L'adolescence clémentine ; La suite de l'adolescence clémentine

Clément Marot ; texte établi par Gérard Defaux · Chapitre 16 sur 49

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L'adolescence clémentine ; La suite de l'adolescence clémentine

Rondeaux

 

Rondeaux 104

I

 

Rondeau responsif à ung aultre, qui se commenceoit, Maistre Clement mon bon Amy En ung Rondeau sur le commencement

Ung vocatif, comme maistre Clement,

Ne peult faillir rentrer par Huys, ou Porte :

Aux plus sçavans Poëtes m'en rapporte,

Qui d'en user se gardent sagement.

Bien inventer vous fault premierement.

L'invention deschiffrer proprement,

Si que Raison, et Ryme ne soit morte

En ung Rondeau.

Usez de motz receuz communement,

Rien superflu n'y soit aulcunement,

Et de la fin quelque bon propos sorte,

Clouez tout court, rentrez de bonne sorte,

Maistre passé serez certainement

En ung Rondeau.

 

I 105

II

 

A ung Creancier

Ung bien petit de pres me venez prendre,

Pour vous payer : et si debvez entendre,

Que je n'euz onc Angloys de vostre taille :

Car à tous coups vous criez baille, baille,

Et n'ay de quoy contre vous me deffendre.

Sur moy ne fault telle rigueur estendre,

Car de pecune ung peu ma bourse est tendre,

Et toutesfoys j'en ay, vaille que vaille,

Ung bien petit.

Mais à vous veoir (ou l'on me puisse pendre)

Il semble advis qu'on ne vous vueille rendre,

Ce qu'on vous doibt : beau Sire ne vous chaille.

Quand je seray plus garny de cliquaille,

Vous en aurez : mais il vous fault attendre

Ung bien petit.

 

II 106

III

 

Du Disciple soustenant son Maistre contre les Detracteurs

Du premier coup, entendez ma response

Folz Detracteurs, mon Maistre vous annonce

Par moy, qui suis l'un de ses Clercs nouveaulx,

Que pour rimer ne vous craint deux Naveaulx,

Et eussiez vous de sens encor une once.

Si l'espargnez, tous deux je vous renonce :

Picquez le donc mieulx que d'Espine, ou Ronce,

Luy envoyant des meilleurs, et plus beaulx

Du premier coup.

Et tenez bon, ensuyvant ma semonce,

Car si ung coup ses deux Sourcilz il fronce,

Et eussiez−vous de Rimes, et Rondeaulx

Plein trois Barrilz, voire quatre Tonneaulx,

Je veulx mourir, s'il ne les vous deffonce

Du premier coup.

 

III 107

IV

 

De celluy, qui incite une jeune Dame à faire Amy

A mon plaisir vous faictes feu, et basme,

Parquoy souvent je m'estonne ma Dame,

Que vous n'avez quelcque Amy par amours :

Au Diable l'ung, qui fera ses clamours

Pour vous prier, quand serez vieille lame.

Or en effect, je vous jure mon âme,

Que si j'estoie jeune, et gaillarde femme,

J'en auroys un devant qu'il fust trois jours

A mon plaisir.

Et pourquoy non ? ce seroit grand diffame,

Si vous perdiez jeunesse, bruyt, et fame,

Sans esbranler Drap, Satin, et Velours.

Pardonnez moy, si mes motz sont trop lourdz,

Je ne vous veulx qu'apprendre vostre game

A mon plaisir.

 

IV 108

V

 

De l'Amoureux ardant

Au feu, qui mon cueur a choisy,

Jectez y, ma seule Deesse

De l'eau de grâce, et de lyesse,

Car il est consommé quasi.

Amours l'a de si pres saisy,

Que force est, qu'il crie sans cesse

Au feu.

Si par vous en est dessaisy,

Amours luy doint plus grand destresse,

Si jamais sert aultre maistresse :

Doncques ma Dame courez y

Au feu.

 

V 109

VI

 

A une mesdisante

On le m'a dit, Dague à rouelle,

Que de moy en mal vous parlez :

Le vin que si bien avallez

Vous le mect il en la cervelle ?

Vous estes rapporte nouvelle,

D'aultre chose ne vous mefiez,

On le m'a dit.

Mais si plus vous advient, Meselle,

Vos Reins en seront bien gallez :

Allez de par le Diable, allez,

Vous n'estes qu'une Maquerelle,

On le m'a dit.

 

VI 110

VII

 

A ung Poëte ignorant

Qu'on meine aux Champs ce Coquardeau,

Lequel gaste (quand il compose)

Raison, Mesure, Texte, et Glose,

Soit en Ballade, ou en Rondeau.

Il n'a cervelle, ne cerveau :

C'est pourquoy, si hault crier j'ose,

Qu'on meine aux champs ce Coquardeau.

S'il veult rien faire de nouveau,

Qu'il oeuvre hardiment en Prose

(J'entends s'il en sçait quelcque chose)

Car en Rime ce n'est qu'ung veau,

Qu'on meine aux champs.

 

VII 111

VIII

 

De la jeune Dame, qui a vieil Mary

En languissant, et en griefve tristesse

Vit mon las cueur, jadis plein de liesse,

Puis que l'on m'a donné Mary vieillard.

