Le pacte (NEW Romance) (French Edition)
Chapitre 18 - Stéphanie
CHAPITRE 18
Stéphanie
Vous savez à quel point le karaoké peut être chiant quand les
gens sont bourrés ? Eh bien, les karaokés de chants de Noël, bien éméchés, c’est encore pire. Le seul moment de salut, c’est quand quelqu’un remplace les mots « silver bells » par « silver fuck, pickup
truck 1 ».
C’est précisément ce que James est en train de chanter en ce moment. Debout sur son bar, il braille la plus étrange version de « Silver Bells » que j’aie jamais entendue. Mais il est quand même plus rigolo que la plupart des gens présents ce soir.
C’est la fête de Noël du Burgundy Lion, et nous sommes tous réunis pour boire du punch de mauvaise qualité et du bouillon de poule bien costaud, et pour nous exploser les oreilles car l’alcool désinhibe même les plus timides. C’est un peu comme d’assister au
premier rang à une audition de « American Idols 2 ». Non, attendez. C’est encore pire.
Je ne sais pas chanter, je le sais, alors je rends un immense service à l’humanité en restant dans mon coin. Linden, bien entendu, sait chanter et a eu l’habitude de monter sur scène au Lion depuis longtemps. Il est le seul qui s’en soit sorti correctement ce soir. Je dis correctement parce qu’il est saoul et qu’il a quand même essayé de chanter la chanson de Led Zeppelin « Battle of Evermore ». Quiconque s’y connaît un minimum en musique sait qu’il est impensable de réussir à chanter comme Robert Plant quand on est bourré.
Noël est dans une semaine, et c’est la première fois que Linden et moi sortons ensemble en public, avec des amis. Mais nous ne nous présentons pas comme un couple. Je suis assise d’un côté avec Penny et Kayla, et Linden est avec Dan. Nous nous efforçons tous de ne pas regarder James, mais c’est comme si nous assistions à un accident de voiture, là juste devant nous.
Je me penche vers Penny.
– Tu dois être fière.
– Oh oui, très.
Mais ces derniers temps, elle est différente. Bien sûr, nous nous sommes peu vues ces derniers temps et nous n’avons pas vraiment parlé ensemble, alors je ne sais pas ce qui se passe dans sa vie. Mais elle est trop calme, presque morose. Je note qu’il faut que je lui demande plus tard comment elle va.
– Et toi, comme ça va avec Ireland ? me demande-t-elle. Ireland Brownglass, c’est bien ça ?
Linden me fait du pied sous la table et j’évite de le regarder. Je me souviens tout d’un coup qu’il m’a envoyé un texto à ce sujet la semaine dernière, mais après nous nous sommes jetés au lit, directement, et nous avons complètement oublié d’en parler.
– Ireland… bien, ça va bien. Ça va super-bien.
– Et tu l’as rencontré dans Castro ?
– Ouah ! s’écrie Kayla à côté de moi. Qui est-ce qui vient de me donner un coup de pied ? C’est toi, espèce de trou du cul ?
Je la vois qui pointe Linden d’un doigt accusateur. Il lève les mains en l’air, le regard vide. C’est bizarre de voir à quel point Kayla lui fait peur. Je crois qu’il se sent vraiment mal de l’avoir laissée tomber.
– Hum, dis-je lentement en détachant mon regard pour revenir à Penny, oui, dans Castro.
– Et il n’est pas homo ?
– Oh, fais-je en faisant semblant de réfléchir, si, peut-être. Je ne sais pas. On vient de rompre.
Elle fait un bruit sourd avec sa langue.
– Je suis désolée. (Silence.) Mais tu viens de dire que c’était super.
– Je voulais dire que c’était super.
– Je suis vraiment désolée.
– Ouais, dis-je en fixant mon verre de bière. Il était probablement gay.
– Mais qu’est-ce que tu racontes ? me murmure Kayla dans l’oreille.
Je l’ignore.
– Ok, dis-je en me levant, je vais chercher une tournée de shots. Qui en veut ?
– Moi ! s’écrie Linden en se levant d’un bond.
Il me suit au bar et je suis parfaitement consciente de la distance qui nous sépare. Ça me paraît si peu naturel d’être avec lui sans qu’il pose sa grande main autour de ma taille, ou son bras autour de mon épaule. On est tellement collés tous les deux que c’est très dur de ne pas pouvoir le sentir.
