Lipstick Poison: La malédictions des Oakens (French Edition)

Chapitre C

C hapitre onze

 

S ilas

 

un juron. Cette femme doit disparaître, Silas ! Le regard perdu dans la contemplation des flammes qui s’agitent dans l’âtre, je ferme les yeux en retenant

— Son enfant est une menace !

— Mère… c’est parfaitement absurde.

— Absurde !? N’as-tu rien écouté ? Cette humaine est l’être le plus puissant qui existe ! Comment peux-tu prendre un tel risque ?

— Si elle meurt, je peux dire adieu à mes pouvoirs ! m’emporté-je. Alors, dites-moi ce que je suis supposé faire ?

— Ne hausse pas le ton avec moi !

Je me renfrogne avant de m’affaler dans l’un des fauteuils du salon.

— Si tu ne peux pas la tuer, alors assure-toi qu’elle serve les intérêts de notre famille, Silas.

— Et comment ?

— Es-tu aveuglé par cette humaine qui pollue ton esprit ?

— Nous avons besoin de l’aide des gardiennes pour inverser le sort et leur condition est claire : Una ne doit pas utiliser sa magie pour notre cause.

— On se moque bien de ce qu’elles avancent ! Si cette fille ne nous sert pas, elle devient une menace ! Fais-la rentrer dans nos rangs ou chasse-la d’Endless.

Ma mère se lève.

— Isole-la, rends-la vulnérable et sers-toi de ses faiblesses contre elle.

— Mais Paden est là pour la protéger.

— Il faut l’éloigner d’elle ! Ne lui laisse pas l’occasion de lui bourrer le crâne avec tous ses bons sentiments envers les humains.

Je me frotte le visage en soufflant.

— Soit le chef de cette famille, Silas ! Tu t’affaiblis de jour en jour ! Cette fille te ramollit !

Elle sort après m’avoir piqué au vif avec cette réflexion cinglante.

— Eh merde ! maugréé-je une fois seul.

Je me serre un nouveau verre et commence à le vider de son contenu en me laissant envoûter par l’orange incandescente des flammes.

Ce n’est qu’après plusieurs verres que je me décide à sortir du salon. Enivré par l’alcool – une sensation que je n’avais plus éprouvée à l’état de vampire – c’est d’un pas hasardeux que je marche vers ma chambre à coucher. Mon chemin croise celui de la chambre d’Una. Je ralentis et m’arrête finalement devant sa porte. Me balançant d’avant en arrière, j’hésite à entrer. Je devrais sûrement vérifier qu’elle va bien…

— Putain de sentiments humains, juré-je en tournant la poignée.

À l’intérieur, il fait très sombre. Les torches sont éteintes et le feu de cheminée est en train de mourir. Toutefois, je parviens à voir qu’Una est endormie. Rassuré – même s’il est impossible que je me soucie vraiment d’elle… – je m’apprête à rebrousser chemin lorsqu’elle s’agite avant de laisser échapper un soupir plaintif. Elle ne se réveille pas, mais s’agrippe à sa couverture. Elle a froid. Je vais à la cheminée et jette une nouvelle bûche dans le feu.

— Non…

Je me redresse en l’entendant gémir à nouveau.

— S’il te plaît…

Je m’approche et constate que les traits de son visage sont tourmentés. Elle fait un cauchemar.

— Una, murmuré-je.

Sa peau perle de sueur. Je dégage une mèche de ses cheveux. Comme je le pensais, elle est brûlante.

— Una, l’appelé-je, penché à son oreille. Chut…

— Silas…

Je me relève et me trouve nez à nez avec ses deux billes sombres.

— Tu… bégayé-je, gêné qu’elle me trouve là. Tu faisais un cauchemar…

Avec un sourire timide au coin des lèvres, elle caresse tendrement mon visage. La même tendresse avec laquelle elle m’a fait l’amour l’autre nuit. Un fait qui m’a interpellé… Una a un tempérament que je qualifierais d’enflammé. C’est sûrement idiot, mais je m’étais imaginé qu’elle aurait cette même fougue lorsque nous avons couché ensemble. J’ai été surpris de voir combien elle a été douce avec moi.

