Le pacte (NEW Romance) (French Edition)

Karina Halle · Chapitre 2 sur 26

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Le pacte (NEW Romance) (French Edition)

Chapitre 1 - 26 ans

CHAPITRE 1

 

26 ans

 

À travers la fenêtre, le soleil inonde ma chambre. Il met en

évidence les poils noirs sur les bras et les jambes de l’homme qui est allongé à mes côtés. J’aime les hommes poilus, mais je ne m’étais pas rendu compte qu’il était velu comme un singe, dans le bar, hier au soir. Mais, encore une fois, j’étais bien bourrée. Je pense que j’ai dû agir comme un automate jusqu’à ce que Monsieur Gorille me chope.

Je gémis en me détournant pour m’éloigner de lui. Il ne bouge pas. J’ai un mal de chien à me souvenir de son prénom. Je ne suis même pas certaine que nous ayons fait l’amour, jusqu’à ce que j’aperçoive une capote jetée à mi-chemin entre le lit et la poubelle. Dégueu. Raisonnable, mais dégueu.

Hier soir, j’ai fêté mon anniversaire en ville, au Tiki Loundge, ce qui explique non seulement mon coup d’un soir et mon mal de crâne mais aussi les fleurs qui parsèment mon lit. J’éprouve soudain une grosse déception, j’aurais voulu commencer cette nouvelle année avec de bonnes résolutions (c’est-à-dire arrêter de boire autant le week-end, arrêter de me retrouver au lit avec des types improbables) mais, apparemment dès le premier jour de mes vingt-six ans, j’ai tout foiré.

Je me lève lentement, j’attrape une chemise de nuit dans un tiroir, je l’enfile et je passe une robe de chambre par-dessus. Le type plein de poils continue à dormir. Pendant un instant, j’ai peur qu’il soit mort, jusqu’à ce que je me rende compte que son dos monte et descend.

Une fois dans la salle de bains, je m’examine un bon moment, sous toutes les coutures. Je sais que bien que personne ne peut s’en rendre compte, mais quelque chose a changé en moi. Mon visage a encore un joli hâle de l’été, mais il est légèrement congestionné, mes yeux sont bleus et bien ronds, mais un tout petit peu ridés sur les côtés. J’ai fait couper mes cheveux roux foncés au carré l’autre jour, mais ils ont l’air gras et mous. Et, par-dessus tout, j’ai l’air fatiguée. Et pas parce que j’ai passé la plus grande partie de la nuit à boire des Maï Taï, à m’épancher sur l’épaule de mes amis et à danser avec de drôles de types, mais parce que je suis fatiguée.

Je suis vraiment crevée de chercher à atteindre un but sans jamais y parvenir. J’avais cru qu’à vingt-six ans, j’aurais enfin tout compris, mais je ne suis qu’au milieu du gué. J’avais espéré qu’à vingt-six ans, j’aurais enfin mon appart à moi, mais je vis toujours en colocation avec ma copine Kayla. Soyons réaliste, vivre à San Francisco est hors de prix, et sans la deuxième moitié de mon plan, je ne pourrai jamais m’installer seule.

Cette seconde partie, c’est de quitter mon boulot au magasin de prêt-à-porter All Saints pour pouvoir enfin me lancer et ouvrir mon propre magasin. Ça n’a pas encore eu lieu. En fait, mon rêve ne m’a jamais paru autant hors de portée qu’aujourd’hui. J’ai peur de sauter le pas – assurer le loyer, signer un bail, passer mes commandes, faire mon marketing, mes promos, embaucher mes employées. Bien que posséder mon propre magasin ait toujours été mon rêve – le truc que je ferais quand je serais plus vieille –, il me semble que plus je vieillis, plus j’ai peur d’affronter la réalité. Les rêves peuvent se transformer en dettes et il existe des millions de façons d’échouer. Mais vous aurez toujours à les rembourser. Je ne veux pas échouer. Mais je ne peux pas non plus continuer comme ça, en roue libre.

Je vais dans la cuisine préparer une énorme cafetière de café, bien que je sache qu’avec mon mal de crâne je ne pourrai pas en avaler plus d’une tasse, quand mon téléphone se met à sonner. Je réponds calmement et dès la première sonnerie, pour ne pas réveiller le monstre poilu.

– Salut ma vieille ! (J’entends l’accent délicieux de Linden à travers le téléphone.) Comment te sens-tu ce matin ?

– Euh, dis-je en souriant, comme une vieille merde.

