Lipstick Poison: La malédictions des Oakens (French Edition)
Chapitre C
C hapitre trois
U na
habituellement. Je connais mes limites et je n’ai pas bu suffisamment pour Eh merde… ce sont les seuls mots qui parviennent à se frayer un chemin entre mon cerveau engourdi et ma bouche pâteuse. Bizarre… Je tiens bien l’alcool expliquer ma gueule de bois. J’ouvre un œil, histoire de me rencarder sur l’heure, mais mon réveil n’est plus à sa place. Je bats des paupières le temps de m’accoutumer à la lumière avant de balayer ma chambre du regard. Non, mais c’est quoi ce bordel ?
Depuis mon matelas, posé à même le sol, je constate que tout est sens dessus dessous. Je ne suis pas une maniaque du rangement, mais je n’ai jamais laissé ma chambre dans cet état. Je retrouve mon réveil. Ou plutôt ce qu’il en reste… Il repose en morceau sur le sol, comme si on l’avait projeté contre le mur. Toutes mes affaires qui étaient rangées sur le dessus de ma commode jonchent le parquet.
Surprise, je balance ma couette pour aller prendre une douche. J’espère que celle-ci m’aidera à me réveiller. Mais une nouvelle surprise de taille m’attend. Je suis nue, putain ! Genre de la tête aux pieds ! Dormir ainsi en plein été, pourquoi pas ! Mais pas à l’automne.
— Cette soirée était trop bizarre, marmonné-je en m’habillant.
Je vais au salon et le silence qui règne me laisse penser que Skye dort toujours. Je vais à la cuisine où je me fais couler un café quand la porte d’entrée s’ouvre. Je passe la tête par l’ouverture de la cuisine et découvre ma meilleure amie qui se faufile à l’intérieur ni vu ni connu.
— Halte-là !
Coupée dans son élan, elle se fige et me réserve un accueil des plus glacials. Euh…
— T’étais où ?
— Avec la bande. On n’a fait traîner la soirée jusqu’à ce matin.
— Vraiment ? Tu n’as pas dormi ?
— J’y vais justement, me dit-elle en m’indiquant la porte de sa chambre.
Je fronce le nez.
— T’es sûre que tu n’étais pas avec un mec plutôt ?
Ce qui serait plus crédible…
— N’importe quoi ! se vexe-t-elle. Pourquoi je te mentirais à ce propos ?
— Ben, peut-être que tu ne veux pas que je sache avec qui tu as passé la nuit, supposé-je.
Je me mets à glousser.
— T’as tenté ta chance avec Silas, ça y est ?
Ses yeux s’embrasent lorsque je prononce ce nom.
— Est-ce que tu te fous de moi ?
— Quoi ? dis-je les bras levés, étonnée par sa réaction. Y’a un problème ?
— Comment j’aurais pu tenter quoi que ce soit alors qu’il n’avait d’yeux que pour toi ?
J’ouvre mes yeux en grand.
— Mais qu’est-ce que tu me racontes ?
— Ne fais pas l’innocente, Una. Hier, les mecs en avaient tous après toi ! Paden, Silas et même Kenneth.
— Non, mais je rêve !
— Oh, arrête ! Paden et Silas ont failli en venir aux mains à cause de toi.
— Attends ! dis-je en prenant ma tête dans mes mains. J’ai dû trop picoler hier. Je me suis réveillée avec la tête en vrac et je ne me souviens pas de ce qui s’est passé au Lann.
— Tu vas me jouer la carte de l’amnésie ? T’es sérieuse ?
— Je te jure que tout est très flou, merde ! Regarde ma chambre ! Je ne sais même pas ce qui s’est passé pour qu’elle finisse dans cet état.
— Tu sais quoi ? dit-elle en allant vers sa chambre. Je vais aller me pieuter et je ne veux plus en parler.
Je la suis.
— Dois-je te rappeler que toute cette histoire a commencé à cause de toi ?
Ma meilleure amie marque un arrêt brutal et se tourne vers moi.
— Ce qui veut dire ?
— Je m’en tape de Paden ! C’est toi qui es venue me chercher avec tes « Réveille-toi ma vieille ! Il passe son temps à te reluquer ! » La vérité, c’est que je m’en cogne. J’ai accepté de relever le défi juste pour ton blé !
