Le pacte (NEW Romance) (French Edition)
Chapitre 16 - Stéphanie
CHAPITRE 16
Stéphanie
Ça fait trois semaines que nous avons fait l’amour ensemble pour
la première fois, Linden et moi.
Ces trois semaines ont probablement été les plus belles de ma vie.
Même la baisse d’activité de ma boutique, à cause ce temps pourri de novembre, ne m’a pas perturbée une seconde.
Je ne pense qu’à Linden. Je ne m’occupe que de Linden. Bien sûr, je vais au boulot chaque jour et j’essaie encore plus sérieusement de trouver quelqu’un à embaucher pour la boutique. Mais laissez-moi vous dire que ce n’est pas simple du tout. Je croyais naïvement que ce serait facile. Qu’il suffirait que quelqu’un ait un bon CV pour faire l’affaire.
En fait, il faut d’abord leur faire passer un entretien pour ensuite se rendre compte que la plupart sont de parfaites idiotes. Une fille m’a expliqué, par exemple, qu’elle voulait travailler avec moi parce qu’elle adorait les fringues et le shopping et qu’ainsi, elle pourrait faire les deux en même temps. Une autre m’a avoué qu’elle avait piqué des trucs sur son précédent lieu de travail, mais qu’à présent, elle avait dépassé « cette phase », et que je pouvais donc lui faire confiance.
Bref, tout ça a été assez stressant. Et cacher notre nouvelle, euh, relation aux autres n’a pas été de tout repos non plus.
Parfois je me demande si nous faisons bien. Déjà que je me sens facilement coupable pour pas grand-chose, alors le fait d’avoir régulièrement à mentir à James, même si ce sont des mensonges sans gravité, sur l’endroit où nous avons passé la soirée et ce que nous avons fait, me gêne terriblement. Je n’aime pas mentir à mes amis.
Mais je dois admettre que je préfère quand même coucher avec Linden. C’est même devenu une véritable addiction, très sérieuse, voire dangereuse. Quand je vous dis que je ne vis plus que par et pour Linden, c’est la vérité vraie.
D’une certaine façon, c’est comme si nous rattrapions tout le temps perdu. Mais ça me fait tellement de bien. Faire l’amour avec lui est tellement simple, c’est aussi naturel, aussi nécessaire que de respirer, dormir et manger. Jamais je ne me suis sentie aussi intimement liée physiquement à quelqu’un.
Et ce que je me refuse à admettre, c’est que c’est bien plus que de la baise. Ce n’est pas juste le sexe, même si je veux le faire croire si désespérément. Il ne s’agit pas d’une amitié amoureuse, nous sommes des amis qui vivons une relation dont rêvent la plupart des gens. Parfois, j’ai envie de crier sur tous les toits que nous baisons ensemble. Aussi cru et graveleux que puisse être Linden, aussi violentes et intenses que soient nos parties de jambes en l’air, un courant inquiétant d’intimité et de tendresse passe entre nous, quoi que nous fassions.
Bien sûr, j’ai toujours aimé Linden, j’aime beaucoup mes amis. Mais mon amour pour lui est en train de se transformer en quelque chose de plus profond, de plus beau, de plus lumineux. C’est comme si vous ouvriez un cadeau de Noël dont vous rêvez depuis longtemps pour découvrir quelque chose d’encore mieux à l’intérieur.
Et ça vient du cœur, pas seulement des reins. Ces derniers jours, mon cœur ressemble à une éponge qui absorbe, absorbe, absorbe jusqu’à ce qu’il se mette à fuir et à remplir mes veines d’une espèce de joie ambiguë.
Linden est dans mes pensées, dans l’air que je respire, dans mon cœur. Linden est en train de devenir la chose la plus importante dans ma vie. Je suis peut-être en train de devenir un peu dingue, mais je pense que c’est ce qu’on appelle tomber amoureuse.
Je tombe dans la folie.
Splach.
Voilà comment je vais finir.
Nous sommes jeudi après-midi et je viens de terminer l’interview d’une fille qui paraît un peu timide mais qui pourrait s’avérer être ma seule option possible, quand on frappe à la porte. Je l’avais verrouillée et j’avais accroché dessus le panneau FERMÉ pour être tranquille pendant mon rendez-vous.
Surprise totale, c’est Linden. Il devait passer la journée à transporter tout un déménagement vers un immense ranch dans le sud en profitant au maximum des heures de jour, si courtes en cette saison. Je ne m’attendais donc pas à le voir avant ce soir. Il m’avait proposé de m’emmener dans un restaurant chic et tendance, quelque part près de chez moi, où ils projettent des films classiques.
