Opération Scorpion
Nous n’étions pas les premiers…
Avec Caciopé, nous avons notre deuxième déclaration assermentée. On
en profite pour lui demander d’identifier Georges Tannous, dont on avait une photo tirée de son dossier criminel, ce qu’elle fait en le distinguant de l’autre Georges, le gentil, celui qui l’a sortie des griffes de Tiger (Téchelet Pierre-De Bellefeuille). Cette entrevue avec Caciopé m’a laissé pensif. Je me suis dit que Pellissier pourrait devenir une bonne cible pour de l’infiltration. C’est un prédateur continuellement en chasse, alors pourquoi ne pas lui envoyer des agentes doubles? Caciopé nous avait bien décrit son mode opératoire, l’opération serait relativement aisée.
Avant de fermer boutique ce jour-là, je réitère à Christian l’importance
de garder la plus grande discrétion dans cette affaire. Il sera tout au long de l’enquête mon partenaire le plus proche et le plus fidèle, celui avec qui je vais notamment faire la plupart des entrevues avec les victimes.
NOUS N’ÉTIONS PAS LES PREMIERS…
La prostitution juvénile ne date pas d’hier au Québec et la Capitale-Nationale n’échappe pas à cette réalité. C’est une forme de gangrène bien souvent difficile à extirper qui s’installe dans les différentes sphères de la société, dont parfois les officines du pouvoir.
Québec: une histoire de prostitution
Depuis le début de ma carrière, j’avais entendu toutes sortes de rumeurs assez tordues selon lesquelles des gens de pouvoir, importants d’un point de vue social, politique ou financier, exerçaient une pression sur le système de justice et influençaient le travail policier. Certaines enquêtes n’auraient pas abouti faute de preuves, ou tout simplement parce qu’on préférait ne pas trop investiguer. En fait, s’attaquer à la clientèle de la prostitution juvénile était reconnu comme vraiment casse-cou, particulièrement si des hommes influents étaient impliqués. Ce sport extrême devenait encore plus dangereux lorsqu’il était question de prostitution de jeunes garçons.
Tout juste avant mon arrivée à la police de Sainte-Foy, une enquête
avait été menée dans les toilettes des hommes de la Place Laurier, où des caméras avaient filmé des actes sexuels. Cette enquête avait été instituée à la suite d’un grand nombre de plaintes de citoyens témoins d’actes indécents. Pour que le Bureau des enquêtes de la Police de Sainte-Foy installe une caméra dans les toilettes de la Place Laurier et obtienne un mandat pour le faire, c’était assez sérieux. Les enregistrements montraient un bon nombre d’hommes connus de Québec, ce qui avait causé une réelle surprise aux enquêteurs de ce dossier. Apparemment, la cassette en question aurait par la suite disparu. Quoi qu’il en soit, l’enquête n’avait pas abouti.
En 1985, une autre enquête avait été ouverte, portant cette fois sur la
prostitution masculine dans des commerces de la route de l’Église et de la Place Laurier. J’avais été approché pour être agent double, puisque comme jeune policier, j’étais encore inconnu au bataillon. Je devais me faire passer pour un étudiant du Pavillon Normand de l’école aux adultes de Sainte-Foy et fréquenter les lieux identifiés comme problématiques. Finalement, le dossier a été fermé bien avant que je puisse commencer mon repérage.
Vers les années 1993-1994, une enquête avait été déclenchée par la
police de Sainte-Foy à la suite d’informations provenant du Service de sécurité de l’Université Laval. Il y avait un grand nombre de plaintes concernant des hommes qui s’adonnaient à des actes sexuels, principalement avec des garçons, dans les toilettes, les douches et les vestiaires de certains pavillons. Des caméras avaient été installées dans des endroits précis de l’université. À ce moment-là, on ne parlait pas de prostitution, mais de grossière indécence. Néanmoins, l’enquête a été une fois de plus interrompue.
La prostitution juvénile à Québec ne date donc pas d’hier. Elle est
enracinée dans les fondations de la ville. L’opération Scorpion n’en est que la pointe de l’iceberg. Elle a seulement permis de confirmer qu’il n’y a pas de fumée sans feu et que les rumeurs qu’on entendait depuis des années avaient probablement certains fondements.
