Personnages secondaires

Jeanne Dompierre · Chapitre 16 sur 22

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Personnages secondaires

Julie-Chloé

 

Anne-Marie Samson-Lagarde, 29 ans, hygiéniste dentaire. Disparue le 22 avril vers 22 h, après un souper avec ses parents et son frère sur une terrasse du Mile Ex. Le restaurant où ils ont passé la soirée est situé à trois rues de chez moi. Il s’agit d’un endroit hors de prix où l’on sert des petits plats à partager et des vins nature à vingt-deux dollars le verre. Il ne me viendrait jamais à l’esprit d’y réserver une table – du moins pas tant que je travaillerai chez ALT, où je gagne à peine plus que le salaire minimum –, mais ce restaurant est situé juste en face d’un petit café vaguement hippie où Ève passe ses journées à travailler sur sa thèse. Il se rapproche. Même s’il n’y a aucun risque que le tueur sache quoi que ce soit au sujet de mon projet et que je suis certainement trop grande et trop rousse pour lui, j’ai presque l’impression qu’il joue avec moi.

Ça fera bientôt cinq mois que Chrystelle Fournier a disparu. Neuf pour Deborah Marquis, treize pour Katherine McCormack. Quatre femmes en à peine plus d’un an ; je n’arrive pas à déterminer si c’est peu ou beaucoup. Comme Ève se plaît à me le rappeler chaque fois qu’elle en a l’occasion, il y a probablement plusieurs autres femmes qui ont disparu sans laisser de traces au cours de la même période sans susciter ne serait-ce qu’un haussement d’épaules de la part de la police et des médias. Des victimes invisibles, passées inaperçues en raison de la couleur de leur peau, de leur classe sociale ou de leur mode de vie.

Ève affirme que ce sont ces disparitions-là qui mériteraient mon attention. Selon elle, les femmes blanches cisgenres et privilégiées en reçoivent déjà bien assez, pas besoin d’en rajouter. Au fond, je sais qu’elle a raison, mais je n’y peux rien si c’est cette histoire-là qui m’obsède. Peut-elle vraiment me reprocher de ne pas me consumer pour des victimes dont j’ignore l’existence ?

Les médias commencent à établir ouvertement des liens entre les quatre affaires, et même les policiers interrogés ne nient plus l’évidence. Tout cela nourrit l’hystérie collective. Dans les journaux et sur Internet, les commentateurs se multiplient. On recommande aux femmes de ne pas sortir après le coucher du soleil et d’éviter l’alcool, de se munir d’un sifflet, d’un chien de garde, d’un chaperon, d’une parka, de se raser les cheveux ou d’arrêter de se raser les jambes. On scrute sans relâche le mode de vie des disparues ; on insinue qu’elles n’étaient probablement pas si sages, pas si pures, qu’il devait bien y avoir une faille quelque part chez elles.

Les groupes de complotistes et les fan pages des diseuses de bonne aventure s’embrasent à nouveau, après de longues semaines de disette. De mon côté, je passe toutes mes soirées à chercher des pistes et des indices, à me gaver d’absurdes vidéos YouTube, de panels de spécialistes et d’extraits de téléjournaux. Je noircis des pages de notes et j’enregistre des dizaines de fichiers pêle-mêle dans un dossier intitulé « podcast », sur le desktop de mon MacBook.

Ève ne cherche nullement à camoufler le mépris qu’elle voue à mon projet. Pour elle, c’est du voyeurisme de bas étage, encore plus vulgaire que ce que font les émissions de téléréalité. Elle dit que j’ai pas plus de classe que les paparazzis des tabloïds américains, mais qu’eux, au moins, on les paye correctement. Ce qui me heurte le plus, c’est qu’elle affirme que ma démarche est antiféministe, qu’en « glorifiant » ainsi la violence faite aux femmes, je reproduis les structures de domination de la société. Selon elle, à force d’être obsédée par des hommes qui sont devenus célèbres en tuant, en violant, en torturant et en démembrant des femmes, j’ai intériorisé le discours misogyne prépondérant et je m’en fais le porte-voix. Pas une semaine ne passe sans qu’elle me rappelle à quel point je la déçois. Je dois dire que notre couple a connu de meilleurs jours.

Je me défends mollement contre ces attaques en bas de la ceinture, mais la vérité, c’est que je suis trop occupée pour m’en faire avec ça. En plus, je pense qu’Ève est un peu jalouse de voir que j’ai un projet qui s’en va quelque part, alors qu’elle traîne son foutu doctorat inutile depuis cinq ans comme un boulet de forçat. Il vaut mieux ignorer sa mesquinerie et me concentrer sur ce qui compte vraiment : recueillir des témoignages, enregistrer des narrations, construire un récit percutant qui marquera à jamais l’esprit des auditeurs.

