Lipstick Poison: La malédictions des Oakens (French Edition)

Chapitre C

C hapitre six

 

 

S ilas

 

moquette de la chambre. C’est que ce soit cette imbécile qui en hérite ! Maintenant, j’en ai la preuve : il peut m’arriver pire que de perdre mes pouvoirs, marmonné-je en regardant Paden courir vers Una qui gît sur la

— Elle ne les maîtrise pas.

— Et tu viens de le réaliser en la voyant s’assommer contre la porte ? me moqué-je.

Paden la soulève et, avec une tendresse qui me donne la nausée, il l’allonge sur le lit avant de rabattre les draps sur elle.

— Tu n’es pas sérieux ! Elle va encore dormir ?

— Si on en est là, c’est à cause de ton manque de patience et de compassion. Una est une fille méfiante par nature.

— Doublée d’une emmerdeuse.

Je m’installe dans l’un des sofas et m’allume une nouvelle cigarette.

— Mais ce n’est pas comme si nous étions pressés. Après tout, ça ne fait rien que deux jours qu’elle pionce ta copine…

Voir Paden lui dégager son visage blanc comme la neige finit de me taper sur les nerfs. Je ne suis pas là pour assister à leurs roucoulades.

— Bon, ça suffit ! grondé-je en sautant sur mes pieds. Réveille-la et plus vite que ça !

Je m’approche et m’assieds au pied du lit. Mes yeux redessinent les formes d’Una sous le drap blanc.

— Tu crois que la braquer contre nous va nous aider ?

— Nous devons nous rendre en Norvège dans deux jours. Comment espères-tu que je m’entretienne avec Solberg si je ne suis plus un vampire ?

— Je n’espère rien et redevenir humain quelque temps ne te fera pas de mal, Silas. Tu apprendras un peu l’humilité !

Una s’agite et Paden lui accorde à nouveau toute son intention. C’est d’un pathétique !

— Una, chuchote-t-il en lui caressant la joue.

— Paden ? marmonne-t-elle en battant des cils.

— Je dois vous laisser un peu d’intimité ou on peut continuer ?

— Silas, articule Paden entre ses dents. Ferme-la !

— Qui es-tu ? le questionne Una en le fixant de ses grands humides. Dis-le-moi, s’il te plaît…

— Un vampire, Una, lui confesse-t-il comme si ça lui faisait honte. Je suis un vampire.

— Comment ? se met-elle à sangloter. C’est impossible…

— Pourtant, c’est la vérité.

C’est sur moi que se braque son regard humide. Elle semble m’interroger. Je hausse les épaules.

— J’en suis un également…

— Ça, ça reste encore à prouver ! réplique Paden.

Je lui lance un regard assassin auquel il ne prête aucun intérêt.

— Una, depuis cette soirée au Lann, quelque chose s’est mis à dérailler. Je ne parviens pas à me l’expliquer, mais ça vous impacte, Silas et toi.

— Je n’ai rien à voir avec lui, se défend Una en s’asseyant dans le lit. Je le déteste !

— Tu crois peut-être que je suis fou de toi ?

— Venant d’un mec qui disait, il n’y a pas cinq minutes, qu’il était attiré par moi, c’est plutôt risible, dit-elle sur un ton un peu trop vainqueur à mon goût.

— Et ça ne se serait jamais produit si tu n’avais pas tenté de me séduire ?

— Hein ? se récrie-t-elle en sautant du lit. Plutôt crever que de chercher à te séduire !

Ce n’est pas vraiment ce que tu disais quand je te… Je chasse cette pensée. C’est du passé, c’est oublié ! Je ne dois pas me focaliser sur ce qui s’est produit cette nuit-là !

— Ça peut s’arranger ! Il n’y a qu’à demander !

Elle me lance un sourire narquois.

— Je croyais que tu avais perdu tes canines…

— Mais je n’aurai qu’à faire preuve d’imagination. Bizarrement, ce n’est pas ce qui me manque quand je rêve de te tuer, Una ! Je dirais même qu’elle déborde !

— Ça suffit ! tonne Paden. Ce ne sont pas vos querelles qui vont nous faire avancer ! Il faut découvrir ce qui s’est passé entre vous pour que vos destins se soient entremêlés.

Boudeuse, Una s’assied sur le lit.

