Le pacte (NEW Romance) (French Edition)

Karina Halle · Chapitre 12 sur 26

Pages du PDF

Le pacte (NEW Romance) (French Edition)

Chapitre 11 - Stéphanie

CHAPITRE 11

 

 

Stéphanie

 

– Tu as embrassé Linden ? hurle Nicola, si fort que sa fille,

l’adorable petite Ava, se tourne vers elle en faisant la grimace. – Est-ce que je dois te rappeler qu’il s’agissait d’un gage ? dis-je en poussant un tas de ce qui ressemble à des Barbie super-stylisées avec d’énormes têtes, pour pouvoir m’asseoir dans son canapé.

– Quand même, dit-elle en faisant rouler machinalement un camion devant Ava qui est passée à autre chose, c’est une sacrée nouvelle.

– On n’est plus au lycée.

– C’est une sacrée nouvelle.

Nous sommes dimanche soir. En rentrant du bungalow, je ne me sentais pas capable de passer la soirée avec Aaron, ni toute seule. Le chemin du retour en voiture avait déjà été une épreuve, plein de tension sexuelle et de mauvaises vibrations, et j’avais un besoin désespéré de parler à quelqu’un.

Penny étant trop proche de James, je ne peux pas lui faire confiance au sujet de Linden, et impossible évidemment d’aller voir Linden qui vient de quitter Nadine.

J’ai eu un peu honte de faire irruption comme ça, d’autant plus que son petit copain était là, mais il a eu la gentillesse de descendre boire un verre au bar du coin pour que nous puissions être seules un moment. Avec sa fille, bien sûr, mais Ava est trop mignonne, c’est le genre de môme qu’on n’a pas besoin de surveiller en permanence, le genre qui vous fait croire qu’être mère sera une vraie partie de plaisir. Je poursuis :

– Quoi qu’il en soit, ça m’a vraiment remuée. Et maintenant, je ne sais plus quoi faire.

– Mais si, tu sais très bien ! dit-elle sur un ton catégorique.

– Non, je ne sais pas, je ne comprends pas ce qui se passe… Je veux dire, est-ce que j’ai simplement le feu au cul parce qu’il y a un bon moment que je n’ai pas baisé ? Ou bien est-ce que je m’intéresse à Linden parce que c’est nouveau et excitant ?

Elle replie sa jambe sous elle et répond :

– D’abord, Linden n’a rien de nouveau, mais c’est vrai qu’il est excitant. Et je ne crois pas une seconde que tu es une folle de la bite. Je pense que ces trucs arrivent parfois quand un homme et une femme sont amis depuis trop longtemps. Et puis, merde, Stéphanie, vous saviez parfaitement tous les deux que ça allait arriver un jour.

– Il ne s’est rien passé, je répète.

– Si, il s’est passé quelque chose. Quelque chose a changé. Tu es assise là, en face de moi, comme si nous étions à nouveau au collège. Tu te souviens de Joey Pines ? Tu étais super-accro. Eh bien, tu fais exactement la même tête.

– Nous avions très peu parlé ensemble au collège.

– Et pourtant, je me souviens à quel point tu étais dingue de lui.

– Mais ce n’est pas toi qui as fini par l’embrasser ?

Elle ignore ma remarque.

– Là n’est pas la question. Le truc, c’est que tu es attirée par Linden et qu’il est flagrant que lui aussi est attiré par toi.

– Qu’est-ce que tu entends par flagrant ? je demande, en me rappelant à quel point il bandait dur contre ma hanche.

Elle fait les gros yeux.

– Je crois que j’ai grand besoin d’un verre de vin pour faire face à tes trous de mémoire, Steph. Linden ne t’a jamais considérée comme un vrai ami le ferait, comme un frère regarde sa sœur. Il te regarde comme un homme qui désire une femme. Si tu acceptes de lui donner sa chance, je te parie qu’il sera plus que partant.

Je ne sais plus trop. Il m’a dit qu’il allait rompre avec Nadine. Mais que va-t-il se passer ensuite ? Si nous rompons tous les deux, que va-t-il nous arriver ? Allons-nous faire l’amour ensemble, et si oui, où est-ce que ça nous mènera ?

Est-ce que nous serons prêts, l’un comme l’autre, à sacrifier notre amitié au sexe ?

Malheureusement, je pense que c’est déjà le cas. Jamais, jamais je n’oublierai la sensation de ses lèvres sur les miennes. Je vais être incapable de passer à autre chose, de le voir comme un simple copain, même si ça n’a jamais été vraiment le cas.

Et je sais que, quoi qu’il arrive à présent, je dois rompre avec Aaron. C’est la meilleure chose à faire, et j’aurais dû le faire depuis longtemps.

J’annonce la nouvelle à Nicola, en m’attendant à ce qu’elle me hurle dessus, elle qui pense qu’Aaron est tellement « hot », mais elle se contente d’acquiescer de la tête.

– Je crois que c’est mieux comme ça. C’est un type sympa, mais il n’est pas vraiment fait pour toi. Pas face à quelqu’un qui te correspond tellement plus.

