Lipstick Poison: La malédictions des Oakens (French Edition)

Chapitre C

C hapitre quatre

 

 

S ilas

 

délivrance. Je veux me débarrasser d’elle, du parfum sucré de sa peau, de Un soupir las et désemparé… Assis à même le carrelage de ma douche à l’italienne, je reçois l’eau chaude sur mon corps comme une nos transpirations mêlées.

Ce matin, je me suis réveillé – il y avait un moment que je n’avais pas dormi aussi profondément – et j’étais dans des draps que je ne connaissais pas, dans un appartement qui n’était pas le mien. Cette chambre était étroite et franchement piteuse. Il y avait du désordre partout et mes vêtements étaient éparpillés sur le sol. J’avais une migraine effroyable et je me sentais vaseux. Comme un mec qui aurait trop picolé… Qu’est-ce qui pourrait bien m’enivrer moi, Silas Oaken ? Elle ? L’odeur du sexe qui embaumait la pièce ? Je secoue la tête pour chasser cette pensée. Je n’ai pas pu faire une telle chose, c’est impossible ! M’accoupler avec une mortelle ! Avec cette Una ! Pourtant, les draps ont remué près de moi et son corps nu s’est révélé à moi. Elle était là, belle et endormie. J’ai voulu fuir… fuir l’évidence… J’avais couché avec elle ! Mon corps est marqué de nos ébats. Elle m’a fait quelques suçons et surtout, j’ai mal à une partie de mon anatomie avec laquelle aucune humaine n’a jamais été intime avant cette nuit… avant Una.

Je frémis en me remémorant ce souvenir. Répugné, je remets une nouvelle dose de gel douche dans ma main avant de me frotter énergiquement. Il ne doit plus rien rester de l’empreinte qu’elle a laissée sur moi. Je n’arrête pas de me repasser le déroulement de cette soirée sans réussir à comprendre comment j’en suis arrivé à me vautrer dans le lit de cette vermine.

En début de soirée, je suis arrivé au Lachlann pour obtenir de Paden qu’il abandonne ses affaires afin de se rallier à mon combat contre Deloraine. Je voulais m’assurer de son obéissance, mais aussi voir s’il avait fait ce que je lui avais ordonné au sujet d’Una. Bien sûr, il a sapé mon autorité une fois de plus… Pour couronner le tout, il a refusé de se joindre à moi. Ce qui nous a conduits à une violente dispute.

Nous avions cette discussion animée lorsqu’il s’est levé brusquement avant de se précipiter au rez-de-chaussée. Je l’ai suivi et en arrivant près du bar, j’ai compris la raison de son soudain départ : Una était présente. Je la sentais et l’odeur qui émanait d’elle était très différente.

Je les ai retrouvés dans le fond de la salle et tout est devenu étrange. En un regard, elle est devenue mon obsession ! Je la voulais comme je n’avais jamais désiré quoi que ce soit. Je devais la faire mienne pour un baiser… pour une nuit… pour une vie… Comment cette fille s’y est prise pour me faire basculer dans cette folie amoureuse ?

À cause d’elle, j’en suis venu aux mains avec Paden. Il la désirait tout comme moi. J’ai compris que je ne pourrais rien tenter tant qu’il serait là pour la protéger, alors je suis parti et j’ai attendu qu’elle rentre chez elle. Una a compris que quelqu’un l’observait depuis les arbustes. Je suis sorti lorsqu’elle m’a interpellé, mais j’ignorais ce que j’allais faire.

Mon instinct me disait de la tuer et mon désir m’intimait de la posséder. Ses lèvres m’appelaient et c’était plus envoûtant que le chant des sirènes. La dernière chose dont je me souviens ce sont mes lèvres qui rencontrent les siennes. Le reste de la nuit n’est qu’un immense trou noir. La seule chose dont je suis certain, c’est que j’ai couché avec elle. Moi, Silas Oaken, je me suis oublié dans les bras d’une rebue de ce monde !

L’histoire de ma famille s’est bâtie sur notre réputation d’être celle qui tient le plus en horreur la race humaine. Comme une fierté, nous avons toujours rejeté l’idée de nous lier à eux pour une autre raison que de les asservir. Je jetterai l’opprobre sur mon nom, je porterais atteinte à notre prestige si cette vérité venait à se savoir. Pire, je pourrais être déchu de mes privilèges au sein de mon clan pour m’être rabaissé à forniquer avec une humaine. Après un tel affront, ma mère, conservatrice de nos traditions, me destituerait de mon titre de chef de famille.