Je lui fais un petit signe, je ne peux m’empêcher de sourire. J’espère que je suis correcte et que je sens bon. Quoi qu’il en soit, il est trop tard pour y changer quoi que ce soit. La fille que je viens d’interviewer lui lance un regard enamouré. Bas les pattes, ai-je envie de lui dire. Tu n’es pas encore embauchée.
Nous nous dirigeons vers la porte et je lui annonce que je lui donnerai ma réponse rapidement. Je me doute qu’elle attendait mieux, mais je ne peux plus penser à autre chose qu’à l’homme qui est là, debout devant la porte.
Seigneur, c’est dingue comme il est beau.
Je lui ouvre et je l’accueille avec ces mots, « en voilà une bonne surprise ! », pendant que la fille passe devant nous en coup de vent. Il ne regarde même pas dans sa direction, ce que j’apprécie, vu sa réputation. Ses yeux restent rivés sur moi.
– Hé, Bébé, roucoule-t-il en entrant et en prenant mon visage entre ses mains.
Elles sont fraîches. Il faut que je m’y habitue, ces derniers temps, il me donne du Bébé plus souvent que du Baby Blue.
Il se penche et m’embrasse goulûment, sa bouche s’ouvre sur la mienne, sa langue s’enfonce lentement, j’ai soudain chaud à la poitrine, au ventre, au cœur. Je chancelle un peu, mais heureusement il me tient. Ce mec est capable de vous couper le souffle avec un baiser.
– Qu’est-ce que tu fais ici ? j’arrive à articuler quand nous nous séparons.
Il passe son bras dans mon dos et je m’appuie dessus.
– J’ai réussi à terminer tôt, dit-il avec une lueur salace dans le regard. Alors je suis venu te voir pour décoller à nouveau.
Sans attendre ma réaction à son jeu de mots foireux, il se met à me mordre le cou, jusqu’à cet endroit tellement sensible, juste sous l’oreille, qui me fait fondre chaque fois qu’il le touche.
– Je ne t’ai encore jamais parlé de mes fantasmes de baise dans ton magasin ?
– Non, je réponds, surprise d’entendre ça.
Surprise, mais également intriguée.
Il se contente de grommeler contre ma peau, et d’une main il soulève ma jupe et attrape mes fesses.
– Alors comme ça, tu portes de la lingerie coquine aujourd’hui ? chuchote-t-il en pétrissant mes fesses nues.
Et il me fesse. Fort.
Sous le coup, je sursaute mais il me retient en souriant. L’empreinte de sa main me brûle la fesse.
– Aïe, je crie.
– Je vais l’embrasser encore mieux, tu vas voir, dit-il et je comprends qu’il va rester un certain temps.
– Attends !
Je le coupe avant qu’il fasse des trucs indécents. Je baisse ma jupe et je cours fermer la porte à clé. Puis j’éteins la lumière pour que nous soyons moins visibles de l’extérieur.
Quand je me retourne, il a déjà ouvert sa braguette et tient sa bite dans ses mains. Il sourit dangereusement en se caressant.
– Alors, où as-tu imaginé me sauter ? je lui demande en regardant derrière le comptoir. Ici ?
J’attrape sa bite sublime et je la glisse dans ma bouche.
– Putain de bordel, Bébé, dit-il dans un gémissement, en s’enfonçant un peu plus. Ne t’arrête jamais, tu le fais si bien.
Je ne m’arrêterai pas si toi tu ne t’arrêtes pas, me dis-je en faisant tournoyer ma langue autour de son gland.
– Tu veux bien me faire plaisir ? me demande-t-il alors en retenant son souffle.
Je hoche la tête, en ralentissant.
– Tire sur mes couilles. Juste un peu. J’adore ça.
Putain, je ferais n’importe quoi pour faire plaisir à cet homme. En plus, il a une très jolie paire de couilles, soigneusement épilées. Pendant que je continue à le sucer, j’attrape ses couilles et je tire dessus, légèrement.
Il laisse échapper un gémissement qui me fait sursauter et me transperce le cœur, en vibrant dans mes os. Seigneur, ça me rend dingue de le rendre fou. Je tire un peu plus fort et il m’attrape par les cheveux, déclenchant en moi un éclair de douleur.
– Tu es tellement bonne, Bébé, si cochonne et si bonne. Ne t’arrête pas. Ne t’arrête pas.
Donc, je ne m’arrête pas. Mais au bout d’une minute, il lâche mes cheveux et se retire.
– Ok, j’ai menti. Arrête. J’ai besoin d’entrer en toi.
