Le pacte (NEW Romance) (French Edition)
Chapitre 12 - Linden
CHAPITRE 12
Linden
Je savais que c’était une erreur. Je l’ai su dès que j’ai ouvert la
bouche, et plus encore quand j’ai reçu le message de Stéphanie : Va te faire foutre. Elle était au courant. J’avais merdé dans les grandes largeurs.
Tout ça parce que j’essaie d’être correct.
Tout a commencé avec ce foutu gage. Quand j’ai embrassé Stéphanie, je me fichais bien de savoir si quelqu’un nous regardait. J’étais ailleurs. C’était juste entre elle et moi. C’était la seule chose qui comptait, juste nous deux, juste ses lèvres douces et roses au goût de cannelle, la soie de ses cheveux et la façon dont son corps s’emboîte si bien avec le mien, comme s’il était conçu pour être collé contre moi.
C’était tout ce que je voyais et tout ce que je désirais au monde.
Et puis je me suis mis à bander, et c’était normal, incontrôlé, et tout à coup ma petite amie s’est jetée sur Stéphanie pour la repousser.
Je ne pouvais pas en vouloir à Nadine d’avoir agi ainsi, mais j’aurais préféré qu’elle s’attaque à moi. C’était moi le porc, le salaud dans l’histoire. Rien de tout ça n’était de la faute de Stéphanie. C’était moi qui désirais si désespérément qu’elle m’en donne plus que ce qu’elle pouvait m’offrir. Là au moins, elle m’offrait quelque chose qui hantait mes rêves les plus secrets. Stéphanie était partie en courant, suivie par Penny. Nadine me hurlait dessus que c’était allé trop loin, ce que je ne pouvais pas nier, mais je mettais ça sur le compte de l’ivresse – parce que j’étais ivre et que ça m’avait sûrement poussé à aller plus loin que je n’aurais dû. Puis elle m’a balancé une claque – là encore, méritée – et elle est partie se coucher. Je suis resté seul avec Aaron et James.
Bizarrement, Aaron n’avait pas l’air plus secoué que ça quand je suis retourné à la table et que je me suis assis à côté de lui en lui disant :
– Désolé, je suis un peu bourré.
Il s’est mis à rire et a répondu :
– T’inquiète, mon pote !
Puis il m’a demandé de lui passer une bière.
Mais James… Je pouvais lire dans ses yeux : tue, tue, tue, meurs, meurs, meurs, on aurait presque dit qu’il se métamorphosait en Jason et qu’il allait me découper en deux à l’épée. Ça ne m’a pas complètement surpris, mais ça m’a inquiété. Était-il possible, bien qu’il soit avec Penny et qu’il ait l’air heureux, que James soit encore amoureux de Steph ? Et si c’était le cas, qu’est-ce que ça signifiait pour moi ? Je n’en savais rien, et je ne le sais toujours pas. Si Steph et moi étions ensemble et que James me disait qu’il l’aimait encore, je devrais laisser tomber. Je ne veux pas être le mec qui sort avec l’ex-petite amie de son meilleur pote. Mais bien que James m’ait jeté des regards assassins, plein de furie, il ne m’a rien dit.
Je n’allais quand même pas le forcer à le faire. Je suis plus à l’aise avec le déni.
Je suis donc parti à la recherche de Steph et je l’ai trouvée à côté de la voiture, elle semblait se cacher. De moi ? De Nadine ?
J’ai lu dans ses yeux qu’elle regrettait ce qui s’était passé, qu’elle aussi s’était laissé emporter. Il fallait que je lui montre que tout allait bien. J’avais envie de lui raconter tous mes fantasmes de cul avec elle, que je trimballais depuis des années.
Mais c’est une fille bien. Elle a pensé à Aaron. Et j’ai pensé à Nadine.
Je savais qu’il fallait que j’arrête avec elle. Je ne pouvais pas revenir vers elle tout en sachant combien je préférais être avec Steph. Elle avait tout illuminé avec un seul baiser.
