Rondeau.
I 105
II
A ung Creancier
Ung bien petit de pres me venez prendre,
Pour vous payer : et si debvez entendre,
Que je n'euz onc Angloys de vostre taille :
Car à tous coups vous criez baille, baille,
Et n'ay de quoy contre vous me deffendre.
Sur moy ne fault telle rigueur estendre,
Car de pecune ung peu ma bourse est tendre,
Et toutesfoys j'en ay, vaille que vaille,
Ung bien petit.
Mais à vous veoir (ou l'on me puisse pendre)
Il semble advis qu'on ne vous vueille rendre,
Ce qu'on vous doibt : beau Sire ne vous chaille.
Quand je seray plus garny de cliquaille,
Vous en aurez : mais il vous fault attendre
Ung bien petit.
II 106
III
Du Disciple soustenant son Maistre contre les Detracteurs
Du premier coup, entendez ma response
Folz Detracteurs, mon Maistre vous annonce
Par moy, qui suis l'un de ses Clercs nouveaulx,
Que pour rimer ne vous craint deux Naveaulx,
Et eussiez vous de sens encor une once.
Si l'espargnez, tous deux je vous renonce :
Picquez le donc mieulx que d'Espine, ou Ronce,
Luy envoyant des meilleurs, et plus beaulx
Du premier coup.
Et tenez bon, ensuyvant ma semonce,
Car si ung coup ses deux Sourcilz il fronce,
Et eussiez−vous de Rimes, et Rondeaulx
Plein trois Barrilz, voire quatre Tonneaulx,
Je veulx mourir, s'il ne les vous deffonce
Du premier coup.
III 107
IV
De celluy, qui incite une jeune Dame à faire Amy
A mon plaisir vous faictes feu, et basme,
Parquoy souvent je m'estonne ma Dame,
Que vous n'avez quelcque Amy par amours :
Au Diable l'ung, qui fera ses clamours
Pour vous prier, quand serez vieille lame.
Or en effect, je vous jure mon âme,
Que si j'estoie jeune, et gaillarde femme,
J'en auroys un devant qu'il fust trois jours
A mon plaisir.
Et pourquoy non ? ce seroit grand diffame,
Si vous perdiez jeunesse, bruyt, et fame,
Sans esbranler Drap, Satin, et Velours.
Pardonnez moy, si mes motz sont trop lourdz,
Je ne vous veulx qu'apprendre vostre game
A mon plaisir.
IV 108
V
De l'Amoureux ardant
Au feu, qui mon cueur a choisy,
Jectez y, ma seule Deesse
De l'eau de grâce, et de lyesse,
Car il est consommé quasi.
Amours l'a de si pres saisy,
Que force est, qu'il crie sans cesse
Au feu.
Si par vous en est dessaisy,
Amours luy doint plus grand destresse,
Si jamais sert aultre maistresse :
Doncques ma Dame courez y
Au feu.
V 109
VI
A une mesdisante
On le m'a dit, Dague à rouelle,
Que de moy en mal vous parlez :
Le vin que si bien avallez
Vous le mect il en la cervelle ?
Vous estes rapporte nouvelle,
D'aultre chose ne vous mefiez,
On le m'a dit.
Mais si plus vous advient, Meselle,
Vos Reins en seront bien gallez :
Allez de par le Diable, allez,
Vous n'estes qu'une Maquerelle,
On le m'a dit.
VI 110
VII
A ung Poëte ignorant
Qu'on meine aux Champs ce Coquardeau,
Lequel gaste (quand il compose)
Raison, Mesure, Texte, et Glose,
Soit en Ballade, ou en Rondeau.
Il n'a cervelle, ne cerveau :
C'est pourquoy, si hault crier j'ose,
Qu'on meine aux champs ce Coquardeau.
S'il veult rien faire de nouveau,
Qu'il oeuvre hardiment en Prose
(J'entends s'il en sçait quelcque chose)
Car en Rime ce n'est qu'ung veau,
Qu'on meine aux champs.
VII 111
VIII
De la jeune Dame, qui a vieil Mary
En languissant, et en griefve tristesse
Vit mon las cueur, jadis plein de liesse,
Puis que l'on m'a donné Mary vieillard.
Helas pourquoy ? riens ne sçait du vieil art
Qu'aprend Venus l'amoureuse Deesse.
Par ung desir de monstrer ma prouesse
Souvent l'assaulx : mais il demande, où est ce ?
Ou dort (peult estre) et mon cueur veille à part
En languissant.