De toute façon, Ève ne comprend rien à ma démarche. Contrairement à ce qu’elle persifle, ce n’est pas le tueur qui m’obsède, ce sont ses victimes. Surtout elle, Chrystelle. C’est elle, le centre de mon univers. Depuis des mois, je suis ses traces, je la traque, je rêve d’elle et je vois son visage dans toutes les foules. J’ai l’impression de la connaître comme une amie très chère. C’est pour elle, pour qu’on ne l’oublie pas, que je dois terminer ce projet. Et pour y arriver, je suis prête à tout.

Je savais que je ne jouais pas tout à fait franc jeu lorsque j’ai profité de la fête de Camille, il y a deux mois, pour interroger Sarah, alors qu’elle était en état d’ébriété avancé. Moi, je n’avais pas bu une goutte. Ève est sobre depuis l’âge de vingt ans et déjà qu’elle n’aime pas tellement que je sorte avec des amis, je pense que s’il fallait que je revienne à l’appartement avec une haleine de gin, elle me bouderait pendant dix jours. Alors habituellement, je m’en tiens au kombucha, et je ne m’en porte pas plus mal. Au moins, moi, je ne fais rien que je risque de regretter ensuite.

Au bureau, le lundi après la fête de Camille, Sarah m’a suppliée de supprimer les enregistrements que j’avais faits de notre conversation. Ça m’a fait drôle de réaliser que j’avais soudain une sorte de pouvoir sur elle, alors qu’elle me snobait ouvertement depuis mon arrivée chez ALT. J’aurais pu essayer de tirer profit de la situation, mais puisque je suis une bonne personne, je lui ai promis que je ne me servirais pas de son entrevue dans le podcast.

De toute façon, le contenu n’aurait pas été utilisable : trop de bruit de fond, trop de confusion. En revanche, comme matériau de base pour ma recherche, cette conversation s’est révélée infiniment précieuse. Moi qui craignais tellement sa réaction et qui avais dû rassembler toutes mes miettes de courage pour lui parler de mon projet, j’ai été surprise de trouver en Sarah une interlocutrice si volubile. Elle m’a raconté plein d’anecdotes que je n’aurais jamais pu recueillir autrement et qui m’ont permis de mieux comprendre quel genre de personne était Chrystelle, au-delà de la « jeune femme promise à un brillant avenir » décrite par les médias au moment de sa disparition.

J’ai notamment appris qu’elle avait deux vieux chats en fin de vie, Ézéchiel et Marie-Ruth, qu’elle avait adoptés avec Sarah à l’époque où elles étaient colocataires et étudiantes à l’université. C’est Sarah qui les avait baptisés ; pour une raison qui m’échappe, ça semblait être une source de fierté pour elle d’avoir affublé les deux pauvres créatures de noms aussi absurdes.

J’ai aussi appris que Chrystelle souffrait d’une allergie mortelle aux épinards, qu’elle faisait beaucoup de yoga, qu’elle était une grande fan de Harry Potter et qu’elle avait toujours rêvé de voyager, mais était affligée d’une peur maladive de l’avion. Dans les narrations que j’enregistre sur mon iPhone, enfermée dans la garde-robe de la chambre à coucher, je veille à intégrer certains de ces petits détails personnels et humains, qui donneront l’impression à mes auditeurs que je connais mon sujet sur le bout des doigts.

Vers la fin de notre discussion, ce soir-là, alors que sa diction rappelait celle d’une enfant de deux ans, Sarah m’a expliqué qu’après la disparition de Chrystelle, elle avait voulu appeler la mère de celle-ci, Sylvie, mais qu’elle n’avait finalement jamais trouvé le courage de le faire. Quand elle m’a dit qu’elle connaissait encore par cœur le numéro de téléphone du domicile familial de Chrystelle, j’ai à moitié fait semblant de ne pas la croire. Il faut dire que j’appartiens à une génération où personne n’a jamais eu à apprendre le moindre numéro de téléphone par cœur. N’empêche, je savais très bien ce que je faisais en surjouant mon incrédulité. Sarah est tombée dans le piège et a énuméré les sept chiffres trois fois d’affilée, comme si elle récitait un chapelet. C’est comme ça que j’ai obtenu mon entrevue avec Sylvie.

J’aurais pu l’appeler, mais ça aurait été trop facile pour elle de me raccrocher au nez. J’ai utilisé la fonction « recherche inversée » sur le site du 411 et ça m’a donné un nom, Michel Fournier, et une adresse sur la Rive-Sud. Ce matin, j’ai emprunté la voiture d’Ève, ignoré ses insinuations désobligeantes au sujet de mes compétences limitées au volant et conduit sans incident majeur jusqu’à ma destination, un petit bungalow de banlieue avec un autocollant Parents-Secours bien en vue dans la baie vitrée et un terrain visiblement laissé à l’abandon depuis longtemps.