Je n’ai pas eu d’autre choix que de la réveiller. Ses yeux se sont mis à papillonner et un sourire comblé s’est dessiné sur ses lèvres. D’une voix douce et endormie, elle m’a dit bonjour et ses mains se sont baladées sur mon corps. Elle voulait que je lui fasse l’amour et… Je me frotte les yeux. Comme si ce geste allait suffire à effacer ce que j’ai fait…

— Comment ai-je pu me fourvoyer à ce point ?

Avant de partir, de quitter Una, j’ai fait appel à mon pouvoir de persuasion pour effacer le souvenir de notre nuit de son esprit. Une technique que j’utilise souvent lorsque je chasse. Mais ce matin, j’ai bien cru ne pas réussir. Son esprit a été très difficile à manipuler. Apparemment, elle est plus forte que je ne le pensais. J’ai dû insister un long moment avant que notre débauche ait déserté sa mémoire. La situation doit être sous contrôle et Una ne devrait pas se vanter de m’avoir attiré dans son lit. En tout cas, je l’espère.

Après avoir quitté son appartement, j’ai dû trouver rapidement un endroit où me réfugier, car le soleil commençait à se lever. Par chance, je possède un appartement à Édimbourg. Le seul problème : je suis loin d’être dans mon état normal depuis que j’ai laissé Una. Je me sens épuisé, à bout de force. Le plus raisonnable est de profiter du fait d’être coincé ici pour me reposer et recouvrer mes esprits. J’ignore ce que ce parasite m’a fait, mais mon erreur peut me coûter très cher !

Dans la chambre à coucher, je défais la serviette nouée autour de ma taille et m’apprête à me glisser sous les draps lorsque la sonnerie de mon téléphone retentit. Je récupère mon portable sur la table de chevet et grimace en découvrant qui m’appelle.

— Qu’est-ce que tu veux ? décroché-je de mauvaise humeur.

— Dis-moi que tu ne lui as rien fait, Silas !

Paden arrive aux limites de ma patience avec cette fille. Je suis épuisé et Una est la dernière personne dont j’ai envie de parler.

— Oh, pitié ! Ne me dis pas que tu te préoccupes sincèrement de cette mortelle ?

— Je t’ai ordonné de ne pas l’approcher !

— Et depuis quand me donnes-tu des ordres, Paden ? hurlé-je en retour. J’en ai assez que tu me défies ! Tu viens de sceller son destin : je vais la tuer en représailles à ton insolence.

C’est d’ailleurs ce que j’aurais dû faire ce matin…

— Silas !

— Je ne veux plus jamais entendre parler d’elle, tu entends ?

Ce qui arrangera bien mes affaires.

— Tu exiges mon retour à Endless et j’y consens si tu me donnes ta parole de laisser Una en paix.

— Tu marchandes avec moi pour une humaine ! me récrié-je. Mais qu’est-ce qui t’arrive ? Tu es tombé amoureux de cette idiote ?

— Et que t’a-t-elle fait, Silas ? Que signifie ton comportement d’hier ?

— Je veille sur cette famille, Paden ! Nous sommes menacés…

— Tu t’es mis en chasse dans mon bar !

— Je tuerai tous ces humains que tu affectionnes si tu ne me montres pas plus de respect ! Si ta famille a besoin de toi, tu te dois de répondre à l’appel !

— Tu as tué Aldrich Deloraine, Silas ! C’est ton erreur, pas la mienne !

— Tu tiens réellement à me tourner le dos au moment où j’ai le plus besoin de toi ?!

— Oublie-la, Silas ! Si tu tiens à ce que je revienne, oublie Una !

— Mets tes affaires en ordre au plus vite. Je passe te chercher, ce soir ! C’est le seul geste que j’aurais envers toi !

Je vais raccrocher, mais je ne peux réprimer une dernière question avant.

— Pourquoi éprouves-tu des sentiments pour un être aussi stupide et futile qu’elle ?

— Tu n’as jamais cherché à en apprendre plus sur eux ! Si tu l’avais fait, tu aurais constaté que certains d’entre eux sont très sympathiques.

Sympathiques… Non, mais ce qu’il ne faut pas entendre…

Je coupe la conversation, balance mon portable sur mon lit et m’y laisse choir, éreinté comme je l’ai rarement été. 

***

Il est près de 1 heure du matin lorsque je franchis la porte du Lachlann, ce soir-là. En toute sincérité, j’espère que je n’aurais plus jamais à mettre un pied dans cet endroit. Ce qui ne devrait pas être compliqué vu que Paden rentre à Endless avec moi. Avec lui à mes côtés, je vais pouvoir terrasser Deloraine ainsi que les mages une bonne fois pour toutes. Angus va connaître le même sort que son fils !

