Lipstick Poison: La malédictions des Oakens (French Edition)
Chapitre C
C hapitre cinq
U na
Je me réveille dans un long bâillement et m’étire en m’enfonçant un peu plus dans la douceur de ces draps qui dégagent un doux parfum d’air frais et de prairies fleuries. Je me sens incroyablement reposée. Comme si j’avais dormi durant des jours. Il fait chaud autour de moi. Une chaleur agréable m’enveloppe avec bienveillance. Depuis quand n’ai-je pas eu un réveil aussi plaisant ?
Cela remonte certainement à l’enfance, à cette période heureuse et teintée d’innocence. Après une nuit du sommeil du juste, je m’éveillais dans ma chambre. Si elle était modeste, elle n’en était pas moins sécurisante. J’aimais rester au lit quelques minutes pour écouter le bruit des vagues et le chant des pétrels-tempête mêlés aux bruissements de leurs ailes. Puis mon estomac, appâté par l’odeur du bacon, des œufs et du porridge, me poussait à descendre cet escalier en bois vieilli qui grinçait.
Ma mère m’entendait arriver et, tous les matins, elle m’attendait dans l’embrasure de la porte pour notre câlin journalier. L’espace d’un instant, j’ai cru revenir à cette époque bénie et j’aurais adoré courir au rez-de-chaussée pour me blottir dans les bras de ma mère.
Pourtant, je ne suis pas dans notre maison de Portree et ma mère n’est pas là pour me préparer mon petit-déjeuner. Si j’ai bien conscience de cela, je n’ai pas plus d’information sur l’endroit où je me trouve. J’observe autour de moi et rien ne m’est familier. Un fait qui entache ma bonne humeur.
Je suis dans un lieu inconnu. Ce qui est en soi peu rassurant. Pourtant, rien ne me paraît inquiétant ici. Les épais rideaux de couleur bordeaux sont tirés. La pièce serait dans le noir complet s’il n’y avait pas ce feu de cheminée pour apporter un peu de clarté. Les draps sont défaits uniquement dans ma partie du lit. J’en déduis que j’ai dormi seule. Je peux déjà me réjouir de ne pas m’être vautrée dans les bras d’un mec après une nuit trop arrosée.
D’ailleurs, dans mon souvenir, je n’ai pas bu une goutte d’alcool. Je travaillais au pub et tout est devenu bizarre après que ce client aux mains baladeuses m’a accostée. J’ai eu la nausée puis un étourdissement avant le trou noir. Je me souviens que Paden était là, Silas aussi. Je les ai entendus se chamailler, mais tout est si flou. Même ce matin, je suis prise dans une drôle de torpeur. Et elle se dissipe bien vite lorsque j’entends le bruit d’une poignée que l’on tourne. Nerveuse, je me tends, mais je suis rapidement soulagée et rassurée en voyant le visage familier de Paden.
— Bonjour, Una.
— Paden ?
Je balaie la pièce du regard.
— Mais où sommes-nous ? Et qu’est-ce que je fais ici ?
— Nous sommes près de Strahpeffer dans les Highlands. Un endroit que tu dois bien connaître. J’y possède une maison.
Avec un naturel déconcertant, il traverse la chambre et vient s’asseoir dans l’élégant fauteuil près de l’âtre.
— C’est super ! Mais ça ne me dit pas pourquoi je suis là… moi…
— Silas est à côté. Nous devrions l’attendre avant d’avoir cette conversation.
— Excuse-moi, mais qu’est-ce que Silas à avoir avec le fait que tu m’as ramené chez toi ?
Je descends du lit et constate avec effroi que je ne porte plus que mes sous-vêtements et une chemise qui ne m’a jamais appartenu.
— Je rêve ou tu m’as enlevé mes fringues ? tonné-je en lançant un regard meurtrier en direction de Paden.
— Una, tu…
Je me moque d’écouter sa réponse et je fonce vers lui, le poing levé. Je vais lui donner une bonne leçon !
— Tu as osé me déshabiller, aboyé-je.
Anticipant mon intention, il se redresse et contrecarre mon coup. D’une simple main levée, il stoppe mon poing. Le choc est si puissant qu’un bruit retentit dans la chambre. Wow ! C’était quoi ça ?
— Tu es forte !
Paden semble émerveillé en disant cela.
— Comment ? bégayé-je hallucinée par l’onde de choc. Qu’est-ce que tu as fait ?
— Je ne t’ai pas touchée, Una, tente-t-il de me rassurer. On se connaît depuis trois ans. Tu me crois capable de te faire le moindre mal ?
J’hésite… Paden est sûrement caractériel et impressionnant, mais comme ça, il n’a pas l’air d’un psychopathe.
— Peut-être pas, mais explique-moi ce que je fiche ici ? Et pourquoi je ne porte plus mes vêtements ?
— Tu es tombée dans les pommes après avoir vomi.
