Sanctuaires chrétiens d'Occident
Le Saint-Sépulcre et la Vraie Croix
À partir du e IV siècle se développa chez les chrétiens une forte dévotion
envers les Lieux Saints de Palestine {55}. Il est prématuré de parler de
pèlerinages à propos des voyages et des séjours effectués dans ces régions
par des évêques ou abbés, ainsi que par certaines dévotes comme la noble
Éthérie, venue d’Aquitaine en Palestine, ou les dirigées de saint Jérôme,
pour lequel on ne pouvait bien comprendre les Écritures que si on se rendait
en Terre sainte. Mais, dès la fin du e V siècle, l’évêque Cyrille de Jérusalem
avait souligné le caractère unique de la cité sainte en proclamant dans une
homélie : « Ce que les autres entendent seulement, nous, nous le voyons et
nous le touchons {56}. » En affirmant ainsi que voir Bethléem et le Calvaire
rendait tangible la doctrine chrétienne, il plaçait Jérusalem et son diocèse au
cœur du monde. Quelques années plus tard, Paulin de Nole, pour sa part, ne
dissimulait pas son désir de voir et de toucher les endroits où le Christ avait
été corporellement présent de son vivant et n’hésitait pas à écrire : « Nous
sommes allés adorer au lieu où les pieds (du Sauveur) se tinrent {57}. » En
fait, il s’agissait surtout, pour cette élite pieuse et fortunée, d’avoir un
contact concret et édifiant avec certains endroits liés au message biblique
que Dieu avait investis d’une puissance spirituelle particulière, depuis le
mont Sinaï jusqu’au Golgotha{58}.
Le Saint-Sépulcre et la Vraie Croix
Le but principal des pèlerins était le Saint-Sépulcre où ils pouvaient
contempler le tombeau vide, mémorial à la fois de la mort du Christ et de sa
Résurrection, sur lequel Constantin avait fait édifier en 335 une église de
plan basilical prolongée par la rotonde de l’Anastasis, au-dessus d’une
grotte qui correspondait à la fois à son tombeau et au lieu de la
Résurrection. Selon les auteurs chrétiens de l’époque, celle-ci aurait été
construite sur l’emplacement du Saint des Saints dans le Temple de
Salomon, et coïncidait aussi avec le lieu de naissance d’Adam, ainsi
qu’avec celui où Abraham avait offert en sacrifice à Dieu son fils Isaac sur
le mont Moriah. Le reste de la basilique était un vaste martyrium, élément essentiel dans la création d’une Jérusalem chrétienne où ce nouveau Temple
devait effacer le souvenir de l’ancien{59}. La découverte de la Vraie Croix
par Hélène, la mère de Constantin, acheva de faire de Jérusalem la ville
sainte du Christ, et leur commune dévotion à sa Croix fut à l’origine d’un
lien privilégié entre l’empereur et Dieu, dont l’Église orthodoxe a gardé
fidèlement le souvenir jusqu’à nos jours en les vénérant comme des saints.
La croix du Calvaire, miraculeusement retrouvée lors des fouilles qu’ils
avaient fait mener sur le Golgotha, constituait un symbole royal, dans la
mesure où elle était surmontée, d’après le témoignage des évangiles, de
l’inscription « Jésus de Nazareth, roi des Juifs {60} ». Responsable du salut
de l’humanité, le Christ allait devenir un modèle et une référence obligée
pour les souverains chrétiens. Ce qui explique la dévotion précoce et
durable qui entoura la « Vraie Croix », ou « Sainte Croix », qui sera enlevée
par les Perses lorsqu’ils s’empareront de la Palestine en 614, puis
triomphalement ramenée à Jérusalem par l’empereur Justinien. Au cours
des e e IV et V siècles, des églises s’élevèrent à l’emplacement présumé des
principaux épisodes du dernier séjour de Jésus et de ses disciples à
Jérusalem. Ainsi, l’église de Sion fut édifiée à l’endroit où se tenaient les
apôtres et la Vierge Marie, le soir de Pâques, et lors de la Pentecôte. Vers
500, on ne comptait pas dans la ville moins de dix-huit lieux saints
chrétiens, reliés entre eux par des parcours réglés par la liturgie{61}.
La Basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem à l’époque byzantine.