Il se débarrasse de son jean et de son slip, puis il me relève en m’ôtant ma chemise, par la même occasion.
– Aaah, je crie doucement en me cachant les seins et en observant la rue dehors.
Les passants ne peuvent pas vraiment nous voir, mais maintenant que je me lève, ils peuvent deviner quelque chose.
– La réserve, grogne-t-il avec un signe de tête. Vas-y et déshabille-toi.
J’ai à peine le temps de faire ce qu’il m’a demandé que la porte claque derrière moi. Je suis projetée contre les portants enveloppés d’un film plastique. Les cintres valdinguent sous mon poids pendant qu’il m’immobilise. Il arrache sa chemise, passe ses bras sous mes cuisses et me soulève. Il remonte ma jupe, repousse la fine dentelle de mes sous-vêtements, et j’enroule mes jambes autour de sa taille.
Quand les vêtements commencent à tomber, il me serre et nous faisons demi-tour. Il m’appuie contre une pile de cartons. En haletant, il laisse une traînée de baisers humides et désordonnés de ma bouche jusqu’à mes seins, et se met à mordiller mes tétons jusqu’à ce qu’ils deviennent durs comme du béton. Il les frappe un peu. Je halète sous le choc et il me pénètre. Je suis vraiment contente que les résultats de nos tests du sida soient négatifs, parce que sentir sa queue en moi, c’est incomparable. Il me sourit, la bouche entrouverte et le regard vague.
– Dis-moi comment tu en as envie.
– J’en ai envie, lui dis-je en descendant un peu afin qu’il puisse s’enfoncer plus profond.
– Comment ?
– Salement fort.
Il me donne une autre claque sur la poitrine, puis il la lèche, sa langue apaise la douce brûlure.
– Putain, tu as les plus beaux seins du monde. La plus belle chatte, le plus beau cul, tout est plus beau chez toi.
Il mord mon téton et je gémis, la tête contre les boîtes.
– Arrête de tergiverser.
– Je prends juste mon temps. Tu deviens gourmande.
– C’est toi qui me rends gourmande.
Il se met à remuer son pouce sur mon clito avec un sourire lubrique.
– Sale petite cochonne, grosse gourmande.
Je suis sur le point de jouir, je chancelle entre le désir de continuer encore et celui de relâcher la pression. Et il le sait. Il adore ça. Il se penche et taquine la commissure mes lèvres avec sa langue.
– Fais-moi jouir, je murmure contre sa bouche, en le suppliant presque. De toutes les façons possibles.
– De la seule façon que je peux.
Puis il prend une profonde inspiration, ses narines tremblent de désir, et il pousse violemment.
Bien que je sois mouillée, je pousse un cri avant que la douleur disparaisse et que je ressente sa chaleur.
– Tu aimes ça ? murmure-t-il dans mon cou, en le mordant, le léchant et le reniflant.
Je pleurniche un semblant de réponse. Mes jambes sont toujours enroulées autour sa taille, il me pousse de plus en plus fort contre les boîtes. Bientôt, toute l’étagère se met à trembler. Mes jambes aussi se mettent à trembler. Il me tient serrée et il m’empale à grands coups puissants qui me rendent dingue.
J’agrippe son dos. Je sens ses muscles rouler sous mes doigts. Il est tellement fort. Mes talons s’enfoncent dans ses fesses et je le tiens serré, serré, serré, aussi serré que je peux.
– Putain, il siffle entre ses dents en pétrissant ma chair. Putain, de putain, de putain, C’est tellement bon, Bébé, tu es tellement bonne.
Le rythme s’accélère. Son visage transpire le désir, la tension et le désir. J’ai l’impression que je vais être dévorée toute crue et j’adore ça.
Il pousse un cri de frustration. Il tente de se contrôler, les tendons de son cou se tétanisent. La sueur inonde son visage et sa large poitrine qui écrase la mienne. L’orgasme n’est pas loin.
– Jouis avec moi, gronde-t-il alors en me transperçant du regard.
– Vas-y.
Son pouce me frôle. C’est le déclic. Je jouis, et je jouis intensément, follement. Une vague de jouissance sauvage, incontrôlable me traverse jusqu’à ce que j’aie l’impression de me dissoudre entièrement. Mon crâne semble avoir été ouvert en grand. En entendant l’intensité de ses cris, je comprends que lui aussi ressent la même chose.
Quand il se retire et me repose délicatement par terre, j’ai l’impression d’être dans un rêve, que la réserve est dans un nuage. Je ne suis pas vraiment là, je suis ailleurs, mais avec lui.