Le lendemain matin et pendant tout le trajet de retour, j’ai réfléchi au meilleur moment pour le faire, et à comment le faire. Nadine n’allait pas bien le prendre, elle allait immédiatement m’accuser d’être sorti avec Stéphanie, même si les choses n’allaient pas bien entre nous depuis un bon moment.
J’ai conçu un plan. J’allais aller la voir chez elle lundi soir avec une bouteille de vin pour l’attendrir, et j’allais lui expliquer que je pensais qu’elle était à la recherche de quelque chose que je ne pouvais pas lui offrir, que j’avais besoin d’être célibataire pour me trouver, moi et toutes ces choses qui sont enfouies en moi.
Mais quand elle est arrivée au bureau le lundi matin, après avoir passé le dimanche soir seule « pour avoir le temps de réfléchir » comme elle dit, elle était en larmes.
Elle venait d’apprendre le matin même, par une lettre recommandée, que son immeuble était voué à la démolition et qu’elle devait quitter les lieux immédiatement. Elle vit au fin fond de
Emeryville 1, dans une ancienne maison victorienne divisée en six appartements.
Elle est locataire, la surprise fut donc la même pour elle que pour ses propriétaires. Malheureusement, on ne pouvait rien y faire, du moins pas tant que l’on n’avait pas examiné l’ensemble de la structure du bâtiment pour voir si on pouvait éventuellement entreprendre des travaux de consolidation.
Et voilà, je ne pouvais quand même pas rompre avec elle maintenant qu’elle était potentiellement à la rue. Alors je lui ai caressé le dos pendant qu’elle pleurait à son bureau, jusqu’à ce qu’on m’appelle pour emmener un type d’Oakland jusqu’à Redding. À mon retour, elle m’a annoncé qu’aucun de ses amis ne pouvait l’héberger, qu’elle n’avait pas assez d’argent de côté et que s’installer chez ses parents était hors de question, puisqu’ils habitaient trop loin, à Livermore.
Pour ainsi dire, elle était coincée, et moi aussi.
J’ai donc dû faire ce que n’importe quel petit copain aurait fait, pour ne pas dire n’importe quel homme correct, je lui ai dit qu’elle pouvait emménager chez moi jusqu’à ce que sa situation s’améliore.
J’ai insisté sur les termes « jusqu’à ce que », mais ça lui est passé au-dessus de la tête. Soudain, elle s’est mise à téléphoner à toutes ses connaissances pour leur raconter qu’elle s’installait avec moi. J’ai voulu l’empêcher de l’annoncer sur Facebook, mais elle l’a fait quand même. Et c’est à ce moment-là que j’ai reçu le texto de Steph.
Elle doit croire que tout ce que je lui ai dit à propos de mon désir de vivre avec elle était un mensonge absolu. Je fais mon possible pour la contacter, je lui envoie des textos comme Parle moi et Laisse-moi t’expliquer, mais ils s’affichent tous comme non lus.
Au milieu de la semaine, Nadine s’est installée chez moi, elle prend un peu trop ses aises. La moitié de mes photos en noir et blanc d’hélicoptères ont été remplacées par des posters Ikea d’Audrey Hepburn et des ponts de Brooklyn. Je réussis tout juste à m’éclipser pour aller boire un verre au Lion. James est super-occupé, mais Penny est au bar, et je finis par lui faire la causette.
– Alors, comme ça, elle s’est installée chez toi, hein ? dit-elle sèchement tout en suçant une cerise au marasquin.
– Je n’avais pas vraiment le choix, dis-je en soupirant. Elle n’avait nulle part où aller.
– Comme c’est noble de ta part !
Elle fait une pause.
– Tu as appris que Steph a quitté Aaron ?
Mon cœur s’arrête de battre.
– Elle a quoi ?
