Lipstick Poison: La malédictions des Oakens (French Edition)

Chapitre C

C hapitre sept

 

 

U na

 

1. Je ne peux plus sortir en plein jour au risque de terminer en J’ai un méga problème ! Je n’en ai pas qu’un seul, d’ailleurs… Dressons la liste :

barbecue géant.

2. Je cours si vite que j’enrhumerais Usain Bolt. 3. J’ai tellement de force que j’ai envoyé mon patron valser à

travers le mur de sa chambre.

4. Et pour finir, je peux obtenir tout ce que je désire grâce à mon

pouvoir de persuasion.

Ce qui est soit dit en passant le truc le plus cool qui me soit arrivé ces derniers jours ! Mais trêve de plaisanterie…

J’ai eu des jours vraiment pénibles dans ma vie. J’ai connu des moments où tout semblait partir en vrille, où plus rien n’était cohérent. Je me suis déjà sentie prise au piège d’un coup du destin sans savoir si j’allais pouvoir me relever, m’en sortir et recouvrer une vie normale. Mais ce n’était rien en comparaison de ce qui vient de me tomber sur la tête.

Je pense être dans un état second, que l’on pourrait qualifier d’état de choc. Tout se met lentement en place dans ma tête, mais cela prend du temps et exige une force mentale et même physique que je n’ai pas. Ce qui explique sûrement que je dorme autant. Dormir, c’est aussi un bon moyen de repousser la réalité, de la mettre en stand-by pour ne pas sombrer dans la folie. Et il y a matière à virer barge !

J’ai été kidnappée par mon patron et son cousin vampire. Je ne m’attarde même pas sur le fait que je déteste viscéralement ce mec. J’ai manifesté des capacités pour le moins déroutantes. J’ai découvert que, nous, les humains – si tant est que je le sois encore – nous ne sommes pas les seuls occupants de cette planète. Le fait qu’il y ait des vampires est déjà difficile à gober – surtout pour quelqu’un d’aussi sceptique que moi –, mais pour ajouter au côté ubuesque du truc, je gravite autour d’eux depuis des années. Comble de l’horreur, j’ai couché avec l’un d’entre eux. Et pas le plus plaisant, hein !

Comment tout cela est possible ? Pourquoi lui ? Pourquoi moi ? On s’écœure, on s’insupporte ! Les vérités qu’il vient de me confier le prouvent. Il a longtemps rêvé de me tuer ! Et rien ne prouve que ce ne soit plus d’actualité.

Si cette journée est de loin la plus surréaliste que j’ai vécue, il faut que je réfléchisse à la suite. J’ai une vie à Aberdeen et je compte bien la retrouver au plus vite. Hors de question que je m’éternise dans la maison des frères Salvatore.

Grâce au trou béant dans le mur de ma chambre, je peux entendre quelqu’un monter les marches. Secrètement, j’espère que ces pas sont ceux de Paden. Même si je ne sais du tout ce que je pourrais lui dire après l’avoir encastré dans le mur…

Le cœur battant, je m’approche de l’ouverture dans le mur et jette un coup d’œil dans le couloir. C’est bien Paden qui apparaît en haut des marches. Il s’arrête en me voyant sur le palier.

— Je viens en paix, lui dis-je les mains levées en lisant son inquiétude sur son visage.

— Tu es sûre ? Parce que je ne suis pas d’attaque pour un second round.

Une main au flanc, il grimace. Je me précipite vers lui pour le soutenir.

— Il faut que tu t’allonges.

— Pourquoi ? Je suis en pleine forme, ça ne se voit pas ?

Je retrousse mon nez.

— Du tout !

Bras dessus bras dessous, nous entrons dans la chambre où j’aide Paden à s’allonger sur le lit.

— Est-ce que… bégayé-je, coupable de l’avoir mis dans cet étant. Je peux faire quelque chose pour toi ?

— Je vais rapidement m’en remettre, ne t’en fais pas. Il me faut seulement un peu de repos.

— Pourtant, tu as l’air vraiment mal en point… Il faudrait peut-être appeler un médecin, non ?

— Un médecin, glousse-t-il. Je connais déjà son diagnostic. Il risque de m’annoncer que je suis mort.

Paden me fait un clin d’œil.

— Mais ça, je le sais déjà depuis un certain nombre d’années.

— Oh… marmonné-je en me sentant bête d’avoir parlé de faire venir un docteur. C’est encore difficile pour moi de penser différemment…

Je lui adresse un sourire stupide.

— Vu que tu es différent…

— Et comme je le suis, je vais guérir plus vite, alors arrête de te faire du mouron.

Je plonge mon visage dans mes mains.