Mon cœur bat très fort, je ne sens plus mes jambes, je n’arrive plus à ouvrir les yeux. Tout l’intérieur de mon corps pulse et bat, il envoie des ondes de plaisir dans chacune de mes cellules. Puis peu à peu, très lentement, les vagues diminuent d’intensité. Je me rappelle soudain qu’il faut respirer. Je suis si heureuse, si incroyablement heureuse. Je suis la joie même. Il baise si salement bien.
*
* *
– Tu sais ce qui est bizarre ? me demande Linden pendant que nous traversons le Golden Bridge vers le nord, en direction de Petaluma.
J’adore ce pont, mais il me fiche la trouille, alors j’essaie autant que possible de rester sur la file centrale. Jeter un seul coup d’œil à la baie, en dessous, me rend malade.
– Qu’est-ce qui est bizarre ?
– Eh bien, poursuit-il en posant sa main sur ma jambe et en caressant ma cuisse nue, de haut en bas, jusqu’à ce que je me mette à trembler, que je n’ai jamais rencontré ton père. Tu sais, depuis le temps qu’on se connaît.
Il a raison. Il a rencontré ma mère le jour de l’ouverture de mon magasin, mais bien entendu, mon père ne faisait pas partie de la fête. Il y avait pourtant eu une foule d’occasions, comme quand nous bossions au Lion ou lors ma remise de diplôme, mais ça ne s’était pas fait.
Maintenant que mon père est vaguement de retour, je dois dire que je suis un peu inquiète. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai demandé à Linden de m’accompagner, pour ne pas être seule. Le fait que mon père se soit rabiboché avec ma mère, sans pour autant se réinstaller avec elle, me semble franchement étrange, et je me demande bien où en est exactement leur relation. Linden fera tampon, ce qui est bien appréciable.
L’autre raison est tout aussi égoïste. Je veux frimer. Je veux que mon père et ma mère voient Linden et qu’ils soient impressionnés. D’ailleurs comment ne pas l’être ? Il est beau, il a réussi (je trouve qu’être pilote d’hélicoptère est une belle réussite, même si ses parents à lui ne sont pas d’accord) et il est charmant.
Je veux obtenir leur approbation. Je sais que je ne devrais pas, mais comme je n’ai pas dit un mot sur Linden à Nicola et Kayla, que Penny et James ignorent toujours tout, j’ai besoin que quelqu’un me dise que j’ai fait le bon choix.
– Je suppose que tu es toujours mal tombé, lui dis-je. Tu n’étais jamais là les fois où tu aurais pu le rencontrer.
– Je suppose qu’on pourrait dire la même chose pour nous.
Je lui jette un regard en coin.
– Qu’est-ce que tu veux dire ?
– Que pendant des années, quand j’étais avec quelqu’un, tu étais en solo, et quand tu étais avec quelqu’un, c’est moi qui étais seul.
–Il y a quand même eu quelques années où nous étions tous les deux célibataires, tu sais.
– Je sais. Je m’en souviens parfaitement. J’ai eu un mal de chien à ne pas t’avouer ce que je ressentais pour toi.
– Pourquoi tu ne l’as pas fait ?
Il réfléchit un moment avant de répondre :
– James. C’était à cause de James. Tu sais, s’il n’était pas mon meilleur ami, parfois, j’aurais l’impression qu’il me déteste.
– Qu’il te déteste ?
– Ouais. (Il tourne la tête vers moi, il a l’air inquiet.) Depuis que nous nous sommes rencontrés, il a toujours eu ce… je ne sais pas, ce ressentiment envers moi. Peut-être que je délire. Sûrement même. Mais toutes ces années, il a passé son temps à me lancer ces petites piques, à propos de la facilité avec laquelle j’obtiens tout ce que je veux, parce que je n’ai pas à travailler comme un dingue et que je suis super-privilégié.
Je crois que je comprends ce que veut dire Linden.
– Mais tu travailles dur. Tu t’es donné un mal de chien pour arriver là où tu es. Tes parents ne t’ont pas aidé pour ça.
Il me lance un regard désabusé.
– Non, mais ils ont payé pour mon école et mon appart. S’ils ne l’avaient pas fait, ça aurait été encore bien plus difficile. Je sais que j’ai du pot dans certains domaines, mais pas dans d’autres. Et ça, James ne semble pas s’en rendre compte. Il est né dans une famille de nases, mais moi aussi. Ce n’est pas parce qu’ils avaient de l’argent que c’était mieux. Quand tu es môme, tu te fiches pas mal de tout ça. Tu veux juste qu’on t’aime.