Oh… Ce n’était peut-être pas qu’une nausée alors…
— Tu n’avais vraiment pas l’air dans ton assiette. J’ai donc préféré te conduire ici pour que tu te reposes. En ce qui concerne tes habits, ils étaient sales…
Super ! J’ai gerbé devant mon patron et sur mes fringues ! Je fais vraiment très fort…
— Ici, tu seras en sécurité. Le plus urgent est de comprendre ce qui t’arrive…
Je fronce les yeux.
— En sécurité ? Pourquoi ? Je suis en danger selon toi ?
Paden, très serein, reprend sa place dans son fauteuil.
— Silas sera là d’une seconde à l’autre. Nous parlerons de tout ça calmement à ce moment-là.
Me voilà bien avancée… Et bien sûr, je dois attendre que Sa seigneurie daigne nous honorer de sa présence. Pour passer le temps, je vais à la fenêtre pour découvrir le paysage qui se cache au-delà de ces murs.
— Je ne ferais pas ça si j’étais toi, s’amuse Paden.
C’est quoi son problème ? Je n’ai même pas le droit de jeter un coup d’œil par la fenêtre.
— En quoi ça te dérange ?
Il joue des épaules, un sourire en coin.
— C’est seulement qu’il fait jour et un grand soleil brille dehors.
Quelle merveilleuse nouvelle, monsieur météo ! Je me moque de son avertissement et tire sur le rideau. Ce que je regrette quand ma peau se met à brûler au contact des rayons du soleil. Bouche bée, je fixe les rougeurs qui apparaissent sur mon bras et mon cœur s’affole.
— Je t’ai dit de ne pas ouvrir ! me gronde gentiment Paden qui vient de me rejoindre.
Il remet le rideau en place.
— Mais c’est quoi ce bordel ?
— Una calme-toi, s’il te plaît. Silas va…
— Arrête avec Silas, m’emporté-je. Je m’en cogne de ce mec ! Pourquoi devrais-je me soucier de ce qu’il a à dire ?
— Parce que je suis le chef de cette famille…
Je grimace en entendant sa voix. Dans un ricanement moqueur, je m’intéresse à lui.
— Sans blague, me moqué-je. Alors monsieur le « grand chef », tu vas me dire ce que je fous ici ?
Silas ignore ma provocation et interroge Paden :
— Quelque chose d’inhabituel ?
Je jure avant de tirer à nouveau le rideau pour placer mon bras devant le rayon du soleil qui se faufile dans la chambre.
— C’est assez inhabituel pour toi ? m’agacé-je avant de cacher quand ma peau se met à brûler. Vu que tu es apparemment l’être supérieur ici, tu vas sûrement m’expliquer pour quelle raison je suis devenue allergique au soleil ?
— C’est… étrange…
— Tu commences à comprendre ou pas ? le questionne Paden. Moi oui. Et j’aime de moins en moins ce que je vois.
— Qu’est-ce que ça veut dire tout ce charabia ? m’emporté-je alors qu’ils ne m’apportent aucune réponse ni l’un ni l’autre.
Silas rumine, commence à tourner en rond dans la pièce avant d’allumer une cigarette.
— Mets-la au parfum ! ordonne-t-il à Paden. Il faut que l’on comprenne ce qu’il y avait de si différent chez elle l’autre soir au Lann.
— Encore cette histoire ! m’insurgé-je. J’ai juste mis une putain de robe !
— Tu as bien dû faire quelque chose qui expliquerait pourquoi tu… tu…
Si Silas s’est emporté, il a bien du mal à terminer sa phrase.
— Pourquoi je quoi ?
— Pourquoi tu étais si attirante ? finit-il excédé.
— Alors, c’était ça ? s’étonne Paden en se redressant. Tu as agi de la sorte parce qu’elle te plaisait ?
Silas, confus, dévisage nerveusement mon patron.
— Tu as ressenti la même chose, Paden. Tu as senti cette attraction…
Silas est moins assuré tout à coup, il panique. Je comprends pourquoi : Paden a viré à l’écarlate.
— Je l’ai protégée parce que tu voulais la tuer ! tonne Paden. Et tu es en train de me dire que…
— Pardon ! me récrié-je en écarquillant les yeux. Qu’est-ce que tu viens de dire ? Il voulait me quoi ?
Nan, mais dans quelle maison de dingue je suis tombée ?
— Eh merde ! gronde Silas. On perd un temps précieux avec toutes ces conneries !
— Oh… mais toutes mes excuses de m’insurger en apprenant que tu voulais me voir morte, ironisé-je. Quoi de plus normal après tout !
— C’est dans ma nature de tuer les humains, Una ! s’écrie Silas excédé.
Dans sa nature ? C’est quoi ce délire ? Il doit y avoir deux cousins et tueurs en série à leurs heures et c’est moi qui me les coltine, tiens ! Je prends la tête dans mes mains alors qu’une grosse migraine se pointe.
— Silas, vas-y doucement ou dégage de chez moi !
— Bon, ronchonne Silas en s’adressant à moi. Assieds-toi.
