Laissez-nous faire !
Ce que j'ai appris de Nicolas Hulot
L'aventure remarquable de Hulot – qui m'a en son temps enthousiasmé –
m'apparaît désormais comme le parfait laboratoire de ce qu'il ne faut pas
faire pour inviter au premier rang la société civile dans le débat politique.
Même si son colossal talent fut d'avoir ouvert la voie.
De ses cinq erreurs stratégiques (à mes yeux), les Zèbres ont tiré des
conséquences très pratiques.
Première faute hulotesque : être monoproduit. Nicolas Hulot ne
combattait que pour une cause, se privant ainsi de la base sociale des autres
causes qui auraient pu adjoindre leur puissance à la sienne. C'est aussi pour
cela que les Zèbres traitent l'ensemble des sujets qui affligent notre société.
Nous sommes partis de l'aventure Lire et faire lire, préoccupée d'échec
scolaire, pour rallier tous les Faizeux ayant acquis une légitimité par une
action de rupture au service de la France. En organisant l'alliance des
entreprises (petites et grandes), des maires, des fonctionnaires créatifs, des
associations et des professions malmenées, nous représenterons en 2017
une masse critique difficilement contournable.
Deuxième erreur : proposer un « pacte » aux partis politiques en leur
disant : « Signez et faites-le ! » C'était une faute absolue. Ces gens-là ne
sont pas des Faizeux, ils ne sont pas nés de l'action mais d'élections et de
batailles d'appareils. Bien sûr que ces girouettes n'ont pas su ensuite passer
à l'acte avec ténacité ! Les Zèbres diront à ce qui restera des partis :
« Signez et laissez-nous faire ! » Nous proposerons à la France non des
idées et des lois mais des opérateurs déterminés de terrain, des actions
concrètes ayant déjà fait leurs preuves, dirigées par des leaders crédibles. Tous recrus d'expérience et nettement plus fiables que les politiques aux
yeux du peuple.
Troisième faute : son « pacte » comptait plus sur la loi et le recours aux
normes que sur les Faizeux, sur une liste solide de gens capables de FAIRE
EUX-MÊMES ce que Hulot préconisait. Le malheur avec le recours à la loi
c'est que c'est toujours un procédé un peu magique, une forme subtile de
défausse qui induit de se dessaisir soi-même de son pouvoir d'action. Ce
que la loi édictera ne sera plus à faire... Illusion complète ! Tout reste
toujours à réaliser par des hommes et des femmes de chair. La question clef
demeurera toujours : qui fait quoi, où, comment et quand ? D'ailleurs, Hulot
lui-même en arrive aujourd'hui à ce constat avec sa nouvelle campagne de
mobilisation citoyenne My Positive Impact qui valorise les solutions qui
existent déjà pour lutter contre le changement climatique.
Quatrième faute : le solaire Hulot, même furibard et imprécateur, répugne
au noir. C'est un choyé du destin. Or aucune plaque tectonique politique ne
peut bouger sans fédérer d'atroces colères, sans s'enrouler dans d'affreux
sentiments. Ses mises en garde – pour fondées qu'elles soient – restent
celles d'un privilégié adepte des beaux espaces. Sa parole ne sent pas la
ligne 13 du métro parisien, la queue pénible à Pôle emploi et l'aigreur
légitime des mal payés. Les Zèbres resteront arrimés de ce côté-là de la vie
– bien que j'aie de par mon extraction bourgeoise, mon rire facile et mes
romans dénués d'ombre exactement le même défaut que lui. J'aurai donc à
surveiller mon tropisme de milieu.
Cinquième vraie sottise dangereuse : le courageux Nicolas Hulot adossa
son aventure au mouvement politique des écologistes qui, comme tout bon
parti, eut raison de lui car ce citoyen sincère n'était pas homme d'appareil –
et c'est tout à son honneur. Les Zèbres ne deviendront donc pas un parti
politique classique, avec toutes les dérives inhérentes aux machines qui
rêvent d'accéder au pouvoir institutionnel et, in fine, de se perpétuer.
Le mouvement des Zèbres aura le très vif plaisir de se saborder à Noël
2017, après avoir redonné un merveilleux pouvoir aux Faizeux de la société
civile 1, avec la joie complète d'avoir stimulé cette mutation historique.
Nous nous situons sur un tout autre plan que l'action politique classique,
celui du civisme viscéral. Et si d'aventure certains agrippés voulaient muer
notre mouvement joyeux en parti, je les abandonnerais. Nous devons rester
une aventure fougueuse, une épopée gratuite, jamais un club de notables assis ou d'apprentis ambitieux. Soyons les amants de la République qui lui
feront de beaux enfants, pas de vieux maris2.
1. Sous une forme efficace mais non institutionnelle, qui doit demeurer évolutive, organique, structurellement apte au changement. Le contraire d'un fromage de la République, de ces usines à recaser ses amis non remuants, les obligés dociles et tous les corps intermédiaires en mal de financement... Un bastion de Faizeux auquel nous remettrons le fruit de nos efforts.
2. En 1945, à la Libération, de Gaulle décida de clore l'ordre de la Libération et de ne plus faire un usage autre qu'historique des mots « France libre ». Ce détail – qui n'en est pas un – ne nous a pas échappé.
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