Mon cœur se serre. Je sais combien ça a été difficile pour Linden de vivre avec la famille qui est la sienne. Mais je sais aussi que la famille de James était encore pire. Je ne connais pas tous les détails, mais son enfance à Oakland a été terrible, entre un père abusif et une mère larguée. Et je sais également que James dit parfois que Linden est né avec une cuillère en argent dans la bouche.
– Il est jaloux de toi.
– Je crois qu’il est jaloux de celui qu’il pense que je suis. Tu sais… James et moi, nous ne parlons pas de ça. Pas comme nous en parlons tous les deux. Tu me connais mieux que lui, Baby Blue.
– Et je sais que ça n’a pas été facile pour toi non plus.
– Mais tant que James considère que sa vie est pire que la mienne, et qu’il la vit comme une lutte permanente, à ses yeux, c’est moi qui serai toujours le gagnant. Et il m’en veut à cause de ça. C’est la raison pour laquelle j’ai réfréné mes sentiments pour toi pendant si longtemps.
Quand il parle de ses sentiments, j’ai le ventre qui se tord. J’aimerais le questionner un peu plus à ce sujet, mais je me retiens. Je ne veux pas ressembler à « la petite amie chiante », alors que je ne le suis même pas encore officiellement.
Linden m’observe.
– Je ne voulais pas qu’il pense que je t’avais kidnappée. Il y a quelque temps…
– Quoi ?
Je secoue la tête.
– Rien. Je pensais que si je te faisais des avances, je rentrerais trop vite dans ses chaussons. Et, bien sûr, je n’avais aucune idée de ce que tu pouvais ressentir. Pendant toutes ces années, j’ai cru que tu me considérais comme un ami, voilà tout.
Silence.
– Enfin, la plupart du temps.
– La plupart du temps ?
Il sourit.
– Eh bien, il m’est arrivé de te surprendre en train de me mater.
– Ce n’est pas vrai !
Je sens le rouge me monter aux joues.
– Je crois bien que si. Je t’ai aussi vue te rendre compte que je te matais. Et j’avais l’impression que tu aimais ça. Beaucoup.
– Peu importe.
– Tu sais que c’est vrai. Mais même alors, je n’étais pas prêt à risquer notre amitié.
– Et qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?
Il se mord les lèvres un moment.
– Je crois que j’ai plus de couilles qu’avant.
– Tant mieux, lui dis-je en posant la main sur son sexe. Tu sais que j’adore tes couilles.
Une heure plus tard, nous nous arrêtons devant chez mes parents. Je m’agrippe au volant sans pouvoir le lâcher.
– Tu es… nerveuse ? demande Linden, l’air étonné.
Je tourne la tête vers lui.
– Je n’ai pas revu mon père depuis qu’il a foutu sa merde.
–Mais ce sont toujours tes parents.
– Toi aussi, tes parents te rendent nerveux.
– Oui, mais moi, j’ai de bonnes raisons pour ça.
Je prends une profonde inspiration et je sors de la voiture. Linden fait le tour et me prend dans ses bras.
– Ne t’inquiète pas, dit-il en m’embrassant sur le sommet du crâne. Je suis là.
Alors, comme par magie, une bonne partie de mes angoisses s’évanouit. Je ferme les yeux en me laissant bercer un moment. Il est là, avec moi. Mon roc.
Nous nous séparons pour nous diriger vers l’entrée. D’habitude, je rentre sans prévenir, mais là, je préfère frapper avant d’entrer.
C’est mon père qui nous ouvre, et soudain, je n’ai plus trente ans, mais treize. Il n’a pas changé, il est grand, bronzé, le sourcil épais et un air très intimidant.
En me voyant, il sourit et passe en un instant du père effrayant et inquisiteur à quelqu’un qui a l’air réellement heureux de me voir.
– Ma petite fille, dit-il, et il sort pour m’embrasser.
Il me tient serrée pendant ce qui me semble être une éternité, Linden attend derrière, un peu embarrassé. Finalement il me lâche et m’examine.
– Tu es splendide.
Puis il se tourne vers Linden et lui tend la main.
– Vous êtes Linden ? J’ai beaucoup entendu parler de vous.
– En bien, j’espère, lui lance Linden de façon très classique.
– On m’a dit que vous étiez pilote, et ses yeux se mettent à briller un instant, avant qu’il les baisse et se racle la gorge.
– Allons, rentrons. Il fait un froid de canard.
