L'année de la victoire
Chapitre 15
Un matin, comme les hommes allaient partir au travail, on entendit bêler un troupeau et aboyer un chien, puis deux sifflements aigus.
— Ça, c’est Matìo Parlìo, cria presque Bepi Pûn. Je le reconnais à sa façon de siffler. Et il se mit à courir dans la direction des sons retrouvés.
De derrière la colline de la Barita une tête apparut sous un chapeau à large bord, puis une silhouette maigre et allongée. C’était bien Matìo Parlìo qui arrivait d’on ne sait où, avec un troupeau de moutons. Il monta sur le terre-plein d’un observatoire et fit un signe de salut avec les bras. Les moutons, groupés tout autour de lui, broutaient l’herbe rare. Bepi Pûn le rejoignit. Ils se mirent à parler. Bepi l’interrogeait avec des phrases courtes et Matìo répondait comme s’il se parlait à lui-même.
Quand, au printemps de 1916, il avait été rappelé avec les classes les plus âgées, pour renforcer le bataillon Val Brenta, après les actions du Cauriol, Matìo avait dû laisser son beau troupeau à la garde des jeunes Pûne, si bien que lorsque arriva l’offensive autrichienne, le troupeau fut dispersé : en partie volé par les soldats qui montaient arrêter l’envahisseur, en partie vendu quand les Pûne eurent réussi à gagner la plaine. Quelques brebis et bon nombre d’agneaux étaient morts pendant la mise à bas advenue juste au moment le plus critique, tandis que les combats faisaient rage. La classe de Matìo fut parmi les premières à être libérées, en décembre 1918. Dans les baraques ses amis se demandaient : « Où a-t-il bien pu aller maintenant que la guerre est terminée ? Pourquoi ne revient-il pas ? »
Mais quand il fut libéré, il alla tout droit à Vicence où la Banque populaire des Sette Comuni avait été transférée à temps. Il se présenta à son ami Nano Sponzio, le directeur, pour retirer toutes les économies qu’il avait placées là, patiemment, avec constance, et presque depuis l’enfance. Avec cet argent, la prime de cinq cents lires qu’il avait touchée pour la victoire au lieu de la police d’assurance de mille lires, plus sa paie de caporal-chef des chasseurs alpins servant dans une unité mobilisée sur le front, il avait réuni une somme d’argent respectable. Celle-ci en poche, il était parti en quête d’un petit troupeau à acheter.
Il arriva jusqu’aux Apennins émiliens, à Ligonchio et à Collagna, pour négocier l’acquisition de moutons, mais leur aspect le laissait perplexe car ils lui semblaient trop délicats pour nos montagnes. En revanche il trouva ce qu’il cherchait sur les Colli Euganei, entre le Venda et la Rua, où le vieux Carlo Marini et les jeunes Feder, pendant les années de guerre, avaient doublé leur troupeau et se trouvaient, maintenant, dans la nécessité de vendre. C’étaient des brebis de chez nous, de race Foza, avec quelques béliers de Lamon, prolifiques et fortes, d’un bon poids et d’un bon rendement en laine. Ils traitèrent, tombèrent d’accord, se serrèrent la main après avoir craché dans la paume, burent un litre de vin dont chacun paya la moitié. Puis ils comptèrent l’argent et les moutons qu’ils marquèrent d’un M bleu indélébile. On lui donna un chien gratis. Matìo, les brebis, accompagnées d’un nombre adéquat d’agneaux et de béliers, et le jeune chien, se mirent en route le long du vieux chemin de la transhumance, en remontant les berges du Brenta et les montagnes, bien que la saison soit déjà avancée. C’est ainsi qu’au lieu d’arriver en juin, il arriva à la fin du mois d’août, quand les pâturages commençaient à jaunir.