— Je n’ai jamais cherché à me rapprocher de lui de quelque manière que ce soit, alors ne comptez pas sur moi pour vous éclairer. Moins je le vois, mieux je me porte !

— J’en ai plus qu’assez de tes enfantillages, Una ! crié-je en me précipitant vers elle.

Je me jette sur elle et la plaque contre le matelas en tenant ses bras au-dessus de sa tête.

— Qu’est-ce que tu as fait, putain ?

— Silas !

Paden veut m’arrêter et je ne vais pas résister longtemps s’il se met en tête d’user de sa force contre moi.

— Una, parle-moi ! Qu’est-ce que tu as fait ? insisté-je avant que Paden n’intervienne.

Par réflexe, je m’accroche au regard d’Una et le sonde comme lorsque je veux manipuler l’esprit de quelqu’un. 

— Dis-moi ce que tu as fait ? lui ordonné-je alors que nos visages se frôlent. Una, j’ai besoin de connaître la vérité…

— Silas, chuchote-t-elle en fouillant mon regard.

Le temps se suspend dans la chambre alors que nous nous dévisageons. Pendant un instant, je suis de nouveau dans sa chambre, dans ses bras, dans ses draps. Mon corps réagit. Il me trahit, ce traître, alors que je renoue avec cette drôle d’attraction que j’ai déjà ressentie cette nuit-là. Mon désir prenant le pas sur ma réflexion, je vois trop tard que le noir de ses yeux s’est embrasé en deux belles flammes incandescentes. J’essaie de me dégager quand je comprends ce qu’elle fait. Sans même s’en rendre compte sûrement…

— Silas, dit-elle en scrutant au plus profond de mon esprit. Qu’est-ce que tu m’as fait ?

Non, non, non ! paniqué-je en moi-même. Elle m’a pris dans le piège de son regard me volant mon libre arbitre. À cet instant, Una peut faire ce qu’elle veut de moi, car elle possède mon esprit.

Je sens ces mots « interdits », cet « aveu de la honte » se frayer un chemin pour se libérer. Je les retiens avec toute ma détermination pour ne pas dévoiler la pire chose que je n’ai jamais faite et qui pourrait me coûter si cher. Mais la vérité, c’est que je n’ai plus aucun pouvoir et elle… elle va me mettre à genoux…

— Je t’ai fait l’amour, Una. Cette nuit-là après qu’on se soit vus au Lann, on a passé la nuit ensemble. Le matin, j’ai effacé ta mémoire pour que tu ne puisses pas t’en souvenir.

— C’est impossible, s’affole-t-elle, ses yeux bougeant nerveusement. Je n’aurais jamais accepté de coucher avec toi.

— Pourtant, c’est la vérité…

— Tu m’as menti !

Ces quelques mots hurlés par Paden me détournent du regard pénétrant d’Una. Je me redresse.

— Paden, balbutié-je en reculant lorsque je le vois marcher vers moi comme un lion prêt à bondir sur sa proie. Tu l’as sentie toi aussi. Il y avait un truc qui n’était pas normal chez elle, ce soir-là. C’était involontaire !

— Je t’avais interdit de t’approcher d’elle ! s’époumone-t-il en me saisissant par la veste.

Je finis projeté contre le mur derrière moi. Paden me rejoint en deux pas et bloque mon bras sous ma gorge.

— J’ai été victime d’un maléfice, articulé-je comme je peux. Je n’aurais jamais posé les yeux sur elle et tu le sais ! Tu connais mes convictions. C’était fort. Trop fort. Tu l’as ressenti toi aussi.

— Tu voulais que je revienne et tu as voulu me la prendre pour t’assurer mon obéissance ! Il n’y a aucun sortilège là-dedans, Silas. Seulement toi et ton besoin de contrôler tout et tout le monde.

Il place ses mains sur ma gorge.

— L’occasion est trop belle, dit-il en serrant ses mains sur mes cordes vocales. Te tuer était impossible, il y a deux jours, mais, ce soir, tu n’es rien d’autre qu’un humain. Je peux te briser les os, t’arracher le cœur et même te vider de ton sang et tu ne pourras rien contre moi. Una est l’une des nôtres maintenant, elle n’est plus un problème…

Il va le faire, il va me tuer ! J’essaie de me débattre quand je me sens partir, mais Paden est trop fort. Une force qu’il puise dans cette haine que j’ai créée de toute pièce sans véritablement le vouloir. Je n’ai jamais désiré cette fille dont il est amoureux. Mon meilleur ami, mon frère, prend ma vie et je ne peux pas lutter. Je suis perdu… Le grand, le redouté Silas Oaken est fini…

— Pourtant Una est plus que jamais ton problème…

Una. . . Le son de sa voix est comme un phare dans la nuit, comme une bouffée d’oxygène tandis que je suffoque lorsqu’elle s’adresse à Paden.