Comme nous atteignons le bar, il me souffle à l’oreille :
– C’était moins une.
James vient juste d’en descendre et se sert de punch de l’autre côté, du coup nous demandons à une des serveuses de nous servir deux shots de Jameson.
– Mets-en deux, dit Linden.
– Tu es déjà saoul, je dis.
– Où est passé ton sens de la fête, Bébé ? murmure-t-il en se penchant sur moi. (Ses lèvres se posent juste sous mon oreille.) Si tu me le montres, je te montrerai le mien.
– Pas maintenant, je susurre, tout en souriant à Caroline, la barman qui est en train de nous servir.
Elle me jette un drôle de regard, mais je garde mon sourire aux lèvres, comme si c’était parfaitement normal que deux amis se murmurent des choses à l’oreille.
Et maintenant, il me mordille le lobe de l’oreille. Mon corps se relâche immédiatement, dans l’attente de la suite, bien que ma tête sache pertinemment que nous ne sommes pas en sécurité et que c’est indécent.
– Linden, je l’avertis.
Il s’arrête, mais ne recule pas pour autant.
– Je t’ai dit que tu étais super-bandante, ce soir ?
Son souffle chaud me chatouille.
– Non, mais vas-y.
– Ta robe est démente.
Là, il a raison. Elle est en satin rouge, sans bretelles et m’arrive aux genoux, avec un corset qui m’affine la taille et fait ressortir outrageusement mes seins.
– On dirait une princesse de Disney.
– Une princesse de Disney ?
– Ouais, chuchote-t-il crûment. Une de ces princesses qui te font croire qu’elles vont te faire une pipe si tu joues le jeu, mais qui finissent par ne pas le faire.
Je ris.
– Je ne sais pas de quoi tu parles.
– Je vais te montrer.
– Voilà, s’écrie Caroline assez fort pour que nous nous séparions, et elle pousse les quatre shots vers nous.
– Caroline, tu es un amour, lance Linden en levant son verre. Allez, Steph, un toast pour Caroline.
– À Caroline ! nous nous écrions à l’unisson.
Elle se contente de secouer la tête et s’éloigne pendant que nous tapons nos verres sur le comptoir. Ça brûle, mais la chaleur devient vite agréable. Ça me rappelle beaucoup ce que je ressens à l’entrejambe. Il suffit que Linden parle d’une pipe, même de cette façon bizarre, même complètement bourré, pour que je me mette à fantasmer sur sa queue. Je l’imagine si dure entre mes mains, je sens le goût salé qu’elle a quand je lèche son gland.
– Encore un, dit Linden en me tendant le deuxième shot.
Puis il descend de sa chaise et murmure :
– Rejoins-moi dans les toilettes des femmes dans une minute.
Il traverse le bar. J’adore le regarder marcher. Cette démarche fière qui est la sienne, le mouvement de ses muscles à travers ses vêtements, ses larges épaules et la forme parfaite, en V, de son torse, ces petits creux qu’il a à la taille, que j’adore caresser et lécher. Bien sûr, personne d’autre ne peut les voir sous sa chemise, mais moi je sais qu’ils sont là.
Une fois qu’il a disparu, je me lève lentement. Avec un air dégagé, je jette un coup d’œil circulaire autour de moi. Les gens rient, quelqu’un chante « Santa Baby » d’une façon abominable. Un verre tombe quelque part au loin. Kayla et Dan bavardent à une table, et près de la porte d’entrée, Penny et James sont en pleine discussion. Ça a l’air chaud, ce qui veut dire qu’ils ne font pas attention à nous, mais je me demande si ça n’est pas également la raison pour laquelle Penny a l’air si triste ces derniers temps.
Je me sens submergée par la culpabilité. Si j’avais été là plus souvent, comme avant, je saurais sans doute ce qui se passe entre eux. Mais je n’ai pas été présente. Les choses n’ont pas changé uniquement entre Linden et moi, elles ont changé avec tout le monde.
Je me secoue, je n’ai pas envie de déprimer ce soir. Pour ce que j’en sais, Penny et James s’entendent bien. Et Linden et moi ? Ça va plus que bien entre nous.
Je me dirige vers les toilettes et je frappe discrètement à la porte des femmes.
– Coucou ? je fais doucement.
– Qui est-ce ? demande Linden qu’une voix aiguë.
Ça ressemble vraiment à son imitation de Robert Plant.