L’idée d’éloigner Paden de cette mortelle est la plus sage après les évènements de la nuit dernière. J’ai usé de mon pouvoir de persuasion sur elle, mais elle s’est montrée un peu trop récalcitrante pour que je sois tranquille. Le simple fait de la revoir m’inquiète. Et si elle se souvenait… Une situation qui serait parfaitement intolérable. Je me verrais dans l’obligation de la tuer. Bien sûr, je devrais ruser pour ne pas perdre l’allégeance de Paden. L’un de mes sbires pourrait le faire pour moi… Plus j’y pense plus cette idée me séduit. La disparition d’Una effacerait définitivement ma bévue de la veille et personne ne saurait ce qui s’est passé entre nous.

Ce soir, ma priorité est de récupérer Paden et de quitter d’Aberdeen. Je dois aller chasser. J’ai besoin de me nourrir pour reprendre des forces et anéantir cette impression déplaisante d’être aux trente sixièmes dessous.

À mon arrivée, je trouve Paden installé derrière le bar. Il semble discuter avec Kenneth. En approchant, je réalise qu’une autre personne les accompagne. Une présence qui me fait me stopper net. Una. . . Un plateau entre les mains, elle rigole aux dires de Paden. Je voudrais attendre qu’elle retourne en salle pour rejoindre mon cousin, mais ils semblent lancés dans une grande conversation tous les trois. Je dois renoncer à mon plan initial. Je m’approche et fais claquer ma main contre le comptoir.

— Paden, il faut y aller !

Ce dernier se détourne de celle qui me tourne le dos.

— Bonsoir à toi aussi, Silas, dit-il d’un ton persifleur. Tu prendras bien un verre avant ?

— Nous avons beaucoup à faire, alors dépêchons-nous.

Je sens sur moi la chaleur d’un regard franc, mais je n’ose pas m’y confronter. J’ai trop peur d’y lire qu’elle se rappelle notre nuit.

— Eh ben, siffle Una en s’adressant à Paden. Je te souhaite bonne chance…

Elle fait le tour du comptoir et s’occupe d’aller débarrasser une table. J’insiste et presse Paden.

— On peut y aller ? Je n’ai pas de temps à perdre.

Mais il n’a pas l’air pressé de m’obéir. Tranquillement, il vient s’appuyer contre le bar et, les mains croisées devant lui, il me détaille d’un œil curieux.

— Qu’est-ce que tu regardes comme ça ?

— Ne me dis pas que tu n’as pas remarqué que quelque chose ne tourne pas rond ?

— Mais de quoi est-ce que tu parles ? demandé-je en perdant patience.

— Regarde-la et dis-moi si tu la sens.

Pour nous vampires, les humains dégagent une odeur métallique plus ou moins entêtante selon notre besoin de sang. Plus la faim est grande, plus il est difficile de résister à leur délicieux parfum. Et Una a, habituellement, un arôme très différent de ses congénères. Sûrement parce que je rêve de la tuer depuis le premier jour. Mais Paden a raison, ce soir, je ne la sens pas.

— Mais qu’est-ce que ça veut dire ? m’interrogé-je en la regardant déambuler entre les tables.

— Silas, s’il s’est passé quelque chose hier, tu dois me le dire !

Je reviens vers Paden et le cingle du regard.

— Je t’ai dit que…

— Ne me mens pas, Silas ! me prévient Paden en attrapant le pan de mon manteau. Parce que je ne sens plus Una, mais…

Il renifle vers moi.

— Toi, tu empestes tellement le sang que tu vas attirer tous les vampires du coin dans mon bar.

— Qu’est-ce que… protesté-je en me libérant.

— Allez, poupée, viens t’asseoir avec nous !

Paden et moi, nous tournons dans un même élan alors que ce client visiblement bourré lance ces quelques mots à l’intention d’Una. Ce qui se passe ensuite se déroule si vite que les images mettent un temps à se frayer un chemin jusqu’à mon cerveau.

L’homme qui vient de s’adresser à elle veut la retenir d’une main posée à la chute de ses reins. Una fait une pirouette et d’une main, elle frappe son torse pour le repousser. Rien de bien méchant, si ce n’est que l’homme en question se retrouve projeté à l’autre bout de la pièce. Tout devient silencieux dans le pub. Plus un mot, plus un rire, rien ne vient interrompre ce silence pesant. J’échange un coup d’œil avec Paden qui paraît moins surpris que moi par le spectacle que vient de nous offrir Una.

— Je te l’ai dit, Silas : quelque chose ne tourne pas rond.