— Et que te voulait Silas ?
— Silas ?
Mes poils se dressent lorsqu’elle me parle de lui.
— De quoi avez-vous parlé ?
— Je viens de te le dire ! Je ne me souviens de rien, bordel !
— Donc, tu as oublié que tu as envoyé Paden se faire foutre ?
Je porte une main à ma bouche en jurant.
— Mais pourquoi ?
— Il t’a demandé de monter dans son bureau et tu lui as dit d’aller se faire voir.
— Eh merde…
— Qu’est-ce que t’a dit Silas lorsqu’il est venu te voir au bar ?
Je réfléchis et tente de me souvenir de ces quelques mots que nous avons visiblement échangés, en vain. Je secoue la tête.
— Je n’en ai aucune idée, mais on a dû se balancer des vacheries, comme d’hab !
— Mais il était différent hier soir, dit-elle tristement. Tu m’as fait remarquer que Silas n’avait jamais porté le moindre intérêt à qui que ce soit depuis qu’il vient au Lann. C’était vrai, je le reconnais. Jusqu’à hier… Toi, il t’a regardée…
— Écoute, Skye, lui dis-je avec sérieux. Je n’ai aucune idée de ce qui se passe, OK ! Ce dont je suis sûre, c’est que je déteste ce mec ! Le simple fait que tu puisses le trouver séduisant, c’est de la science-fiction pour moi.
— Tu me le jures ? me questionne mon amie, un sourire en coin. Il ne te plaît pas ?
— Pas le moins du monde, ricané-je. Je te laisse avec plaisir ce type.
J’ai enfin le droit à un sourire franc.
— Je suis convaincue qu’il n’est pas aussi con qu’il en a l’air.
— Eh ben, je te laisse le loisir de le découvrir…
Skye rigole avant de passer la tête par l’embrasure de ma porte.
— Oh, putain ! s’exclame-t-elle en voyant le désastre dans ma chambre. Mais c’est quoi ce bordel ?
Je hausse les épaules.
— Je me suis sentie très bizarre en me réveillant ce matin, comme si j’avais picolé. C’est le trou noir, je te jure.
— Mais c’est flippant ! T’es certaine de ne pas avoir fait une mauvaise rencontre ?
— C’est ce qui est le plus étrange. J’étais un peu vaseuse en me réveillant, mais je me sens hyper bien « genre » j’ai passé la plus belle nuit de ma vie.
Je fais la moue.
— C’est trop chelou !
— Un peu, ouais.
J’indique sa chambre.
— Tu as toujours l’intention d’aller dormir ou tu te servais simplement de cette excuse pour m’éviter ?
Sa bouche se tord.
— J’étais un peu en pétard, j’avoue.
— On pourrait aller manger un bout au resto et tirer un trait sur cette soirée carrément bizarre. Qu’est-ce que tu en dis ?
— C’est toi qui invites ?
— Pourquoi pas ? Je paierai avec le pognon que tu me dois vu que j’ai relevé ton défi à la con !
Elle se marre avant de disparaître dans sa chambre.
***
Le restaurant que je choisis pour honorer mon invitation à déjeuner est situé à deux pas du Lann. Ce qui est très pratique vu que Skye et moi sommes de service, ce soir. Nous sommes déjà venues manger ici. C’est d’ailleurs l’un des rares restos du coin qui convient à notre bourse.
Il aurait été plus raisonnable de mettre cet argent de côté, mais j’ai pensé qu’une sortie en tête à tête avec Skye nous aiderait à tirer un trait sur l’incident de la veille. Je ne veux pas m’attarder sur le sujet, mais j’ai eu un pincement au cœur lorsqu’elle a douté de moi. Comment peut-elle s’imaginer que je laisserais un mec s’immiscer entre nous ?