Mon père fait demi-tour pour pénétrer dans la maison. Linden me lance un regard interrogateur. Je sais qu’il se demande ce que peut bien vouloir dire la réflexion de mon père sur le pilotage. Je me sens soudain idiote d’avoir oublié que c’était une des choses que mon père et mon frère adoraient faire ensemble. Quand Nate était tout petit, il l’emmenait à l’aéroport pour regarder décoller les avions et les hélicoptères. Plus tard, il lui avait offert un engin téléguidé, que Nate faisait voler. Mais ensuite, il est devenu de plus en plus malade et il n’a plus pu jouer avec comme avant. Mon père s’est remis à l’emmener à l’aéroport de temps en temps. Il ne voulait pas pour autant que Nate devienne pilote, et Nate n’en avait jamais exprimé le désir, lui qui avait tellement de rêves. Je crois que c’est ça le pire. Nate ne s’est jamais considéré comme malade, même quand il était au plus mal. Il avait cet optimisme du môme qui pense que tout va s’arranger.
– Stéphanie, chuchote Linden en m’attrapant par le bras. Est-ce que tout va bien ?
Je hoche la tête en avalant ma salive.
– Oui. Je me souviens d’un truc, c’est tout.
– De ton frère ?
Je hoche la tête à nouveau. Je n’aborde pas souvent le sujet avec Linden ni avec personne, d’ailleurs. C’est plus simple comme ça. Alors, quand parfois quelqu’un me rappelle Nate, comment il était, comment était notre vie, ça me prend totalement au dépourvu.
Aussi fort qu’on essaie d’oublier, la douleur de la perte ne disparaît jamais.
Nous entrons et, immédiatement, je me sens chez moi. Parce que c’est le cas, je suppose. C’est étonnant comme certains endroits restent bien plus importants qu’un simple toit, où que l’on habite.
Nous enlevons nos chaussures et j’attrape Linden par la main pour l’emmener à la cuisine. C’est là que se tient ma mère, tirée à quatre épingles comme à son habitude. Ses cheveux sont bouclés et relevés, elle porte un tablier sur sa robe et des ballerines en cuir verni.
Vous ai-je déjà dit que c’est ma mère qui a initié ma passion pour la mode ? Qu’elle s’occupe de Nate ou qu’elle joue avec moi, elle était toujours impeccablement coiffée et habillée. Même maintenant, alors que mes parents atteignent la soixantaine, elle pourrait encore figurer dans les pages d’un magazine féminin.
– Bonjour ma chérie, dit-elle rapidement avant de faire un grand sourire, rouge baiser et dents éclatantes, à Linden.
– Bonjour Linden, comment s’est passé le trajet ? J’espère que vous n’avez pas eu trop d’embouteillages.
– Ça s’est bien passé, je réponds pendant qu’elle fait le tour de l’îlot central et qu’elle tire les tabourets.
– Venez, asseyez-vous, dit-elle.
Comme nous ne bougeons pas, elle tape dans ses mains et dit :
– Ou allez-vous asseoir avec ton père au salon. Il vient d’ouvrir une bouteille de scotch. Linden, vous êtes qui êtes écossais, vous devez aimer le scotch.
– En effet, répond Linden en exagérant son accent, ce qui me fait craquer à chaque coup.
Ma mère nous expédie au salon, où mon père, assis dans son fauteuil en cuir préféré, sirote un verre de whisky. Il nous indique la causeuse à côté de lui. Nous nous y asseyons.
C’est assez bizarre d’être avec Linden devant mes parents, devant quiconque, en fait. Depuis que nous sommes passés à cette nouvelle étape de notre, euh… pacte, nous avons toujours été seuls. Maintenant que nous sommes sur ce sofa, serrés l’un contre l’autre, je ne sais pas quoi faire de mes mains. Je voulais que la présence de Linden facilite les choses et que mes parents l’apprécient, mais je ne sais pas vraiment comment nous sommes censés nous comporter. Nous n’en avons jamais parlé. Or, Linden passe immédiatement son bras autour de mon cou et me tient serrée contre lui. Du coup, c’est réglé. Je n’ai plus de questions à me poser.
Mon père nous regarde en haussant les sourcils.
– Ça fait longtemps que vous êtes ensemble ?
Tu n’as pas été là depuis plusieurs années, ai-je envie de lui répondre. Mais je me tais. Je ne suis pas venue pour lui chercher des noises.
Je sens que Linden me regarde, qu’il cherche la bonne réponse. Comme je me tais, il explique à mon père :
– En quelque sorte. Je me suis réveillé un matin en me disant que la vie était trop courte pour être seulement l’ami d’une fille comme la vôtre.