– Ouaip. Elle l’a foutu dehors dimanche soir. Apparemment, notre petit week-end lui a porté le coup fatal. Bien sûr, je l’avais vu venir, mais je ne pense pas qu’Aaron ait été chagriné par votre petite représentation. Ou peut-être que ça n’a rien à voir…
Je me penche en avant pour attraper une bouteille derrière le bar, n’importe quoi. Mon verre est vide et je n’arrive plus à réfléchir.
Penny me glisse son Manhattan.
– Tiens, tu sembles en avoir besoin.
Je m’en envoie une grande rasade et je tente de reprendre ma respiration.
– Elle a vraiment rompu ?
Elle hoche la tête.
– Voui. Est-ce que vous n’aviez pas conclu un genre de pacte ?
Ce putain de pacte.
Elle me reprend son verre.
– Mais je pense que ça ne compte plus, puisque tu es toujours avec Nadine, hein ? C’est drôle comme la vie vous baise parfois.
Puis elle se lève et va aux toilettes. James est occupé à bavarder avec des clients, alors je me lève et je pars en vitesse. Je ne peux pas lui parler. Je ne peux parler à personne.
Mais je sais que je dois le faire, même si ça fait de moi un encore plus gros enfoiré.
Le lendemain soir, je casse avec Nadine, après lui avoir trouvé un endroit où habiter. C’est à côté de Marin, du coup elle sera tout près du boulot. J’ai réglé un mois de loyer, comme ça, elle n’a pas à s’en faire et je lui dis que j’ai retenu un camion de déménagement pour emporter ses affaires ce week-end.
Je reçois un coup de poing dans la figure. En plein sur ma putain de pommette.
Je suppose que je l’ai bien mérité, mais je ne sais pas quoi ajouter d’autre. Je sais que je suis un vrai salaud de rompre avec quelqu’un qui vient de se faire expulser. Je le sais, mais je n’y peux rien. Je ne peux pas laisser passer Stéphanie. Pas maintenant, après toutes ces années de ratages et d’occasions manquées.
Nadine n’a aucune honte à exprimer ce qu’elle ressent. Ses paroles sont encore plus dures que son poing.
– Tu crois que tu peux m’acheter ? crie-t-elle en empoignant un cadre avec une de nos photos. Tu crois que parce que tu es un sale gosse de riche, tu vas pouvoir m’acheter un petit appart et me ranger dans un coin ?
– J’essaie juste de t’aider, lui dis-je en levant la main pour me protéger.
J’ai comme l’impression que la photo va atterrir sur moi.
– Aider ? ironise-t-elle avec un rire amer. Tu es incapable d’aider quiconque, à part toi. Pauvre petit garçon riche qui fait semblant de s’intéresser à ceux qui l’entourent. Tu sais, tu m’as dit que tes parents n’avaient pas été là pour toi, qu’ils étaient froids et sans cœur, et je le vois. Je vois cet air de famille sur ton visage. Tu seras comme eux, qui rejettent toute relation quand les choses deviennent sérieuses, en pensant qu’un bijou ou un peu d’argent feront l’affaire.
Ses mots me font vraiment flipper.
– Non, ce n’est pas ça du tout. Je ne suis pas comme ça.
Et, pourtant, je suis effrayé parce que c’est exactement ce que je crains, d’être en train de foutre en l’air une relation.
Mais le mal est fait. J’esquive le cadre qui vient s’écraser contre le mur derrière moi. Elle se met ensuite à détruire toutes les photos de la pièce, même les siennes, en les fracassant contre les murs ou en les jetant par terre.
C’est vrai ce qu’on dit des filles rousses, vous savez, qu’elles ont un petit grain.
Il semble que Nadine en a à revendre.
Je m’en sors difficilement vivant et je ne vais pas travailler pendant les quelques jours qui suivent, parce que je ne supporte pas l’idée de la voir là-bas, même brièvement. Le dimanche suivant, les déménageurs emportent le reste de ses affaires et la voilà partie, hors de ma vue et de ma vie.
