Sanctuaires chrétiens d'Occident
L’invasion mariale (XIVe-XVIe siècle)
L’invasion mariale (XIVe e-XVI siècle)
L’essor des images miraculeuses
Le culte rendu à la Vierge Marie est attesté en Occident au moins à partir
du e IV siècle et de nombreuses églises lui furent dédiées pendant l’Antiquité
tardive et le haut Moyen Âge. À Rome, deux des principales basiliques de
la ville –Sainte-Marie-Majeure et Sainte-Marie-du-Trastevere – lui étaient
consacrées depuis le e IV siècle et l’on y vénéra pendant tout le Moyen Âge
des icones de la Vierge « hodigitria » (qui montre de la main droite le
chemin, c’est-à-dire le Christ, qu’elle tient sur son bras gauche) d’origine
byzantine, attribuées à l’évangéliste Luc. Par la suite cependant, la plupart
des sanctuaires se placèrent plutôt sous le patronage de saints dont ils
possédaient des reliques. Or celles de la Vierge étaient très rares, même si
l’on vénérait ici où là des fragments de sa ceinture ou de sa chemise,
comme ce fut le cas à Chartres à partir du e IX siècle, ou encore quelques
gouttes de son lait conservées dans un précieux reliquaire, comme celui qui
figurait dans le trésor de l’abbaye d’Oignies, en Belgique. Aussi n’y a-t-il
guère de traces de pèlerinages mariaux dans l’espace français
antérieurement à l’an mille, à l’exception de celui qui se serait développé à
la cathédrale de Reims à partir de 924, s’il faut en croire l’historien rémois
Flodoard. Mais la dédicace à « Notre Dame » l’emporte nettement, dès le
XII e siècle, pour les cathédrales, et des miracles commencèrent à se produire
par son intercession dans certaines de celles qui lui étaient dédiées. L’essor
de la dévotion mariale est attesté par le fait que nous sont parvenus pas
moins de treize recueils de miracles de la Vierge des e e XII et XIII siècles,
rédigés le plus souvent par des chanoines, à la demande de leur évêque. En
1128, le chroniqueur monastique Sigebert de Gembloux mentionne
l’existence de sept grands sanctuaires mariaux dans la France du Nord :
Arras, Cambrai, Chartres, Paris, Soissons, Lagny et Fontaine. Mais, comme
l’a montré G. Signori, à l’exception des deux derniers, assez obscurs, les recueils qui y furent rédigés sont avant tout l’expression d’une rivalité entre
les diverses cathédrales, dont les responsables ecclésiastiques étaient à la
recherche de financements pour leurs chantiers de construction ou de
reconstruction{153}.
Image « byzantinisante » de la Vierge Marie, dite de saint Luc, Manfredonia, cathédrale, Madonne
« Odigitria », dans M.-S. CALO, Monte Sant’Angelo, 2013.
Il fallut attendre la seconde moitié du e XII siècle pour voir apparaître de
véritables sanctuaires de pèlerinage placés sous le patronage de la Vierge.
Un des premiers que nous connaissions est celui de Walshingham, dans le
Norfolk, en Angleterre {154}. Une noble veuve nommée Richeldis déclara
avoir été entraînée en songe par Marie jusqu’à Nazareth, où elle lui montra le lieu de l’Annonciation. Elle lui aurait ordonné d’en prendre les mesures