– Je m’en doute. À propos de merde, c’est qui ce type avec qui tu étais hier soir ?

Je soupire en me prenant la tête dans les mains et en me penchant sur le comptoir.

– J’aimerais bien le savoir. Il est dans mon lit, il roupille comme si je l’avais shooté.

Il y a un silence, puis Linden poursuit :

– Qu’est-il arrivé à « plus de baise à droite à gauche » et « à vingt-six ans, je change du tout au tout » ?

– Bon d’accord, et toi, tu as fait quoi la nuit dernière ? Si je me rappelle bien, tu avais la langue collée à la bouche d’une petite minette pendant la moitié de la soirée.

– Langue dans la bouche, bite dans la chatte, c’est du pareil au même, dit-il pendant que je fais un « oh ! » désapprobateur devant son langage ordurier. (La vérité, c’est que c’est toujours sexy quand ça vient de lui. Peut-être est-ce de l’argot écossais ?) Quoi qu’il en soit, moi, je ne t’ai jamais fait de déclaration aussi débile le jour de mon anniversaire.

C’est vrai, mais voilà, Linden n’a jamais eu besoin de changer quoi que ce soit à sa vie. Il a maintenant sa licence de pilote d’hélicoptère et travaille sous contrat avec une compagnie locale de charters. Ses parents, des cadres sup très aisés, lui ont payé son appartement sur Russian Hill où il habite seul, et dormir avec quelqu’un a toujours été le cadet de ses soucis. En fait, c’est plutôt de ne pas dormir avec des filles qui semble en être un.

– Bon, tu veux prendre un mini-petit déjeuner ? Un brunch ? Un déjeuner ?

Avant de lui répondre, je calcule la vitesse à laquelle je peux me préparer.

– Bien sûr. Je peux être prête dans une demi-heure, mais je ne sais pas quand je vais pouvoir me débarrasser de ce mec.

– Je m’en occupe, répond Linden avant de raccrocher.

Et merde. J’ai peur de ce que prépare Linden. Il peut être diabolique.

Je retourne dans ma chambre où je jette un coup d’œil. Le type dort toujours, il ronfle légèrement. Je prends une paire de jeans noirs et un long tee-shirt épais avant de m’enfermer dans la salle de bains. Une fois sortie de la douche, je coiffe mes cheveux humides en chignon et je me maquille très légèrement. Je me sens toujours aussi mal, mais mes joues et mes lèvres ont repris un peu de couleur.

En sortant, j’ai la surprise de tomber sur le type debout, en boxer, qui regarde la rue par la fenêtre. Il est mignon, je dois le reconnaître, mais pas assez pour que j’aie envie qu’il reste.

– Oh, salut ! Tu as une super-vue ! fait-il en montrant la fenêtre de la tête.

Je fronce les sourcils. Ma fenêtre donne sur un restaurant mexicain un peu crade et un vélo rouillé attaché à un poteau électrique depuis des lustres.

– Euh, merci, je réponds, parfaitement consciente que je ne connais pas son nom.

– Tu as été démente la nuit dernière, dit-il avec un sourire salace en s’avançant vers moi.

Je recule d’un pas.

– Comme une vraie dingue ?

– Comme une super-baiseuse, corrige-t-il.

Charmant.

– Et si on remettait ça ? demande-t-il en essayant d’attraper ma main.

Ouah ! Surtout pas.

– Chérie, je suis là !

J’entends la voix de Linden avec un léger soupir de soulagement. Le type, lui, a un air super-confus quand Linden entre dans la chambre.

– Eh bien, c’est qui celui-là ? demande Linden en souriant, tout en dévisageant le type de haut en bas. Sa haute stature, sa poitrine large et ses épaules musclées remplissent le chambranle de la porte d’entrée, auquel il s’appuie. Il est décontract’ mais hyper-masculin, dans son jean et son tee-shirt noirs. Comme d’habitude, il a ses Ked’s aux pieds.

Je regarde le type en attendant qu’il se présente puisque j’en suis incapable.

– Drake, dit-il en nous regardant l’un après l’autre.

Il a peur. Le fait que Linden soit beaucoup plus grand que lui n’aide pas.

– Drake, répète Linden en se tournant vers moi. Alors, tu en as terminé avec lui ? Est-ce que c’est mon tour, maintenant ?

– Quoi ? crache Drake, l’air totalement paniqué.

– Ouais, dit Linden, en croisant les bras. Tu vois, Steph et moi avons ce truc que nous aimons bien partager. Elle tire un coup, ensuite, c’est moi qui tire un coup. Tu n’y vois pas d’inconvénient ?