Du moins jusqu’à lundi prochain, quand je vais la croiser au bureau.
Assis dans ma cuisine, je bois du jus d’orange directement à la bouteille et je laisse le silence s’installer. Ça commence à nouveau à ressembler à chez moi. Je me sens toujours un immonde salaud de l’avoir quittée à un moment pareil, mais au moins, j’ai fait ce que j’ai pu pour l’aider.
Étonnant d’ailleurs de voir à quel point ça me rassure. Je me demande si mes parents ont ressenti la même chose, ce semblant de culpabilité pour ne jamais avoir été là, ne jamais avoir été tendres, et qu’ils ont ensuite essayé de régler le problème avec de l’argent.
C’était moi le problème, bien sûr, et je ne pense pas que l’argent comblera jamais tous ces trous béants qu’ils ont creusés à l’intérieur de moi. Ça ne comblera jamais le sentiment de manque que j’ai ressenti à cause de leur manque d’amour.
Je suis en train de plonger dans un épisode d’auto-flagellation, mais je me ressaisis et je me dirige vers ma porte. Je cours longtemps sur l’Embarcadero, jusqu’au Presidio. Lombard Street manque me détruire les cuisses et les genoux, sur le chemin du retour, je pousse des cris de douleur, mais je cours pour oublier que je suis en train de couler.
Je prends une douche, je m’habille et j’appelle un taxi. Je vais au Burgundy Lion pour me prendre une bonne cuite.
*
* *
– Mais qu’est ce que tu fais là ? me demande James quand je m’assieds au bar.
Je hausse les épaules et j’enlève ma veste.
– Je suis un homme libre maintenant, je peux aller où bon me semble.
– Elle est donc vraiment partie, hein ? demande-t-il en me versant une pinte machinalement.
C’est le fond, la meilleure partie du tonneau.
Je prends la bière avec reconnaissance et je lève mon verre.
– Merci pour ça.
J’en vide la moitié et laisse sortir un profond soupir.
– Ouais, elle est vraiment partie.
Il essuie son comptoir qui n’en a pourtant aucun besoin. Il pense pouvoir me faire croire qu’il bosse mais il est juste en train de m’engrainer, nous sommes dans son foutu bar et il peut faire tout ce qu’il veut.
– Je pensais que tu irais peut-être l’aider à déballer et tout et tout, je veux dire, tu as été irréprochable sur le sujet, jusqu’à présent.
Je hausse un sourcil.
– Tu trouves ? Je pense plutôt que j’ai été un vrai salaud.
James hausse les épaules.
– Elle aurait dû le savoir dès le début. En plus, tu n’as pas été un salaud. Peut-être aurait-il mieux fallu que tu attendes un peu avant de la quitter, mais en même temps, je comprends. Quand c’est fini, c’est fini.
– Ouais, et je n’ai jamais très bien su faire semblant.
– Non, dit-il en me regardant soudain fixement. Tu n’as jamais su.
Je me demande ce qu’il entend par là, mais je me tais. Je finis mon verre et je lui demande
– Où est Penny ?
Son corps paraît se crisper et il regarde ailleurs.
– J’en sais trop rien. Elle a une soirée entre filles.
Je hoche la tête, j’hésite à lui demander si tout va bien. À la place, je l’interroge avec précaution :
– Où est Steph ?
– Ici…
– Quoi ?
Je me raidis un peu sur mon siège.
– Au bar ?
Il incline la tête en fermant un peu les yeux, et me montre l’autre côté du bar. Je me penche pour mieux voir. Elle est dans un salon privé dans le coin, avec Nicola et Kayla.
Oh putain. Je sais que Kayla ne m’aime pas et je ne suis pas certain que Nicola soit une de mes plus grandes fans non plus. Pour couronner le tout, Stéphanie semble me détester cordialement en ce moment. Voilà une table dont je n’ai pas intérêt à m’approcher. Mais je ne peux pas m’en empêcher. Peut-être parce que je suis un idiot ou un maso, mais je demande un autre verre à James avant de m’approcher.