Paden contourne le bar et se précipite vers une Una pétrifiée par la force dont elle vient de faire la démonstration. La tête enfoncée dans les épaules, la bouche tombante, elle fixe sa main sans parvenir à réaliser ce qui vient de se produire.

— Una, est-ce que tout va bien ? lui demande Paden.

— Eh bien, bafouille-t-elle en levant de grands yeux incompris vers lui. J’ignorais que les protéines animales faisaient un tel effet…

Mais qu’est-ce qu’elle raconte encore ? Mais Una n’ajoute rien. Elle blêmit à vue d’œil et, dans la seconde, cherche à se raccrocher à Paden. Elle vacille.

— Je me sens bizarre, nous apprend-elle en portant une main à son front.

Quelques mots à peine articulés avant qu’elle s’évanouisse. Paden a tout juste le temps de tendre son bras pour la retenir avant qu’elle s’effondre.

— Eh merde…

Il la soulève et s’intéresse à l’homme qu’Una a envoyé au tapis.

— Sortez de mon bar et ne revenez jamais ici ! tonne-t-il à leur attention avant d’appeler son employé. Personne ne manque de respect à mes serveuses.

Kenneth accourt lorsque Paden le hèle.

— Patron ?

— Je te laisse remettre de l’ordre en salle et sers une nouvelle tournée à nos autres clients. Je vous laisse fermer, Bonnie et toi.

— Aucun problème, boss.

J’emboîte le pas à Paden et nous sortons par l’issue de secours qui ouvre sur une ruelle sombre où Paden à l’habitude de garer son 4X4. À peine la porte est-elle refermée que je subis un nouvel interrogatoire.

— Dis-moi ce qui s’est passé ou je te jure que je vais perdre patience !

— Mais je ne comprends pas…

Et ce n’est pas un mensonge ! Je pourrais parler à Paden de la nuit que nous avons passée ensemble, mais quel intérêt ? Elle ne peut pas expliquer les étrangetés dont Una est victime.

Una se met à gémir sur l’épaule de Paden alors qu’il voulait la faire monter dans sa voiture.

— Je vais, bafouille-t-elle en cherchant à se dégager.

Paden la repose sur le sol.

— Je vais gerber…

Accroupie, elle se met à vomir tripes et boyaux. Quelle horreur ! Paden me lance une nouvelle œillade assassine. Bon, il va me lâcher oui ou merde !

— Quoi ? protesté-je. Je n’y suis pour rien si elle…

Je désigne Una qui continue de vomir dans une succession de bruits plus écœurants les uns que les autres. Je grimace, dégouté.

— Que les choses soient claires : jamais plus je ne mangerai de viande ! dit-elle en se relevant.

— Avant tout chose, il faut comprendre ce qui t’arrive.

Paden pointe son index vers moi.

— Quant à toi, ne me répète pas que tu ne sais rien ! Tu ne feras pas croire que tu ignores pour quelle raison tu sens l’humain et pas elle !

— Hein ? s’étonne Una.

— Je n’en sais pas plus que toi ! me défends-je.

Paden me bouscule et je percute sa voiture.

— Essaie de me frapper Silas ! me provoque-t-il. Allez !

Je l’empoigne pour lui donner une bonne leçon, mais ma force s’est bel et bien fait la malle.

— Je te l’ai dit : je dois chasser !

— Arrête de te raconter des histoires. Ton problème est bien plus grave. Tu n’as plus aucun pouvoir, voilà la vérité !

— Paden, marmonne Una en marchant d’un pas hésitant.

Il se précipite vers elle pour la prendre contre lui.

— Je crois que je vais…

Comme tout à l’heure, elle devient aussi pâle qu’un fantôme. Elle tombe dans les bras de Paden et sombre dans l’inconscience.

— Ouvre la portière, on y va !

— Et où va-t-on ?

— Chez moi, dans les Highlands. Je dois la mettre en sécurité en attendant de découvrir ce qui cloche.

— Je ne vais nulle part avec…

Mes propos sont avortés par un coup que je reçois en pleine poitrine. Une fois de plus, je me retrouve plaqué contre sa voiture.

— J’espère que tu ne me mens pas lorsque tu me dis que tu n’es pas responsable. Sinon, je vais te faire la peau, Silas.

— Tu ferais passer cette fille avant…

Il me malmène. Encore…

— Il est question d’elle et seulement d’elle ! Ton devenir m’importe peu. Il n’y a que l’avenir d’Una qui me préoccupe.

Sur ces mots, il la dépose sur la banquette arrière avant de s’installer derrière le volant. J’hésite à monter avec lui. Je ne suis pas le bienvenu, c’est clair, mais la réponse à mon problème est peut-être liée à Una alors… Ai-je vraiment le choix ?

 

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