Les péchés des pères

Henning Ahrens · Chapitre 12 sur 25

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Les péchés des pères

Février 1755. Au Service de Dieu

FÉVRIER 1755

AU SERVICE DE DIEU

 

DEUX cents ans et six générations plus tôt, la neige qui couvre la ferme des Leeb a des reflets bleutés dans le crépuscule. Il fait un froid tellement glacial que le tas de fumier ne fume plus. En cette période d’accalmie qui succède à l’Épiphanie, le fermier Hans Wilhelm Leeb a pour seule tâche de nourrir ses vaches et les moutons qui passent l’hiver dans la bergerie ; les corvées manuelles qu’il accomplit pour le comte ne reprendront que lorsque la coupe du bois aura commencé dans le Gräwig.

Hans Wilhelm Leeb a donc du temps libre, mais comme il n’aime pas rester les bras croisés, il a cherché une occupation dans le but de témoigner au Seigneur sa fidélité et sa foi. À sa femme Catharina Sophie, occupée dans la cuisine, il dit :

— Je retourne dans le salon.

— Oui, oui, va donc, répond celle-ci en passant sa main sur son ventre.

Elle attend son troisième enfant, pour son mari, de dix-sept ans son aîné, il s’agit déjà du septième car il l’a épousée en secondes noces. Anna Margarete, sa première femme, est morte en couches il y a des années, deux des quatre enfants ont eux aussi perdu la vie. Cela arrive souvent, on ne peut rien faire à part prier, comme faisaient ses ancêtres durant la longue guerre dont on parle aujourd’hui encore, lorsque régnait la disette et que les loups hurlaient à l’entrée du village et que les fourrageurs se ruaient sur les gens, tels des démons, pour leur prendre leur argent et leur bétail, piller leurs granges et leurs maisons, les violer et les tuer, une époque qui continue de marquer les esprits. Le grand-père de sa femme se plaisait à réciter des vers incantatoires que lui avait appris son père : Que le sang du Christ nous donne le cran d’affronter tous les suppôts de Satan.

Catharina Sophie caresse de nouveau son ventre qui tend le tissu de sa robe en lin et de sa blouse – pourvu que tout se passe bien. Et pourvu qu’après les deux filles qui dorment à l’étage, ce soit un garçon cette fois. Elle récure la marmite à l’aide d’une touffe de callune, ensuite elle filera la laine car l’enfant, qui doit naître en mars, aura besoin de vêtements chauds.

Son mari pénètre dans le salon, obscur. Un feu de tourbe brûle dans le poêle, et les poutres, taillées dans des troncs de chênes qu’ils ont abattus dans la forêt grâce à la permission de Monsieur le Chambellan August Wilhelm, comte impérial de Schwicheldt et maréchal héréditaire de la principauté de Hildesheim, exhalent encore leur âcre senteur. Hans Wilhelm Leeb a fait construire cette maison il y a deux ans, elle comporte une aile d’habitation et une aile agricole composée d’un grand vestibule bordé de stalles et de chambres. Le bâtiment d’origine, datant de la nuit des temps, était en piteux état ; lors de sa démolition, ils avaient constaté que plusieurs poteaux étaient presque pourris – en automne, lors de la prochaine tempête, la maison se serait effondrée sur leurs têtes.

Il prend un petit morceau de bois gras dans la hotte en osier posée à côté du poêle, ouvre le clapet de celui-ci et tend le bâton dans le foyer pour ensuite allumer les chandelles de suif sur la table. Leur lueur plonge la pièce dans la pénombre ; c’est ici que trône l’imposant buffet de chêne dans lequel il conserve argent et documents, un meuble qu’il a joliment orné : chacun des battants arbore une fleur dans un pot, symbole de chance et de prospérité. Son talent est connu dans tout le village et on lui demande souvent de venir décorer des meubles ou des murs. Il vient d’acheter de nouveaux pigments, dont le blanc de céruse et le bleu de Prusse.

Avant de se remettre à son travail, il incline la tête devant la croix accrochée au mur, joint les mains et récite une prière. Cette croix est un don du pasteur, car c’est dans cette pièce qu’ils se réunissent, prient, chantent, louent le Seigneur, confessent leur foi et leurs péchés et prient avec d’autant plus de ferveur pour les expier. Ici, au village, les gens sont dévots, plus dévots que dans les localités voisines, plus dévots qu’il ne convient à l’Église, la hiérarchie les a blâmés à plusieurs reprises. Une querelle a même éclaté il y a des années, nourrie de répliques et de contre-répliques, mais la patronne veillait d’une main protectrice sur le pasteur qu’elle avait institué. Celui-ci conservait les imprimés dans son presbytère et Hans Wilhelm Leeb, qui fait montre d’une profonde piété, les a lus. Il veut que ses enfants sachent lire à leur tour ; ils apprennent à l’école du village, auprès de Niebuhr, le sacristain, et lui, leur père, leur vient en aide quand il trouve le temps, se penchant avec eux sur la Bible et les catéchismes : Quelle doit être la plus noble préoccupation de l’homme en cette vie ? La recherche de la félicité.