– Une princesse Disney, je réponds.
J’attends un moment en sentant l’impatience poindre, et la porte s’ouvre.
Je me dépêche d’entrer, pour tomber sur Linden qui me dévisage avec un regard salace.
Il y a deux cabinets, dont un pour handicapés, mais heureusement, on peut fermer à clé tout l’espace. J’ai juste le temps de le faire avant d’être poussée en arrière avec force par Linden. Mon corps réagit instinctivement. Il le désire autant que mon cœur, mon esprit et mon âme.
Pendant qu’il se presse contre moi, la respiration sifflante, et qu’il m’embrasse, déjà toute défaite et trempée, je passe les mains autour ses épaules pour sentir ses muscles dorsaux et je l’attire à moi.
Une de ses mains se perd dans mes cheveux, il tire dessus par petits coups pendant que, de l’autre, il soulève ma robe. Quand il découvre que je ne porte pas de culotte, il pousse un profond gémissement que je sens vibrer en moi et, aussitôt, il glisse ses doigts dans ma chatte.
– Tu es toute mouillée. Mon bébé mouille tellement pour moi.
Il enfonce trois de ses longs doigts dans mon vagin. Je contracte mes muscles autour d’eux.
– Et tellement impatiente.
– Tais-toi donc et baise-moi, je lui siffle à l’oreille.
Il rit, d’un rire profond et grave. Il lâche mes cheveux et attrape l’arrière de mon cou avec ses lèvres et ses dents.
– Tu n’as aucune patience.
– Pas ici, pas maintenant, je réponds. Pas avec toi.
– J’ai fait de toi une bête.
– Alors agis, toi aussi, comme une bête.
Il fait une pause et me jette un regard en coin.
– Vraiment ?
Son accent, comme sa bite, grossissent quand il est excité et ça me donne des frissons dans le dos. Je me serre contre lui, j’ai envie qu’il enfonce ses doigts plus profondément, mais il les retire et défait sa ceinture.
J’entends le « zip » de sa fermeture Éclair et, de son bras, il me retourne contre le mur. Il flanque un coup de pied dans la porte et me pousse à l’intérieur d’une des deux cabines, jusqu’à ce que mes mains touchent le mur carrelé tout froid.
– Écarte grand les jambes, rugit-il et, avant même que j’aie pu le faire, je sens sa queue entre mes fesses.
– Plus grand, grogne-t-il.
Je les écarte le plus que je peux sans me casser la figure sur mes talons. Les positions sexuelles scabreuses ne me font pas peur, mais je dois dire que je suis heureuse que les toilettes soient vides ce soir. Je ne suis pas sûre que ce soit le cas pour les toilettes hommes, mais quoi qu’il en soit, c’est très excitant de désirer quelqu’un si fort que l’endroit où vous le faites n’a plus aucune importance.
C’est le cas en ce moment.
Linden soulève ma robe, glisse sa main entre mes fesses et m’enfonce un doigt. Je tressaille un peu – je ne m’y attendais pas – mais il l’enlève rapidement pour attraper sa queue.
– Peut-être une autre fois ?
– Peut-être.
Puis il se place à l’entrée de ma chatte et attend un instant.
Je sens sa chaleur et sa taille immense derrière moi, je ressens la brûlure de son regard. Je sais qu’il regarde mon cul et sa bite, et qu’il est sur le point de me l’enfoncer sur toute sa longueur. Avant même que je lui demande, il entre en une seule poussée, puissante.
Mes doigts s’agrippent au carrelage, je serre les coudes et les genoux pour ne pas tomber. Je ne peux retenir un cri, puis un « ohhh ! » quand il se retire horriblement lentement.
Cet homme compte plus que ma vie.
Il est toute ma vie.
C’est mon Linden.
Et il me prend par-derrière, dans des toilettes de dames.
Une main agrippée au-dessus de la cloison du cabinet, l’autre qui me maintient par la taille, il me baise profondément, violemment, à chaque coup il fait mouche.
– Je te baise, je te baise, je te baise, siffle-t-il à chaque inspiration. Bébé, je jouis, je jouis.
Avant même que je puisse essayer de le rattraper, il lâche ma taille et fait glisser son doigt sur mon clito, il le caresse deux fois et ça suffit à me déclencher un orgasme de folie.