Mon père n’a pas l’air impressionné outre mesure et crie à ma mère, dans la cuisine.
– Eh, chérie, tu ne m’avais pas dit que Stéphanie et l’Écossais étaient en couple !
– Ils ne sont pas en couple, ils sont amis, répond ma mère en criant.
– Non, dit mon père, ils sont visiblement bien plus que ça.
Et comme pour lui donner raison, Linden pose son autre main sur ma jambe et la serre. Les talons de ma mère résonnent sur le sol, clac, clac, clac. Elle apparaît bientôt et nous lance un regard surpris.
– Et bien, Stéphanie, tu aurais pu me prévenir.
– Pourquoi donc ?
Je déteste la façon dont tout le monde accorde tellement d’importance à ça.
Elle pose une main sur sa hanche.
– C’est une chose de préparer un dîner pour ton copain et toi, c’en est une autre de cuisiner pour ton amoureux et toi.
– Il n’est pas… je commence, mais je m’arrête.
Linden est juste à côté de moi, il me regarde, il attend ce que je vais dire. Mais je ne peux pas. Je sais qu’il n’est pas mon petit ami. Mais d’une certaine façon, il est bien plus que ça. Je me retourne vers ma mère.
– Je suis désolée de ne pas t’avoir prévenue. Mais Linden sera ravi de manger ce que tu as préparé. Vraiment.
Je l’entends pouffer de rire derrière moi et je lui donne un léger coup de coude dans le ventre. Le reste de la soirée se déroule normalement. Nous sommes assis ensemble, à discuter de l’actualité, et quand Linden mentionne sa famille, une discussion politique animée commence au sujet de la Grande-Bretagne et tout le bordel habituel. Je sais que Linden déteste ça, mais quand les gens apprennent que son père a été ambassadeur, ils le regardent d’un autre œil, avec un peu plus de respect. C’est débile, moi je respecte bien plus Linden pour ce qu’il fait que pour sa famille. Je le respecte parce qu’il veut s’en détacher et être lui-même.
En attendant, je m’efforce pendant tout le dîner de comprendre ce qui peut bien se passer entre mes parents. Ils agissent comme des ados, ils se matent comme des fous, l’un comme l’autre. Je devrais, je pense, être plus mûre et me dire que c’est vraiment mignon, mais je n’y arrive pas.
C’est seulement après le dîner, quand mon père propose à Linden d’aller fumer un cigare dans la véranda avec lui – ce qui est un bon signe, puisque ça signifie qu’il l’apprécie – que je peux enfin être seule avec ma mère.
Mais avant que je puisse dire quoi que ce soit, elle se met à me questionner à propos de Linden.
– Mais depuis quand est-ce que vous êtes ensemble ? me demande-t-elle en emportant le reste de la vaisselle.
Ma mère nettoie comme elle cuisine, il est absolument impossible de l’aider.
– Quelques semaines, je réponds en faisant tourner mon verre de vin.
Je n’ai pas vraiment envie de lui en dire plus.
Elle croise ses bras et s’appuie contre le comptoir.
– Et tu crois que c’est sérieux ?
– Écoute, je n’en sais rien.
Elle m’observe un moment.
– Si, tu le sais. Pourquoi est-ce que tu n’oses pas me le dire ?
Les mots qu’elle emploie me font sourire.
– Je ne te cache rien, maman. C’est juste que c’est tout nouveau. Et c’est compliqué. Et je ne sais pas ce que nous sommes l’un pour l’autre.
– Vous dormez ensemble.
– Maman ! je l’avertis.
– J’espère que vous vous protégez.
– Mam’ ! je répète. S’il te plaît. J’ai trente ans. Je sais tout ça. Tu ne vas pas me raconter que je dois être prudente avec les garçons parce qu’ils veulent tous la même chose !
– Non, je ne vais pas te dire ça, dit-elle en ouvrant un tiroir de torchons, parce que je vois bien qu’il cherche autre chose.
Je ne réponds pas, mais une partie de moi est ravie qu’elle s’en soit rendu compte.
– Je me rends compte que vous êtes très prudents. C’est bien, mais fais attention que ça ne pervertisse pas votre relation.
– De quoi parles-tu ?
– Je sais que c’est parfois compliqué de passer du rôle d’amis à celui d’amants. Mais c’est ainsi que certaines des plus belles histoires commencent.
– D’accord. Mais ça peut aussi être comme ça que certaines des plus belles histoires se terminent.
– C’est vrai, dit-elle d’une voix chantante. Mais ça vaut toujours la peine de courir le risque. Surtout en vieillissant.