– Qu’est ce qui se passe ? me demande-t-il en me passant une pinte. Tu t’es engueulé avec Stéphanie ?
Je lui jette un regard acéré.
– Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
– Eh bien, quand j’ai mentionné ton nom devant elle, elle a eu l’air de vouloir planter quelqu’un à la fourchette, et quand j’ai mentionné son nom devant toi, tu as eu l’air de quelqu’un qui s’attendait à être planté à coups de fourchette. Il est arrivé… quelque chose ?
– Non, je réponds rapidement. Qu’est-ce que tu lui as dit tout à l’heure à propos de moi ?
– Je lui ai dit : « Tu as vu Linden ces derniers jours ? » et elle s’est mise à trembler comme si je lui avais parlé d’un revenant.
– Je n’ai pas beaucoup de chance avec les filles en ce moment, dis-je en plaisantant.
James ne sourit pas.
– Steph n’est pas une fille, Linden. C’est ton amie.
Seigneur, depuis quand est-il devenu un tel rabat-joie ? Je n’ai pas besoin que tout le monde soit en colère contre moi.
Je décide de l’ignorer et je traverse le bar en direction du salon d’angle. C’est Nicola qui m’aperçoit la première, ses yeux lui sortent presque de la tête. Kayla prend un air venimeux.
Puis Steph tourne la tête et James avait raison, elle va prendre une fourchette et me la planter juste entre les deux yeux. Je sais que je mérite sa colère en m’approchant ainsi, mais j’espère qu’elle prendra quand même le temps de m’écouter. Et putain, elle est super-sexy quand elle est hors d’elle.
– Va-t’en, s’écrie Nicola en me montrant la porte.
– Et ne reviens jamais, trou du cul ! ajoute Kayla.
– Attendez une minute, dis-je en me plantant, bras croisés, au bout de la table.
Je remarque que Steph jette un coup d’œil rapide à mes biceps et je ressens ça comme une petite victoire.
– Pourquoi êtes-vous toutes en colère contre moi ?
Toutes deux, elles regardent Stéphanie. Moi aussi, je regarde Stéphanie. Elle soupire et dit :
– Les filles, vous pouvez nous laisser seuls un moment ?
Kayla et Nicola échangent un regard qui dure, et elles ne bougent pas.
– S’il vous plaît, je vous assure, ça va bien.
La voix de Steph est lasse.
– Non, ça ne va pas, dit Kayla, et elle me dévisage.
Elle se souvient de l’époque où je l’ai aimée et où je l’ai larguée, j’en suis sûr.
– Je veux juste lui parler, j’explique à ces gorilles féminins. Finalement, elles se lèvent. Quand Nicola passe devant moi, je lui glisse : « peut-être que tu veux emporter les objets contondants ? », mais elle se contente de rire.
Maintenant que nous sommes seuls, je ne veux pas rater mon coup.
– Tu veux bien qu’on se parle ? je demande à Steph.
– Tu es la dernière personne que je désire voir, répond-elle en secouant la tête.
– Est-ce que je peux au moins t’expliquer ce qui s’est passé ?
Elle boit une petite gorgée en disant :
– Qu’est-ce que ça peut bien faire ?
Je m’assieds rapidement, je me penche et je lui prends la main. Elle essaie de l’enlever, mais je m’accroche, je la tiens serrée, en savourant la sensation de sa peau si douce, si chaude entre mes doigts.
– C’est fini. J’ai rompu. Elle est partie. C’est terminé.
Elle déglutit avec peine et détourne le regard vers les peintures vieillottes de chasse à courre au renard accrochées au mur, des curiosités décoratives qui font la renommée du Lion of Burbundy. Sa bouche se tord de cette façon triste et très prononcée qu’elle a quand elle est bouleversée. Je dois me retenir de l’embrasser.
