Sanctuaires chrétiens d'Occident
À l’ombre du Saint-Sépulcre et de la Vraie Croix
plan centré s’inspire de celui du Saint-Sépulcre.
À l’ombre du Saint-Sépulcre et de la Vraie Croix
À partir du milieu du e X siècle, l’Occident avait repris contact avec
Jérusalem et de grands pèlerinages, dirigés par des évêques ou des abbés de
France ou d’Allemagne, conduisirent en Terre sainte des milliers de clercs
et de laïcs, qui eurent ainsi l’occasion de redécouvrir l’historicité du Christ
et de ses compagnons. À leur retour en Occident, un certain nombre d’entre
eux firent construire des églises, octogonales ou rondes, sur le modèle de
celle du Saint-Sépulcre{110}. On n’en connaît pas moins de soixante-cinq en
Occident. La plus ancienne est celle de Saint-Étienne (Santo Stefano), un
ensemble de sept églises et oratoires appelé Jérusalem, qui furent construits
à Bologne à partir du e VIII siècle et dont la fondation était attribuée au
premier évêque de la cité, Saint Petronio. Le mouvement s’accentua après
l’an mille {111}. Parmi ces répliques du Saint-Sépulcre figurent les abbayes
de Saint-Bénigne de Dijon et de Fruttuaria, au Piémont, dès les années
1010-1030, et les églises de Neuvy-Saint-Sépulcre, dans le Berry, en 1043,
de San Sepolcro, en Toscane, à l’initiative des Camaldules, ou encore de
Paderborn, en Allemagne : celle que l’évêque Meinwerk y construisit en
1036 reproduisait les mesures exactes de l’église de Jérusalem, qu’il avait
fait relever sur place par un clerc de son entourage. Il s’agissait clairement
de substituts du Saint-Sépulcre, comme l’atteste l’inscription qui figure sur
un édifice de ce type, fondé en 1055 par deux fidèles à Plaisance à
l’intention de leurs concitoyens : « ... afin qu’en le voyant, en se souvenant
du Seigneur qui a souffert et a été enseveli pour nous, ils méditent,
renoncent à leurs péchés et fassent pénitence {112}. »
Bologne, le complexe monastique de Santo Stefano, VIIIe-XIIe siècle.
À son retour de croisade, vers 1100, Pierre l’Ermite aurait érigé
un sanctuaire dédié au saint Sépulcre et à saint Jean-Baptiste, le
« Neufmoustier » aux portes de Huy-sur-Meuse, et aurait obtenu du
patriarche de Jérusalem des reliques et un privilège, permettant aux pèlerins
incapables de gagner la Terre sainte, d’accomplir leur vœu dans l’église
qu’il avait fait bâtir là {113}. Le catalogue du trésor de reliques de ce
sanctuaire reflète toutes les étapes d’un pèlerinage en Terre sainte : les
reliques dominicales (c’est-à-dire liées à la personne du Christ) y sont
nombreuses et très variées, mais y figurent également des reliques
évangéliques, comme les cinq pains et les deux poissons de la
Multiplication des pains (Lc 9, 13), et de la terre provenant du lieu même de
l’Ascension, au sommet du mont des Oliviers. Il y est fait aussi mention de
quelques fragments de la sainte Croix : Pierre l’Ermite n’était-il pas
surnommé « le premier prédicateur de la Sainte Croix » ? Dans le catalogue des reliques du Neufmoustier, celles de Marie forment également une
catégorie bien fournie : on y trouve des vêtements de la Vierge, des
fragments de son tombeau et de l’arbre de la fuite en Égypte, des cheveux et
des fleurs liés à la visite à Élisabeth, ce qui a permis à Philippe George
d’écrire que Neufmoustier était bien « une part de Terre sainte en pays
mosan{114}. »
Croix reliquaire d’Eymoutiers, Haute-Vienne, XIIIe siècle. Trésor de la collégiale d’Eymoutier.
Parallèlement, de nombreuses églises furent alors dédiées à la sainte
Croix, considérée depuis Constantin comme le symbole de la victoire divine
sur les forces adverses. Au e XII siècle, on voit se multiplier en Occident les
croix staurothèques – c’est-à-dire incluant un morceau ou une parcelle de la
Vraie Croix –, sous l’influence des chanoines du Saint-Sépulcre et des
ordres de chevalerie qui cherchaient à tenir éveillée chez les fidèles la
ferveur pour la Terre sainte et sa libération{115}. Certaines églises qui
possédaient de telles « reliques », comme celle de la « Vera Cruz » à
Ségovie, devinrent des sanctuaires réputés. L’intérêt nouveau prêté à
l’humanité de Jésus est attesté par le succès que connut alors le « Volto
Santo » de Lucques (que les pèlerins français appelaient « le Saint Voult »),
un grand crucifix de bois où les souffrances du Christ en croix étaient
représentées avec un réalisme qui n’exclut pas la majesté. La légende
voulait qu’il ait été sculpté par Nicodème, juste après la Passion, et qu’il soit arrivé de Terre sainte en Italie, à la fin du e VIII siècle, sur une nacelle qui