Durant Scorpion, quand les gens ont vu ce à quoi on s’attaquait, une
tonne d’informations nous est parvenue pour nous permettre de continuer. Des personnes qui au départ ne voulaient pas nous aider ont finalement décidé de nous faire part de précieux tuyaux. Je les entends encore me dire: «Il faut que ça cesse! On a reçu l’ordre de ne pas t’aider, mais va voir à tel endroit!» Durant les interrogatoires de certains clients, il y en a même qui ne se sont pas gênés pour me dire: «Ne pense pas que t’es le premier! J’étais informateur pour un de tes boss et on avait la paix dans le temps.» Il faut mentionner que certains criminels sont parfois des informateurs de la police et obtiennent ainsi une protection informelle. Des policiers sont parfois, malheureusement, consommateurs de drogues et de prostitution. Dans de telles situations, le dealer et le pimp ont le gros bout du bâton.
Plus les médias parlaient de Scorpion, plus j’étais interpellé. Concernant
le réseau des jeunes filles, les informations affluaient de partout sur des événements datant même des années 1970. Pour la prostitution et l’exploitation des garçons, c’était une tout autre affaire. On touchait à un tabou supplémentaire. Un jour, chez Costco, un homme d’environ 35 ans, représentant d’une entreprise de manteaux de cuir, m’a abordé à voix haute:
— Ah, monsieur Ferland, je vous replace. C’est vous l’enquêteur de
Scorpion.
— Oui, c’est bien moi.
— Vous êtes un héros dans le quartier où je reste. Moi, j’ai vécu… Il
faut que je vous parle.
Sur le coup, je me suis demandé si je n’avais pas affaire à un illuminé. Il
a poursuivi son histoire, dans le Costco, comme s’il voulait se libérer d’un poids.
— Quand j’étais jeune, les policiers venaient dans ma rue dans le
quartier Saint-Jean-Baptiste. Vous connaissez cette rue, monsieur Ferland? Ils me prenaient dans leur char et je devais leur tirer une pipe. Après, ils me disaient de ne plus revenir dans le quartier, mais bon, ça faisait partie du jeu.
— C’est arrivé à qui?
— À moi et à plusieurs de mes chums aussi. Vous savez, moi, je m’en
suis sorti, mais plusieurs de mes amis se sont suicidés. Parce que c’est pas évident de se prostituer, mais en plus avec des hommes. Quand tu n’es même pas homosexuel, c’est vraiment aller contre ta vraie nature.
— Pourrais-tu venir au poste me raconter tout ça? — Je crains ces gens-là! Ils sont tous rendus influents, ils ont tous de
l’impact. Je ne fais pas le poids face à leurs avocats! Mais continuez votre travail. On n’a que vous! Ne nous lâchez pas!
Si je la connaissais, cette rue dont il m’avait parlé? Bien évidemment!
Dans les années 1970-1980, c’est là qu’on allait pour avoir recours aux services sexuels d’un mineur. Déjà, en 1985, j’en avais entendu parler en tant que nouveau policier. Le «village gai» de Québec se situe en grande partie dans le quartier Saint-Jean-Baptiste. Beaucoup de jeunes garçons paumés traînaient dans ce territoire.
Cet homme m’a aussi donné des noms de policiers que je connaissais,
actuellement à la retraite. J’ai d’ailleurs validé deux de ces noms avec des collègues également à la retraite, qui m’ont confirmé les malversations et la double vie de ces agents. «C’est vrai, c’est réel, Roger, mais que peut-on faire?» J’ai quand même noté les coordonnées de cet homme du Costco et demandé qu’il soit rencontré par deux enquêteurs. Après l’entrevue, ils m’ont informé qu’il n’y avait pas matière à investiguer davantage, car le témoin ne voulait pas faire de déclaration officielle. C’était assez frustrant de recevoir de telles informations sans que les gens soient prêts à témoigner publiquement. Ce genre d’histoires affluait constamment. Ce que j’en retenais? «Continuez à vous débattre, mais vous ne pourrez jamais les condamner. Ne lâchez pas, vous êtes notre héros.» Je ne me sentais rien d’un héros; j’avais plutôt l’impression d’être de la chair à canon.