– Mais maman, j’ai trente ans.
– Je sais, je sais. Arrête de me dire quel est ton âge, ça me rappelle combien je suis vieille. (Elle ferme le tiroir en poussant un soupir.) Quand on est jeune, on voit tout en noir et blanc. En vieillissant, on se rend compte qu’il existe toujours du gris. Pareil en amour.
– Est-ce que tu parles de Linden et moi ou de papa et toi ?
Elle sourit et son visage en devient encore plus délicat.
– Ton père et moi avons traversé des moments vraiment difficiles. En réalité, ça a toujours été difficile. Si ce n’avait pas été pour ton frère et toi, surtout pour ton frère, nous aurions divorcé il y a bien longtemps. Nous avons tenu bon pour votre bien. Mais ça n’est pas comme ça que ça marche. Alors quand le temps est venu, ton père a décidé de me quitter.
C’est difficile pour moi d’assimiler cette information. Toute mon enfance, j’ai cru que mes parents étaient fous amoureux l’un de l’autre, juste parce qu’ils étaient des parents, et donc supposés être heureux ensemble. En fait, je n’avais aucune idée de ce que signifie vivre en couple. Maintenant, je le sais.
– Je sais que ça n’est pas évident pour toi de comprendre, continue-t-elle, et c’est encore plus difficile de te l’expliquer. Mais je savais que je devais le faire. Ce que j’ignorais, c’est combien ton père allait me manquer. Combien je l’aimais, en fait. Je l’ai ignoré un moment, je ne voulais pas courir le risque à nouveau. Je pense que c’était pareil pour lui, c’est pourquoi il ne me donnait pas signe de vie. Mais quand un jour il m’a téléphoné de nulle part, juste pour me parler, je me suis dit qu’on pourrait peut–être y aller plus doucement.
– Alors… c’est toi qui y vas doucement ? C’est pour ça qu’il n’habite pas ici ?
Elle hoche la tête.
– Il me rend visite plusieurs fois par semaine. On sort ensemble. C’est… bien. Et c’est non conventionnel. Nos amis ne comprennent pas, mais ça nous va bien. Toujours les nuances de gris, tu vois.
Parfois, les choses arrivent avec quelqu’un à qui on n’aurait jamais pensé. Parfois, cette personne est votre mari. Parfois, il se trouve que c’est votre meilleur ami.
Alors que je réfléchis à tout ça, Linden et mon père rentrent en sentant le cigare, une odeur que je me surprends à bien aimer. Pendant que Linden enlève ses chaussures, mon père s’approche de ma mère et lui embrasse amoureusement la joue. Elle secoue son tablier devant lui, pour chasser son odeur.
Alors comme ça, mon père et ma mère sortent ensemble. Franchement, ce n’est finalement pas si mal.
Sur la route du retour, je ne dis pas grand-chose. Je reste perdue dans mes pensées. Je me dis que peut-être, je ne devrais plus être aussi prudente avec Linden. Peut-être que je devrais envisager les choses plus sérieusement. Tout ceci est-il une étape de notre pacte ? Est-ce que nous agissons ainsi parce que nous voulons nous marier ? Subitement, l’idée que nous allons nous marier ensemble à cause d’une promesse que nous nous sommes faite des années auparavant me semble débile.
Je veux Linden parce que je suis amoureuse de lui. C’est la seule raison qui devrait importer.
Toujours observateur, Linden coupe la station de rock que nous étions en train d’écouter et le silence s’installe dans l’habitacle. Puis il dit :
– Alors, comme ça, je suis ton petit ami.
Je lui souris vaguement.
– Désolée. Je ne savais pas quoi lui répondre.
Il se renfrogne, soudain sérieux.
– Ne sois pas désolée. J’adorerais être ça pour toi.
– Vraiment ?
– Ouaip, dit-il, même si ça sonne un peu juvénile, non ?
– Eh bien, je crois qu’on pourrait dire que nous sommes amants. C’est vrai, non ?
– Et s’exclamer dans les dîners : « Cher ami, permettez-moi de vous présenter Stéphanie, mon amante ? »
Je ris bêtement.
– Pas vraiment, non. Nous ne sommes ni assez vieux ni assez français pour ça.
– Alors finalement, je suppose que petit copain, c’est le terme qui convient.
– Je suppose.
– Et toi, tu es ma petite amie.
Il enlève ma main du levier de vitesse et embrasse tendrement mes phalanges.
– Mais en vérité, tu es tout pour moi. Et rien n’y pourra changer.
J’espère de tout cœur qu’il dit vrai.
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