Sanctuaires chrétiens d'Occident
Corps saints, églises et reliquaires
l’imaginaire, qui se situaient en marge de la société, tout en y jouant un rôle
essentiel. Ces lieux privilégiés ne se confondaient pas avec ceux que le
serviteur de Dieu avait sacralisés par sa présence à un moment de son
existence, que les textes du haut Moyen Âge désignent sous le nom de
« Loca sancta ». Ainsi, le monastère de Marmoutier, séjour habituel de
saint Martin, ou l’église de Candes où il avait rendu le dernier soupir
demeurèrent des lieux de mémoire sanctifiés par son passage ; mais c’était
le monastère de Tours, où se trouvaient ses précieux restes, qui constituait le
centre de son culte et l’endroit où affluaient les foules. Il est significatif à
cet égard que, chez Grégoire de Tours, l’accent porte moins sur les saints
que sur les lieux où ils étaient vénérés et sur les miracles qui s’y
produisaient {44}.
Corps saints, églises et reliquaires
Comment se traduisit concrètement cette sacralisation de l’espace à
travers les reliques ? Si en Occident – à la différence de l’Orient – on ne
considérait pas que le saint habitait en permanence l’édifice où reposait son
corps, on croyait néanmoins qu’il était bien présent dans la tombe qui
abritait ses reliques, et que cette présence pouvait s’exercer aussi bien pour
répondre aux requêtes des croyants que pour punir ceux qui lui manquaient
de respect ou mettaient en doute son pouvoir. Ainsi, la profanation, même
accidentelle, du lieu où étaient déposées les reliques entraînait pour les
contrevenants, hommes ou animaux, les châtiments les plus sévères.
Inversement, cet espace se montrait accueillant aux personnes persécutées
ou en fuite, qui pouvaient se soustraire à leurs poursuivants en vertu du
droit d’asile, dont le sanctuaire était doté. Pour protéger les fragments de
corps saints, on les déposa dans des reliquaires qui, de simples boîtes
métalliques à l’origine, furent de plus en plus ornés et travaillés à mesure
qu’on avançait dans le temps. Comme l’a écrit Edina Bozoky, « pour être
digne de receler des dépôts si précieux, le reliquaire devait être constitué de
métaux nobles et richement décorés de pierres précieuses, évoquant la splendeur de la Jérusalem céleste et permettant aux fidèles d’imaginer celle
du royaume des cieux où se trouvaient déjà les âmes des saints {45} ».
Sarcophage de saint Andéol, martyr, IVe siècle.
Sarcophage-reliquaire (marbre et argent), Genève, musée d’art et d’histoire, inventaire AD7964.
Dans la littérature hagiographique qui ne tarda pas à se développer en
Occident à partir de la Vita Martini de Sulpice Sévère, on voit parfois le
saint apparaître à des clercs ou à des laïcs pour réclamer l’exhumation de
ses restes, quand ils gisaient encore sous la terre, ou un lieu de sépulture
plus honorable que celui qui lui avait été accordé. De telles interventions ne
faisaient en général que refléter le point de vue des promoteurs du culte.
Mais la hiérarchie ecclésiastique ne pouvait à la longue demeurer
indifférente à ces translations organisées par tel ou tel monastère ou par des grands laïcs. Aussi vit-on les évêques intervenir de plus en plus souvent, à