Je ne possède pas grand-chose. Mon compte bancaire est souvent dans le rouge, je n’ai aucun bijou de valeur, mes vêtements ne sont pas luxueux et tout ce que vous trouverez chez moi n’a rien de neuf, mais je possède un truc très rare : l’amitié ! J’adore la bande du Lachlann. Je me sens bien en leur compagnie et je leur fais confiance, mais ça n’a rien de comparable avec ce qu’il y a entre Skye et moi. Nous avons grandi ensemble. Elle est comme un journal intime dans lequel j’aurais inscrit tous mes secrets. Elle connaît tout de moi : mes peurs, mes craintes, mes angoisses, mes forces, mes bonheurs et mes rêves. Pour rien au monde, je ne mettrais ça en péril. Surtout pas pour Silas…
Mais je ne veux plus penser à lui, car pour le moment, je suis assise dans ce restaurant dont la carte m’a totalement captivée. Ce soir, j’ai un appétit d’ogre et je compte bien le contenter. La serveuse se présente à nous et je laisse Skye passer sa commande, car j’hésite encore.
— Una ?
Je lève le nez de la carte quand Skye m’appelle.
— Qu’est-ce que tu veux ?
— Oh… euh… Je vais prendre un thé glacé, une assiette de frites et une entrecôte !
— Pardon ? s’étonne Skye.
Je l’ignore et poursuis :
— Pour la cuisson, qu’est-ce qu’il y a de plus saignant que saignante ?
— Bleue. On saisit simplement l’extérieur de la viande, m’explique la serveuse.
— Et plus saignante que bleue ?
— C’est cru, rigole-t-elle.
— Hmm…
J’interroge Skye du regard.
— C’est bizarre si je mange ma viande crue, hein ?
— Pas plus flippant qu’une végétarienne qui se commande une entrecôte…
Je joue des épaules et m’adresse à la serveuse :
— Je vais prendre une entrecôte et ça sera bleue pour la cuisson !
Skye m’observe de ses grands yeux noisette alors que la serveuse s’éloigne.
— Je peux savoir ce qui t’arrive ?
— Ben quoi ? dis-je innocemment. Y’a dix ans que je n’ai pas mangé de viande. Je ne vais pas me culpabiliser parce qu’aujourd’hui, j’ai envie d’un bout de bidoche.
— C’est quand même un peu étrange…
La serveuse nous apporte nos boissons et Skye m’interroge :
— Et du coup, tu as un plan pour gérer Paden ?
— Un plan ?
— Ta mémoire te lâche peut-être, mais je doute que la sienne le fasse. Il avait l’air sacrément mordu. Sûre qu’il t’attend de pied ferme pour discuter avec toi.
Je grimace.
— Super…
— Il est du genre à mettre les pieds dans le plat, direct !
Je plonge mon visage dans mes mains.
— Dans quel merdier je me suis fourrée… T’imagines s’il veut me foutre à la porte !
— Je pense qu’il veut surtout te sauter, mais bon…
— Ah non ! Ne recommence pas avec ça ! Tu pensais que ça serait « fun » et, finalement, j’ai envoyé le boss se faire foutre !
— Sûre qu’il a aimé ça ! se marre-t-elle.
— Vous l’avez vu après mon départ ?
— Non. Ni lui ni Silas d’ailleurs.
Je roule des yeux. Bon, je ne vais pas me couper l’appétit pour ça ! Et puis je n’ai rien à me reprocher, c’est eux qui ont agi comme deux imbéciles. Sur cette pensée, la serveuse me présente mon assiette garnie d’une gigantesque entrecôte si appétissante que je m’en lèche les babines… Si, si… pour de vrai…
***
Il est encore tôt lorsque nous arrivons au pub après notre repas. Du fait, il n’y a pas beaucoup de clients en salle. Brodie est derrière le bar et Bonnie au service. Nous profitons du fait qu’il nous reste quelques minutes de liberté avant d’embaucher pour tenir compagnie à Brodie en sirotant un café. Un petit moment de détente avant le coup de bourre… Seulement, il y a un hic ! Je flippe de plus en plus à l’idée de croiser mon patron. Je pourrais tâter le terrain…
— Est-ce que Paden est là ? questionné-je Brodie.
— Il m’a appelé ce matin pour m’avertir qu’il ne serait pas là avant ce soir.
— OK…
Je me tais une seconde en tordant ma bouche dans tous les sens.