— Dis-moi ce que je dois faire…

— Comment ça ?

— Pour que tu aimes notre enfant…

— Una, dis-je en cherchant à m’éloigner.

Elle me retient avec un baiser.

— J’ai envie de toi, murmure-t-elle sur mes lèvres d’une voix si envoûtante que je suis pris d’un frisson.

— Una…

Notre baiser s’intensifie et, même si je sais que je ne devrais pas céder à la tentation, je la rejoins dans ce baiser. Una retombe contre les oreillers et m’emporte avec elle. Comme je ne montre aucune résistance, elle poursuit son exploration. Sa langue s’invite à la fête et ses mains se faufilent dans mes cheveux. Totalement pris dans le feu de l’action, je laisse libre court aux miennes et renoue avec les belles formes de son corps déjà si soigneusement explorées lors de notre nuit.

— Comment peux-tu dire que tu n’as pas aimé ce que nous avons vécu tous les deux, Silas ? Tout en toi semble dire le contraire.

Et elle a raison ! Mon corps trahit mon envie d’elle. Oui, à cette seconde, dans cette chambre, je veux plus que tout la faire mienne. Je veux plonger en elle et m’oublier dans le plaisir aussi ardemment que j’ai eu envie de planter mes crocs dans son cou. Je grogne dans sa bouche et l’embrasse plus fort quand ma main rencontre ses seins.

— J’ai besoin que tu m’aimes, Silas. Que tu nous aimes…

Ses doigts encore froids se faufilent sous mon pull.

— Fais-moi revivre cette nuit magique.

Et elle le fut… déroutante aussi… Sur le point de capituler, je tire sur ses draps pour m’y glisser avec elle.

— Silas, chuchote Una d’une voix envoûtante. On peut être une famille… si tu me laisses une chance de t’aimer…

Je me fige lorsqu’elle utilise ce terme.

— Notre bébé a besoin de toi…

Ces quelques mots suffisent à couper court à cette envolée de désir qu’Una a su réveiller en moi. Je dois partir, m’éloigner d’elle avant qu’elle fasse de moi ce qu’elle souhaite. Je saute du lit pour décamper en vitesse.

— Silas ?

— Il faut que… je devrais aller me coucher…

— Reste, m’implore-t-elle alors en prenant ma main. Reste et laisse-nous une chance de découvrir s’il peut y avoir quelque chose de plus entre nous.

— Je… je te l’ai dit, Una…, parlé-je d’une voix incertaine. Je ne ressens rien pour toi…

— Mais…

— J’ai remis une bûche dans la cheminée. Tu semblais avoir froid…

— Silas, je t’en prie, geint-elle. Ne me laisse pas comme ça…

Les épaules basses, je marche vers la porte sans un regard vers celle qui me supplie de l’aimer.

— Bonne nuit, Una.

Je me hâte de sortir et de refermer derrière moi. Appuyé contre la porte, je soupire, soulagé de ne plus sentir cette drôle d’attraction qu’Una provoque en moi lorsqu’elle se met en tête de me séduire.

— Je suis désolé… murmuré-je. Mais c’est mieux pour vous deux…

***

— Qu’est-ce qui te préoccupe ?

Étendu sur le dos, le regard perdu dans le vide, je ne bouge pas d’un cil lorsqu’Éline me pose cette question. Après mon détour par la chambre d’Una, j’ai rejoint Éline. Comme pour me laver du désir impur que l’une m’a fait éprouver, j’ai fait l’amour à l’autre.

Éline appartient à une vieille famille de vampires, tout comme moi. Même si je ne ressens pas un amour fou pour elle, je la respecte. Ce qui est le plus important à mes yeux… Plus important que l’amour… Elle correspond à mes attentes et, surtout, à mes exigences idéologiques. Una est humaine et bien trop rebelle à mon goût. J’ai horreur qu’on me tienne tête.

