Ne Pars Pas Sans Moi

GILLY MACMILLAN · Chapitre 14 sur 86

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Ne Pars Pas Sans Moi

Jim

 

 

Addendum au compte rendu de l’inspecteur James Clemo pour le

Dr Francesca Manelli

Retranscription faite par le Dr Francesca Manelli

 

Inspecteur James Clemo en consultation avec le Dr Francesca

Manelli

Les notes évoquant l’état d’esprit et le comportement de l’inspecteur

Clemo, quand les siennes seules ne sont pas suffisantes, sont en italique.

 

F.M. : Aujourd’hui, j’aimerais que nous commencions par parler de votre

relation avec Emma Zhang.

J.C. : Il n’y a pas grand-chose à en dire.

F.M. : Vous vous fréquentiez quand l’affaire Benedict Finch a

commencé ?

J.C. : Oui.

F.M. : Depuis combien de temps ?

J.C. : À peu près quatre mois.

F.M. : Et tout se passait bien ?

J.C. : Oui, en effet. C’est ce que je croyais.

F.M. : Mais votre relation n’était pas officielle ?

J.C. : Je ne voulais pas de commérages.

F.M. : Vous étiez embarrassé ?

J.C. : Non. Oh, non. Tout le monde aurait été fier de sortir avec Emma.

F.M. : Pourquoi ?

J.C. : Elle est très intelligente et c’est une femme magnifique. Et drôle,

aussi, quand vous la connaissez bien.

F.M. : Elle a l’air charmante.

J.C. : Elle était plus que ça encore ; je n’en parle pas très bien. Elle était

différente des autres filles avec lesquelles j’étais sorti.

F.M. : En quoi était-elle différente ?

J.C. : Elle était… Ce n’était pas quelqu’un d’ordinaire ; elle n’était pas

quelconque comme l’étaient les autres. C’était comme si elle vivait

différemment ; et rien de ce qu’elle ne connaissait pas ne lui faisait peur :

elle voulait toujours apprendre, et devenir meilleure. Enfant, elle était

sportive de haut niveau et elle avait les meilleures notes. Elle a gardé cette

motivation. Pour elle, que la vie soit intéressante, excitante était une

évidence. Vivre ne se résumait pas aux emprunts immobiliers, aux vacances

organisées ou encore à savoir où sortir le vendredi soir. Je ne veux pas avoir

l’air de dire que la réussite l’obsédait ou la rendait maniaque, car elle n’était

pas comme ça, non. Elle prenait les choses calmement. C’est juste qu’elle

aspirait toujours à rendre la vie meilleure qu’elle n’était.

F.M. : Elle était donc très ambitieuse ?

J.C. : Oui, mais dans le bon sens du terme. Elle avait quelque chose de

revigorant. C’était le mot que je cherchais. Elle était pleine de vie. Elle

avait une autre manière de penser et, pour être honnête, c’était contagieux.

J’avais l’impression de sortir de moi-même, c’était comme si elle me

révélait, si je puis dire.

F.M. : On dirait que votre relation avec Emma mettait du piment dans

votre vie, un appétit de vivre que vous n’aviez jamais connu avant.

J.C. : Oui, c’est ça. C’était excitant. Être avec elle me donnait de la force.

F.M. : Vous êtes-vous rencontrés dans le cadre du travail ?

J.C. : Oui.

F.M. : Vous vous voyiez souvent en dehors ?

J.C. : Autant que possible. D’une certaine façon, au moment où l’affaire a

commencé, elle vivait plus ou moins chez moi.

F.M. : C’était donc une relation que vous preniez au sérieux ?

J.C. : Elle avait gardé son appartement mais elle passait la plupart des

nuits chez moi. Ça s’est fait tout seul, sans qu’on en discute vraiment.

F.M. : Avez-vous présenté Emma à votre famille ?

J.C. : Oui. Elle a rencontré mes parents deux fois, quand ils sont venus à

Bristol. Nous sommes allés dîner ensemble.

F.M. : Comment ça s’est passé ?

J.C. : Très bien. Ils l’ont vraiment appréciée. Même mon père est tombé

sous le charme.

F.M. : Avez-vous rencontré les parents d’Emma ?

J.C. : Non.

F.M. : Y a-t-il une raison à ça ?

J.C. : Pas particulièrement. À cette époque-là, je pensais probablement

que le moment viendrait de les rencontrer quand elle serait prête. Je savais

qu’elle n’était pas proche d’eux. Elle n’allait jamais les voir et ils ne

venaient jamais lui rendre visite, pour autant que je sache, bien sûr.

F.M. : Vous êtes-vous demandé quelle en était la raison ?

J.C. : Elle m’avait dit qu’ils s’étaient brouillés.

F.M. : Vous a-t-elle expliqué pourquoi ?

J.C. : Elle n’a pas vraiment donné d’explication. J’avais l’impression que

son père était plutôt strict, l’image même du gars qui travaille dans l’armée,

un homme pas facile mais, en vérité, je n’en sais rien. C’était l’un de ses

traits de caractère : elle était très secrète au sujet de sa famille.