J’explose jusqu’à sentir que plus rien n’existe, et il explose en moi. Je le sens à l’intérieur de moi, chaud et puissant, alors que je palpite autour de lui, et ensuite, je sens son bras sous mon ventre, qui me soutient quand mes jambes se mettent à flancher.
– C’était incroyable, je chuchote en essayant de reprendre ma respiration et de redescendre sur Terre.
Il embrasse mes épaules nues.
– Alors, qui est-ce qui est ringard, à présent ?
Je me retourne et je lui lance un regard ému. Il a ce regard que j’adore, embrumé, heureux et satisfait. Je l’aime parce que je suis la seule avec laquelle il est si tendre.
Il se penche et prend quelques feuilles de papier toilette qu’il passe entre mes cuisses très doucement, très tendrement.
– Les gens vont trouver ça louche s’ils voient mon sperme sur tes jambes, explique-t-il en souriant avant de jeter le papier dans la cuvette.
– Personnellement, j’aime bien.
Nous sortons du cabinet et nous nous rhabillons rapidement devant le miroir. Je suis sur le point d’ouvrir la porte pour jeter un coup d’œil à l’extérieur quand quelqu’un frappe. Je me fige. Peut-être que si je ne réponds pas, ils vont partir. Je regarde Linden en mettant un doigt sur ma bouche.
La personne frappe à nouveau et dit :
– Ohé, Steph ?
C’est Kayla. Merde. Enfin, ça pourrait être pire.
Je fais signe à Linden de se cacher dans l’autre cabinet, ce qu’il fait et j’entrouvre la porte.
– Hé, qu’est-ce qu’il y a ?
– Qu’est-ce que tu fais là-dedans, je te cherche partout.
– Euh, j’ai des problèmes intestinaux.
–C’est pour ça que tu as fermé à clé ?
– De gros problèmes intestinaux.
Elle grimace et regarde derrière mon épaule.
– C’est qui ? demande-t-elle en poussant la porte pour entrer dans la pièce principale.
– Linden ? demande-t-elle en apercevant ses chaussures.
De nos jours, pas grand monde ne porte des bottes de combat.
– Non, c’est juste un type quelconque.
– Qui, Ireland Brownquelquechose ? dit-elle en poussant la porte du cabinet. Je le savais ! s’exclame-t-elle.
Linden sort du cabinet. Il n’a pas l’air aussi penaud que je m’y attendais.
– Chuttt ! je lui fais en allant refermer la porte des toilettes. Tu gardes ça pour toi. Personne n’est au courant.
– Tu parles que personne n’est au courant, dit-elle en regardant Linden avec réprobation. Seigneur, Steph, comment peux-tu être avec ce salaud ?
– Euh, toi aussi tu as été avec ce salaud, lui rétorque Linden.
– Tais-toi, Linden, je lui dis. (Je me retourne vers Kayla et je lui lance un regard suppliant.) S’il te plaît, ne le dis à personne. Nous sommes juste en train de concrétiser et pour l’instant, nous ne voulons pas que ça se sache.
Elle croise les bras et tape du pied sur le carrelage du sol.
– Hmmm, et vous allez continuer jusqu’à quand à vous foutre du monde ?
Je regarde Linden en haussant les épaules.
– Toujours ?
Kayla laisse sortir un soupir exaspéré.
– Je savais qu’il se passait quelque chose.
– Eh bien, espérons que personne d’autre ne le saura.
– Ouais, tu sais tu ne pourras pas cacher cette merde indéfiniment. Tu ferais mieux d’aller l’annoncer à tout le monde. Pour en finir.
Je secoue la tête.
– Non. Ce n’est pas parce que deux potes baisent ensemble qu’il faut que la Terre entière le sache.
Elle me lance un regard ironique.
– Moi, je trouve que tes meilleurs potes ont le droit de le savoir.
Puis elle fait demi-tour vers la porte et me lance un regard derrière son épaule.
– Et si tu penses vraiment que vous êtes juste des amis, tu ferais mieux d’y réfléchir à deux fois.
Et elle sort. La tension reste palpable dans les toilettes.
Je lance un regard désolé à Linden.
– Pardon, mais elle est chiante.
Il hoche la tête.
– Je sais. Espérons qu’elle ne dira rien.
– Elle ne le fera pas.
Mais je commence à me demander combien de temps ce petit jeu va durer. Il faut qu’il se passe quelque chose. Nous ne pouvons pas continuer à mentir comme ça. Si c’est James le problème, c’est son problème, et pas le nôtre.
