Ne Pars Pas Sans Moi

GILLY MACMILLAN · Chapitre 77 sur 86

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Ne Pars Pas Sans Moi

Jim

 

L’expression sur le visage de Nicky Forbes était difficile à lire : de la

fierté, de la provocation, certes, mais autre chose aussi que j’interprétais

comme une reddition, un renoncement. Nous étions sur le point d’obtenir

des aveux, je le savais. Mais le téléphone de Woodley a sonné.

C’était la sonnerie la plus stupide, la plus infantile que j’ai jamais

entendue : le thème musical de La Guerre des étoiles et, un instant, tout

s’est effondré.

Woodley était mortifié. J’étais furieux.

Nicky Forbes riait.

— Vous n’êtes qu’une bande d’incapables ! s’est-elle écriée.

Je sentais le sang battre dans mes tempes tandis que Woodley, plutôt que

de l’éteindre, sortait son téléphone de sa poche pour voir qui appelait.

Elle n’était pas aussi prête à renoncer que je l’aurais cru. Elle s’accrochait.

Mais ce n’était pas un problème. Je savais que je pouvais m’en

accommoder. Cependant, Woodley est intervenu :

— C’est Fraser, il vaut mieux que je réponde, a-t-il dit.

Nicky Forbes nous observait, sans en perdre une miette. Je ne voulais

surtout pas qu’elle reprenne le dessus. Le succès de la méthode Reid

nécessite que celui qui interroge garde le contrôle pendant tout le temps de

l’interrogatoire. Alors que Woodley sortait de la pièce, j’ai essayé de

reprendre la main.

— Parlons de ce que vous avez fait dimanche, le 21 octobre.

— Non, a-t-elle dit. Parlons plutôt de pourquoi vous êtes ici, à perdre

votre temps et à me harceler, quand vous devriez être en train de rechercher

Ben. Où est Ben, inspecteur Clemo ? Vous avez quelqu’un en détention

provisoire, et vous êtes ici, à me prendre pour cible. Vous ne savez rien de

moi ! Absolument rien ! Peut-on inculper un policier qui perd son temps ? C’est possible ? Parce que c’est ce que vous faites, vous perdez votre temps.

Ma famille est tout pour moi, tout. En ce moment, j’ai du mal à tenir le

coup, mais ça ne regarde personne à part moi, et mon mari. Ce n’est pas un

crime que de vouloir se retrouver seule de temps en temps ; vous allez donc

cesser de me traiter comme si j’étais un monstre. Ma vie, parfois, n’a pas

été facile ; je me débrouille comme je peux. Est-ce que je veux un fils ?

OUI ! Est-ce que je voudrais que Charlie revienne ? OUI ! Est-ce que, parfois,

j’ai du mal à m’occuper de ma famille ? OUI ! Est-ce que j’ai enlevé Ben ?

NON, CE N’EST PAS MOI ! Suis-je un monstre ? NON, JE NE SUIS PAS UN MONSTRE !

Est-ce que j’aime mon mari, mes filles, ma sœur et mon neveu ? OUI, JE LES

AIME ! C’est bon ? J’ai répondu à toutes vos questions ?

Elle tapait du plat de la main sur la table à chacune de ses allégations,

comme si sa vie dépendait du fait que je comprenne ce qu’elle disait.

Confronté à la force de ses propos et à son assurance, j’ai tout simplement

compris que la procédure en cours m’échappait : non seulement

l’interrogatoire mais aussi le dossier que je voulais monter contre elle.

J’ai reculé ma chaise et desserré mon col.

Dehors, le brouillard était épais et il était impossible de voir dans le jardin

à plus de quelques mètres.

Ressaisis-toi, me suis-je dit, concentre-toi, reste calme. Tu peux y arriver.

Mais Woodley a réapparu et, quand j’ai vu sa tête, j’ai su que j’aurais

beaucoup de chance si jamais je me sortais de cette situation avec un tant

soit peu de dignité.

Il me montrait son téléphone comme pour me donner à lire une injonction.

— Il faut y aller, a-t-il dit.

Et quelque chose dans le ton de sa voix m’a fait comprendre que ce n’était

pas négociable.

— Merci de votre attention, ai-je finalement bredouillé.

Quand je me suis levé, ma chaise a raclé le sol. Un bourdonnement

résonnait dans ma tête ; un bruit qui avait une forme et qui enflait, comme

un ballon qui gonfle.

— Sortez, a-t-elle dit, calmement, mais comme si elle n’avait jamais vu

quelqu’un d’aussi répugnant que moi.

En arrivant à la voiture, Woodley a dit :

— Ils ont trouvé un petit garçon. Dans la forêt. Et ils ont trouvé l’endroit

où il a été enfermé.

— Woodley… ai-je commencé.

Mais je n’ai pas su quoi ajouter.

J’ai vomi sur l’un des rosiers taillés de Nicky Forbes. De la bile et des

restes non identifiables ont éclaboussé le sol autour, laissant des traces qu’il

était impossible de confondre avec autre chose que des tripes et boyaux

fraîchement régurgités.

Je me suis essuyé la bouche, et me suis redressé. J’avais mal à l’estomac.

— Je conduis, ai-je dit à Woodley qui m’a tendu les clés de la voiture.

 

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