— Una… l’appelé-je à l’aide bien que j’étouffe.

S’ensuit un bruit puissant et tout vibre autour de nous quand Una assène à Paden une droite magistrale. Surpris, il n’a pas l’occasion de l’éviter et c’est à son tour de rencontrer le mur voisin. Je suis enfin libre et je m’écroule sur le sol. J’ai besoin d’air. Je respire et ça me fait un mal de chien. Prenant bouffée d’oxygène sur bouffée d’oxygène, j’observe la scène sans parvenir à en croire mes yeux : Paden vient de traverser le mur de la chambre. Il a littéralement explosé sur son passage. Étendu sur le sol, luttant pour se relever, il guette d’un œil troublé et craintif celle qui marche dangereusement vers lui.

— Una, tenté-je d’articuler.

Grâce à Paden, je n’ai plus de cordes vocales. Pourtant, elles me seraient bien utiles pour lui porter secours alors qu’Una s’acharne sur lui. Penchée au-dessus de lui, elle l’empoigne par son pull et le soulève comme s’il n’était pas plus lourd qu’une plume.

— Una…

— Et si je t’arrachais la tête pour voir si c’est amusant…

Paden disparaît, projeté dans le couloir par Una. Il y a un nouveau bruit sourd. Je crois l’entendre dégringoler les marches. Et ma sauveuse n’en a décidément pas fini avec son patron. Telle une prédatrice sûre de sa supériorité, elle se remet en chasse. Je la suis en essayant d’aller aussi vite que possible.

— Una, l’appelé-je d’une voix si faible que je doute qu’elle m’entende.

Conscient qu’elle peut le tuer et que cet imbécile risque de ne pas se défendre, je mets toutes mes forces dans cette course.

— Una, la hélé-je en arrivant en haut de l’escalier. Arrête !

J’entends un nouveau coup puis le bruit du verre qui se brise. Ma voix retrouve un peu de sa candeur. Je descends l’escalier en manquant de trébucher moi-même. Je crie plus fort.

— Laisse-le !

— Il a essayé de te tuer ! s’indigne-t-elle en se tournant vers moi.

— Et je te demande de le laisser vivre ! S’il te plaît…

Avec une légèreté déconcertante, elle se contente de hausser les épaules. À la voir, on ne se douterait jamais qu’elle vient de balancer son patron à travers sa maison. Elle semble ailleurs… Comme si quelqu’un utilisait son corps à sa place.

— C’est toi qui vois…

Je retrouve Paden allongé dans la salle à manger. Una lui a fait traverser la porte vitrée. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’y a pas été de main morte. Il a le visage marqué par les coups, les vêtements déchirés et de la poussière dans ses cheveux noirs. Je me précipite vers lui pour lui porter secours lorsqu’il tente de se relever.

— Attends ! Je vais t’aider, lui dis-je lorsque je le vois tenter de se lever.

Mais il me rejette.

— J’ai besoin, commence-t-il avant d’avoir une grimace de douleur. D’un peu de temps… Son équilibre retrouvé, il marmonne : Je vais prendre l’air un moment. Je présume que je peux te laisser avec elle… Tu es entre de bonnes mains.

— Paden, soupiré-je en le sentant affecté par les évènements. Regarde-la ! Elle ne sait même pas ce qu’elle fait.

Il regarde vers elle et constate, comme moi, combien elle semble troublée. L’œil hagard, elle observe autour d’elle et semble se demander ce qu’elle fait ici.

— Je préfère aller faire un tour, insiste mon meilleur ami.

La démarche branlante, il marche vers l’entrée et sort. Je le regarde faire et pour la première fois depuis longtemps, je regrette de lui avoir infligé cette peine. Il aime cette fille et je l’ai trahi. Jamais il ne voudra croire que tout ça n’est qu’un malentendu. Épuisé, le corps comme un hématome géant, je me traîne jusqu’au canapé du salon avant de m’y laisser tomber. Una quant à elle s’est réfugiée à l’étage. La tête rivée vers le plafond, je soupire en me frottant les paupières.