J’ai poireauté un petit moment sur le perron avant de trouver le courage de cogner à la porte. Je me suis demandé si c’était pas un peu intrusif, comme méthode. En même temps, si je voulais des résultats, il me fallait prendre les grands moyens. Les gens qui ne savent pas faire preuve d’audace au moment opportun n’iront jamais nulle part. Ignorant mes scrupules et ma nervosité, j’ai fini par frapper trois grands coups. Je pense que je n’espérais pas vraiment une réponse, parce que j’ai sursauté quand la porte s’est ouverte et que Sylvie est apparue devant moi.

Je devais inconsciemment m’attendre à un genre de vision tragique parce que j’ai été surprise de me retrouver devant une petite madame parfaitement ordinaire. Des cheveux striés de gris attachés en un chignon lousse, un chandail en tricot synthétique rose pastel sur un pantalon à taille haute peu seyant et de grands yeux fatigués, aux iris vert-de-gris et aux cils clairsemés. Des yeux pareils à ceux de Chrystelle. Sylvie m’a regardée avec une méfiance justifiée, attendant que je dise quelque chose, mais comme je restais coite, elle a demandé si elle pouvait m’aider. Le ton de sa voix n’avait rien d’invitant.

J’ai bafouillé que j’étais désolée de la déranger, mais que je souhaitais discuter avec elle quelques minutes, si c’était possible dans son emploi du temps, bien sûr. J’ai tout de suite ajouté que je connaissais un peu Chrystelle, ce qui n’était pas si loin de la vérité, considérant tout le temps que je passe à penser à elle. Sylvie m’a lancé un regard soupçonneux, mais à mon grand étonnement, elle m’a tout de même invitée à entrer. Il a presque fallu que je me pince pour m’assurer que je ne rêvais pas. Après tout, Sarah l’avait décrite comme une vieille mégère plutôt hargneuse, alors je m’attendais un peu à ce qu’elle me jette dehors en menaçant de lancer la police à mes trousses.

Le salon se trouvait juste à gauche de la porte d’entrée, et d’un mouvement de la tête, Sylvie m’a fait signe de m’asseoir. J’ai posé mes fesses sur un fauteuil recouvert d’une housse de plastique aussi hideuse qu’inconfortable, qui couinait sous mon poids chaque fois que je réajustais ma position. Sylvie m’a demandé si je voulais un thé et j’ai accepté sa proposition, même si je n’en voulais pas vraiment. Ça me donnerait quelques minutes pour m’imprégner de l’environnement dans lequel je me trouvais.

Pendant qu’elle était dans la cuisine, j’ai sorti mon iPhone et commencé à prendre quelques notes vocales en chuchotant à deux centimètres du micro. « Classique bungalow de banlieue. Tapis beige à la grandeur du plancher. Cadre médiocre sur le mur, un champ de fleurs jaunes de style impressionniste avec un ciel bleu, probablement une reproduction cheap de Monet ou quelque chose du genre. Fauteuil plastifié inconfortable qui fait face à la bay-window, qui donne sur la rue, où les maisons semblent toutes identiques. Une petite fille avec des couettes et un jumper violet saute à la corde sur le terrain d’en face. »

Ce genre de notes m’aide à écrire mes textes pour le podcast, à rendre le tout plus vivant, pour que l’auditeur puisse bien visualiser les événements. Quand j’ai entendu siffler la bouilloire dans la cuisine, j’ai rangé mon cellulaire dans la poche de ma veste sans mettre l’enregistrement en pause. On sait jamais quand une opportunité va se présenter.

Sylvie est réapparue avec deux tasses fumantes dans lesquelles trempaient des sachets de thé Salada. La tasse qu’elle m’a tendue était décorée d’un dessin représentant de façon stylisée la carte de la Floride (très phallique), avec un palmier, une orange et les mots « Welcome to the Sunshine State ! » en grosses lettres jaunes. Le thé ne goûtait pas grand-chose.

Après s’être assise dans le canapé deux places en faisant grincer le plastique à son tour, Sylvie m’a regardée droit dans les yeux et a dit qu’elle trouvait que j’avais l’air pas mal jeune pour être une amie de sa fille. J’ai songé qu’il faudrait bien que je lui révèle la vérité au sujet de ma présence chez elle, déjà que la façon dont je m’étais introduite dans sa maison n’aurait sans doute pas fait la joie de ma prof de déontologie du journalisme à l’UQAM. Cela dit, je ne pouvais quand même pas être parfaitement honnête non plus. Trop risqué.