Il s’installe à la table et ouvre le petit livre qu’il a justement commencé par ces mots, un manuel d’instruction chrétienne à destination de ses descendants, à commencer par les deux filles issues de son premier mariage, qui vont faire leur confirmation au printemps prochain. Il travaille avec de l’encre de trois couleurs différentes, rouge, vert et noir, dessinant les lettres plus qu’il ne les écrit et ornant les pages des motifs dont il se sert aussi pour peindre les meubles : feuilles, fleurs, sarments. Il insère certains versets dans des cadres, tantôt formés de colonnes, tantôt de plantes, et il s’absorbe dans son travail qu’il n’interrompt que pour tremper sa plume dans l’encrier ou pour penser à son Seigneur et Rédempteur. Il est très fier de cet abécédaire, les lettres sont si grandes qu’il ne peut en faire tenir que deux sur une page, et puis il les a garnies d’une multitude d’ornements, c’est vraiment beau à regarder. Les enfants adorent.

Il trempe sa plume, s’immobilise quelques instants pour prendre une profonde inspiration car, pour terminer, il veut dessiner ses filles, Eleonore, toute fine, et Caroline, replète, vêtues du costume qu’elles porteront quand ce sera le grand jour : un chemisier richement brodé à manches évasées tombant jusqu’aux coudes, une jupe cloche, elle aussi richement brodée, l’écharpe, les bottines à bout pointu ; et aussi le foulard avec la couronne de fleurs, les boucles d’oreilles. Chacune d’elles tient une fleur dans une main et, dans l’autre, un cœur avec un verset à l’intérieur, et sous leurs pieds il a écrit le mot “virgo”, le terme latin signifiant “vierge”, comme le lui a appris le pasteur Bevern. L’être humain, né dans un état d’innocence, commet des péchés, aussi s’emploie-t-il, avec toute la rigueur requise, à inculquer à ses enfants obéissance et piété.

Il prend sa plume fine pour dessiner deux campanules à l’intérieur du grand cœur qu’il a inséré entre les deux filles, et dedans il écrit : Celui qui se confie en moi héritera le pays, Ésaïe 57 :13, un verset qui lui plaît beaucoup, vu qu’il est paysan. Les chandelles vacillent, une volute de fumée monte au plafond. Le bétail est calme, au village on n’entend même pas un chien aboyer et, avec ce froid, les coqs ont le bec gelé. Catharina doit être à son rouet. Il prie pour qu’elle donne naissance à un garçon qui lui succédera à la ferme, attendu que ses fils issus de son premier mariage sont morts, l’un à la naissance, l’autre à cinq ans à cause d’une fièvre que personne n’avait réussi à guérir ni à atténuer, pas même la vieille Siedentopp dont les cataplasmes font souvent des miracles. L’enfant avait dépéri à petit feu, avait littéralement fondu en sueur, et se trouvait déjà dans un autre monde alors que son cœur n’avait pas encore cessé de battre. C’était horrible à voir, surtout pour Anna Margareta, sa première épouse, mais aussi pour lui. L’homme ne connaît pas non plus son heure, pareil aux poissons qui sont pris au filet fatal, et aux oiseaux qui sont pris au piège ; comme eux, les fils de l’homme sont enlacés au temps du malheur, lorsqu’il tombe sur eux tout à coup. C’est ce qui est écrit dans l’Ancien Testament, Ecclésiaste 9:12, et il l’a recopié dans son manuel, sous le mot “mors”, un crâne sur des os croisés, car qui sait quelle maladie frappera un jour ses enfants ou ses petits-enfants ; la mort est notre compagne de tous les instants, elle ressemble à l’ombre qu’on projette sous le soleil.

Il en est encore à achever sa campanule lorsque la porte du salon se met à grincer, et au moment où il se retourne, agacé d’avoir été dérangé, il découvre sa fille Eleonore en chemise de nuit, les cheveux lâchés. Quand elle entre, il lui dit d’un ton brusque :

— Qu’est-ce que tu fais en chemise de nuit ? Tu vas attraper froid et après tu auras de la fièvre comme ton frère, et tu sais ce qui lui est arrivé.

Eleonore le regarde droit dans les yeux. Cette enfant lui donne bien du fil à retordre. Non pas qu’elle soit paresseuse ou stupide, non, mais c’est qu’elle a la tête dure, et ça, ce n’est pas convenable, pas vis-à-vis de Dieu, et encore moins quand on est une femme. Et puis, elle est jolie, aussi, blonde et fine, les yeux bleu-gris, mais son père est en train d’endurcir son cœur car il faut qu’elle soit éduquée, elle doit apprendre à obéir, sinon elle va tomber dans le péché et, dans ce cas, on ne pourra pas la marier.