– C’est un dragueur.

– Je suis prête à parier qu’il sera différent avec toi.

– Ça pourrait très mal se passer.

– C’est vrai, tu as raison, ça peut arriver. On peut même dire que ça a été mon cas avec Phil. Mais sans ça, je n’aurais pas eu Ava. Ça en valait la peine.

Je ne suis pas sûre d’apprécier que Nicola compare Linden à l’enfoiré qui fait fonction de père à Ava, mais je dois reconnaître qu’elle a marqué un point.

– Écoute, poursuit-elle, en prenant Ava sur ses genoux et en se mettant à tresser ses longs cheveux, tu ne crois peut-être pas en l’existence de l’être élu, mais moi, j’y crois. Je sais que ça existe. Tu ne t’es jamais mise en couple et tu ne vas pas commencer maintenant, uniquement parce que la société ou Dieu sait qui raconte des conneries comme quoi on doit immédiatement atteindre la perfection. Donne sa chance à Linden. Ça ne veut pas dire que tu vas t’installer avec lui. Ça risque juste de t’ouvrir à quelque chose d’incroyable. Tu le sais bien, c’est le rêve de toute femme de s’apercevoir que l’homme dont elle est secrètement amoureuse l’est aussi d’elle, depuis toujours.

Je secoue la tête.

– Je n’ai jamais dit que j’étais amoureuse de lui.

– Mais pourtant tu l’aimes, et lui t’aime également. Et cet amour peut se métamorphoser en un putain de truc qui va t’halluciner.

– Et si ça ne marche pas ?

– Au moins, tu sauras à quoi t’en tenir. Vis sans regrets, comme je dis toujours.

– Si ça ne marche pas, je vais le regretter. Beaucoup.

Si ça foire, je vais perdre l’un de mes plus proches amis. Je vais me briser en mille morceaux comme du cristal et Linden ne sera plus là pour me remettre sur pied.

Plus tard, cette nuit-là, je rentre chez moi et je me mets à préparer une semaine qui va être bien chargée. Je suis vraiment décidée à embaucher quelqu’un. J’ai également décidé de suivre les conseils de Nicola.

Mais toute chose en son temps. Je dois d’abord m’occuper d’Aaron. Je n’ai jamais très bien su rompre. J’ai horreur d’avoir le mauvais rôle. Je l’ai déjà fait, bien sûr, avec James et ensuite avec Owen, mais la trahison d’Owen avait rendu les choses plus faciles. Pour tous les autres, c’était plutôt du genre « tu les ignores et ils vont finir par foutre le camp ».

Mais Aaron n’est pas comme ça. Bien sûr, en théorie, ça pourrait marcher. J’ai même l’impression qu’Aaron ne remarquerait pas plus que ça mon absence. Mais je lui dois mieux. Le mardi soir, je lui demande de venir chez moi parce qu’« il faut qu’on se parle ».

Dieu merci, mon coup de fil ne semble pas l’inquiéter, et quand il arrive à ma porte avec un pack de bières à la main, il est évident qu’il ne se doute de rien.

Et quand je lâche ma bombe, c’est encore plus flagrant. Ça me rappelle un épisode de Seinfeld dans lequel les personnages réexaminent leurs motifs de rupture, tellement ça se passe bien. Aaron rend les choses si faciles que j’en arrive à me demander pourquoi je quitte un mec capable de si bien gérer les situations imprévues de la vie.

Puis je réalise que j’attendais quand même une réaction de sa part, des cris, de la colère, une petite larme, ou même un « on peut s’en sortir, donnons-nous une autre chance » bien senti. À la place, j’ai droit à un « Aïe, tu vas me manquer, Bébé ! » et c’est tout !

Je lui dis que je passerai récupérer mes affaires dans la semaine – bien que j’aie très peu d’affaires à récupérer chez lui – et il me répond :

– D’accodac ! Je les laisserai à Chuck si jamais je ne suis pas là, je dois aller à L.A.

Et voilà, c’est tout.

Maintenant, je suis seule dans mon appartement, allongée dans mon lit, et je me sens incroyablement vide à l’intérieur. Je fixe au plafond le rafistolage merdique que j’ai fait au plâtre l’autre jour, quand j’ai essayé de réparer la fuite moi-même, avec le secret désir que tout le plafond me tombe dessus.

Je ressens pourtant un certain soulagement, j’ai l’impression d’avoir fait ce qu’il fallait faire. J’en suis certaine, et c’est mieux pour Aaron également. Puisque notre rupture ne lui a fait ni chaud ni froid, nous n’avions vraiment rien à faire ensemble. Je me demande combien de couples vivent ensemble et se marient parce que c’est plus confortable. Parce qu’ils pensent que c’est ce qu’on attend d’eux.

Ça expliquerait bien des divorces, c’est sûr.

Et je me surprends à me dire que quoi qu’il arrive à l’avenir, avec Linden ou un autre, jamais je ne m’engagerai si je ne suis pas raide dingue amoureuse.