J’ai coupé la poire en deux et avoué qu’en fait, je la connaissais pas beaucoup, que je travaillais simplement dans le même immeuble qu’elle au centre-ville, mais que je pensais beaucoup à elle depuis sa disparition et que je n’aimais pas la façon dont les médias traitaient l’affaire. Sylvie a hoché la tête, ce qui m’a encouragée à continuer. J’ai donc osé ajouter que j’étais étudiante en journalisme (je sais que c’est pas tout à fait honnête, mais je trouvais ça moins menaçant que de dire que je travaillais chez ALT), et que je voulais réaliser un projet pour que les gens apprennent à connaître Chrystelle en tant que personne, une personne en trois dimensions.

Je peinais à soutenir le regard de Sylvie en parlant et j’avais peur qu’elle m’attrape par l’oreille et me jette à la rue, mais à mon grand étonnement, elle s’est calée un peu plus profondément dans son fauteuil plastifié. Elle a pris une gorgée de thé en me regardant longuement, sans cligner des yeux, puis elle a demandé, sur un ton où je n’ai détecté aucun sarcasme : « Qu’est-ce que tu penses que les gens auraient besoin de savoir, au juste ? » C’est à ce moment-là que je lui ai officiellement demandé la permission d’enregistrer notre discussion, même si j’avais déjà commencé à le faire en secret. Elle a accepté sans même que j’aie besoin d’insister.

Je lui ai posé toutes les questions qui me hantaient depuis des mois concernant la vie de Chrystelle, son enfance, ses parents, le couple qu’elle formait avec Jean-François. Sylvie donnait des réponses courtes, factuelles. À plusieurs reprises, j’ai dû lui demander de reformuler ses propos, pour les besoins du podcast.

Au bout d’un peu plus d’une heure, j’ai senti que sa voix faiblissait. Je me suis levée, je l’ai remerciée pour son temps. Elle a hoché la tête avec un sourire triste et m’a souhaité bonne chance avec mon projet. Elle ne s’est pas levée pour m’accompagner. Quand je l’ai regardée une dernière fois avant de sortir, j’ai eu l’impression qu’elle avait vieilli, comme si notre conversation venait de prélever dix ans de sa vie.

Sur le chemin du retour, j’étais tellement fébrile que j’ai brûlé trois stops avant même d’atteindre le boulevard Taschereau. Ève a beau être dans le champ en général, il reste qu’elle a peut-être un peu raison de prétendre que je suis un danger public sur les routes. De retour au bureau, j’ai immédiatement numérisé les fichiers audio de l’entrevue et j’en ai fait des copies. Une chance comme celle-là, ça ne se présente pas souvent.

Voilà maintenant deux heures que je suis assise derrière mon ordinateur, et je n’ai même pas encore terminé la transcription de l’entrevue. Il y a des passages qui me donnent des frissons et que j’ai besoin de réécouter plusieurs fois pour bien m’en imprégner. Grâce à ce nouveau morceau du puzzle, je devrais pouvoir compléter le montage de l’épisode pilote au cours des prochains jours.

Heureusement que j’ai ce projet-là pour me tenir en vie, parce que l’ambiance chez ALT est plutôt morose, ces temps-ci. Même si je consacre toute mon énergie à la conception de mon podcast et que je n’ai plus vraiment le temps de socialiser avec mes collègues, j’ai entendu les rumeurs qui courent sur Francis. Honnêtement, si ce que les gens disent est vrai, je suis pas certaine que j’ai envie de continuer à travailler ici.

Un climat étrange règne dans le bureau. On sent l’orage qui gronde. Des factions se créent. On s’affronte à mi-voix dans les couloirs et dans la salle de bain. Toutes les conversations s’interrompent dès que Francis pose un pied dans l’aire de travail. Je ne sais pas s’il est conscient des regards dégoûtés que certains posent sur lui de plus en plus ouvertement. Probablement pas. Les gens qui ont l’habitude du pouvoir ne sont pas toujours les plus lucides.

Quand j’ai questionné Camille il y a quelques jours pour savoir ce qu’elle pensait de tout ça, elle a balayé mes inquiétudes du revers de la main, m’assurant que tout ce que j’avais pu entendre était faux. Selon elle, Jade a juste besoin d’attention, et c’est la meilleure façon qu’elle a trouvée d’en obtenir.

J’aurais vraiment envie de la croire, mais quand je regarde Jade, j’ai de sérieux doutes. Elle ne ressemble pas à l’idée que je me fais d’une personne qui souhaite qu’on la remarque. Elle longe les murs et sursaute quand on lui adresse la parole. Ses joues sont creuses et ses yeux, cernés. J’ai l’impression qu’elle a perdu du poids. D’ailleurs, ça fait des semaines que je ne l’ai pas vue manger à l’heure du lunch. Je me dis souvent que je devrais aller lui parler pour savoir si elle a besoin d’aide, mais les journées passent tellement vite en ce moment, je ne vois pas vraiment où je trouverais le temps pour ça. De toute façon, j’imagine que la vérité finira bien par éclater au grand jour.

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