F.M. : Vous n’étiez pas curieux ? Vous n’aviez pas envie d’en savoir

plus ?

J.C. : Si, un peu. Mais elle n’en faisait pas grand cas et nous étions assez

occupés, donc je n’y pensais pas vraiment.

F.M. : Et vous l’avez recommandée pour être agent de liaison avec la

famille ?

J.C. : Oui, en effet.

F.M. : Était-ce risqué ?

J.C. : Non, je ne crois pas. J’ai pensé qu’elle ferait un super boulot. Emma

était l’un des meilleurs enquêteurs que nous ayons eu depuis des années,

tout le monde le disait.

F.M. : Étant donné la relation que vous aviez avec elle, était-ce

professionnel de la recommander ?

J.C. : Ce n’était pas un manque de professionnalisme.

F.M. : Vous en êtes sûr ?

J.C. : Oui, j’en suis sûr. Écoutez, j’ai dérogé à mes principes en sortant

avec Emma. Je n’avais jamais voulu avoir de relation avec quelqu’un de la

même équipe que moi. Mais, quand c’est arrivé, cela m’a semblé… si juste.

J’ai donc laissé faire. Et quand cette opportunité s’est présentée, j’ai pensé qu’elle serait parfaite pour ce rôle. Sincèrement. Sinon, pourquoi aurais-je

mis ma réputation en jeu ?

F.M. : D’accord. Je comprends. Il est évident, d’après votre compte rendu,

que cette affaire était un moment clé dans votre carrière. « Vas-y. Montre-

leur ce dont tu es capable. » Ce sont les mots que vous avez utilisés, je

crois.

J.C. : C’est comme ça que je le sentais.

F.M. : C’était excitant.

J.C. : C’était un défi, un gros enjeu, la possibilité…

F.M. : … de briller ?

J.C. : Oui, je suppose. Mais je ne l’aurais pas formulé ainsi. C’était la

première fois que j’avais la chance d’être impliqué dans une affaire

importante, très médiatisée.

F.M. : Vous vouliez faire vos preuves ?

J.C. : C’était l’occasion.

F.M. : Et votre première tâche importante a été de préparer la conférence

de presse.

J.C. : Oui, après avoir mené les premiers interrogatoires.

F.M. : J’ai vu l’enregistrement de cette conférence de presse.

J.C. : Je crois que tout le monde l’a vue. Impossible de l’oublier.

F.M. : En effet. Vous y étiez. Je vous ai vu.

J.C. : Oui, c’est moi qui ai supervisé la conférence.

F.M. : Pourquoi pas Fraser ?

J.C. : Selon elle, chacun mérite d’avoir sa chance. Elle m’a donc confié la

responsabilité du déroulement de la conférence, et de la rédaction du

communiqué qu’elle voulait que Rachel Jenner lise. Pour ce faire, j’ai

travaillé avec le psychologue expert judiciaire. C’était une grosse

responsabilité.

F.M. : Votre but était donc de séduire le ravisseur de Ben, en utilisant la

mère, pour obtenir sa sympathie en espérant pouvoir le convaincre d’entrer

en contact avec la police ?

J.C. : Avec nous ou encore avec quelqu’un de son entourage, quelqu’un en

qui il aurait eu confiance. C’était important qu’il comprenne que Ben était

une personne et pas seulement une acquisition ou un moyen pour arriver à

ses propres fins. Nous voulions lui donner l’image d’une famille aimante. Il

était important de ne pas s’aliéner le ravisseur. Nous voulions qu’il prenne conscience qu’il n’était pas trop tard pour rendre l’enfant, s’il était encore

en vie, qu’il n’est jamais trop tard pour ça, même s’il avait peur des

conséquences. Nous voulions avoir l’air sympathiques. À ce moment-là, il

n’était pas encore évident de savoir s’il s’agissait d’un enlèvement ou d’un

meurtre.

F.M. : Vous avez donc demandé à Rachel de lire quelque chose qui

recouvrait toutes ces intentions ?

J.C. : Oui. En tout cas, c’était ça l’idée.

F.M. : Comment avez-vous su que vous pouviez lui faire confiance pour

utiliser le ton qu’il fallait ?

J.C. : Je ne le savais pas.

F.M. : Avez-vous envisagé de filmer le père ?

J.C. : Nous y avons pensé. Mais il y avait chez lui un petit quelque chose

qui faisait que nous n’étions pas sûrs qu’il passerait bien à la télévision. En

tant que chirurgien, il était habitué à être une figure d’autorité. Nous

craignions qu’il ne paraisse arrogant. Ce qu’il fallait, c’était une mère, la

douceur d’une mère.

F.M. : Et vous pensiez qu’elle pourrait donner cette image-là ?

J.C. : Nous n’avions pas le temps de mener une étude psychologique

poussée. C’était sa mère. Nous pensions qu’elle le ferait car, à ce moment-

là, nous n’avions aucune raison d’en douter.

 

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