— Je ne sais pas ce qui m’a pris, Paden.

Et me voilà partie à sangloter.

— Je suis tellement désolée.

— Hé…

Je sens qu’il glisse sa main glaciale dans la mienne avant de m’amener à lui. Je me laisse guider jusqu’à finir sur le lit et… dans ses bras…

— Ce n’est rien, Una, dit-il en me cajolant. J’ai bien vu que tu ne savais plus ce que tu faisais.

— Tout est si étrange en ce moment, pleuré-je à chaudes larmes. Depuis que je me suis réveillée ce matin-là, rien ne va plus !

Je me redresse et essuie grossièrement mes joues.

— J’ai même mangé de la viande, tu te rends compte ?!

Ma remarque le fait glousser, mais il redevient très vite sérieux. Sa main caresse ma joue.

— Ce qui veut dire que tout ça a commencé parce que Silas et toi avez…

Je vois sa mâchoire se serrer.

— Comment est-ce possible ? Je te jure que je le déteste !

— Mais Silas n’a pas totalement tort : il y avait quelque chose de différent chez toi lors de cette soirée.

— Toi aussi tu as ressenti de l’attirance pour moi ? demandé-je sans oser lever les yeux vers lui.

— Je n’irais pas jusque-là, mais il y avait une surprenante attraction autour de toi.

C’est à son tour de se dérober.

— Je crois que ça venait de tes… lèvres…

— Mes lèvres ? dis-je en réfléchissant. Je n’ai rien fait de très inhabituel, tu sais… j’ai seulement mis un peu de rouge à…

Je me tais.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— J’ai emprunté un tube de rouge à lèvres à Skye. La teinte, c’était rouge diabolique.

Je glousse.

— J’ai pensé qu’il était parfait pour elle…

— Je peux te confirmer qu’il était diabolique, dit-il dans un rictus.

— Comment un rouge à lèvres peut-il être à l’origine de tout ce bazar ?

— Je doute qu’il soit l’unique responsable, mais il est très important qu’on sache comment Skye l’a eu en sa possession.

— Je vais l’appeler, mais…

Je porte une main à mon front.

— Seigneur ! Il y a combien de temps que je suis ici ?

— Deux jours.

— Deux jours ! m’écrié-je en bondissant du lit. Mais elle va me tuer.

— J’espère que tu ne m’en voudras pas, mais je lui ai dit que tu étais avec moi.

— Pardon ? dis-je en lui faisant les gros yeux.

— Je ne savais pas quoi lui dire pour justifier ton absence, se défend-il. Alors, je lui ai raconté que toi et moi… enfin… j’ai cru qu’elle n’aurait pas de mal à le croire…

Prête à en découdre, je croise les bras sur ma poitrine en le défiant.

— Parce que tu t’imagines certainement que je suis follement amoureuse de toi ?

— Non, parce que les gens de mon entourage pensent que je suis amoureux de toi…

Mes bras tombent le long de mon corps.

— Oh…

— J’ai pensé qu’il en était de même pour elle.

J’esquisse un sourire en coin.

— Un peu, c’est vrai…

Paden fouille dans la poche intérieure de sa veste.

— Dans la précipitation, je n’ai pas pris tes affaires personnelles.

Il me présente son téléphone portable.

— Prends-le et appelle-la. Inutile qu’elle s’inquiète plus longtemps.

Je le récupère.

— Merci…

Paden me couve d’un regard attendri lorsque je m’en saisis et je devine à travers sa façon de m’observer qu’il ne m’en veut pas de l’avoir frappé. Je me sens troublée par la manière dont il me dévisage et mes joues s’empourprent. Cet instant est on ne peut plus bizarre, mais l’impression que Paden me fait à cette seconde est celle d’être parfaitement en sécurité. Il me regarde et mon instinct me dit au plus profond de mon être qu’il veillera sur moi. Tant que je resterai avec lui, rien de mal ne pourra m’arriver.

Hem ! Hem !

Ce raclement de gorge interrompt ce moment particulier et cela n’arrange pas l’animosité que je ressens envers celui qui vient d’entrer dans la pièce.

— Tu es rentré finalement, constate Silas qui préfère rester à bonne distance.

— J’ai dit que je le ferai, non ? rétorque froidement mon voisin.

— Mais tu aurais eu une bonne raison de changer d’avis.

— Je n’ai jamais voulu revenir pour toi, Silas. Je suis ici uniquement pour Una, car tu ne la protégeras pas. La pauvre se retrouve prise au piège au milieu de ta guerre.

— De ma guerre ? s’indigne Silas. Je n’ai pas provoqué ça !