— Mais j’ai chaud, père, répond-elle bien qu’elle ait les bras croisés sur la poitrine et les mains posées sur les épaules. Je n’arrive pas à dormir. Je peux te regarder dessiner ?

Hans Wilhelm Leeb lui lance un regard noir. Il ne supporte pas l’indiscrétion, et puis il est soupe au lait, en tout cas, il l’était quand il était jeune. À présent, il arrive à se maîtriser, d’autant qu’il sait que c’est commettre un péché que de s’emporter contre autrui, mais, à la vue de sa fille, son sang se met à bouillir, car il doit interrompre une œuvre pieuse qu’il est, en prime, en train d’accomplir pour elle et ses sœurs ; par ailleurs, cela l’enquiquine que ce soient ses filles qui soient en vie, plutôt que les garçons. Dieu les a rappelés à lui, c’était sa volonté, ils sont dans le royaume des cieux, mais il aimerait malgré tout les avoir à ses côtés, ici, à la ferme, dans ce monde, aussi rude soit-il, et maintenant qu’elle est là, face à lui, sa fille belle et intelligente, et capable de dessiner presque aussi bien que lui, voilà qu’éclate cette douleur qui couvait depuis des années, et, peinant à contenir sa colère, il lui dit :

— Eleonore, tu retournes immédiatement te coucher !

— Mais j’arrive pas à dormir, insiste l’adolescente de quatorze ans, en se mettant à trépigner. Et puis j’ai envie de voir comment tu dessines, c’est tellement beau.

Son père grince des dents. Il pose sa plume, tire sur le bas de son gilet et, pour se concentrer, baisse les yeux sur ses sabots où est restée collée de la paille crottée de l’écurie. Sa fille l’implore du regard et il se dit : quel toupet, c’est incroyable, cette enfant doit obéir.

Quant à Eleonore, qui prétend ne pas avoir froid, elle commence à trembler lorsqu’elle croise le regard de son père. Pour avoir souvent vu des éclairs jaillir dans ses yeux gris, elle comprend qu’il se prépare une tempête, mais que faire ? Se réfugier auprès de sa belle-mère ? Elle l’apprécie mais ne l’aime pas comme elle aimait sa mère, qui l’a mise au monde, lui a donné le sein et chanté des berceuses pour l’endormir, mais ce serait lâche, et il serait encore plus lâche de fuir à l’étage, dans la chambre qu’elle partage avec ses sœurs. Alors elle ne bouge pas. Peut-être son père se montrera-t-il indulgent, car elle aussi adore dessiner, et puis elle lit la Bible avec plus d’ardeur que sa sœur Caroline, elle connaît d’ailleurs plus de choses par cœur.

— Cher père, dit-elle d’un ton déférent en pressant ses bras plus fort contre sa poitrine, je voudrais juste regarder pour apprendre. (Et d’ajouter :) S’il te plaît.

La flamme des chandelles vacille et produit de la suie, le poêle en fonte brûle, mais les dalles de pierre, témoins d’une aisance modeste – la plupart des maisons ont un sol en terre battue –, sont froides, et en dessous se cache une terre brune comme celle où reposent sa mère et ses frères, et le froid s’insinue à travers ses chaussettes de laine pour pénétrer dans ses pieds et remonter jusqu’aux chevilles. Son père est un homme bon et travailleur et elle l’aime, mais sa colère est terrifiante, elle en a souvent fait l’expérience. Il se met alors à tempêter, un jour il a même lancé une fourche sur le berger, lui transperçant le mollet. Il lui avait donné de l’argent en guise de dédommagement, car, après coup, il a toujours des remords et implore le pardon du Seigneur. Eleonore est convaincue que le bon Dieu le lui accorde, tout comme il lui pardonnera à elle aussi si elle commet un péché, mais il y a une question qu’elle se pose : un péché contre quoi ? Elle ne comprend pas ce qui arrive à son père.

Soudain, celui-ci se lève, trapu comme il est, dans sa veste en peau de mouton passée par-dessus son gilet rouge avec, en dessous, sa chemise de lin blanche ; dans sa culotte claire qui lui arrive juste au-dessus du mollet, ses chaussettes de laine et ses sabots taillés par le vieux Burmann, l’ancien porcher du village. Son père fait un pas dans sa direction ; les bougies sont dans son dos, son visage plongé dans l’obscurité, et il lui rappelle un de ces géants qui, tandis qu’ils sillonnaient la campagne, avaient vidé le sable accumulé dans leurs souliers, créant ainsi le Lahberg, le plus haut sommet alentour, c’est du moins ce que le sacristain Niebuhr avait raconté à l’école, après quoi, lui aussi avait eu droit à un savon de la part du père d’Eleonore, qui désapprouvait “ces sornettes de païen superstitieux qu’il infligeait aux enfants”. En effet, elle a l’impression d’avoir un géant face à elle. Tremblant de plus belle, elle lève les épaules puis sa tête bascule sur le côté, sa joue gauche commence à cuire et ses yeux s’embuent de larmes.