— Tu ne l’as pas trouvé plus bizarre que d’habitude ? demandé-je à mon ami, curieuse d’avoir ses impressions sur le comportement de Paden, la veille.
— Si tu parles d’hier, je te rassure ma belle, ce n’est pas toi !
— Il y a eu un problème avec Silas avant que j’arrive ?
— Un problème. Comment ça ?
— Skye m’a raconté que c’était très chaud entre eux.
— C’est vrai que ça avait l’air tendu, mais je n’ai pas…
Mon ami se tait. Je lève les yeux pour voir ce qui le retient de poursuivre. Sans aucun doute la présence de Paden qui vient d’arriver derrière le bar… Il me dévisage et je ne pensais pas que ce soit possible, mais il paraît encore plus de mauvais poil que d’ordinaire.
— Dans mon bureau ! gronde-t-il en jetant un froid polaire autour de lui.
Surprise par son ton autoritaire, j’observe autour de moi et échange un regard interdit avec mes collègues.
— Una !
— Oui, oui, soupiré-je, revêche. Si tu commençais par dire « bonjour » au lieu de nous envoyer ta mauvaise humeur au visage…
Tous les regards présents se tournent vers notre patron. Forcément, tout le monde doit s’attendre à une réaction de sa part. Au lieu de ça, il opère un demi-tour et part en direction de l’escalier qui permet d’accéder à son bureau. Me rebeller n’est peut-être pas une bonne idée. Cela dit, si Paden s’est mis en tête de me virer, je ne vais pas me gêner pour l’envoyer balader. C’est la seconde fois que je monte dans son bureau depuis que je bosse ici – la première fois, c’était pour mon embauche. Autant dire que ça ne sent pas bon pour moi.
Je suis mon patron dans l’escalier qui dessert son bureau et entre lorsqu’il m’y invite. La porte claque quand il me rejoint. Pas vraiment rassurée, je regarde autour de moi et rien n’a changé ici. C’est toujours un endroit froid, sombre et impersonnel… Comme Paden quoi…
— Est-ce que tu as vu Silas hier soir ? m’interroge-t-il en faisant les cent pas devant moi.
— Excuse-moi ?
— Ma question est pourtant simple ! Est-ce que tu as vu Silas après avoir quitté le pub ?
Je n’ai jamais cherché à défier l’autorité de Paden, mais ce soir, je me sens pousser des ailes, visiblement. Je croise les bras devant moi pour lui signifier mon agacement à supporter son interrogatoire.
— Et je peux savoir en quoi ça te regarde ?
— Una ! crie-t-il en tapant du poing contre son bureau derrière lequel il s’est retranché.
— Non, mais je rêve ! Vous vous êtes conduits comme deux connards et c’est toi qui hausses le ton contre moi ?
— Je te demande de répondre à une simple question, bordel !
— Ben, non ! Je n’ai pas vu cet enfoiré de Silas, m’écrié-je. Ça te va comme réponse ?
Comme souvent Paden enfonce ses deux iris noirs dans les miens. À croire qu’il cherche à déterminer si je mens ou pas.
— Tu es certaine qu’il ne t’a pas suivie ?
— Hein ? me récrié-je. Si ton connard de cousin s’amuse à me suivre, je vais lui broyer les bijoux de famille !
Je fais une volte-face et fonce vers la porte que j’ouvre avec fracas.
— Rends-moi service et fais-lui passer le message ! S’il m’approche, je veillerai à ce que son nom meurt avec lui !
Je veux m’en aller quand Paden m’appelle d’une voix bien plus douce. Je jette un coup d’œil par-dessus mon épaule.
— Il y avait quelque chose de différent chez toi hier…
— Oui, et ça s’appelle une robe et des talons aiguilles ! Si le fait de voir une nana dans cette tenue vous rend aussi cons, c’est qu’il est temps de vous trouver une fille !
Paden secoue légèrement la tête.
— C’était autre chose. Fais attention à toi, s’il te plaît.
— Tout ira très bien pour moi tant que toi et ton cousin restez loin de moi !
Paden a un sourire timide en coin.
— Message reçu…
Je sors et rejoins le reste de l’équipe avec la ferme intention d’oublier cette drôle de conversation.
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