Sanctuaires chrétiens d'Occident

André Vauchez · Chapitre 29 sur 84

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Sanctuaires chrétiens d'Occident

À l’ombre du Saint-Sépulcre et de la Vraie Croix

plan centré s’inspire de celui du Saint-Sépulcre.

 

À l’ombre du Saint-Sépulcre et de la Vraie Croix

 

À partir du milieu du e X siècle, l’Occident avait repris contact avec

Jérusalem et de grands pèlerinages, dirigés par des évêques ou des abbés de

France ou d’Allemagne, conduisirent en Terre sainte des milliers de clercs

et de laïcs, qui eurent ainsi l’occasion de redécouvrir l’historicité du Christ

et de ses compagnons. À leur retour en Occident, un certain nombre d’entre

eux firent construire des églises, octogonales ou rondes, sur le modèle de

celle du Saint-Sépulcre{110}. On n’en connaît pas moins de soixante-cinq en

Occident. La plus ancienne est celle de Saint-Étienne (Santo Stefano), un

ensemble de sept églises et oratoires appelé Jérusalem, qui furent construits

à Bologne à partir du e VIII siècle et dont la fondation était attribuée au

premier évêque de la cité, Saint Petronio. Le mouvement s’accentua après

l’an mille {111}. Parmi ces répliques du Saint-Sépulcre figurent les abbayes

de Saint-Bénigne de Dijon et de Fruttuaria, au Piémont, dès les années

1010-1030, et les églises de Neuvy-Saint-Sépulcre, dans le Berry, en 1043,

de San Sepolcro, en Toscane, à l’initiative des Camaldules, ou encore de

Paderborn, en Allemagne : celle que l’évêque Meinwerk y construisit en

1036 reproduisait les mesures exactes de l’église de Jérusalem, qu’il avait

fait relever sur place par un clerc de son entourage. Il s’agissait clairement

de substituts du Saint-Sépulcre, comme l’atteste l’inscription qui figure sur

un édifice de ce type, fondé en 1055 par deux fidèles à Plaisance à

l’intention de leurs concitoyens : « ... afin qu’en le voyant, en se souvenant

du Seigneur qui a souffert et a été enseveli pour nous, ils méditent,

renoncent à leurs péchés et fassent pénitence {112}. »

Bologne, le complexe monastique de Santo Stefano, VIIIe-XIIe siècle.

 

À son retour de croisade, vers 1100, Pierre l’Ermite aurait érigé

un sanctuaire dédié au saint Sépulcre et à saint Jean-Baptiste, le

« Neufmoustier » aux portes de Huy-sur-Meuse, et aurait obtenu du

patriarche de Jérusalem des reliques et un privilège, permettant aux pèlerins

incapables de gagner la Terre sainte, d’accomplir leur vœu dans l’église

qu’il avait fait bâtir là {113}. Le catalogue du trésor de reliques de ce

sanctuaire reflète toutes les étapes d’un pèlerinage en Terre sainte : les

reliques dominicales (c’est-à-dire liées à la personne du Christ) y sont

nombreuses et très variées, mais y figurent également des reliques

évangéliques, comme les cinq pains et les deux poissons de la

Multiplication des pains (Lc 9, 13), et de la terre provenant du lieu même de

l’Ascension, au sommet du mont des Oliviers. Il y est fait aussi mention de

quelques fragments de la sainte Croix : Pierre l’Ermite n’était-il pas

surnommé « le premier prédicateur de la Sainte Croix » ? Dans le catalogue des reliques du Neufmoustier, celles de Marie forment également une

catégorie bien fournie : on y trouve des vêtements de la Vierge, des

fragments de son tombeau et de l’arbre de la fuite en Égypte, des cheveux et

des fleurs liés à la visite à Élisabeth, ce qui a permis à Philippe George

d’écrire que Neufmoustier était bien « une part de Terre sainte en pays

mosan{114}. »

 

Croix reliquaire d’Eymoutiers, Haute-Vienne, XIIIe siècle. Trésor de la collégiale d’Eymoutier.

 

Parallèlement, de nombreuses églises furent alors dédiées à la sainte

Croix, considérée depuis Constantin comme le symbole de la victoire divine

sur les forces adverses. Au e XII siècle, on voit se multiplier en Occident les

croix staurothèques – c’est-à-dire incluant un morceau ou une parcelle de la

Vraie Croix –, sous l’influence des chanoines du Saint-Sépulcre et des

ordres de chevalerie qui cherchaient à tenir éveillée chez les fidèles la

ferveur pour la Terre sainte et sa libération{115}. Certaines églises qui

possédaient de telles « reliques », comme celle de la « Vera Cruz » à

Ségovie, devinrent des sanctuaires réputés. L’intérêt nouveau prêté à

l’humanité de Jésus est attesté par le succès que connut alors le « Volto

Santo » de Lucques (que les pèlerins français appelaient « le Saint Voult »),

un grand crucifix de bois où les souffrances du Christ en croix étaient

représentées avec un réalisme qui n’exclut pas la majesté. La légende

voulait qu’il ait été sculpté par Nicodème, juste après la Passion, et qu’il soit arrivé de Terre sainte en Italie, à la fin du e VIII siècle, sur une nacelle qui