Puis quand je veulx luy jouer de finesse,
Honte me dict, cesse ma fille, cesse,
Garde t'en bien, à honneur prends esgard :
Lors je responds, honte, allez à l'escart,
Je ne veulx pas perdre ma jeunesse
En languissant.
VIII 112
IX
Du mal content d'Amours
D'estre amoureux n'ay plus intention,
C'est maintenant ma moindre affection,
Car celle là, de qui je cuydoye estre
Le bien aymé, m'a bien faict apparoistre,
Qu'au faict d'amour n'y a que fiction.
Je la pensoys sans imperfection,
Mais d'aultre Amy a prins possession :
Et pource plus ne me veulx entremettre
D'estre amoureux.
Au temps present par toute nation
Les Dames sont comme ung petit Syon,
Qui tousjours ploye à dextre, et à senestre.
Brief, les plus fins ne s'y sçavent congnoistre :
Parquoy concludz, que c'est abusion
D'estre amoureux.
IX 113
X
De l'absent de s'Amye
Tout au rebours (dont convient que languisse)
Vient mon vouloir : car de bon cueur vous veisse,
Et je ne puis par devers vous aller.
Chante, qui veult : balle, qui veult baller,
Ce seul plaisir seulement je vousisse.
Et s'on me dit, qu'il fault que je choisisse
De par deça Dame, qui m'esjouisse,
Je ne sçaurois me tenir de parler
Tout au rebours.
Si respons franc, j'ay Dame sans nul vice,
Aultre n'aura en Amours mon service :
Je la desire, et souhaitte voller,
Pour l'aller veoir, et pour nous consoller :
Mais mes soubhaitz vont, comme l'Escrevice,
Tout au rebours.
X 114
XI
De l'Amant doloreux
Avant mes jours mort me fault encourir
Par un regard, dont m'as voulu ferir,
Et ne te chault de ma griefve tristesse :
Mais n'est ce pas à toy grande rudesse,
Veu que tu peulx si bien me secourir ?
Aupres de l'eau me fault de soif perir,
Je me voy jeune, et en aage fleurir,
Et si me monstre estre plein de vieillesse
Avant mes jours.
Or si je meurs, je veulx Dieu requerir
Prendre mon ame : et sans plus enquerir,
Je donne aux vers mon Corps plein de foiblesse.
Quant est du Cueur, du tout je le te laisse,
Ce nonobstant que me fasses mourir
Avant mes jours.
XI 115
XII
A monsieur de Pothon, pour le prier de parler au Roy
Là où sçavez, sans vous ne puis venir,
Vous estes cil, qui povez subvenir
Facilement à mon cas, et affaire,
Et des heureux de ce Monde me faire,
Sans qu'aulcun mal vous en puisse advenir.
Quand je regarde, et pense à l'advenir,
J'ay bon vouloir de sage devenir :
Mais sans support je ne me puis retraire
Là où sçavez.
Male Fortune a voulu maintenir,
Et a juré de tousjours me tenir :
Mais (Monseigneur) pour l'occire, et deffaire,
Envers le Roy vueillez mon cas parfaire,
Si que par vous je puisse parvenir,
Là où sçavez.
XII 116
XIII
De la mort de Monsieur de Chissay
D'un coup d'estoc Chissay noble homme, et fort,
L'an dix et sept soubz malheureux effort
Tomba occis au Moys qu'on seme L'orge
Par Pomperan : qui de Boucal, et Lorge
Fut fort blessé, quoy qu'il resistat fort.
Chissay beau, jeune, en credit, et support
Feit son debvoir au combat, et abord,
Mais par hasard fut frappé en la Gorge
D'un coup d'estoc.
Dont un chascun de dueil ses levres mord,
Disant helas l'honneste homme est il mort ?
Pleust or à Dieu, et Monseigneur Sainct George,
Que tout baston eust esté en la Forge
Alors, qu'il fut ainsi navré à mort
D'un coup d'estoc.
XIII 117
XIV
A ung Poëte Françoys
Mieulx resonnant, qu'à bien louer facile,
Est ton renom volant du domicile
Palladial vers la Terrestre gent :
Puis vers les Cieulx, dont as le tiltre gent
D'Aigle moderne, à suyvre difficile.
Je dy moderne, antique en façon mille :
Ce qui pres toy me rend bas, et humile,
D'autant que Plomb est plus sourd que l'Argent
Mieulx resonnant.
Ainsi ma plume, en qui bourbe distille,
Veult esclaircir l'onde claire, et utile,
Dont le gravier est assez refulgent
Pour troubler l'Oeil de l'esprit indigent,
Qui en tel cas a besoing d'aultre stile
Mieulx resonnant.
XIV 118