— Mais réfléchis un peu ! s’énerve Paden en se mettant à la verticale. Qui a intérêt à t’affaiblir ? À qui profite le fait que tu sois humain ?

— Comment Deloraine aurait pu réussir un coup pareil ? Et quel est le lien avec Una ?

— Qui est Deloraine ? demandé-je curieuse alors que j’écoute attentivement leur échange.

— C’est le chef d’une importante famille de mages : Angus Deloraine.

— Des mages ? m’étonné-je. Alors, il y a des vampires et des mages ?

Paden acquiesce.

— Vu que je suis dans un mauvais remake de Twilight et de Vampires Diaries, j’imagine qu’il y a aussi des loups, non ?

— Mais de quoi est-ce qu’elle parle ? s’agace Silas.

— Non, Una. Il n’y a pas de loups.

— Quelle surprise ! soupiré-je en roulant des yeux. J’ai toujours préféré Jacob à Edward…

Paden glousse et je suis choquée qu’il ait saisi la référence.

— Un vampire qui mate des films de vampire, me lamenté-je. Ce n’est pas un peu trop mégalo ?

— Bon ! s’impatiente Silas. On peut en revenir à notre problème ?

— Notre problème ? Tu es tout seul sur ce coup-là, Silas. En quoi ça nous regarde, Paden et moi ?

Je le vois serrer les dents comme à chaque fois que je le fais sortir de ses gonds.

— As-tu oublié que tu ne peux pas sortir au soleil sans cramer ou que tu te déplaces plus vite que la normale ?

Je joue des épaules.

— Silas a raison, Una. Il faut qu’on rétablisse l’ordre des choses et, pour ce faire, tu dois appeler Skye.

— Skye ? intervient Silas. C’est qui ça encore ?

Ma pauvre Skye… Elle vient de passer trois ans à fantasmer sur un type qui ne sait même pas qui elle est…

— L’une de mes serveuses au Lann.

— On vit ensemble, espèce d’abruti !

— Qu’a-t-elle à voir avec notre histoire ?

— Una m’a appris qu’elle lui a emprunté un rouge à lèvres le soir de l’anniversaire de Bonnie. Je crois que tu es d’accord avec moi à propos du fait que ses lèvres étaient…

Il suffit que Paden y fasse référence pour que Silas se mette à loucher sur ma bouche.

— Silas ! le reprend durement Paden.

Il se redresse, vexé comme un pou d’avoir été pris en flagrant délit.

— Va lui téléphoner ! m’ordonne-t-il alors. Essaie d’en savoir plus sur cette histoire de rouge à lèvres. C’est incongru, mais c’est aussi la seule piste que nous ayons.

Je marche vers la sortie et Silas m’arrête lorsque je passe près de lui.

— Ne t’éloigne pas trop ! Juste au cas où il lui reprenne l’envie de me tuer…

Je plisse des yeux vers lui.

— Mais qui te dit que j’aurais envie de te défendre cette fois…

Et je reprends mon chemin vers le rez-de-chaussée.

***

— Attends, dis-moi que tu te fous de moi !

— Je suis désolée, Skye. J’aurais dû te prévenir plus tôt, je sais…

Cela fait déjà cinq minutes que je me fais sermonner par ma meilleure amie et je ne pipe pas un mot. Moi aussi, je serais hors de moi si elle s’était sauvée deux jours sans me donner la moindre nouvelle.

— C’est évident ! Et puis si tu baises le patron, la moindre des choses, c’est de le raconter aux copines.

— C’est ce qui te fous le plus en rogne, n’est-ce pas ?

— Ben, c’est normal !

Je lève les yeux au ciel.

— Mais j’ai flippé lorsque Kenneth m’a raconté que tu avais fait un malaise après avoir dégommé un client.

— Il en rajoute des tonnes, Skye. Je l’ai seulement un peu bousculé, mais le type était tellement bourré qu’il ne tenait plus sur ses jambes.

— Et ton malaise ?

— Tu vas encore avoir envie de m’engueuler, mais je crois que ça vient de la viande que j’ai mangée. D’ailleurs, j’ai vomi quand Paden m’a conduite à sa voiture.

Je l’entends qui fait claquer sa langue.

— Non, mais comment tu fais, sérieux ? Tu gerbes devant ce gars beau à tomber par terre et il finit par t’emmener en week-end pour te sauter. Là, il faut qu’on m’explique…

— Et sinon, comment ça se passe au bar ? dis-je pour changer de sujet. On vous a fait faux bond…

— On se débrouille, ne t’en fais pas ! Mais tu dois être une sacrée affaire au plumard, parce que Paden n’a jamais pris un jour de repos depuis qu’on bosse pour lui et là, il quitte le navire pendant un week-end !