— C’est un foutu cauchemar...

***

Loin de vouloir en faire une habitude, j’ai au moins trouvé une chose agréable à ma nouvelle situation d’être humain : le whisky a meilleur goût. Et ce pur malt est idéal pour endormir la douleur qui irradie encore ma trachée.

La nuit est tombée dehors et j’ai un peu perdu la notion du temps après le départ de Paden. Je crois même avoir perdu connaissance. À mon réveil, j’étais bordé d’un plaid. Il n’y a qu’une personne sous ce toit capable de cette délicatesse : Una. Mais qui est cette fille, bon sang ? Elle me dit combien je la répugne et, la seconde suivante, elle s’élève contre l’homme dont elle est visiblement amoureuse pour me défendre. Je ne comprends rien à ce qui se passe…

Et je ne veux même pas penser au foutoir dans lequel je me suis fourré en révélant que nous avons couché ensemble. Paden ne me le pardonnera jamais. Le plus important, pour l’instant, est de découvrir ce qui a pu se produire entre nous pour inverser ce maléfice et que je retrouve enfin mes capacités. Pour y parvenir, je dois obtenir des réponses et elles ne peuvent venir que d’Una. J’ai voulu entamer un dialogue calme avec elle, mais je l’ai trouvée endormie au premier étage. Il faut admettre qu’elle est redoutable… Ce qui est encore plus étrange que la force dont elle a fait preuve, c’est bien le fait que je sois dans ses bonnes grâces.

Faisant tournoyer mon verre entre mes doigts, je cherche le meilleur moyen de calmer le jeu avec Paden. Il doit savoir que je n’ai jamais eu de pensées pour la femme qu’il aime.

— Salut…

La douce et hésitante voix d’Una me fait tourner la tête en direction de l’escalier en bois, mais ce simple geste me fait couiner de douleur. Una a abandonné la chemise de Paden pour enfiler son jean noir et le t-shirt du même coloris qu’elle portait ce soir. Son look habituel en somme…

— Una ?

— Je vois que Paden n’est pas rentré.

Je secoue la tête.

— Mais il va revenir, non ?

— Personnellement, je ne le ferai pas…

Una s’installe dans le fauteuil de cuir face à moi et plie ses jambes sous elle. J’avale une nouvelle gorgée de whisky.

— Mais Paden n’est pas comme moi. Il est loyal…

Plus timide que tout à l’heure, Una entortille son doigt dans son t-shirt.

— Tout ce que tu as raconté tout à l’heure à propos de… nous… c’est vrai ?

— Malheureusement, soufflé-je en laissant ma tête retomber contre le dossier du canapé. Cependant, j’ai du mal à croire que de tout ce qui s’est dit là-haut, ça soit le seul détail qui te perturbe. Je me trompe ?

Elle hausse les épaules.

— Étrangement, j’ai moins de mal à croire aux vampires qu’à nous deux couchant ensemble…

— Et pourtant…

Tu m’as laissé te faire des choses que je n’ai jamais osé tenter auparavant… Une nouvelle fois, je chasse mes souvenirs. Je me redresse bien vite quand je sens la bouteille me glisser des mains : Una vient de me la subtiliser. Elle en avale une gorgée et sa grimace m’arrache un rictus.

— Ce n’est pas pour les petites filles ! la grondé-je en reprenant mon bien.

— Une petite fille ?! répète-t-elle, choquée.

Les coudes enfoncés dans mes genoux, je la détaille avec sérieux.

— Quel âge as-tu, Una ?

— Vingt-deux ans, m’apprend-elle fièrement.

— Et moi, cent soixante-huit.

Elle écarquille les yeux.

— Je réitère. Tu n’es qu’une petite fille !

Visiblement décidée à me prouver que j’ai tort, elle me reprend la bouteille et en avale une nouvelle rasade.

— Et pourquoi as-tu effacé ma mémoire ?

Ses yeux se froncent en signe de provocation.

— Tu as été aussi nul que ça ? Et comment tu t’y es pris d’ailleurs ?