Le type devient rouge écarlate et balbutie :

– Euh, euh, je crois que devrais y aller.

Linden lève les mains.

– Non, non, reste. On peut te baiser tous les deux en même temps, si tu préfères. Tant que tu es d’accord pour être en dessous.

Maintenant, Drake s’empare de son jean et saute dedans. Il ne ramasse même pas son tee-shirt, tellement il flippe.

– Linden ! je l’avertis.

Et Linden sourit en se poussant quand Drake passe devant lui en coup de vent. Je l’entends ramasser ses chaussures et claquer la porte d’entrée derrière lui.

– Dur, assène Linden. Ce branleur ne t’a même pas dit merci !

Je roule de gros yeux.

– Tu sais, j’aurais très bien pu le faire partir gentiment.

– Ouaip, mais où aurait été le plaisir ?

Le détail amusant, c’est que Linden n’a rien d’autre à faire que se montrer pour faire peur aux hommes que je rencontre. Pas mal de types avec qui je suis sortie ne supportaient pas que Linden soit mon ami. Ils ne pouvaient tout simplement pas comprendre comment nous pouvions être aussi intimes sans que rien ne se soit jamais passé entre nous.

Je ne peux pas me l’expliquer non plus, si ce n’est parce que je suis d’abord sortie avec James. Bien que je bosse avec Linden, je ne l’ai vraiment connu que grâce à James, et bon, une fois que vous rencontrez le meilleur pote de votre petit ami, il reste dans cette case-là. Même maintenant, des années après mon histoire avec James, draguer Linden me paraîtrait pas correct.

Et bien entendu, c’est mon ami, et je ne pense pas à lui de cette façon-là. Juste une œillade de temps en temps, vous vous souvenez ?

J’attrape mon sac, en même temps que je jette le tee-shirt de Drake à la poubelle.

– On va où ?

– Un tour en hélico, ça te dirait ?

Je hoche la tête, prise au dépourvu.

– Est-ce qu’on prévient James, parce que si on ne le fait pas, il va vraiment nous en vouloir.

James passe son temps à se plaindre de ce que Linden ne l’a pas encore emmené avec lui. Moi non plus, mais je ne trouve pas ça sympa de le faire sans James. Nous sommes les trois meilleurs potes, bien que dernièrement, j’aie l’impression que nous nous éloignons un peu.

– Il travaille, Baby Blue, répond-il doucement. Tu sais qu’il travaille tout le temps. Ce sera juste toi et moi.

J’aimerais bien ne pas avoir de palpitations. Je m’éclaircis la voix.

– Ok.

Une heure plus tard, nous sommes dans le Marin County, là d’où décolle Linden.

Malheureusement, nous sommes cloués au sol. Il n’y a aucun hélico disponible pour un vol au pied levé. Du coup, nous échouons dans un bar à Sausalito. Je dois reconnaître que je suis un peu déçue de ne pas avoir pu voler avec Linden, mais je me console vite avec un Bloody Mary siroté en bonne compagnie, devant une vue splendide.

– Tu sais, quand on sera mariés, fait Linden au bout d’un moment, tout en regardant les vagues lécher la grève et la ville qui se découpe sur l’horizon, je t’emmènerai voler aussi souvent que tu voudras.

Je ne peux m’empêcher de sourire.

– Oh, on doit toujours se marier ?

– Trente ans, ça va arriver vite.

Je le regarde fixement.

– Eh, je viens tout juste d’avoir vingt-six ans. Lâche-moi un peu !

Il hausse les épaules.

– C’est juste un petit rappel. Un pacte est un pacte.

– Tu as raison, dis-je en avalant une bonne lampée de Bloody Mary. J’espérais être fidèle à notre pacte pour le restant de ma vie. (Je lui jette un regard appuyé.) Tu m’emmèneras dans les airs aussi souvent que je le voudrai ?

– Bien entendu. Tu seras ma femme. Et tu seras obligée d’aimer le H&Q.

– H&Q ?

– Hélicoptère et queue. Une queue dans la cabine. Une pipe en volant. Y’a rien de meilleur.

– Ne me dis pas que tu as déjà fait ça, dis-je en frémissant à l’idée qu’il se soit fait sucer par une bimbo dans les airs.

Il se penche vers moi et tapote ma main.

– Tu seras la première.

– Tu es tellement romantique, dis-je sèchement pendant qu’il éclate de rire.

Et voilà une nouvelle année de passée.

 

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