Sanctuaires chrétiens d'Occident

André Vauchez · Chapitre 2 sur 84

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Sanctuaires chrétiens d'Occident

Introduction Qu’est-ce qu’un sanctuaire ?

Introduction

 

Qu’est-ce qu’un sanctuaire ?

 

Le mot « sanctuaire », dans son usage actuel, revêt des significations

aussi variées qu’imprécises. Ce terme peut en effet désigner à la fois un

édifice religieux comme la basilique Notre-Dame de Lourdes, un refuge

pour certaines espèces animales, ou encore une zone protégée par la

dissuasion nucléaire. Derrière cette polysémie foisonnante, on peut

cependant discerner quelques thèmes communs, à commencer par la notion

de territoire : un sanctuaire, quel qu’il soit, s’inscrit dans un espace délimité

à l’intérieur duquel se trouvent réunies des choses ou des personnes qu’on

considère comme particulièrement importantes et précieuses dans une

société donnée. C’est le cas dans la nôtre pour les enfants, ce qui explique

qu’il soit souvent question de « sanctuariser l’école ». Ainsi, la notion de

sanctuaire renvoie à la fois aux notions de protection et de sacré : il s’agit

d’un espace particulier, qui répond à un besoin de sauvegarde pour ceux qui

s’y trouvent ou qui s’y rendent en quête de salut.

 

Les sanctuaires dont nous parlerons dans ce livre répondent dans une

large mesure à cette définition. Fustel de Coulanges dans La Cité antique,

en 1864, et Émile Durkheim en 1912, dans Les Formes élémentaires de la

vie religieuse, ont souligné que le sacré constituait une dimension

essentielle du fait religieux, dans la mesure où une des fonctions de la

religion est de penser, organiser et contrôler l’espace, bref d’assurer une

gestion rituelle du territoire fondée sur la distinction entre le sacré et le

profane. Mais le sacré comporte également d’autres aspects : en 1917,

Rudolf Otto publia un ouvrage fondamental où il montrait que celui-ci se

présente sous une forme à la fois terrible et fascinante{2}. Deux effets

apparemment opposés, mais qui sont simultanément présents dans ce qu’il

appelle le « numineux » (du mot latin numen, qui désigne la puissance

agissante de la divinité), dont l’expérience permet à l’homme de prendre

conscience à la fois de l’existence d’une réalité infinie qui le dépasse et de ses propres limites. Par la suite, Mircea Eliade a approfondi l’étude de cette