Putain, non ! J’étais plutôt bon ! D’ailleurs, tu me l’as répété quelquefois…

— C’est évident, non ? J’ai effacé tes souvenirs pour que tu ne puisses plus te souvenir de cette nuit. Pour ta gouverne : ça n’a rien à voir avec ma performance ! Seulement je ne voulais pas qu’une humaine aille se vanter d’avoir couché avec moi.

— Comme s’il y avait de quoi fanfaronner, marmonne-t-elle.

Quelle garce !

— J’imagine que tu opères de la même manière à chaque fois.

— À chaque fois que quoi ?

— Que tu couches avec une… mortelle…

— Qu’est-ce que tu racontes ? Je ne me suis jamais rabaissé à coucher avec l’une de tes semblables. C’est un déshonneur !

— Comme si je me sentais honorée, rétorque-t-elle sur un ton narquois avant de prendre du whisky. Comment as-tu fait ? Pour me prendre ce souvenir…

— De la même manière que tu m’as fait avouer que nous avions couché ensemble…

— J’ai fait ça ? s’étonne-t-elle.

— Disons que tu as un pouvoir de persuasion très… persuasif !

— Et ça marche avec tout le monde ?

— Avec les humains. Une vieille légende raconte que certains vampires arriveraient à influencer leurs congénères, mais je n’y suis jamais parvenu.

— Et si le grand Silas Oaken n’y arrive pas, ce n’est forcément qu’une légende, c’est ça ? Peut-être que tu n’es pas si fort que tu le croies…

La bouteille rencontre la table basse et Una se lève.

— Maintenant, tu es un humain, n’est-ce pas ?

Je n’aime pas du tout sa façon de bouger. Elle est joueuse et provocante… Après avoir enjambé la table, elle vient s’asseoir sur moi.

— Ne fais pas ça, l’imploré-je alors que ses mains se faufilent dans mes cheveux.

— J’aurais tort de m’en priver ! Je peux faire ce que je veux de toi, Silas.

— Ce n’est pas comme ça que…

Je me tais lorsque son regard s’agrippe au mien. Je retrouve le feu brûlant dans le fond de ses yeux et elle me met à genoux.

— Comment as-tu fait pour me séduire ?

Pris au piège, je n’ai pas d’autre choix que de répondre à sa question.

— Je n’ai rien eu à faire. Je t’ai suivie quand tu as quitté le bar. Devant ton immeuble, tu as compris que j’étais là et j’ai senti la peur se répandre en toi. Je voulais te tuer aussi fort que je désirais te posséder. Tes lèvres m’appelaient et je n’ai pas su résister. On s’est embrassés. Tu en avais envie. Je l’ai senti. À partir de cet instant, tout était hors de contrôle. On n’a pas vraiment parlé. On a juste…

— Baisé ?

Je hoche lentement la tête.

— Et c’était bon ?

Eh merde… Je me sens à l’étroit dans mon pantalon lorsqu’elle me pose cette question.

— Sur le moment, j’ai éprouvé du plaisir…

— Mais tu regrettes, c’est ça ?

— Je ne t’aime pas, Una. Je hais ce que tu représentes.

— Les humains ?

J’acquiesce.

— Pourquoi voulais-tu me tuer ?

— Parce que tu passes ton temps à me défier. Tu n’as pas peur de moi et je déteste ça.

Ses lèvres percutent les miennes et Una m’emporte dans un baiser brûlant contre lequel je n’essaie même pas de lutter. Pire, je plante mes doigts dans la chair de ses fesses et me frotte contre elle comme un animal en rut. Ma condition humaine est le pire châtiment qu’on pouvait m’infliger pour m’être oublié en elle.

— Una, grogné-je dans sa bouche, incapable de m’arrêter.

Elle m’abandonne aussi brusquement qu’elle m’a embrassé. Je reviens immédiatement à la charge. J’en veux encore… J’en veux plus…

— Una ?

— Tu as raison, Silas, dit-elle en tapotant ma joue. Je n’ai pas peur de toi.

Elle saisit fermement mon menton et plante son regard dans le mien.

— Essaie seulement de songer à me tuer encore une fois et c’est moi qui aurai ta peau !

Elle me vole un dernier baiser en gardant ma lèvre entre ses dents.

— Quant au souvenir de cette nuit-là, je te laisse avec plaisir. On sait tous les deux que je ne perds rien…

Sur ces mots, elle disparaît au premier étage en me laissant comme deux ronds de flanc sur le canapé.

 

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