J’aurais pourtant voulu dévoiler au grand jour ce réseau, le décortiquer,
sortir toute la pourriture des hommes profitant de la misère de ces jeunes garçons. Cependant, les témoins se faisaient rares, pour ne pas dire absents. Les victimes masculines éprouvent beaucoup de difficulté à témoigner. Franchement, comme s’il était plus acceptable sur le plan social de parler de prostitution juvénile féminine que masculine! Pour cet homme, me raconter les «relations sexuelles homosexuelles» qu’il avait eues, c’était intolérable.
Conséquemment, il nous a été impossible de démanteler un tant soit peu
ce réseau hermétique. Malgré tout, on a appris à bien connaître le modus operandi de ces agresseurs. Tout d’abord, ils sélectionnent des jeunes garçons qui ont des problèmes familiaux ou sociaux affectifs. Ils les hébergent gratuitement dans des édifices appartenant à des bonshommes qui ont de l’argent. Mais c’est un leurre. Les jeunes garçons reçoivent ces hommes dans les appartements et le peu d’argent qu’ils font sert à payer le loyer. En fin de compte, ils doivent se prostituer pour rester dans l’appartement.
Je reconnais donc qu’il y a un réseau, celui des garçons, qu’on n’a pas
pu démanteler parce qu’on n’avait aucune victime masculine prête à témoigner. J’avais bien recueilli quelques témoignages de conjointes me racontant les déboires de leurs maris, mais il m’a été impossible de corroborer les faits. J’espère qu’un jour il y aura quelqu’un qui sera prêt à tout dénoncer. Vous savez, la première déclaration qui fait tomber toutes les autres. Très souvent, je disais à des policiers de garder l’œil ouvert sur tel ou tel appartement. D’avoir le réflexe de prendre les déclarations à chaud, tout de suite, pendant que la victime est disposée à parler, parce que le lendemain, elle risque de vouloir disparaître. Avec ce genre d’enquête, on marche toujours sur des œufs.
Les projets ADO et MAP
Scorpion a émergé à la suite de deux autres enquêtes: les projets ADO et
MAP. La première enquête est celle menée par l’unité ECO19 de la Sûreté du Québec, le 19 janvier 2001, sous le nom de projet MAP (Mothers Against Palmer). Palmer pour les Black Palmer de Montréal, un gang en lien avec ce réseau, et Mother parce que les dénonciations avaient été faites par les mères des victimes. En effet, cette enquête faisait suite à plusieurs rapports d’information, provenant notamment de policiers jeunesse, sur la présence de prostitution juvénile contrôlée par des gangs de rue, mais également à des dénonciations de plusieurs mères. Ce phénomène était alors méconnu à Québec, voire inexistant. Les gangs étaient plutôt perçus comme un problème montréalais.
Cependant, en décembre 1999, des informations laissent croire à la
présence d’un groupe de jeunes, dans le secteur de Limoilou, qui s’identifierait sous le nom de «2.1» ou «2.1.2» ou «Two One Two». En janvier 2000, le Two One Two semble de plus en plus prendre l’allure d’un gang. Ces jeunes se tiendraient au parc Bardy, au terminus Beauport, dans le secteur Saint-Pascal et Saint-Pie X. Certains des membres commettent des actes criminels, notamment des vols qualifiés, des vols de véhicules, du recel, du trafic de drogue et des introductions par effraction. Déjà, le nom de Téchelet Pierre-De Bellefeuille apparaît. Accompagné de deux ou trois de ses comparses, il est identifié comme un individu armé, fournissant plusieurs petits revendeurs. D’autres membres sont ciblés, à savoir les frères Karera, Jean-Claude et Clément, Patrick Kayishema, Christian Ruyange, Jean Pierrin, Jean-Max Dolcine, Edgyr Ernest Audate et bien d’autres. Une bonne partie de ces individus va se retrouver dans Scorpion.