Mais là, ce n’est pas le moment idéal pour en discuter. Ce soir, il s’agit de s’amuser. Après la nouvelle année, nous repartirons à zéro. Nous demanderons à James de s’asseoir et nous lui expliquerons… Bon, nous essaierons d’expliquer ce que nous sommes l’un pour l’autre. Et alors, j’espère qu’il comprendra. Ça sera peut-être bizarre pour lui au début, mais avec le temps, je pense qu’il s’apercevra que rien n’a réellement changé entre nous trois.
Et pourtant, alors que j’embrasse Linden sur la joue et que je retourne dans le bar, en faisant comme si je n’avais jamais été avec lui dans les toilettes, je sais que tout a déjà changé.
Je ne sais absolument pas si je pourrai faire marche arrière.
*
* *
Bien plus tard, après que la fête s’est terminée et que trop d’alcool et de gâteaux de Noël ont été engloutis, je me retrouve chez Linden. Je commence à m’y sentir chez moi. Il faut dire que l’appartement est tout neuf et ne fuit pas, ce qui aide. Bien que mon appartement ne fuie plus non plus, grâce à lui, je me sens en sécurité chez lui. Peut-être parce que je n’y suis jamais seule, que j’y suis toujours avec lui. Que nous soyons en train de préparer des œufs brouillés pour le petit déjeuner, que nous soyons vautrés devant la télé pour regarder des séries sur Netflix ou que nous prenions une douche, tout simplement, il est toujours là.
Il est solide, il est rassurant, il est mon point d’ancrage.
Il est mon Linden à moi.
Il l’a toujours été.
Il le sera toujours.
Pourtant cette nuit, après cette baise torride dans les toilettes, quand Kayla nous a surpris, ivres de Jameson et de l’ambiance joyeuse du Burgundy Lion, j’ai l’impression qu’il est bien plus que tout ça.
Il est mon amant.
Il est mon amour.
Je ne peux plus calmer ces papillons dans mon ventre plus longtemps. Je veux les laisser sortir. Je veux qu’ils le touchent, qu’ils le caressent de leurs ailes légères comme des plumes, pour qu’il sache ce que je ressens pour lui.
Nous nous déshabillons et nous nous glissons sous les draps. Nous sommes tous les deux trop fatigués et trop comblés pour faire l’amour, alors nous nous prenons dans les bras l’un de l’autre. Il dépose un baiser sur ma tempe, ses lèvres s’y attardent, et il me serre fort. Je ne veux pas qu’il parte, jamais. Il m’a dit qu’il ne le ferait pas.
– Linden, dis-je doucement, si doucement que je ne suis pas sûre d’avoir prononcé ce mot.
Tout paraît avoir plus d’importance quand il est tard et que vous êtes dans le noir.
Il y a un long silence, et il répond enfin.
– Baby Blue.
– Je…
Je commence, et subitement, ce que j’étais sur le point de lui dire, cette phrase toute simple disparaît. Je ne peux pas continuer. Je n’aime pas seulement Linden, c’est bien plus fort que ça. C’est quelque chose d’indicible, bien au-delà d’un truc quotidien tout bête. Partout on voit écrit « je t’aime », et subitement je me rends compte à quel point c’est insuffisant. Ça ne décrit pas ce que je ressens.
– Quoi ? murmure-t-il, avec ses lèvres qui caressent mon oreille. (Il me serre un peu plus.) S’il te plaît, dis-moi.
Je déglutis et je recommence.
– Linden. Il existe un endroit dans ma poitrine que je n’avais jamais remarqué auparavant. C’est comme si pendant tout ce temps, j’avais eu un cœur différent, venu d’un autre monde. Je ne l’avais pas remarqué parce qu’il était caché. Il n’avait pas été allumé. Il ne brillait pas, et donc je ne pouvais pas le voir. Mais maintenant je le vois.
Une larme coule sur mon visage, mais je ne l’essuie pas.
– Tu l’as fait briller, Linden. Ce nouveau cœur, ce nouveau monde, c’est toi tout entier. J’ai l’impression qu’il gagne chaque parcelle de mon corps, que je m’épanouis un peu plus chaque jour. Tu es en moi, et je ne peux pas le nier, l’empêcher ou le cacher. Tu m’aveugles. Tu es moi.
Je prends une profonde respiration.
– Je crois que j’essaie de te dire que je t’aime.