Avec la venue de Matìo les hameaux regagnèrent un autre morceau de vie. Aucun propriétaire ne lui disait « va-t’en de mon pâturage », ou bien « fais attention aux bornes », car personne n’avait d’animaux à faire paître, et les limites des propriétés avaient été effacées par les tranchées et les coups de canon. Lui et ses moutons allaient où ils voulaient, mais un jour, un bélier parmi les plus beaux posa sa patte sur un détonateur en plein champ : il ne fut pas, à proprement parler, déchiqueté mais il fallut le tuer et le saigner. Matìo fit cadeau de la partie la meilleure à Caterina Taupa, et un autre morceau alla aux amis qu’il avait l’habitude de rencontrer le soir, une fois son troupeau enfermé dans l’enclos du Petareitele.
Le garde forestier Casanova qui suivait à la trace les jeunes braconniers, qu’il ne réussissait jamais à attraper, ou les fraudeurs qui guettaient le soir la sortie des lièvres avec un fusil de 91, surprit un jour les moutons de Matìo paissant dans une clairière où le pâturage avait été interdit bien avant 1914. Il put enfin dresser un procès-verbal contre un braconnier qui ne restait pas inconnu.
Ce procès-verbal fut le premier d’une longue série, auxquels le berger faisait opposition régulièrement, même s’il payait quelquefois l’amende de dix lires. Matìo disait au juge de paix de Asiago résidant à Bassano :
— Monsieur le juge, mes moutons mangent de l’herbe, des fois ils peuvent bien manger, comme ça pour changer de saveur, des feuilles vertes de hêtre, ou de buisson, ou de cytise, ou quelques petites branches de sapin blanc. D’accord, monsieur le juge, ils ne devraient pas. Mais ils sont comme les enfants qui entrent chez le pâtissier et qui voudraient goûter à tout. Ils sont coupables et moi avec eux. Mais dans ce cas, qu’est-ce que devraient payer les rois et les généraux qui avec leur guerre ont détruit tous les bois ?
C’est alors que monsieur le juge baissait la tête, souriant et cachant sa bouche de la main. Il l’absolvait pour insuffisance de preuves ou le condamnait à dix lires d’amende, parce qu’il fallait bien contenter le garde Casanova.
Une fois, le garde, rendu méchant par son inutile poursuite des jeunes chasseurs, surprit le berger qui gravait avec une serpette un bâton de noisetier : il le dénonça aux carabiniers qui furent obligés de l’arrêter pour port abusif de couteau, la lame dépassant la longueur réglementaire. Matìo fut transféré de la baraque du poste à la prison cantonale, un des premiers bâtiments reconstruits par le génie, où le gardien Ferronato dut l’enfermer à contrecœur avec deux ouvriers arrêtés pour rixe et tir au fusil dans un lieu habité, et avec Albino Celli, arrêté pour troubles à l’ordre public en état d’ébriété.
Après une nuit et un jour passés dans la prison où avant on enfermait ceux qui avaient été pris en flagrant délit de contrebande de tabac ou de chaussures, Matìo et Albino furent relâchés sur ordre du juge. Ils remontèrent ensemble la rue principale qui était déjà tracée toute droite et au moins trois fois aussi large que l’ancienne. Sur les côtés, les murs des nouvelles maisons commençaient à sortir du sol. Sur l’esplanade qui devait devenir la place, ils rencontrèrent Matteo et son père : ils entrèrent tous les quatre dans la première baraque qui faisait café, pour boire ensemble un verre de vin et fêter la liberté retrouvée.
Ils s’assirent à une table en rapprochant deux bancs, la femme de Toni Moro vint prendre la commande, et aussitôt après elle apporta un litre et quatre verres. Avec eux vint aussi s’asseoir Toni Moro avec son verre et un demi-litre.
— Cadeau, dit-il. Matìo, comment ça se fait que tu es au village ? T’as abandonné tes moutons ?