Vers la fin de janvier 2000, des sources laissent entendre qu’il y aurait
eu des changements à la direction des Two One Two et que Kayishema serait à la tête de ce groupe. Une autre information importante émerge des surveillances policières: certains membres des Two One Two seraient liés aux Rock Machine. Par exemple, Kayishema est photographié aux funérailles de Tom Bédard, un membre des Rock Machine décédé durant la guerre des motards. Puis en février de la même année, des informations laissent penser que plusieurs jeunes filles seraient recrutées sur la rue du Roi et dans des écoles secondaires pour de la prostitution. Les intervenants jeunesse de ces écoles confirment ces informations et des victimes sont identifiées. Ces filles feraient de la prostitution à Québec et à Montréal. Les gars cibleraient des filles vulnérables, les séduiraient, leur proposeraient de la drogue à volonté, des gâteries, et les forceraient par la suite à danser, puis à se prostituer.
En janvier 2001, le projet MAP de la SQ prend son envol à la suite
d’une demande d’enquête de la police de Val-Bélair pour la séquestration d’une jeune fille afin de la forcer à se prostituer. Le proxénète en question est un certain Nerva Lovinsky, de Montréal, qui résiderait à Charlesbourg avec sa conjointe, Nadine Gingras, alias Vegas. Il serait venu trouver refuge et établir son quartier général à Québec pour échapper à la police et à certains gangs de Montréal. Les enquêteurs responsables du dossier Lovinsky vont avoir de nombreux échanges avec divers services de police, en l’occurrence les services municipaux de Sainte-Foy, Québec, Val-Bélair, Charlesbourg, Montréal, Toronto, etc.
À Québec, les informations sur l’existence de prostitution juvénile
fusaient de partout: de la DPJ, des centres jeunesse, des parents, des écoles… Il s’agissait principalement de jeunes filles de 13 à 15 ans en fugue qui, pour une grande majorité, confiaient avoir fait de la prostitution. Même si je m’occupais de dossiers de stupéfiants à l’époque, je recevais par la bande des informations sur des trafiquants de drogue qui s’adonnaient en même temps au proxénétisme. J’ai donc eu à transmettre de l’information à la SQ dans le cadre d’une enquête de stupéfiants à la Place Laurier. Mes sources m’informaient alors que des individus recrutaient des jeunes filles et des garçons de 13 à 15 ans à la polyvalente des Compagnons-de-Cartier et à la Place Laurier. Les recrues étaient invitées au 201 du Roi pour participer à des fêtes. Drogue et alcool leur étaient proposés, puis elles participaient à des partouses. Les jeunes filles ciblées pour de la prostitution étaient dressées et offertes à des clients. Certains de ces proxénètes géraient alors une cellule, celle de Sainte-Foy, et recrutaient les victimes à la halte-bouffe de la Place Laurier ou dans la section des jeux et des manèges des Galeries de la Capitale.
L’enquête MAP dévoile dans un premier temps que Lovinsky serait à la
tête d’un réseau de prostitution juvénile sous le nom des Two One Two, qui opère sur l’ensemble du territoire québécois, même à Kuujjuaq, mais principalement à Montréal, à Québec et à Toronto. Le réseau est aussi présent de la Saskatchewan à la Nouvelle-Écosse. De plus, Lovinsky serait actif dans la prostitution juvénile depuis le début des années 1990, principalement sous la bannière du gang montréalais les Crack Down
Posse 20 (C.D.P.). La méthode de fonctionnement était la suivante: chaque proxénète avait un harem d’environ trois filles et collectait l’argent. Les filles allaient danser dans des bars contrôlés par les Hells Angels et leurs alliés. Plusieurs des victimes identifiées dans le projet MAP se retrouveront aussi dans Scorpion.
Après environ un an d’enquête, le projet MAP n’aboutira qu’à
l’accusation d’un seul proxénète, N’Djeka Kandula, dont la victime, Juliette, avait 13 ans. Sa collaboration avec la police n’est donc pas nécessaire, puisqu’elle n’a pas l’âge légal de consentir à des relations sexuelles. Les enquêteurs démontreront, avec les enregistrements de caméras de certains hôtels de Montréal, que Juliette a été vendue pour 5000$ et 3000$ à des proxénètes de Montréal. Elle deviendra d’ailleurs l’une des victimes qui accepteront de collaborer dans le cadre de Scorpion, ce qu’elle a refusé de faire dans le cadre de MAP. Juliette est l’une des victimes qui affiche un tatouage au nom de son proxénète, N’Djeka
Kandula (alias Alphonso), elle porte les initiales ALPHO K21 dans le bas du dos. Au moment de son enquête préliminaire, Kandula partira en cavale. Il sera arrêté en 2002 à Montréal. Finalement, il sera condamné à une peine de quatre ans en 2004, dans le cadre des procédures judiciaires de Scorpion. Les autres proxénètes identifiés, dont le principal sujet d’intérêt, Nerva Lovinsky, ne seront pas inquiétés. Enfin, pas encore.
