Ne Pars Pas Sans Moi

GILLY MACMILLAN · Chapitre 34 sur 86

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Ne Pars Pas Sans Moi

Rachel

 

J’ai de nouveau passé la nuit dans le lit de Ben, respirant son odeur,

inquiète qu’elle ne s’efface. Je n’imaginais pas dormir ailleurs.

Quand je me suis réveillée, j’avais mal partout ; mon corps réclamait de

quoi se nourrir véritablement, ce qui n’avait pas été le cas depuis plusieurs

jours. Je sentais les os de mes hanches qui ressortaient et mon ventre qui

s’était creusé.

Mes yeux enregistraient tout ce qu’ils pouvaient dans la faible lueur de

l’aube.

J’ai aperçu les posters de Ben, les figurines de Dr Who, les boîtes de Lego

empilées.

J’ai deviné la tache sur la moquette là où il avait posé un crayon-feutre

sans son bouchon et je me suis rappelée avoir été très en colère contre lui.

Nous étions dans la maison depuis quelques semaines seulement et je me

demandais comment j’allais faire pour payer toutes les factures, maintenant

que je n’avais plus le salaire de John pour me soutenir financièrement. Je

m’étais mise en colère et il avait pleuré. Avait-il une idée, lui avais-je

demandé en criant, furieuse, combien d’heures il fallait travailler pour

pouvoir payer une moquette pareille ? Se rendait-il compte de ce qu’était la

vie pour la plupart des gens ? J’étais si fâchée.

Ce souvenir était douloureux. Je me suis assise dans le lit, ai attrapé un

coussin que j’ai serré contre mon ventre, et, tête baissée, j’ai pleuré à

chaudes larmes. Je me suis détestée : j’étais égocentrique et superficielle. Je

me suis alors demandé si j’avais vraiment fait ce que je devais pour Ben,

surtout depuis un an. Et si je l’avais négligé, interprétant ses besoins en

fonction des miens et laissant la colère et la dépression nous séparer, ce qui

n’aurait jamais dû être le cas.

Je ne pouvais pas me le pardonner.

Un raffut, dehors, m’a fait me lever. Le craquement d’un portail, suivi du

bruit sourd d’un poids qui atterrit sur le sol. Dans le jardin, derrière la

maison, il y avait un homme ; debout, dans l’ombre, à côté de mon studio, à

moitié dissimulé par les buissons – mais à moitié seulement. Il portait un

manteau noir et un bonnet à pompon. Un appareil photo lui cachait le

visage, un énorme objectif braqué en direction des fenêtres à l’arrière de ma

maison. Il a d’abord visé la fenêtre de la cuisine puis s’est déplacé vers moi.

C’était un charognard, comme le renard. J’ai reculé et fermé le rideau dans

la chambre de Ben. Et j’ai tapé sur la vitre en criant :

— Partez ! Allez-vous-en !

Ma sœur est arrivée en courant. Elle m’a écartée et a regardé à travers les

rideaux pour voir l’ombre disparaître par-dessus la clôture, dans le jardin

des voisins. L’escalier a tremblé quand elle s’est précipitée en bas et est

sortie pour une confrontation. Mais il était déjà parti.

Devant, les journalistes faisaient comme si de rien n’était. Pendant que je

les observais depuis la fenêtre de ma chambre en tremblant de froid, Nicky

est allée dans la rue, vêtue de sa seule chemise de nuit ornée de petits

boutons de rose, les cheveux gras en bataille, les tétons pointés, la peau

hérissée par la chair de poule, afin de leur dire ce qu’elle pensait d’eux.

— Bande de vandales !

Elle criait et sa voix a retenti dans toute la rue silencieuse, brouillée

seulement par le chœur du cliquetis des appareils photos qui se mettaient en

marche.

 

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