Opération Scorpion
Partie 2. Le Scorpion anatomisé: une criminologue analyse l’enquête
PARTIE 2
LE SCORPION ANATOMISÉ:
UNE CRIMINOLOGUE ANALYSE L’ENQUÊTE
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Paroles de victimes
Au Québec, la très grande majorité des mineurs exploités sexuellement sont des résidents, quelles que soient leurs origines. Ils proviennent de presque toutes les régions du Québec. À l’instar du Canada, la traite à des fins d’exploitation sexuelle au Québec est interne. Elle est interprovinciale, interrégionale et interville. À l’échelle canadienne, le Québec est considéré comme l’une des plaques tournantes du trafic humain à des fins d’exploitation sexuelle au Canada, tout comme l’Ontario, la Colombie-Britannique, la Nouvelle-Écosse, la Saskatchewan et l’Alberta. Si on retrouve des victimes dans plusieurs villes québécoises (Longueuil, Gatineau, Sherbrooke, Chicoutimi, Québec, Laval, etc.), Montréal demeure tout de même une destination majeure de tourisme sexuel et un lieu
privilégié pour l’industrie pornographique en ligne 73. Cette ville est
d’ailleurs surnommée la «Bangkok de l’Ouest74». La ville de Québec suit de près. En 2019, la Capitale-Nationale enregistrait un taux d’infractions par 100 000 habitants, lié à de l’exploitation sexuelle, le plus élevé de la
province, devançant ainsi Montréal 75.
En 2013, le Service du renseignement criminel du Québec (SRCQ)
rapporte «la présence de plus de 1500 proxénètes actifs au Québec; plus de 2 600 000 transactions liées à la prostitution; 200 salons de massage; 65 bars de danseuses et 38 agences d’escortes en activité dans la seule ville de Montréal». Chiffres que le SRCQ estimait d’ailleurs très conservateurs! Selon des données de la Sûreté du Québec, obtenues par le Conseil du statut de la femme (2002), «80% des bars de danseuses au Québec offriraient des
services sexuels (bars à gaffe) 76».