– Pourquoi me dis-tu ça ?
– Parce que je veux que tu saches que tout ce que je t’ai dit, je le pensais. Je te veux, et je t’ai toujours désirée. Et personne d’autre.
Alors, elle se raidit et me lance un regard furtif.
– Je me suis séparée d’Aaron.
J’incline la tête en espérant avoir un air compatissant et pas concupiscent.
– Je sais. Penny me l’a dit. J’allais rompre avec Nadine en rentrant, mais j’ai appris qu’elle était expulsée de chez elle. Elle n’avait nulle part où aller. Je ne savais pas quoi faire. Je ne pouvais pas la larguer comme ça.
– Mais pourtant, maintenant tu l’as fait.
Je grimace.
– Oui, je l’ai fait. Je ne pouvais plus attendre. Je ne pouvais plus faire semblant.
– Faire semblant de quoi ? demande-t-elle, et j’entends à peine sa voix douce dans le brouhaha du bar.
– De désirer autre chose que de te basculer sur cette table et de te montrer ce que c’est d’être vraiment baisée.
Elle ouvre grand la bouche et elle manque éclater de rire. Je l’ai prise par surprise, mais il va falloir qu’elle s’y habitue.
– Linden, gronde-t-elle.
– Embrasse-moi, lui dis-je.
Je suis tout excité maintenant. J’ai tellement envie d’elle.
Elle est troublée. Elle retire sa main de la mienne et recule pour s’éloigner de moi.
– Attends, tout ça va trop loin.
– Ça va là où ça doit aller, je lui réponds en me levant pour m’asseoir à côté d’elle. (Je plonge ma tête dans ses cheveux et je respire l’odeur fraîche de son crâne avant de poursuivre en murmurant.) Ne fais pas comme si tu n’avais pas pensé à ce baiser chaque jour depuis que c’est arrivé. Ne me fais pas croire que tu ne t’es pas demandé comment ce serait de recommencer. D’en faire plus.
Je pose la paume de ma main sur sa cuisse et je remonte doucement, mais elle me repousse.
– On ne peut pas, dit-elle.
– Bien sûr qu’on peut, je lui réponds.
J’attrape son lobe d’oreille si délicat entre les dents et je le tète jusqu’à ce qu’elle pousse un petit gémissement.
– Pas maintenant, pas ici, dit-elle, un fond de panique dans sa voix.
Elle a raison. Pas ici. Je me rassieds et je me recule de quelques centimètres avant de regarder vers le bar. Elle faisait sans doute référence à Kayla et Nicola, mais moi, je pense à James.
Quoi qu’il arrive entre nous, il vaudrait mieux que James l’ignore. Du moins au début. Si je me disais qu’il est peut-être encore amoureux d’elle, je ne pourrais pas être avec elle, alors je me sors ça de la tête et je m’assure que quoi qu’il se passe entre nous, ça restera entre nous.
– Est-ce que ça peut rester secret ?
– Il n’existe aucun secret, répond-elle avec malice.
– Pas encore, dis-je en la regardant dans les yeux. Mais d’ici à demain matin, il y en aura un.
Alors elle lève rapidement les yeux et regarde derrière moi. Je comprends que quelqu’un approche. Je me relève tranquillement, l’air de rien, juste à temps pour voir Nicola et Kayla qui approchent avec plusieurs bouteilles de cidre.
– Je vois que tu es toujours vivant, dit Nicola avant de regarder la table. Et les couverts n’ont pas de trace de sang.
– Tout baigne, dit Steph avec un sourire en biais. (Elle croise mon regard un instant avant de regarder les autres.) Nous sommes à nouveau bons copains.
– Juste bons copains ? demande Kayla, suspicieuse.
Avant que Steph puisse répondre, je lance :
– Juste les meilleurs amis qui soient.
Puis je hoche la tête en direction de Steph avant de me lever pour regagner l’autre extrémité du bar.
1. Petite ville dans la baie de San Francisco.
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