Le pacte (NEW Romance) (French Edition)

Karina Halle · Chapitre 26 sur 26

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Le pacte (NEW Romance) (French Edition)

Épilogue - 31 ans - Stéphanie

ÉPILOGUE

 

 

31 ans

 

OceanofPDF.com

Stéphanie

 

Vous savez ce qu’on raconte ? Que si le futur marié voit sa fiancée avant la cérémonie du mariage, ça porte malheur. Moi je pense qu’une bonne partie de jambes en l’air avant le mariage, ça porte bonheur. Mais les yeux bandés, comme ça, on ne transgresse pas les règles.

Bon d’accord, c’est Linden qui a eu cette idée, mais je n’étais pas contre. C’est la raison pour laquelle je suis plantée là, au sous-sol du Corinthian Yacht Club à Tiburon, devant le vestiaire, en robe de mariée et avec un bandeau à la main.

Je frappe à la porte et j’attends en vérifiant, un brin nerveuse, qu’aucun des invités ne m’a repérée. La cérémonie va bientôt commencer, mais nous nous sommes juré de le faire. Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer.

– Qui est là ? demande Linden de l’autre côté de la porte.

– La princesse de Disney, je réponds, avant d’ajouter : la jeune mariée.

Je l’entends qui glousse.

– Très bien, Baby Blue. Tu as intérêt à mettre ton bandeau. Il ne faut pas qu’on puisse se voir, tu te rappelles ?

– Attends.

Je repère les environs, à quelle distance est la poignée de porte, puis je passe le bandeau et je le noue derrière ma tête.

– J’aurais préféré que tu me noues ce truc toi-même. Ça aurait été bien plus sexy.

Tout devient subitement noir autour de moi. Je pose la main à tâtons sur la poignée de la porte. Je la tourne lentement, puis j’entre dans la pièce avec précaution.

Ça sent le cuir, le pot-pourri et la sauge. La sauge, c’est le parfum de Linden. De grandes mains puissantes m’attrapent par le bras et me tirent à l’intérieur. Une respiration lourde remplit l’espace pendant que la porte se referme derrière moi.

– Tu me promets que toi aussi tu portes un bandeau ? je lui demande. (Je me sens vulnérable et un peu décalée, comme ça, dans le noir.) Ou alors c’est ridicule.

Une main se pose sur mon épaule, une autre sur ma taille. C’est étrange, comme si en même temps il n’était pas sûr de lui et confiant.

– Je n’y vois que dalle, dit-il. Et j’ai allumé la lumière, simplement au cas où. Ne t’inquiète pas, je prends toute cette connerie de je ne dois pas voir la mariée avant le mariage très au sérieux.

– Ça n’est pas des conneries.

Et voilà que ses lèvres trouvent mon cou et que ses mains se posent tour à tour sur mes seins, mes hanches, mes cuisses.

– Je peux déjà te dire que tu es très belle et que ta robe est splendide, dit-il d’une voix rauque et basse dans l’obscurité.

Je souris. J’ai fait faire ma robe de mariée sur mesure. Elle est à bretelles, elle moule mes hanches puis s’évase comme une robe de sirène. Elle est blanche, mais ses extrémités sont rose vif, comme si on l’avait plongée dans la teinture. Je reconnais volontiers que je me suis inspirée de la robe que portait Gwen Stephani pour son mariage.

– Tu la verras bien assez tôt, je lui promets. Mais redis-moi pourquoi nous nous donnons rendez-vous comme ça ?

– Parce que je ne peux pas passer vingt-quatre heures sans baiser avec toi, murmure-t-il, maintenant que sa bouche a trouvé mon cou et qu’il suce mon point sensible.

Je gémis doucement en succombant à ces baisers.

– Bon. Je pensais que peut-être tu étais un peu nerveux, que tu avais besoin qu’on te rappelle avec qui tu allais te marier.

– Oui, ça aussi, dit-il en approchant sa bouche de la mienne.

– Ça aussi.