Ils avaient fait la guerre ensemble, comme appelés, et ils se connaissaient depuis l’école. Albino raconta qu’il l’avait trouvé dans sa cellule ce matin-là, au réveil, et qu’on l’avait arrêté parce que, dans sa poche, il avait un couteau en forme de serpette, dont il se servait parfois pour aider les brebis à mettre bas. C’était interdit par la loi d’avoir de ces couteaux-là ! Lui, par contre, on l’avait mis au violon parce que au milieu de la nuit il chantait
Italia bella fiorente e forte / Sorriso eterno di primavera[11].La fois d’avant c’était parce qu’il avait chanté L’Internationale.
— Ce soir je vais essayer avec une ronde : Giro giro tondo / Casca il
mondo / Casca la terra[12]. On verra ce qui arrive. Dans ce pays on ne sait plus quoi chanter. Mais les carabiniers sont toujours gentils : dès que la cuite est passée, ils me laissent partir. Et puis en prison on ne dort pas si mal : il y a de la paille et on est tranquille.
De son côté le père de Matteo raconta que lui et son fils avaient été licenciés par l’entreprise qui avait terminé les travaux en adjudication. Peut-être qu’on les réembaucherait dans un mois, si ça marchait à la prochaine adjudication.
— Ici, dit Toni Moro, c’est un va-et-vient de gens de tout acabit, et d’ouvriers : des Véronais, des Frioulans, des gens de Feltre, de Trévise, des Italiens, des Napolitains. Tous les soirs il y a des bagarres, les hommes sortent leur couteau : pour des histoires de femmes, de politique et de vols. Mais s’il y a du grabuge j’attrape une branche, une bien noueuse, je la fais tournoyer en l’air, je fiche tout le monde dehors et je ferme la baraque.
Ils parlaient travaux, de comment serait le village une fois reconstruit, et s’il n’aurait pas mieux valu le refaire sur les pentes du mont Catz, au soleil ; des adjudications, des combines, du remboursement des dommages de guerre qui traînait en longueur, de la Commission pour l’attribution des terrains à bâtir.
Dans la baraque entrèrent le brigadier Pizzato et le carabinier de première classe Tezzon. Ils jetèrent un regard à la ronde, et ils s’approchèrent du groupe d’amis assis à table. Tezzon fit un geste de reproche amical en direction d’Albino comme pour lui dire « faites pas d’âneries ». Le brigadier s’approcha de Matìo et lui dit à mi-voix :
— Je suis désolé mais la serpette je ne peux pas vous la rendre parce que c’est un corps de délit.
Ils saluèrent militairement en disant bonsoir et ils s’en allèrent.
D’autres ouvriers arrivèrent qui sortaient du travail. Avec eux était aussi entré Mosè Tripp, un paquet d’affiches sous le bras. Il en accrocha une, bien en vue, à côté de la porte, avec quatre broquettes. Dessus, il y avait écrit noir sur rouge : CLASSE 1901 QUE PERSONNE NE MANQUE POUR LA PRÉPARATION DE LA FÊTE/RENCONTRE SAMEDI 18 HEURES DANS LA BARAQUE DU CINÉMA ITALIA.
— Vive la classe ! cria Albino Celli après avoir lu l’affiche et levé son verre.
Toni Moro invita le jeune Mosè Tripp à boire un verre avec eux.
— Voilà notre révolutionnaire socialiste qui organise la fête de la classe qui part au régiment, dit-il en plaisantant. Et il ajouta : Après quoi, ils vont peut être bien vous envoyer en Russie combattre les Rouges.