Quand le projet MAP prend fin, la SQ transfère le dossier au nouveau
service de police de la Ville de Québec, le SPVQ, le 30 janvier 2002, puisque les activités de prostitution impliquaient des bars situés sur le territoire de Québec. Ainsi débute le projet ADO en février 2002. Dès le départ, les enquêteurs responsables, Mario Nolet et Michael Tessier, ont pour cible deux cliques identifiées comme constituées de proxénètes: les Two One Two et un nouveau groupe nommé Wolf-Pack. À ce moment, on ne parle pas encore de gangs de rue. Cependant, le Wolf-Pack attire l’attention des enquêteurs à la suite des témoignages de certaines victimes, de la présence de graffitis à l’effigie du groupe et de sources les incriminant. Ce nom apparaît vers l’été 2002.
Les membres des Two One Two et du Wolf-Pack sont alors suspectés de
séquestrations, d’enlèvements, d’agressions sexuelles, de prostitution juvénile et adulte, de fraude et de trafic de stupéfiants. Une centaine de victimes sont identifiées ainsi que plusieurs jeunes hommes impliqués dans ces crimes. L’enquête met en lumière deux groupes indépendants, à savoir le Wolf-Pack et le Two One Two, aussi nommé le Two One Crew, ainsi qu’une clique sous le contrôle de Lovinsky, le Junior Squad. Quant à Pierre-De Bellefeuille, il semble faire bande à part. L’histoire est bien plus complexe qu’elle n’en a l’air. Ce n’est que plus tard, avec Scorpion, que l’on comprendra mieux le rôle de Lovinsky, du Wolf-Pack et des autres groupes.
Le 13 mai 2002, les enquêteurs du projet ADO en viennent à la
conclusion qu’une plus grande infiltration avec davantage de ressources et de techniques d’enquête est nécessaire pour démanteler ce réseau de proxénètes, d’autant plus que les victimes ne veulent pas porter plainte ou faire de déclaration écrite, par honte, par crainte ou par amour. Il est étrange quand même que, après 20 ans, ce schéma n’ait pas beaucoup changé. Enfin, que ce soit MAP ou ADO, aucun n’avait un tant soit peu effleuré l’un des piliers importants de la prostitution juvénile, à savoir les clients.
Malgré MAP et ADO, Martial a longtemps hésité à investir des
ressources dans ce genre d’enquête, doutant de l’importance du phénomène
dans la région. Puis, le 1er 22 septembre 2002, alors que le Red Lite tient son traditionnel rave de la fête du Travail à Laval, une fusillade éclate autour de 5 h du matin à l’intérieur de la salle, faisant plusieurs blessés. On apprend que des jeunes impliqués dans des gangs se sont mis à tirer sur des agents de sécurité. Le Service de police de Laval décrète l’état d’urgence et plus d’une centaine de policiers sont mobilisés pour fouiller environ 3000 jeunes à la sortie du rave. Des suspects seront arrêtés. Cet événement sera le déclencheur d’une rencontre des chefs de police du Québec proposée par
Serge Bélisle23, le directeur adjoint au Service de police de Laval. La thématique de la rencontre portera sur les gangs de rue. Martial Tremblay et Marc-André Fortin y participent pour le compte du SPVQ et ont alors la confirmation que des filles de Sainte-Foy, de Charlesbourg, de Beauport et de Québec se retrouvent dans les motels de Laval, de Montréal et de Longueuil pour de la prostitution. Selon Bélisle, cette problématique est bien plus importante qu’elle n’en a l’air. Il suggère d’alerter le politique afin de débloquer des ressources additionnelles pour faire face à ce phénomène de plus en plus sérieux que celui des gangs de rue et de la prostitution. Cette conférence sera, en quelque sorte, la cerise sur le gâteau.
