Ne Pars Pas Sans Moi

GILLY MACMILLAN · Chapitre 31 sur 86

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Ne Pars Pas Sans Moi

Rachel

 

Quand je suis rentrée, Nicky m’a tendu le téléphone.

— C’est John.

— La maison de retraite a appelé, a-t-il dit. Ma mère est bouleversée

parce que tu n’es pas allée lui rendre visite, aujourd’hui, avec Ben.

— Oh, mon Dieu.

J’avais oublié Ruth. Ben et moi lui rendions visite régulièrement, toutes

les semaines. Passer du temps avec son petit-fils était la seule chose qui lui

faisait plaisir.

— Elle est au courant ?

— Non, m’a répondu John, calmement. Je leur ai demandé de la tenir à

l’écart des informations.

Je savais qu’il n’était pas difficile de la tenir éloignée de la télé. Elle

faisait peu de cas des pièces communes de la maison de retraite, et elle n’en

avait pas dans sa chambre, où elle aimait rester seule. Mais elle adorait

écouter Radio 3, et je me suis demandé comment ils l’en empêchaient. Elle

devait dépérir, sans radio.

John devançait mes questions.

— Ils lui ont fait croire que son poste de radio était cassé, et Katrina est

passée lui apporter des CD avec un lecteur. Cela devrait l’occuper quelque

temps.

— Il faut que tu ailles la voir, ai-je dit.

— J’en suis incapable.

Sa voix était à peine audible.

— Bon, il faut qu’au moins l’un de nous y aille. Nous ne sommes pas

obligés de lui dire.

Je voulais que ce soit lui qui lui rende visite. Je ne voulais pas la regarder

dans les yeux et lui mentir au sujet de Ben – cependant, la vérité lui briserait le cœur.

— Non. Ne me demande pas d’y aller. J’en suis incapable.

— John !

— Je suis désolé.

Et il a raccroché. Je suis restée là, le téléphone à la main, perplexe.

— Qu’est-ce qui le pousse à croire que je me débrouille mieux que lui ?

— Je pense qu’il ne tient pas le coup.

— Personne ne tient le coup.

— Il est sur la brèche, prêt à craquer.

— Nous sommes tous sur la brèche.

— Ne vous disputez pas, a dit Laura qui essayait d’être le « gardien de la

paix ».

— Je ne vois pas pourquoi tout le monde s’inquiète tant pour John.

— Nous devons aussi penser à lui. Tu n’es pas la seule à être touchée par

ce qui se passe.

— Oh, bien sûr, et c’est tellement difficile pour toi, avec ton mari parfait,

tes filles parfaites, toutes en sécurité, dans leur maison parfaite.

Nicky en a eu le souffle coupé.

— Ce n’est pas juste.

Elle s’est levée pour quitter la pièce. J’avais dépassé les bornes.

— Elle ne méritait pas ça, a dit Laura.

— Je sais.

— Elle essaie de t’aider et d’être utile.

Je savais que j’aurais dû aller m’excuser auprès de Nicky mais je ne

pouvais m’y résoudre. Elle est redescendue très peu de temps après, les

yeux rouges, mais calme.

— Rachel, je comprends. C’est insupportable. Mais nous sommes tous

avec toi et, même à l’extérieur, d’autres personnes te soutiennent. Il n’y a

pas que des choses négatives sur Internet. Les gens essaient de retrouver

Ben. Des gens que nous ne connaissons même pas.

— Ils s’organisent en ligne, a dit Laura. En utilisant les réseaux sociaux.

— Et nous allons pouvoir bientôt parler avec la police, a ajouté Nicky.

N’oublie pas ce qu’a dit Zhang. Nous allons travailler main dans la main

avec eux, pour retrouver Ben. Ainsi, nous mettrons toutes les chances de

notre côté.

Elle a pris ma main et l’a serrée doucement dans la sienne. Mais je ne

pouvais penser à rien d’autre qu’aux gens qui se cachaient sur Internet,

derrière des pseudonymes ou des surnoms ou encore des blogs anonymes,

et à ceux qui étaient au chaud, payés par les journaux. J’ai repensé à la

manière dont ils avaient commencé à me harceler dès l’instant où j’avais

perdu les pédales pendant la conférence de presse. Et je me suis sentie

devenir une proie. Comme mon fils.

 

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