Ne Pars Pas Sans Moi

GILLY MACMILLAN · Chapitre 37 sur 86

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Ne Pars Pas Sans Moi

Jim

 

 

Addendum au compte rendu de l’inspecteur James Clemo pour le

Dr Francesca Manelli

Retranscription faite par le Dr Francesca Manelli

 

Inspecteur James Clemo en consultation avec le Dr Francesca

Manelli

Les notes faisant allusion à l’état d’esprit et au comportement de

l’inspecteur Clemo, quand les siennes seules ne sont pas suffisantes, sont en

italique.

 

F.M. : Si vous le permettez, j’aimerais parler de l’entretien que vous avez

eu avec la mère de Ben et sa tante.

J.C. : Allez-y.

J’ai du mal à déchiffrer son comportement, aujourd’hui. Il semble plus

coopératif, plus enclin à parler que d’habitude mais, en même temps, il a

gardé son masque professionnel, il contrôle ses émotions.

F.M. : Quel extraordinaire coup de théâtre ! Je trouve ça à peine croyable

que Nicky Forbes ait pu cacher la vérité à sa sœur pendant toutes ses

années.

J.C. : Elle n’était pas la seule. Sa tante aussi.

F.M. : Comment Rachel Jenner a-t-elle réagi ?

J.C. : Elle était sous le choc, de toute évidence. Je ne sais pas ce qui s’est

passé après notre départ, mais ça n’a pas dû être joli.

F.M. : Ai-je tort de penser que, pour vous, à cette étape de l’enquête, ce

fut un moment de triomphe ?

J.C. : Fraser était contente. Oui. D’autant plus que, ce matin-là, Edward

Fount, le participant au jeu de rôle, venait d’être écarté de la liste des

suspects.

F.M. : Vous aviez donc raison à son sujet ?

J.C. : Oui. Quand Woodley est allé le chercher – pendant que j’étais avec

Nicky Forbes –, il l’a trouvé qui l’attendait en compagnie d’une femme, un

autre membre du jeu de rôle, qui lui a fourni un alibi. Ce dimanche-là, après

avoir passé l’après-midi dans les bois, ils étaient rentrés ensemble à

l’appartement de Fount, pour baiser sauvagement, vous excuserez mon

langage, et ce, bien qu’elle ait à peu près deux fois son âge.

F.M. : Et pourquoi aucun des deux n’en avait parlé avant ?

J.C. : Pour une raison vieille comme le monde : elle était mariée, et avec

le « Grand Magicien », apparemment.

F.M. : Bigre !

J.C. : Oui. Ça sentait l’embrouille. Un sacré bordel. Je ne répéterai pas ce

que Fraser a dit en l’apprenant.

Il sourit presque.

F.M. : Vous avez donc pu laisser tomber cette piste et poursuivre votre

enquête en vous focalisant sur Nicky Forbes.

J.C. : Absolument. Fraser se réjouissait de la manière dont les choses

s’étaient passées, mais elle s’inquiétait de savoir comment s’y prendre avec

Nicky Forbes. Elle pensait que la meilleure des choses à faire était de

l’interroger de nouveau le lendemain. Ce qui leur laissait, à Rachel Jenner

et à elle, le temps de se calmer.

F.M. : Nicky Forbes avait-elle un alibi pour le dimanche après-midi ?

J.C. : Elle nous a dit qu’elle était à un salon culinaire. Un gros événement,

beaucoup de stands, beaucoup de monde. Elle y était pour les besoins de

son blog. Nous avons envoyé certains de nos enquêteurs pour interroger

toutes les personnes qu’elle aurait été susceptible d’avoir rencontré là-bas

mais, comme vous pouvez l’imaginer, c’étaient des gens qui venaient des

quatre coins du pays ; il nous faudrait un certain temps pour arriver à

reconstituer son emploi du temps et ses déplacements.

F.M. : Avez-vous parlé à son mari ?

J.C. : Là aussi, Fraser pensait qu’il valait mieux attendre un peu. Sa

stratégie était de vérifier d’abord l’alibi et de laisser la famille tranquille pendant que nous avancions dans notre enquête pour savoir si Nicky Forbes

était un suspect ou non.

F.M. : Et vous étiez d’accord ?

J.C. : Absolument. Il fallait assembler les pièces du puzzle dans le bon

ordre. Rassembler les preuves est l’objectif le plus important quand vous

avez un suspect. Ça, et éviter d’être poursuivi en justice par la famille de la

victime. Vous ne pouvez pas continuer à exercer une pression sur le suspect

tant que vous n’avez pas de preuve.

F.M. : Sous peine de vous mettre à dos la famille ?

J.C. : Exactement. Sans compter qu’elles auraient pu parler à des

journalistes. On ne pouvait l’exclure ; ce qui n’aurait pas été bon pour nous.

À ce moment-là, la presse s’était emparée de l’affaire et ils auraient bien

aimé pouvoir s’en prendre à nous aussi. Et, d’un point de vue pratique, nous

étions loin de comprendre comment Nicky Forbes aurait procédé à

l’enlèvement. Sa famille était à Salisbury et, par conséquent, son

environnement ne paraissait pas idéal pour enlever un enfant.

F.M. : À moins qu’elle n’ait voulu retirer Ben à sa sœur et qu’elle l’ait tué.

J.C. : C’était l’une de mes hypothèses, et les ravisseurs n’ont pas toujours

de mobile pour tuer ; parfois les choses se passent mal et c’est ce qui finit

par arriver. De toute façon, il nous fallait monter un dossier solide avant

d’aller plus loin. J’ai demandé à Chris Fellowes, le psychologue expert

judiciaire, de me faire un rapport sur ce qu’il pensait de Nicky Forbes.

F.M. : Mais le profil que le psychologue avait esquissé pour vous, celui

qui collait parfaitement à Fount, ne vous avait pas été très utile.

J.C. : Je ne suis pas d’accord – nous n’avions pas renoncé à l’hypothèse

d’un ravisseur extérieur à la famille et, dans ce cas, un grand nombre de

suspects auraient pu correspondre au profil. Le problème des profils

psychologiques est que vous ne pouvez pas les rattacher à un seul suspect.

En tant que policier, il vous faut utiliser d’autres moyens qui sont à votre

disposition. Les profils psychologiques ne suffisent pas à résoudre des

enquêtes mais, parfois, ils peuvent vous aider à réfléchir différemment, ou à

regarder les gens sous un jour nouveau. Et c’est toujours bien d’avoir une

autre expertise, surtout quand tous ceux qui sont étroitement impliqués dans

l’enquête commencent à être fatigués et qu’il est difficile d’avoir du recul.

F.M. : Que pensait Emma de Nicky Forbes ?

J.C. : En vérité, cet après-midi-là, je l’ai à peine vue. J’étais trop occupé à

mettre en place une stratégie, terré dans le bureau de Fraser.

F.M. : Et ce soir-là, l’avez-vous vue ?

J.C. : Elle m’a dit qu’elle était crevée et qu’elle préférait rentrer chez elle

pour avoir une bonne nuit de sommeil et je ne lui en ai pas voulu. J’étais

dans le même état. J’aurais pu m’endormir sur mon bureau.

F.M. : Mais j’ai l’impression qu’en même temps vous étiez gonflé à bloc.

J.C. : Oui. Nous l’étions tous. Sans aucun doute. J’avais le sentiment que

les choses commençaient à se mettre en route.

 

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