Helas pourquoy ? riens ne sçait du vieil art

Qu'aprend Venus l'amoureuse Deesse.

Par ung desir de monstrer ma prouesse

Souvent l'assaulx : mais il demande, où est ce ?

Ou dort (peult estre) et mon cueur veille à part

En languissant.

Puis quand je veulx luy jouer de finesse,

Honte me dict, cesse ma fille, cesse,

Garde t'en bien, à honneur prends esgard :

Lors je responds, honte, allez à l'escart,

Je ne veulx pas perdre ma jeunesse

En languissant.

 

VIII 112

IX

 

Du mal content d'Amours

D'estre amoureux n'ay plus intention,

C'est maintenant ma moindre affection,

Car celle là, de qui je cuydoye estre

Le bien aymé, m'a bien faict apparoistre,

Qu'au faict d'amour n'y a que fiction.

Je la pensoys sans imperfection,

Mais d'aultre Amy a prins possession :

Et pource plus ne me veulx entremettre

D'estre amoureux.

Au temps present par toute nation

Les Dames sont comme ung petit Syon,

Qui tousjours ploye à dextre, et à senestre.

Brief, les plus fins ne s'y sçavent congnoistre :

Parquoy concludz, que c'est abusion

D'estre amoureux.

 

IX 113

X

 

De l'absent de s'Amye

Tout au rebours (dont convient que languisse)

Vient mon vouloir : car de bon cueur vous veisse,

Et je ne puis par devers vous aller.

Chante, qui veult : balle, qui veult baller,

Ce seul plaisir seulement je vousisse.

Et s'on me dit, qu'il fault que je choisisse

De par deça Dame, qui m'esjouisse,

Je ne sçaurois me tenir de parler

Tout au rebours.

Si respons franc, j'ay Dame sans nul vice,

Aultre n'aura en Amours mon service :

Je la desire, et souhaitte voller,

Pour l'aller veoir, et pour nous consoller :

Mais mes soubhaitz vont, comme l'Escrevice,

Tout au rebours.

 

X 114

XI

 

De l'Amant doloreux

Avant mes jours mort me fault encourir

Par un regard, dont m'as voulu ferir,

Et ne te chault de ma griefve tristesse :

Mais n'est ce pas à toy grande rudesse,

Veu que tu peulx si bien me secourir ?

Aupres de l'eau me fault de soif perir,

Je me voy jeune, et en aage fleurir,

Et si me monstre estre plein de vieillesse

Avant mes jours.

Or si je meurs, je veulx Dieu requerir

Prendre mon ame : et sans plus enquerir,

Je donne aux vers mon Corps plein de foiblesse.

Quant est du Cueur, du tout je le te laisse,

Ce nonobstant que me fasses mourir

Avant mes jours.

 

XI 115

XII

 

A monsieur de Pothon, pour le prier de parler au Roy

Là où sçavez, sans vous ne puis venir,

Vous estes cil, qui povez subvenir

Facilement à mon cas, et affaire,

Et des heureux de ce Monde me faire,

Sans qu'aulcun mal vous en puisse advenir.

Quand je regarde, et pense à l'advenir,

J'ay bon vouloir de sage devenir :

Mais sans support je ne me puis retraire

Là où sçavez.

Male Fortune a voulu maintenir,

Et a juré de tousjours me tenir :

Mais (Monseigneur) pour l'occire, et deffaire,

Envers le Roy vueillez mon cas parfaire,

Si que par vous je puisse parvenir,

Là où sçavez.

 

XII 116

XIII

 

De la mort de Monsieur de Chissay

D'un coup d'estoc Chissay noble homme, et fort,

L'an dix et sept soubz malheureux effort

Tomba occis au Moys qu'on seme L'orge

Par Pomperan : qui de Boucal, et Lorge

Fut fort blessé, quoy qu'il resistat fort.

Chissay beau, jeune, en credit, et support

Feit son debvoir au combat, et abord,

Mais par hasard fut frappé en la Gorge

D'un coup d'estoc.

Dont un chascun de dueil ses levres mord,

Disant helas l'honneste homme est il mort ?

Pleust or à Dieu, et Monseigneur Sainct George,

Que tout baston eust esté en la Forge

Alors, qu'il fut ainsi navré à mort

D'un coup d'estoc.

 

XIII 117

XIV

 

A ung Poëte Françoys

Mieulx resonnant, qu'à bien louer facile,

Est ton renom volant du domicile

Palladial vers la Terrestre gent :

Puis vers les Cieulx, dont as le tiltre gent

D'Aigle moderne, à suyvre difficile.

Je dy moderne, antique en façon mille :

Ce qui pres toy me rend bas, et humile,

D'autant que Plomb est plus sourd que l'Argent

Mieulx resonnant.

Ainsi ma plume, en qui bourbe distille,

Veult esclaircir l'onde claire, et utile,

Dont le gravier est assez refulgent

Pour troubler l'Oeil de l'esprit indigent,

Qui en tel cas a besoing d'aultre stile

Mieulx resonnant.

 

XIV 118