Sanctuaires chrétiens d'Occident

André Vauchez · Chapitre 15 sur 84

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Sanctuaires chrétiens d'Occident

Le Saint-Sépulcre et la Vraie Croix

À partir du e IV siècle se développa chez les chrétiens une forte dévotion

envers les Lieux Saints de Palestine {55}. Il est prématuré de parler de

pèlerinages à propos des voyages et des séjours effectués dans ces régions

par des évêques ou abbés, ainsi que par certaines dévotes comme la noble

Éthérie, venue d’Aquitaine en Palestine, ou les dirigées de saint Jérôme,

pour lequel on ne pouvait bien comprendre les Écritures que si on se rendait

en Terre sainte. Mais, dès la fin du e V siècle, l’évêque Cyrille de Jérusalem

avait souligné le caractère unique de la cité sainte en proclamant dans une

homélie : « Ce que les autres entendent seulement, nous, nous le voyons et

nous le touchons {56}. » En affirmant ainsi que voir Bethléem et le Calvaire

rendait tangible la doctrine chrétienne, il plaçait Jérusalem et son diocèse au

cœur du monde. Quelques années plus tard, Paulin de Nole, pour sa part, ne

dissimulait pas son désir de voir et de toucher les endroits où le Christ avait

été corporellement présent de son vivant et n’hésitait pas à écrire : « Nous

sommes allés adorer au lieu où les pieds (du Sauveur) se tinrent {57}. » En

fait, il s’agissait surtout, pour cette élite pieuse et fortunée, d’avoir un

contact concret et édifiant avec certains endroits liés au message biblique

que Dieu avait investis d’une puissance spirituelle particulière, depuis le

mont Sinaï jusqu’au Golgotha{58}.

 

Le Saint-Sépulcre et la Vraie Croix

 

Le but principal des pèlerins était le Saint-Sépulcre où ils pouvaient

contempler le tombeau vide, mémorial à la fois de la mort du Christ et de sa

Résurrection, sur lequel Constantin avait fait édifier en 335 une église de

plan basilical prolongée par la rotonde de l’Anastasis, au-dessus d’une

grotte qui correspondait à la fois à son tombeau et au lieu de la

Résurrection. Selon les auteurs chrétiens de l’époque, celle-ci aurait été

construite sur l’emplacement du Saint des Saints dans le Temple de

Salomon, et coïncidait aussi avec le lieu de naissance d’Adam, ainsi

qu’avec celui où Abraham avait offert en sacrifice à Dieu son fils Isaac sur

le mont Moriah. Le reste de la basilique était un vaste martyrium, élément essentiel dans la création d’une Jérusalem chrétienne où ce nouveau Temple

devait effacer le souvenir de l’ancien{59}. La découverte de la Vraie Croix

par Hélène, la mère de Constantin, acheva de faire de Jérusalem la ville

sainte du Christ, et leur commune dévotion à sa Croix fut à l’origine d’un

lien privilégié entre l’empereur et Dieu, dont l’Église orthodoxe a gardé

fidèlement le souvenir jusqu’à nos jours en les vénérant comme des saints.

La croix du Calvaire, miraculeusement retrouvée lors des fouilles qu’ils

avaient fait mener sur le Golgotha, constituait un symbole royal, dans la

mesure où elle était surmontée, d’après le témoignage des évangiles, de

l’inscription « Jésus de Nazareth, roi des Juifs {60} ». Responsable du salut

de l’humanité, le Christ allait devenir un modèle et une référence obligée

pour les souverains chrétiens. Ce qui explique la dévotion précoce et

durable qui entoura la « Vraie Croix », ou « Sainte Croix », qui sera enlevée

par les Perses lorsqu’ils s’empareront de la Palestine en 614, puis

triomphalement ramenée à Jérusalem par l’empereur Justinien. Au cours

des e e IV et V siècles, des églises s’élevèrent à l’emplacement présumé des

principaux épisodes du dernier séjour de Jésus et de ses disciples à

Jérusalem. Ainsi, l’église de Sion fut édifiée à l’endroit où se tenaient les

apôtres et la Vierge Marie, le soir de Pâques, et lors de la Pentecôte. Vers

500, on ne comptait pas dans la ville moins de dix-huit lieux saints

chrétiens, reliés entre eux par des parcours réglés par la liturgie{61}.

 

La Basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem à l’époque byzantine.