Ne Pars Pas Sans Moi

GILLY MACMILLAN · Chapitre 29 sur 86

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Ne Pars Pas Sans Moi

Rachel

 

 

Zhang est arrivée tout de suite après que Nicky et Laura sont rentrées, les

jointures des phalanges rouges et gonflées à force d’avoir frotté.

Elle était venue nous annoncer en douceur que les prélèvements

scientifiques sur les vêtements de Ben n’avaient rien donné. Ce qui

signifiait que les vêtements n’avaient livré aucun indice précis mais, pour

autant, a-t-elle ajouté, la police était sur plusieurs « pistes intéressantes ».

— Quelles sont-elles ? a demandé Laura.

— Malheureusement, je ne peux pas vous en dire plus, a répondu Zhang.

Elle m’a pris la main.

— Mais sachez que nous faisons tout notre possible. Ne perdez pas

courage.

Elle s’est tournée vers Laura.

— J’ai appris que vous étiez journaliste.

— C’est vrai.

Laura n’avait pas peur de lui répondre en la regardant droit dans les yeux,

mais son malaise se traduisait autrement : elle ne cessait de tourner et

retourner un bracelet en soie noire avec une rose en jade qu’elle portait au

poignet.

— Pourquoi cette remarque ?

— Cette situation ne vous met-elle pas en porte-à-faux, d’un point de vue

professionnel ?

— Je m’occupe de l’édito d’un magazine féminin, a précisé Laura. En ce

moment, j’écris sur le lancement d’un nouveau rouge à lèvres de chez

Harvey Nichols. Je travaille sur ce genre de sujets. C’est un autre monde.

— Oh ! a fait Zhang.

Elle a hésité avant de demander :

— Vous recevez beaucoup d’échantillons ou de produits cadeaux ?

La tension dans la pièce s’est un peu relâchée et Laura s’est radoucie.

— C’est l’un des avantages de mon métier, certainement. Même si,

parfois, je me demande ce que je vais bien pouvoir faire de mes six flacons

de vernis à ongle noir.

— Les donner à mes filles, a dit Nicky. Elles ont l’air d’apprécier tout ce

qu’il y a de pire en matière de mauvais goût.

Après ces quelques échanges, un silence gêné s’est installé dans la pièce.

Zhang s’est excusée et nous a dit qu’elle voulait surveiller l’allée derrière la

maison, mais Nicky a insisté pour qu’elle boive d’abord une tasse de thé.

Nicky avait désespérément besoin de parler de ce qu’elle tramait.

— Si Ben n’a pas été retrouvé d’ici la semaine prochaine, je crois qu’il

faudra organiser une marche silencieuse, a-t-elle dit. C’est ce qu’ils font en

Amérique. Pour que la population reste mobilisée.

Ayant à cœur d’entreprendre tout ce qui était possible, Nicky était en

contact par e-mail avec quelqu’un qui travaillait pour le site Missing Kids 7

aux États-Unis, à qui elle demandait conseil.

Zhang a bu une gorgée de thé. La tasse avait été décorée par Ben quand il

était encore très petit, lors d’une visite dans un atelier de poterie. De

grandes taches bleues, avec plein de nuances, étaient supposées représenter

la mer. Il avait été très fier de lui à cette époque-là ; désormais, ayant

grandi, il était un peu gêné.

— C’est un truc de bébé, avait-il dit la dernière fois où je l’avais sortie.

— Je ne veux pas m’en débarrasser, avais-je répliqué. Je l’adore.

Zhang nous a donné son avis :

— Vous pouvez faire tout ce que vous voulez, bien sûr. Mais, à votre

place, je serais très prudente avec cette histoire de marche silencieuse. La

presse ne connaît d’autre loi que la sienne. Vous ne savez jamais comment

les journalistes peuvent réagir et nous ne devons pas compromettre

l’enquête.

— Ce qui serait vraiment utile, alors, ce serait d’organiser une réunion

officielle avec la police, vous et nous, pour parler de ces choses-là ensemble

et se mettre d’accord sur les différentes actions à mener. Nous ne voulons

rien entreprendre qui puisse nuire au bon déroulement de l’enquête ; mais

nous pouvons sûrement nous rendre utiles.

— Je vais demander, a dit Zhang. Je vous le promets. Mais sachez qu’ils

consacrent tous tout leur temps à cette enquête, donc modérer vos attentes et, pour le moment, il est préférable que les questions passent par moi.

Avant de repartir, elle est allée à l’arrière de la maison à l’endroit où le

graffiti avait été peint. Le projecteur de sécurité des voisins l’éclairait et elle

est restée là à regarder la clôture fraîchement grattée : les mots avaient été

effacés mais des traces orange persistaient. Tout à coup, j’ai été frappée de

voir à quel point elle était soignée. Bien qu’elle soit chaleureuse, elle était

très réservée, et n’était démonstrative ni dans ses paroles ni dans la manière

dont elle s’habillait ; j’étais tout à la fois impressionnée et presque

intimidée.

— Je vais faire un tour de ronde dans l’allée en partant, a-t-elle dit. On se

parle demain.

L’allée était plongée dans le noir. Nous l’entendions fourrager de l’autre

côté de la clôture. Un peu plus loin, le vent a fait grincer et taper un portail.

— Rentrez chez vous. Restez à l’abri, m’a-t-elle dit.

 

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