Laissez-nous faire !

Alexandre Jardin · Chapitre 14 sur 34

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Laissez-nous faire !

Vive la fonction publique !

 

Revenons sur une catégorie nombreuse qui m'obsède : les fonctionnaires.

Un soir, sur Twitter, j'entre en contact avec un curieux Zèbre du secteur

public dont j'ai déjà effleuré le nom, un décadré qui jouera un rôle

considérable dans le redressement national que nous portons : Xavier

Quérat-Hément.

L'animal m'appelle et me lance :

— Pourquoi n'y a-t-il pas de fonctionnaires parmi vos Zèbres ? C'est une

faute dans un pays où la dépense publique représente 57 % du PIB et paye

5 millions d'entre nous. Et un crime contre l'intelligence des gens novateurs

dans nos systèmes. Des citoyens engagés comme les autres !

— Mais... leur marge d'autonomie est faible. Il y a toujours un petit chef

puis un politique au-dessus d'eux pour les ramener dans le cadre.

— Faux. Dans les faits, notre autonomie est potentiellement gigantesque.

L'audacieux m'explique, avec cette voix posée qui est son trait de

caractère, comment, en tant que directeur qualité du groupe La Poste, il a

chamboulé la disposition et le fonctionnement mêmes de nos bureaux de

poste où, désormais, on ne fait plus la queue. J'acquiesce. Il est vrai que je

ne perds plus de temps pour récupérer une lettre recommandée. Pour

engager cette réforme très concrète d'un service public qui améliore le

quotidien de l'ensemble de notre population, jamais Xavier Quérat-Hément

n'a subi les injonctions d'un ministre. Le patron de la Poste – qui, lui,

navigue à merveille face aux politiques – fut son seul référent. Il me raconte

en quelques phrases comment sa joie communicative eut raison des freineurs sournois, des effrayés de tout poil et des routiniers professionnels.

Je reste médusé en constatant la qualité de ses rayures.

— Il y a beaucoup de révolutionnaires dans votre style dans la fonction

publique ?

— Pas mal. Des Zèbres qui se battent très bien pour changer un peu

beaucoup passionnément les systèmes empesés en bout de course.

— Je peux les rencontrer ?

Nous nous retrouvons illico dans un café infesté de paparazzi qui, autour

de nous, ragotent, indiscrètent et épiloguent sur les coucheries

présidentielles, en prévoient d'autres. Météorologie peoplesque. Au rendez-

vous des cancans non encore photographiés, je découvre un fantassin du

changement. Regard myope qui voit loin, le verbe elliptique. Pas de ces

êtres diserts qui ont la charité sèche. La tendresse faite fonctionnaire. Il

caresse les idées amples, câline les concepts et a des colères souriantes.

Tout chez lui dit non à la fatalité.

— Voulez-vous que je ramène vers votre troupeau de Zèbres les garçons

et les filles dans mon genre ? Ceux qui ont déjà mené à bien une rupture

importante dans un service public. Ça vous va ?

— Pourquoi m'aidez-vous ?

— Ça me fait plaisir ! s'exclame ce faux calme.

Les rencontres magiques se sont accumulées. Je ne cite pas les noms de

ceux qui restent au seuil de nous rejoindre car ces perturbateurs de haut

talent ont une hiérarchie ; mais ils constituent l'armée de réserve des Zèbres

publics, l'escouade des transformateurs pugnaces à qui, le moment venu,

nous donnerons du pouvoir en abusant gaiement de notre influence. On en

trouve tapis partout, attendant le signal, enfouis sous les c'est-pas-possible,

on-a-déjà-essayé : terrés dans les caisses d'assurance maladie locales où ils

coachent les citoyens afin de les inciter à prendre en main leur santé (au lieu

de se conduire comme de très passifs ayants droit) 1, dans les replis des

préfectures et jusque dans les plus vétilleuses administrations ! Prêts à

libérer leurs énergies, quand les grands Zèbres publics les mettront en

condition d'oser.

Un détail significatif : jamais par la suite je n'ai connu de déjeuner avec

Quérat-Hément dans un bistro qui ne soit une fête dans l'assiette. Ma grand-

mère aurait pu lui faire déguster ses pâtés de chats persans et ses civets de

chiens (cette foldingue mangeait ses animaux domestiques pour leur rendre, devant ses fourneaux, un ultime hommage posthume). Ce game-changer est

ce qu'on appelle un jouisseur de haut niveau ; ce qui est à mes yeux un très

bon point ! Toujours suivre les amis du verbe jouir, les voluptueux et les

trinqueurs qui tiennent le litre... Et se méfier ardemment de ceux qui ont la

fourchette mesquine !

Aucun Zèbre, je m'en porte garant, n'a le vin sournois.

 

1. Je pense au très créatif directeur de la Caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines, Patrick Negaret, également directeur du projet national Santé active. Une initiative remarquable qui vise à transformer l'assuré en gestionnaire adulte de son capital santé.

 

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