Les mains propres

Michel Corday · Chapitre 13 sur 42

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Les mains propres

Chapitre IV: Vues Morales

CHAPITRE IV

VUES MORALES

 

Les mains propres. — Le déterminisme. — La loi d’équilibre. — Le contrôle. — La

bravoure. — La mort. — La religion.

 

Les mains propres.

 

De longs siècles nous ont donné le goût de nous laver. Ce goût est devenu presque un instinct, une nécessité. Nous souffrons de ne pas nous sentir nets, physiquement, et non seulement sur les parties visibles de nous-mêmes, mais sur notre corps tout entier. Ce goût de la propreté se répand. Il pénètre dans des classes de plus en plus modestes et de plus en plus nombreuses. Il descend la pyramide sociale. Car on peut s’imaginer la société comme une pyramide : au sommet, le tout petit groupe des privilégiés ; puis des couches qui vont en s’élargissant au fur et à mesure qu’on s’éloigne plus de la richesse et du pouvoir. Eh bien, si la propreté est devenue un instinct, comment affirmer que la probité n’en deviendra pas un également, par un travail analogue ? Nous n’étions pas plus contraints d’être propres que nous ne le sommes d’être honnêtes. Pour qui établit une continuité absolue entre l’être physique et l’être moral, les deux besoins se confondent.

On éprouve la même satisfaction et on retire le même avantage à être propre physiquement et à être propre moralement. Les taches gênent autant sur la conscience et sur les mains.

D’ailleurs, toutes les notions nouvelles sur la solidarité, sur l’interdépendance des êtres, sur la mutuelle répercussion de leurs actes, tendent à démontrer qu’on a encore plus d’intérêt à être probe qu’à être propre.