Je ferme les yeux et je me pelotonne dans mes couvertures. Je me rejoue sans cesse ce baiser, ce regard, ces mots. Maintenant que je peux le faire sans culpabilité, je glisse mes doigts dans ma culotte. À défaut de vibromasseur, mes doigts font l’affaire, et je me fais très vite jouir en mordant mon oreiller. Il m’a suffi de me rappeler combien sa bite en érection était dure et grosse quand il l’écrasait contre moi, enivré du désir de me montrer à quel point je l’excitais. Moi aussi, je veux lui montrer à quel point il m’excite, comment le simple souvenir de ses lèvres et de sa langue se mêlant à la mienne, de sa main dans mon cou et la façon dont il me disait qu’il avait envie de moi me liquéfient complètement.

Tellement de choses ont changé en si peu de temps, et voilà que je me touche à nouveau.

 

*

* *

 

L’heure du déjeuner n’existe pas vraiment quand vous êtes travailleur indépendant. En réalité, rien de ce qu’on considère habituellement comme normal, du genre présence au boulot de neuf à dix-sept heures, n’existe. Il n’y a pas d’horaires définis. Quand je ne suis pas au magasin, je travaille à la maison. Je n’ai même plus le temps de faire du shopping sur Internet – et ça, c’est très dur, tout tourne à présent autour de mon magasin.

Au moins, je peux compenser la perte de ma garde-robe, c’est déjà un avantage. Mais les heures des repas et les pauses ? Pas question.

En l’état actuel des choses, voilà comment se passe ma pause déjeuner : debout derrière le comptoir, à dévorer des frites. Je sais pertinemment que je devrais manger plus sainement, je m’étais promis de prendre soin de mon corps après trente ans, de me faire des jus de kale et des salades aux graines de courge et au kombucha, et tout et tout. Mais j’avoue que ce n’est pas franchement pratique, que quand j’ai juste quelques minutes pour manger un morceau et que j’ai une faim de loup, ce sont les frites qui l’emportent.

Dommage que mes fesses n’apprécient pas les frites autant que ma bouche.

Aujourd’hui, il fait froid, il pleut, il n’y a pratiquement personne dans la boutique. Ce genre de journée me fait paniquer, je me dis que personne ne viendra demain non plus, que je vais faire faillite, que je vais tout perdre, mais alors je me rappelle que c’était déjà comme ça l’année dernière. En fait, j’ai ouvert au pire moment et ça s’est très bien terminé. J’ai déclaré une perte annuelle minime. Et cette année s’annonce déjà bien meilleure.

Je pense à la fuite dans mon appartement. Est-ce que la pluie va encore aggraver les choses ? Peut-être que je devrais prendre mon courage à deux mains et appeler Linden, juste pour voir s’il peut venir réparer mon toit, peut-être pour savoir s’il a rompu avec Nadine, quand quelque chose attire mon regard sur Facebook.

Il s’agit de Nadine. Pendant une seconde, je me dis, au vu du nombre de points d’exclamation, que ce doit être un truc du genre « Je déteste Linden ! Les hommes sont nuls ! » Bref, la mise au point que j’attends. Peu de filles rompent sans déverser leur haine sur Facebook.

Mais à mieux regarder, ce n’est pas ça du tout, vraiment pas. En fait, je manque laisser échapper mon téléphone et m’étouffer quand je réalise ce dont il s’agit :

Merci, mon Dieu, de m’avoir donné un ange gardien ! Je savais déjà que Dieu prenait soin de moi quand il m’a offert un homme comme Linden McGregor !! Et grâce à lui, je m’installe avec mon doudou dès demain ! Je déménage dans Russian Hill !!! Alors, les filles, si vous voulez ma nouvelle adresse, envoyez-moi un message.

C’est quoi ce plan foireux ?

Non, sérieusement.

C’est.

Quoi.

Cette.

Merde.

Je finis par laisser tomber mon téléphone, mon cœur bat bien trop fort. La pièce se met à tourner, je suis comme assommée par la colère et l’humiliation.

Se séparer de Nadine ?

Ce salaud vient tout juste de lui demander de s’installer chez lui !

Je suis livide. Je traverse la boutique comme un zombie pour aller suspendre le panneau FERMÉ sur la porte d’entrée. La boutique est vide, et je veux que ça continue comme ça. Je me sens totalement incapable que croiser le moindre être humain sans immédiatement lui arracher la tête.

Je retourne à mon téléphone et je reprends ma lecture. Les gens ont posté des commentaires du genre « Yes ! Veinarde ! » Et d’autres conneries du même style. Je suis vraiment tentée de lui envoyer « il était censé t’envoyer balader, qu’est-ce qui s’est passé ? », mais je ne le fais pas. J’ai au moins encore un minimum de savoir-vivre, j’ai intérêt à le préserver.

Mais je ne suis pas parfaite. Au lieu d’écrire ça à Nadine, j’envoie un texto à Linden.

Va te faire foutre.

Ensuite j’éteins mon téléphone et je le fracasse contre le mur.

 

OceanofPDF.com