Silence. Un silence de mort. Je retiens ma respiration, dans l’attente de sa réponse, je me demande ce qu’il va dire. Pendant cet instant qui se prolonge, je suis remplie d’espoir et de peur à la fois. Parce qu’autant Linden me fait sentir que j’ai un amour en moi que je ne peux plus contenir, autant j’ai peur qu’il ne ressente pas la même chose. Qu’il en soit même très loin. Maintenant j’ai peur, et je crains de lui avoir fait peur.
Oh Seigneur, pourquoi ne dit-il rien ?
Je panique.
– Peut-être que je m’avance trop, peut-être…
– Chuttt, dit-il enfin, en prenant ma tête dans ses mains pour que je puisse le regarder dans les yeux.
Ils sont si profonds et indéchiffrables dans le noir. Mais il se tourne un peu et la lumière du dehors vient les éclairer. Ils sont remplis de larmes.
J’ai l’impression que je vais devenir folle.
– Stéphanie, me dit-il d’une voix douce mais étranglée. Tu sais que personne ne m’a jamais dit qu’il m’aimait ?
J’ai l’impression de recevoir un coup dans la poitrine.
– Quoi ?
– C’est la vérité. Je n’ai jamais entendu personne me dire qu’il m’aimait.
– Mais, mais… (Je réfléchis, j’essaie de rassembler mes souvenirs. Je ne lui ai jamais dit, comme à un ami ? James non plus ? Ses parents, son frère ?) Et Nadine ?
Il secoue lentement la tête.
– Personne. Nadine et moi étions très proches, mais nous n’avons jamais échangé ces mots-là. Crois-moi. Je le sais parce que je viens de t’entendre les dire à l’instant, et quelque chose comme ça, ça ne s’oublie pas.
Alors, ses parents ne lui ont jamais dit qu’ils l’aimaient. J’ai le cœur en morceaux. J’ai envie de pleurer.
Il continue calmement.
– Et comme personne ne me l’a jamais dit, je n’ai jamais pu le dire à personne. Je n’ai jamais vraiment su ce que c’était que l’amour, parce que personne ne me l’a jamais montré. Je savais seulement ce qu’il n’était pas. Mais toi, Steph, tu as toujours été différente à mes yeux. Tu m’as volé mon cœur dès le premier jour. James t’a vue en premier, mais je peux te garantir que tu avais pris mon cœur bien avant de prendre le sien. Je ne te l’ai jamais dit, parce que j’ai gardé cet amour pour moi seul. Comme personne ne voulait le partager avec moi, je ne le partagerais pas non plus. J’étais un connard en manque. (Il marque une pause.) Mais je t’aimais. Pas comme une amie. Toujours plus que ça. À la seconde où tu es entrée dans le bar, ce mot était à toi, avec tout ce qu’il pouvait signifier pour moi. Je priais et je rêvais d’être capable de te le dire un jour. Quels qu’aient pu être tes sentiments pour moi, je voulais te dire que je t’aimais et que rien n’y changerait quoi que ce soit. Que c’était à moi de t’offrir mon amour. (Il respire fort avant de poursuivre.) Et nous y voici, je t’aime, Baby Blue. Je suis amoureux de toi. Tu représentes l’amour. Et je suis tellement reconnaissant de pouvoir enfin te le dire.
Je reste sans voix. Scotchée. Et je suis tellement comblée que je peux à peine respirer. Je peux juste prendre son visage entre mes mains et l’embrasser le plus tendrement, le plus doucement et le plus sincèrement possible. Et ensuite, je me mets à rire et à lui sourire, et lui fait pareil.
– Je suppose, dit-il en essuyant une larme tout en continuant à sourire, que si j’avais eu un peu plus l’habitude, ça n’aurait pas été aussi compliqué de te le dire.
– Parle pour toi, je lui dis. On a pris tous les deux des sacrés détours pour réussir à prononcer ces trois mots.
– Parfois, ces trois mots ne suffisent pas.
– Non, c’est vrai. Mais toi, tu me suffis.
Ce tout nouveau cœur grandit en moi. Je ne crois pas que je pourrai jamais l’arrêter.
1. Jeu de mot intraduisible entre le titre d’un chant de Noël très populaire aux USA, « Les cloches d’argent », et « Branlette en camionnette ».
2. Émission US de télé-crochet comparable à « Star Academy » ou à « Nouvelle Star ».
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