Et il m’embrasse à pleine bouche, c’est chaud et intense. Ses baisers proclament que je suis à lui, et même si, au plus profond de moi, j’ai toujours eu l’impression de l’être, dans une heure je serai officiellement son épouse.

Mari et femme. Après notre pacte, après toutes ces années, nous y voici, finalement. Je n’y crois toujours pas, et d’une certaine façon, je n’ai pas envie d’y croire. J’aime me réveiller chaque matin dans ses bras en me disant que je vis un rêve. Maintenant, je vais me marier, toujours dans un rêve. Je suis une sacrée veinarde.

Comme d’habitude, ses baisers me donnent envie d’aller plus loin. Il me prend par la taille et me retourne. C’est si bon de sentir sa poigne si masculine me manipuler si aisément. Je jette mes mains en avant et je m’agrippe aux portemanteaux. Ça me rappelle les fois où nous avons fait l’amour dans la réserve de ma boutique. Maintenant que Fog & Cloth est complètement en ligne, je n’ai plus de boutique, mais la bonne nouvelle, c’est que les affaires marchent de mieux en mieux et que je travaille moins. J’ai encore des choses à apprendre sur l’univers « .com », mais je suis en train de faire mon trou.

Vous savez ce que c’est ma spécialité, aujourd’hui ? Les têtes de mort. Les bottes en caoutchouc avec des têtes de mort, les écharpes avec des têtes de mort, les jupes à têtes de mort, les chapeaux à têtes de mort, les lampes avec des têtes de mort, les poêles à frire avec des têtes de mort. Parfois je me dis que je devrais changer le nom de ma

boutique en Fog & SKull 1, mais je n’en suis pas encore là. Nous verrons plus tard.

Linden gémit de désir et il se baisse, ses mains remontent le long de mes jambes en soulevant ma robe. Il s’arrête un instant à mon porte-jarretelles.

– C’est un truc bleu, je lui explique pendant qu’il fait claquer le bandeau de dentelle sur ma cuisse. C’est ta mère qui me l’a donné, ce qui peut sembler un peu bizarre. Mais elle m’a expliqué que c’était le tartan de votre clan, à Deeside. Rouge et bleu.

– Yiaip, dit-il, en sonnant plus écossais que jamais. Ça m’excite comme un fou.

– Que ce soit ta mère qui me l’ait donné ?

– Ne me parle pas de ma mère, s’il te plaît, me prévient-il. Non, je veux dire le tartan. C’est très important pour moi que tu le portes. Je sais bien que de nos jours, notre nom s’écrit sans A, mais nous sommes toujours les MacGregor.

En entendant ça, je fonds.

– C’est toi qui es très important pour moi. Et j’adopterai n’importe quel nom pour toi.

Je sens son souffle chaud dans mon cou.

– Est-ce qu’on va se laisser aller à devenir sentimentaux ? Je croyais qu’on était là pour baiser ?

– Hé, tu y vas fort, lui dis-je.

J’entends la fermeture Éclair de son pantalon s’ouvrir, et l’instant d’après, je sens sa queue chaude contre mes cuisses.

– Attends un peu, tu vas voir si j’y vais fort.

Il pose sa main entre mes omoplates et me pousse en avant. Heureusement, mes cheveux sont attachés et bien protégés par de la laque, mais je penche la tête en arrière pour ne pas être décoiffée. Et quand bien même, qu’est-ce que ça fait ?

Il peut me décoiffer autant qu’il veut.

Linden me taquine avec son doigt, doucement, tendrement, avec insistance, avant de me pénétrer. Dans le noir, sans la vue, mes autres sens sont comme aiguisés. Je sens chaque centimètre de sa peau pendant qu’il s’enfonce, doucement, de toute la longueur de son sexe. Et puis, je sens chaque centimètre quand il se retire pour me titiller. Son souffle est rauque dans cette obscurité et ses grognements sont assez bestiaux. J’ai l’impression d’être baisée par un étranger, mais un étranger que j’aime.