Il m’indique l’un des fauteuils placés devant la cheminée. Je n’ai pas vraiment envie d’obéir, mais obtenir quelques réponses aux questions que je me pose ne serait pas de refus. La première d’entre elles étant : pourquoi Silas a voulu me tuer ? D’ailleurs, c’est toujours à l’ordre du jour de ses priorités ou pas ? Je vais m’asseoir en gardant mes distances. Je veille également à rester dans l’axe de la porte. Au cas où je devrais détaler en courant…
— L’essentiel pour le moment, commence Silas en allant et venant devant la cheminée. C’est que tu comprennes que certains détails de ce monde ont pu t’échapper.
Je fronce le regard. Mais qu’est-ce qu’il raconte encore ?
— Il y a un autre monde au-delà de celui que tu connais… Un monde plus sombre et plus dangereux où évoluent les créatures de la nuit.
J’éclate de rire. Il n’y a rien de drôle et pourtant je ris. Je ris parce que cette situation est saugrenue que j’ai le ventre noué par la peur et rien ne semble normal dans ce que je suis en train de vivre. Mes nerfs commencent à lâcher et rire est la seule chose que j’arrive à faire.
— Non, mais je rêve !
— Silas !
— J’essaie d’être patient, se rebiffe Silas. Mais si elle se moque de ce que j’ai à lui dire !
— Una, me dit gentiment Paden en s’approchant. Ce que Silas essaie de t’expliquer c’est que certaines histoires que l’on raconte aux enfants pour les effrayer existent vraiment. Les notions de bien et de mal sont réelles.
— Laisse-moi deviner ! dis-je en tapant dans mes mains dans un faux débordement d’enthousiasme. Vous, vous êtes le mal, c’est ça ?
— On progresse enfin, siffle Silas en allumant une nouvelle cigarette. Ce n’est pas trop tôt…
— Et quel genre de créatures êtes-vous dans ce cas ? me renseigné-je sur un ton moqueur.
— Celles qui vivent la nuit et se nourrissent de sang humain…
— OK ! dis-je en me levant. On va arrêter ce délire et je vais rentrer chez moi…
Je me tourne vers Paden.
— Oh ! Et je démissionne !
Je commence à marcher vers la sortie.
— Una, tu dois rester ici, insiste Paden.
Je me tourne vers lui.
— Non, mais j’ai vu tous les films Twilight et je vous assure que je n’ai pas super kiffé le délire avec les vampires alors…
— Mais j’ai de bonnes raisons de penser que tu es devenu un vampire toi aussi, m’annonce Paden.
Y’a qu’à moi que ce genre d’histoires peut arriver, ce n’est pas possible…
— Tu la fermes, maintenant ! m’écrié-je folle de rage qu’il insiste. J’en ai ras le bol de vos conneries !
— Tu dois nous dire ce que tu as fait pour me voler mes pouvoirs ! tempête Silas.
— Je t’ai quoi ? m’indigné-je.
— Ce que Silas aimerait savoir, c’est tout ce qui a pu se produire durant ces dernières heures et qui expliquerait que les choses en soient là où elles en sont, dit-il avec une certaine prudence. Je te le demande comme une faveur : repense à cette journée avant l’anniversaire de Bonnie et dis-moi si un détail t’a paru étrange.
— Mais non ! crié-je en passant ma main dans mes cheveux quand je crois devenir folle. J’étais de repos et j’ai passé la journée dans mon appartement. Je n’ai rien fait d’autre que de mater Netflix !
— Et le soir en venant au Lann ? Tu as fait une rencontre ?
— Absolument pas !
— Il faut que tu réfléchisses, s’impatiente Silas. Parce que tu as dû jouer avec une puissance que tu ne maîtrises pas et qui t’a échappé.
— Pardon ?
— As-tu déjà tenté de lancer un sort ?
— Un sort ? Genre avec de la magie et tout et tout ?
— Non ! Avec un lapin et un chapeau, espèce d’idiote ! se récrie-t-il.
— Silas ! le reprend Paden.
— Mais elle a bien dû faire quelque chose pour qu’on en arrive là !
— Ben… maintenant que tu le dis… commencé-je en me tapotant le menton. La dernière fois, je suis allée dans le manoir des sœurs Halliwell. Dans le grenier, j’ai trouvé le livre des ombres et j’ai jeté un sort aux vampires du coin. Apparemment, c’est tombé sur toi ! C’est pas de bol, hein ?!
— Je vais te… grogne Silas en se ruant vers moi, les mains levées comme s’il allait m’étrangler.
— Ça suffit ! s’époumone Paden en venant s’interposer entre nous.
— J’allais le dire ! dis-je aussi furieuse qu’apeurée par tout ce qui se trame ici.
Je fais une pirouette pour filer en direction de la porte.
— Reste ici ! m’ordonne Silas, la voix vibrante de colère.
— Va au diable ! riposté-je en me mettant à courir pour me sauver en vitesse.
Mais mes jambes vont vite… trop vite… Paniquée, je mets trop de temps à réaliser que mon corps se déplace bien plus rapidement que la normale. Lancée à cette vitesse, il m’est impossible de m’arrêter avant que je rencontre la porte en bois. Je m’écrase lourdement contre elle et, la seconde suivante, je tombe à la renverse et sombre dans l’inconscience, une nouvelle fois.
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