Si seulement je pouvais me débarrasser d’elle… Una aspire à retrouver sa vie normale et cela m’arrangerait que cela soit possible. Elle pourrait se concentrer sur son enfant et m’oublier. Nous ne savons pas grand-chose l’un sur l’autre, mais je perçois en elle le comportement d’une bonne mère. Je la sens très capable d’élever son bébé. Pour le bien de tous, je dois tout mettre en œuvre afin qu’elle puisse s’en aller en toute sécurité. Pour ce faire, je dois trouver le moyen de récupérer mes pouvoirs.

— Silas, parle-moi, m’encourage Éline le menton enfoncé dans mon torse. C’est la présence de cette fille qui te contrarie, n’est-ce pas ?

N’ayant aucune envie d’aborder cet épineux sujet avec elle, je la repousse et me lève pour récupérer mes cigarettes sur la table basse du petit salon. J’en allume une.

— N’écoute pas ce que tout le monde te dit et laisse-la s’en aller !

— Je ne veux pas parler de ça.

J’aimerais que le ton rude que j’ai employé la dissuade de poursuivre, en vain.

— Tu ne lui dois rien, Silas ! Et rien ne prouve que cet enfant est de…

— Ça suffit ! me récrié-je, fou de rage. Je gérerai cette famille comme bon me semble, Éline, et je me passerai de tes conseils.

Prête à en découdre, elle bondit du lit.

— As-tu la moindre idée de ce que je ressens en voyant cette fille… cette humaine ? crache-t-elle avec dédain. Tu as couché avec elle ! Tu m’as salie, tu m’as souillée et je fais le choix de te pardonner, mais là, tu m’en demandes trop !

— Crois-tu que j’y ai pris du plaisir ? hurlé-je. Que j’ai désiré cette femme ?

— Je finis par me le demander ! crie-t-elle. Je déteste la manière dont tu la regardes !

— Comme de la vermine ! me défends-je.

— Comme un humain ! riposte-t-elle. Tu la regardes avec complaisance ! Seul un humain peut se comporter avec autant de faiblesse.

Je me rue sur elle et la pousse si fermement qu’elle percute le mur derrière elle. C’est un réflexe pour moi d’user de ma force. Malheureusement, j’ai tendance à oublier que, contrairement à Éline, je n’en ai plus aucune… Elle se rebelle immédiatement et en moins de deux secondes, nos places se trouvent inversées : moi plaqué contre le mur et Éline qui affirme sa supériorité en m’y maintenant à l’aide de son simple bras replié sous ma gorge.

— Je suis ta femme, dit-elle les dents serrées alors que son regard s’embrase.

— Éline, tenté-je d’articuler lorsque je comprends qu’elle se fraie un chemin jusqu’à mon esprit. Je me retrouve secoué quand elle ajuste son bras.

— Tu vas m’aimer, Silas. Tu vas m’épouser et me respecter, mais avant tout, tu vas virer cette fille d’ici !

— Je… bafouillé-je alors que j’essaie de lutter, de repousser cette petite voix dans ma tête qui tente d’imposer son dictat. Je ne peux pas…

— Silas, gronde-t-elle. Je suis ta femme ! Tu détestes cette femme ! Tu détestes l’enfant qu’elle porte ! Et tu veux qu’ils s’en aillent. Dès que tu auras retrouvé tes pouvoirs, tu les tueras l’un et l’autre.

Mon cerveau est en feu, il me brûle, il va éclater.

— Je… bredouillé-je. Je t’aime…

La douleur se fait moins intense.

— Je la déteste. Je déteste cet enfant.

La compression autour de mon cerveau s’atténue tandis que je capitule.

— Je les tuerai bientôt.

Éline enfonce un peu plus ses pupilles incandescentes dans les miennes.

— Fais-moi l’amour, Silas. Aime-moi !

Mes lèvres percutent sauvagement les siennes. J’empoigne ses fesses dénudées et la soulève contre moi. Éline enroule ses jambes sur mes hanches, je la conduis jusqu’au lit où je nous fais tomber. Allongé au-dessus d’elle, je l’observe et cette pression dans ma tête ne cesse de grossir tandis que je lui donne ce qu’elle me réclame.

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