Parce que je l’aime, plus que je ne saurais le dire. En jouissant, j’étouffe mes cris dans les manteaux des invités. Puis il se retire. J’éprouve le vague espoir que sa graine s’enracine en moi, après tout, il m’a baisée si fort et si profondément que j’ai cru qu’il n’allait jamais arriver à jouir. Je ne veux pas d’enfant dans l’immédiat, mais j’en voudrai un jour. Nous en voulons tous les deux.

– Je suppose que tu ne peux pas me dire de quoi j’ai l’air, dis-je en reprenant mon souffle, alors que les dernières vagues de plaisir s’estompent.

Je me tâte le crâne en espérant que mon chignon est resté à peu près intact.

– Tu es sublime, me répond-il en déposant un tendre baiser sur mes joues. Je n’ai pas besoin de te voir pour le savoir. (Il me prend la main.) Alors, Baby Blue, tu es fin prête pour ton mariage ?

– Oui, cow-boy. Et si je savais où t’embrasser, je le ferais.

– Tu me trouveras toujours, fait-il. (Et en posant délicatement ses doigts sur mes joues, il guide ma bouche jusqu’à la sienne.) Même dans le noir.

Je lui rends son baiser, lentement. Je voudrais que ça ne se termine jamais. Mais l’horloge tourne, et je sais que la foule de nos invités commence à s’impatienter.

– Bon…

– Je suppose que je dois y aller en premier, soupire-t-il.

– Juste une heure, et on sera de nouveau ensemble.

La partie la plus difficile de ce mariage, ça n’a pas été le choix de la robe ou le plan de table, mais bien de ne pas pouvoir voir Linden pendant un ou deux jours. Vu qu’il n’est pas seulement mon fiancé mais aussi mon meilleur ami, ça a été pénible pour moi de ne pas l’avoir à mes côtés à chaque étape. Voilà pourquoi j’étais sûre que notre rendez-vous dans le vestiaire, yeux bandés, allait me rassurer plus que toute autre chose. D’ailleurs, nous faisons aussi plein de trucs cochons chez nous.

Je crois entendre Linden sourire dans le noir. Il dépose un baiser sur mon front, me serre les mains et sort. Je sens le courant d’air dans ce petit espace et j’entends la porte se refermer. J’attends un peu pour lui laisser le temps de partir avant d’enlever mon bandeau et de sortir à mon tour.

Quelqu’un, je crois que c’est une des cousines plus âgées de mon père, m’aperçoit de l’autre bout du couloir. Elle a l’air sidérée de voir d’où je sors. Je hausse les épaules.

– Je cherche les toilettes, dis-je en désignant le vestiaire avec un air faussement étonné.

Elle poursuit son chemin, l’air franchement horrifiée.

En soupirant, je vais faire un tour dans les vraies toilettes de l’étage, pour m’assurer que je suis aussi parfaite qu’en sortant des mains du coiffeur et de la maquilleuse. L’image que me renvoie le miroir est celle d’une fille légèrement empourprée, mais rayonnante. Qui a l’air heureuse.

Avant que Linden me demande en mariage, j’avais l’impression que toute ma vie était en suspens. Quand je l’ai quitté à New York pour retourner à mon triste train-train quotidien, j’ai fait une des choses les plus difficiles qui soit. Mais il fallait bien que je gagne ma vie et que je me protège. Je n’avais pas vraiment le choix. Bien sûr, j’ai envoyé quelques SMS à Linden pour prendre de ses nouvelles, mais sachant qu’il était toujours à l’hôpital, je n’ai pas été surprise de ne pas recevoir de réponse.

C’est Bram qui m’a répondu. Il m’a tenue au courant des progrès que faisait Linden, mais il ne m’a jamais dit qu’il allait revenir et qu’il allait l’aider à le faire. J’ignorais absolument tout avant de voir Linden apparaître sur ses béquilles au Burgundy Lion, tout cabossé et couturé.