— Je me rends compte que c’est déraisonnable et nous devons revenir à la réalité…

Mais comment revenir à ma vie d’avant après tout ce que j’ai découvert ? Et quelque chose me dit que je n’ai encore rien vu...

— Tant que j’ai toujours ma coloc à ton retour…

— Mais bien sûr ! On n’en est pas là.

On n’en est même nulle part…

— Una, je vais devoir te laisser. Il faut que je retourne bosser. Brodie est tout seul.

— J’ai une dernière question avant.

— Je t’écoute.

— C’est au sujet de ce fameux rouge à lèvres que je t’ai emprunté l’autre soir.

— Je t’ai dit que tu pouvais le garder…

— Oui, mais où l’as-tu eu ?

— C’est une de mes copines qui me l’a filé, y’a genre deux semaines.

— Quelle copine ? Je la connais ?

— Je ne crois pas. Elle s’appelle Angeline. Mais tu l’as sûrement déjà croisée au Lann. C’est là que je l’ai rencontrée.

Je fouille dans ma mémoire.

— Tu n’es pas sortie en club avec elle dernièrement ?

— Si. C’est ce soir-là qu’elle m’a donné ce rouge à lèvres d’ailleurs. J’avais adoré la couleur.

— Et tu es toujours en contact avec elle ?

— Je ne l’ai pas vue depuis notre soirée.

— Tu pourras me prévenir si c’est le cas ?

— Oui, mais pourquoi ? C’est bizarre que tu veuilles la voir, non ?

— Skye, s’il te plaît, juste fais-moi confiance et préviens-moi si elle repasse au pub.

Même si j’en doute…

— Comme tu voudras.

— Je t’aime très fort, tu sais…

— Je t’aime aussi. Et surtout, éclate-toi !

Je ne peux m’empêcher de rire en entendant son enthousiasme.

Notre conversation terminée, je remonte l’allée principale en observant la maison de Paden d’un œil curieux. C’est une jolie demeure qu’il possède.

Il m’a dit un peu plus tôt qu’il aimait venir ici lorsqu’il souhaitait se couper du monde. Je dois reconnaître que cet endroit est idéal pour cela. En briques, la maison est bâtie sur trois étages. Le parc autour est joliment arboré avec de très vieux chênes et des arbustes de diverses variétés. D’ici, je peux sentir l’air du large. Même si je ne la vois pas à cause de ce bois dense qui s’étend devant moi, je devine que la côte n’est pas loin.

Si ma journée ne m’a apporté qu’incertitudes et surprises, ces quelques paroles avec Skye m’offrent une ébauche de réponse. Si ce rouge à lèvres est bien à l’origine de ce maléfice, il est bien opportun que ce soit une amie de Skye qui le lui ait donné. Une cliente du bar qui se lie avec une serveuse et lui offre un objet visiblement enchanté est une drôle de coïncidence, je trouve.

Forte de mes découvertes, j’accélère le pas pour partager ces informations avec Paden quand mon attention est attirée par deux silhouettes qui patientent près de l’entrée de la maison. Peu enhardie, je m’approche et les deux ombres se distinguent. Je comprends qu’il s’agit de deux femmes vêtues de grandes capes et encapuchonnées. Toutes deux ont les cheveux longs et argentés, un peu comme un code vestimentaire. Elles sont d’un âge certain et les traits de leurs visages sont si sereins qu’ils aspirent à la quiétude.

— Bonsoir, leur dis-je lorsque j’arrive près d’elle.

Si j’avais des craintes en les voyant au loin, maintenant je sais au plus profond de moi qu’elles ne sont pas là pour me nuire. Je me détends.

— Bonsoir, Una Macaulay.

Bon… Elles savent comment je m’appelle.

— C’est moi… Et vous êtes ?

— Voici Althéa, me dit la plus grande des deux femmes. Et je me nomme Rhéa. Nous appartenons à la communauté des gardiennes et notre rôle est de préserver l’équilibre entre les forces surnaturelles qui habitent ce monde.

Sa voix m’endort. J’écoute ce qu’elle me dit et je trouve cela très intéressant d’ailleurs, mais sa voix est si tranquille, si belle, qu’elle me berce.

— Nous sommes venues jusqu’ici pour nous entretenir avec maître Oaken et maître Wallace, car un déséquilibre vient de se créer et nous devons y remédier, mon enfant.

Je lève la main.

— Je crois que je suis le déséquilibre en question…

— Nous le croyons également, me confirme Althéa.

Sans montrer aucune méfiance vis-à-vis de ces étrangères, je passe devant elle en les invitant à me suivre à l’intérieur.

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