Bien qu’ADO et MAP aient permis de colliger et d’analyser une masse
d’informations, Scorpion est parti de zéro. Par conséquent, le Two One Two et le Wolf-Pack n’existent tout simplement pas dans mon analyse au début de Scorpion. Tout va se révéler au fur et à mesure de l’enquête, comme des hiéroglyphes à décoder.
12. SPCUM: Service de police de la Communauté urbaine de Montréal.
13. GRICO: Groupe régional d’intervention en criminalité organisée. Une escouade temporaire
composée de policiers patrouilleurs et d’enquêteurs membres de toutes les organisations policières de la conurbation de Québec (Québec, Sainte-Foy, Sillery, Val-Bélair, Charlesbourg, Haute-Saint-Charles, SQ et GRC). L’objectif était de contrer la violence engendrée par la guerre des motards au Québec.
14. Carcajou: Escouade constituée de policiers de la GRC, de la SQ et des corps de police
municipaux. Elle avait pour objectif de lutter contre les bandes de motards criminalisés (Hells Angels et Rock Machine), qui se livraient alors une guerre sans merci. Elle est mise sur pied à la suite du décès du jeune Daniel Desrochers, en 1995, et démantelée en 1999. Elle est remplacée par six escouades régionales, sous l’appellation d’Escouades régionales mixtes (ERM).
15. Un mandat 810 est une ordonnance de garder la paix donnée par un juge en vertu de l’article
810 du Code criminel. Il est associé de conditions et valide pendant un an. Un policier ou une tierce personne peut demander ce genre de mandat pour protéger une personne, lorsqu’il a des motifs raisonnables de craindre pour sa sécurité.
16. Aucun gang nommé Wolf-Pack n’est identifié à Montréal dans ces années-là.
17. Le GRIPP (Groupe de relation et d’inervention policière auprès de la population) est une
escouade spécialisée de Québec, comme Éclipse à Montréal, qui intervient dans les bars et les lieux qu’on sait fréquentés par des sujets d’intérêt, plus précisément par les membres du crime organisé et des gangs de rue. Ce sont des patrouilleurs spécifiquement attitrés à des actions dans les bars et les clubs. À pied ou dans des véhicules, ils arpentent notamment les rues piétonnières de Québec, principalement le centre-ville, les rues Saint-Jean et Grande Allée, ainsi que d’autres endroits où il y a un achalandage et des échauffourées à la porte des bars. Ils vérifient entre autres si les jeunes ont l’âge légal d’entrer dans les bars, si les permis d’alcool sont bien respectés, etc. Leur mission est de prévenir les débordements et les batailles à la sortie des bars.
18. La déclaration K.G.B. est soumise à des conditions prévues par la Cour suprême dans l’arrêt R.
c. K.G.B., [1993] 1 R.C.S. 740. L’auteur d’une fausse déclaration est tenu pénalement responsable de ses propos. Il peut être poursuivi pour entrave au cours de la justice ou méfait public en vertu des articles 139 et 140 du Code criminel. Il est également informé qu’il sera appelé à témoigner et que toute rétractation de sa déclaration ou mensonge pourrait entraîner des accusations de fabrication de preuve en vertu de l’article 137 du Code criminel, de parjure ou de témoignage contradictoire en vertu des articles 131 ou 136 du Code criminel. Cela exposerait l’auteur de la déclaration à des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 14 ans.
19. ECO: Escouade du crime organisé.
20. Il faut savoir que les C.D.P., dont les territoires principaux étaient Saint-Michel et Pie IX,
avaient alors une branche, les Money Of Bitches (M.O.B), essentiellement consacrée à la prostitution juvénile.
21. ALPHO K: ALPHO pour Alphonso ou Alphonse, et K pour Kandula.
22. Le Devoir, 3 septembre 2002; La Presse, 6 novembre 2010.
23. Serge Bélisle est décédé le 10 mars 2013 des suites d’un cancer du cerveau. Il occupait alors le
poste de directeur associé du Service de police de la Ville de Québec.
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