Mosè était le jeune le plus pacifique et le plus tranquille de tout le village mais, réfugié à Turin, il avait assisté aux meetings socialistes et il avait
même lu les premiers numéros de Ordine Nuovo, la revue de Gramsci[13]. Quand, vers la fin de l’été, il était retourné au village parce que sa mère n’arrivait plus à vivre loin, il avait emporté avec lui les idées de la révolution socialiste. Le soir, dans les baraques, quand les ouvriers se retrouvaient après leur journée de travail, il cherchait à répandre son credo, et parfois il entonnait L’Internationale. Mais vraiment en sourdine, car sinon les carabiniers les auraient arrêtés pour tapage, ou auraient trouvé un prétexte pour les conduire au poste, vu que les « internationalistes » et les « socialistes » – mais on ne savait pas au juste à quoi correspondait cette distinction – étaient considérés comme très, très dangereux.
Mosè s’assit avec eux, devenant ainsi le sixième autour de la table. Lui aussi commanda un demi-litre de vin, et il commença tout de suite à parler de syndicat et d’union ouvrière. Quand il entendit que Matteo et son père avaient été licenciés par l’entreprise pour fin de travaux, il dit seulement :
— Voilà, vous voyez, c’est le résultat du capitalisme : ils vous gardent le temps que vous leur servez. L’autre jour à Enego trois ouvriers sont morts sur le chantier et on a découvert que l’entreprise ne les avait pas mis aux assurances, pour gagner davantage.
Ça faisait une demi-heure qu’ils étaient là et qu’ils parlaient, Matìo proposa de faire une partie de cartes, mais un brigadier des douanes entra. Pour lui, l’affiche rouge à côté de la porte fut comme un coup de poing dans l’œil. Il la lut, la relut, regarda si elle avait un timbre fiscal, puis il demanda à Toni Moro qui l’avait accrochée, car hier elle n’y était pas.
— Présent, dit Mosè, c’est moi qui viens de la mettre.
— Vous avez bien l’autorisation ? s’enquit le brigadier d’une voix mielleuse.
— Quelle autorisation ? De faire une fête ?
— Non, de mettre l’affiche.
— Même pour l’affiche de la fête des conscrits il faut une autorisation ? demanda Albino Celli.
— Vous, taisez-vous ! ordonna le brigadier. Je ne vous ai pas interrogé. Puis, s’étant approché de Mosè Tripp, il tira de sa poche crayon et bloc-notes :
— Donne-moi ton identité, lui dit-il brutalement, et mets-toi debout !
Mosè ne se leva pas, invitant au contraire le brigadier, qui était devenu tout rouge, à s’asseoir, puis, d’une voix claire et lentement, il fournit toutes les données que l’autre entendait écrire. Quand le brigadier eut fini, il écarta de la main le verre de vin que Toni Moro avait posé devant lui, il se leva et dit :
— Affichage non autorisé. J’enverrai le procès-verbal au juge. Maintenant tu dois me donner les affiches que tu as avec toi.
— Mais celles-là il ne les a pas encore accrochées, mon brigadier, dit le père de Matteo.
Le brigadier s’aperçut peut-être qu’il se trompait. Il se dirigea vers la sortie sans même ajouter un salut, mais quand il fut nez à nez avec l’affiche rouge, il s’arrêta net, sortit de sa poche un canif, la détacha, la replia avec soin, et la mit dans une poche de sa veste.
— Si, au lieu de s’occuper de ces choses-là, ils allaient contrôler les registres des entreprises et les livres de paie, les choses iraient mieux, dit à voix haute Mosè, quand le brigadier fut sur le seuil.
Albino Celli entonna L’Internationale mais aussitôt après les premières paroles Toni le fit taire :
— Assez, Albino, sinon ils vont trouver un prétexte pour me faire fermer
la baraque. Chantons plutôt La bella molinara ou La moglie del moleta[14].
— Maintenant, dit Mosè en se levant, je vais dans les baraques porter les affiches. Ce sont des habitations privées et le brigadier des douanes ne peut rien y faire. Prends-en quelques-unes toi aussi, dit-il en s’adressant à Matteo, et accroche-les dans tes hameaux. Les gabelous n’y viennent pas. À la fête de la classe, j’ai aussi invité Marchioro, le député : il expliquera à ces têtes de bois ce que sont la force du prolétariat uni et l’exploitation capitaliste.