— À genoux, ordonne son père. Les mains jointes.

Eleonore s’exécute. Elle est incapable de contenir ses sanglots, ses épaules tremblent. Surtout ne pas répondre, ça ne ferait qu’empirer les choses. Son père s’agenouille à son tour puis ils prient ensemble, leurs paroles se perdant dans la pénombre du salon. Ensuite, il se lève tandis qu’elle est obligée de rester à genoux sur le dallage froid, il s’approche de la table et prend l’épaisse Bible remplie de magnifiques illustrations, une édition datant de l’époque de la longue et lointaine guerre, et, dans son souci de lui faire entendre raison, lui récite certains passages de la Genèse : la Jardin d’Éden, Ève la pécheresse (quelle sotte, se dit souvent Eleonore, moi je ne me serais pas fait avoir par le serpent). Son père lit :

— “Et il dit à la femme : j’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras dans la douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi.”

Le blanc de ses yeux se met à briller lorsqu’il lance un regard avertisseur à sa fille, puis il referme la Bible et conclut par ses mots :

— Tu honoreras père et mère.

— Mais c’est ce que je fais, laisse-t-elle échapper à voix basse.

Sur quoi, son père la fait se relever en la tirant par l’oreille, les larmes lui montent de nouveau aux yeux.

— Sois pieuse et respecte fidèlement les commandements de Dieu, c’est le chemin qui mène à la félicité. Bientôt tu seras confirmée, pense à ce que cela représente !

Puis il lui dit de s’en aller, sans lui adresser un mot tendre, sans lui caresser la tête. Elle sort du salon en traînant les pieds, tête baissée, et referme la porte derrière elle. Une fois dans le couloir, elle remarque que la cuisine est encore allumée, elle entend le cliquetis et le bourdonnement du rouet, sa belle-mère travaille dur, mais elle ne va pas la voir, car le sentiment d’avoir été injustement traitée a éveillé son côté rebelle. Dans l’escalier, elle murmure :

— Mais je n’ai rien fait du tout, moi.

Elle essuie les larmes qui roulent sur ses joues et se glisse dans le lit auprès de sa sœur.

Pendant ce temps, Hans Wilhelm Leeb reste planté devant la table. Sa colère se dissipe tandis qu’il contemple les portraits de ses deux filles. Oui, ce sera un garçon, se dit-il. Si Dieu lui prête vie, j’en ferai un paysan pieux et travailleur qui me succédera comme j’ai moi-même succédé à mon père.

Il se rassied, trempe sa plume et ajoute une dernière feuille à la campanule. Il la regarde longuement, avec la sensation qu’il ne peut rien mettre de plus, le manuel est achevé. Doit-il inscrire à la fin son nom et la date ? Il hésite, car cet ouvrage, il l’a composé non seulement pour édifier ses filles, mais aussi et surtout pour louer Dieu, aussi serait-il sans doute présomptueux, peut-être même sacrilège, de signer de son nom, pauvre pécheur qu’il est. Il se renverse sur sa chaise et pose délicatement la plume sur l’encrier. Une chandelle s’éteint, la flamme de l’autre lutte pour rester en vie quelques instants encore.

La maison et la ferme sont toujours plongées dans le silence. Leeb se remet à prier, cette fois pour que Dieu lui pardonne d’avoir châtié sa fille, mais les commandements des Saintes Écritures l’emportent sur tout le reste ; l’homme n’est qu’un ver, il rampe péniblement sur la terre, se fait assez souvent écraser et, pour sauver son âme, il doit manifester obéissance et amour envers Jésus-Christ qui a versé son sang pour racheter les hommes. Amen.

Lorsque la deuxième chandelle s’éteint à son tour, il ressent une profonde sérénité. La tourbe siffle dans le poêle en fonte, les fissures du clapet sont des traits incandescents. Qu’il est bon d’avoir un toit sur la tête, une femme brave qui file activement à son rouet et quatre enfants bien portants, même si ce sont des filles qui auront plus tard besoin d’une dot. Oui, cette fois ce sera un garçon, il en est certain. Il prend sa plume et, en dépit de son vœu d’humilité, conclut son livre par ces mots :

Hans Wilhelm Leeb, créature éternelle destinée à la félicité éternelle, fait à Klein Ilsede, le sept février 1755.

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