L’ironie de la chose, c’est que je sortais ce jour-là avec Owen. C’était notre deuxième rencard. Je n’en avais aucune envie, mais je me sentais mal de l’avoir laissé tomber la première fois. Le second rendez-vous ne s’est finalement pas mieux terminé. C’est assez rare qu’un dîner en tête à tête aboutisse à une demande en mariage – faite par quelqu’un d’autre. Mais c’était sans doute le karma d’Owen.

À la minute où j’ai vu mon Linden, tout cassé, s’avancer vers moi et m’ouvrir son cœur, j’ai compris qu’il avait décidé de se battre. Il se battait pour moi. Et j’ai cru en son amour. Il était véritable, puissant, vivant. Certaines auraient pu en douter, après ce qui s’était passé entre nous, mais je savais que la récompense serait trop belle pour ne pas courir le risque.

Et elle l’est. Je vais l’épouser. Je suis sur le point d’épouser mon meilleur ami, mon amant, et bien plus encore. Cette année passée avec lui a été plus belle que le plus beau de mes rêves, et maintenant que nous passons à l’étape suivante, je sais que mes rêves vont encore grandir. Ce n’est pas toujours facile – à cause des contraintes de mon boulot, et parce que Linden ne vole pas beaucoup en dehors de la saison touristique. Parfois, nos familles nous font braire, parfois ce sont nos amis. Parfois aussi, il m’arrive d’avoir vraiment envie de gifler Linden.

Mais malgré tout, j’apprends peu à peu à apprécier le gris entre le noir et le blanc. Et ce gris peut être splendide, autant que le brouillard qui s’étend sur la baie de San Francisco.

La cérémonie a finalement été rapide et tendre, exactement comme nous le voulions. Pas de niaiseries sentimentales, directement aux choses sérieuses.

C’est mon père qui m’a conduite à l’autel. J’ai choisi Nicola et Kayla comme demoiselles d’honneur. James et Bram sont les garçons d’honneur de Linden. Notre maître de cérémonie est un type avec qui Linden a travaillé. Il sort des vannes incroyables les unes après les autres. Certaines d’entre elles sont franchement nulles, mais elles ont le mérite de faire rire l’assemblée et de détendre l’atmosphère.

Même Aaron, mon ex, est là. Nous ne nous en sommes jamais voulu l’un à l’autre, contrairement à Owen. En fin de soirée, quand tout le monde est bourré, qu’on casse des verres et qu’on danse comme des fous sur de la musique des années quatre-vingt, je surprends Aaron en pleine drague avec Nicola, qui est à nouveau célibataire. Je ne suis pas sûre que ça fonctionne entre eux, mais c’est un type bien et elle mérite vraiment de tomber sur quelqu’un comme lui… même s’il prend encore son pied à jouer au paintball.

Cela dit, Linden et moi ne sommes pas vraiment plus matures, nous qui dansons des slows toute la nuit à côté de James et Penny, de ses parents et des miens. Je sais parfaitement que bien que nous ayons passé trente ans, nous ne sommes toujours pas devenus adultes. Je ne sais pas si le fait de porter une alliance et de passer devant monsieur le maire y changera quelque chose. Mais ça me va. Parce qu’au fur et à mesure du temps qui passe, je réalise que la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Parfois on recule d’un pas, parfois on avance de deux, et puis on fait un pas de côté. C’est un peu

comme 2 Time Warp, quand on y pense.

La vie prend de multiples directions et, avec un peu de chance, votre esprit, votre corps, votre vie et votre amour s’y entremêlent.

Je sais que ça ira pour moi, quelle que soit la direction que prendra ma vie – surtout avec Linden à mes côtés.

Les étoiles s’allument sur la baie. Je serre la main de mon mari, plus fort, en souriant.

Avec Linden à mes côtés, j’ai l’âme en paix et le restant de ma vie… Car le restant de ma vie ne fait que commencer.

 

Fin

 

1. Jeu de mot intraduisible. Mot à mot : Brouillard et Crâne, à la place de Brouillard et Fringue.

2. Mot à mot, distorsion temporelle. Titre d’un célèbre passage du film The Rocky Horror Picture show.

 

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