Mosè paya son demi-litre de vin et sortit. Matteo, son père et Matìo Parlìo payèrent à leur tour et sortirent aussitôt après, malgré les protestations de Albino qui désirait encore rester assis à causer et à boire entre amis.
Les trois hommes prirent en silence la route qui menait à leurs hameaux. Ils dépassèrent les magasins de la Subsistance, les dépôts des matériels récupérés, le dépôt des cercueils. Ils rencontrèrent et ils saluèrent le vieux Aspio Runz qui descendait au village pour réciter le chapelet dans la chapelle de l’école maternelle, et ensuite rendre visite à toutes les baraques où on vendait du vin jusqu’à ce qu’il ait fait le plein. Matteo pensait à ce qu’il avait vu et entendu dans la baraque de Toni Moro, à leur licenciement, à ce qu’ils allaient faire maintenant.
Le soleil était déjà bas au-dessus du Pasubio, et le ciel changeait de couleur. L’air aussi était plus clair : les bois, les montagnes alentour, les collines se détachaient avec netteté ; les ombres s’allongeaient sur le terrain avec des contours nets, les tas de décombres semblaient plus grands. Les nuages s’amoncelaient et se défaisaient dans leurs formes et dans leurs couleurs, du gris au bleuâtre, du doré au cuivré : l’automne avait commencé, sinon sur le calendrier, du moins dans la réalité, car les dernières pluies du mois d’août avaient rafraîchi non seulement les montagnes vers les sommets, mais aussi les bois en bas. Puis viendraient les gelées blanches, et l’hiver avec la neige et le froid pendant quatre ou cinq mois, si tout allait bien. Comment l'affronterait-on ?
— Père, dit Matteo comme s’il poursuivait une idée, je crois que Mosè Tripp a raison. Qu’est-ce que vous en pensez ?
— Qu’il a raison. Mais celui qui commande est fort, l’argent aussi est fort, et il faudra beaucoup de temps pour changer les choses. Eux, ils ont le pain et nous, la peine pour le gagner. Parfois aussi la mort : tu as entendu, les trois ouvriers d’Enego.
Matìo suivait leur conversation en fumant sa pipe creusée dans un trognon de maïs. Il s’arrêta au milieu de la route pour ajouter :
— C’est difficile de changer le monde, mais ce qui est sûr c’est qu’il changera un petit peu après cette guerre. La vie qui ne changera pas c’est la vie du berger, parce qu’elle se répète depuis des siècles. Comme les saisons.
— Tu te rappelles que, quand nous étions dans les tranchées, reprit le père de Matteo, on nous disait toujours qu’une fois rentrés à la maison, les choses changeraient, qu’avec la victoire il y aurait du pain et du travail pour tout le monde ? Et tu vois qu’au contraire on est au chômage et qu’on a une maison à finir.
— Ceux qui sont morts sont encore moins bien lotis, l’ami, voulut conclure Matìo.
— Mais ça ne veut pas dire que ceux qui sont restés en vie doivent encore peiner. Ceux qui travaillent ont le droit de vivre un peu tranquilles, dit Matteo.
— Ah, mon petit, avec un seul coup on n’abat pas un arbre, lui dit son père.
Ils passèrent devant les maisons que les Micheloni étaient en train de reconstruire, ils arrivèrent chez les Fort où Ernesto et Vittorio menuisaient en plein air des planches de sapin pour se fabriquer des bancs, des tables et des lits. Ils se réjouirent avec Matìo de sa libération et ils lui demandèrent comment c’était la prison, et à qui il avait laissé la garde de ses moutons entre-temps. Le vieux Tana apparut à son tour avec un chevron sur les épaules et il le déchargea dans la cour des Fort en disant :
— Celui-là vous convient ? Ça suffit maintenant qu’il va faire nuit.