Secret Crush
Chapitre 8
Owen
Je ne me reconnais pas.
Cela dit, je dois avouer que j’aime bien prendre mon temps et apprendre à la connaître sans forcément en attendre davantage. C’est peut-être ce qui rend le tout plus agréable, le fait que nous soyons simplement nous-mêmes, sans artifices et sans attentes particulières. Habituellement, avec les filles, je ne discute pas de romans, de personnages littéraires ou de littérature en général, car je sens que c’est un sujet qui ne passionne pas et qui n’intéresse tout simplement pas. Alors je n’en parle pas et je me contente d’être ce que les filles attendent de moi, un mec dragueur et qui baise bien. Ça s’arrête là. Alors qu’avec Emma je peux être simplement moi. Certes, elle m’attire beaucoup, et je ne dirais pas non à un quelconque rapprochement, mais passer simplement du temps avec elle me convient parfaitement, pour le moment.
Son âge me perturbe pas mal. J’ai peur de le lui demander et de me rendre compte qu’elle est vraiment trop jeune pour moi. Après, comme on aime à le rappeler dans tous ces romans, l’amitié et l’amour n’ont pas d’âge, et je ne devrais pas autant en tenir compte, même si ce détail se rappelle à moi sans arrêt. Le fait de me dire qu’elle pourrait être mon élève me complique également les choses.
Je sais que je ne devrais pas autant réfléchir mais plutôt simplement apprécier ces moments, parce que de toute façon mon envie de la revoir est plus forte que ma raison.
Je chasse très vite ces idées reçues de mon esprit et reprends la route en direction de l’appartement. Les gars doivent avoir fini leur affaire depuis le temps et j’espère que les filles sont parties.
— Bon, alors, tu nous racontes ? me demande Enzo avec un air sérieux alors que je viens à peine de franchir la porte de l’appartement.
Je lui réponds en feignant de ne pas comprendre :
— Raconter quoi ?
— Lexie nous a parlé de cette fille que tu n’arrêtais pas de regarder sur la plage, alors balance ! En plus il paraît que c’est une étudiante !
En fronçant les sourcils, je rétorque :
— C’est qui Lexie ?
— La brune que tu as rejetée parce que tu étais obnubilé par ton étudiante !
Je lève les yeux au ciel en soupirant. Merci, Lexie ! Franchement, elle n’aurait pas pu tout simplement la fermer et prendre son pied avec Nolan et Enzo ? Ça n’est pas possible ces filles qui ont la rancune facile !
— Alors ?
Nolan insiste vraiment, assis sur la terrasse, une bière à la main. J’en attrape une à mon tour dans le frigo avant de rejoindre les deux frères et de m’accouder à la balustrade pour contempler la vue. La bouteille à mes lèvres, je laisse couler le liquide dans ma gorge en repensant au sourire d’Emma quand je lui ai proposé de dîner ensemble un soir. Je m’explique sans donner de détails :
— C’est juste une fille que j’ai rencontrée et avec qui on discute de livres, rien de plus.
— Discute de livres ?! Sérieusement ? T’es en vacances mec ! T’as pas autre chose à foutre que de parler bouquins avec une gamine ?
— D’une, ce n’est pas une gamine et, de deux, j’apprécie vraiment sa compagnie, ça me change de toutes ces filles qui ne pensent qu’à tirer un coup. Là, c’est différent.
— Et elle a quel âge, au juste, ton étudiante ?
Je soupire face à cette question dont je n’ai pas la réponse. En même temps, elle ne connaît pas le mien non plus, ce qui n’est finalement pas une mauvaise chose. Le savoir la ferait peut-être fuir…
— Je n’en sais rien. On ne fait que discuter.
— Genre, regarde-moi et dis-moi que l’idée de la foutre dans ton lit ne t’a pas effleuré l’esprit !
En effet, j’ai plusieurs fois imaginé lui faire l’amour sur la plage ou l’embrasser fougueusement, mais ce n’est pas la première chose à laquelle je pense en la voyant.
— Je le savais ! s’exclame Nolan en pointant du doigt mon léger sourire que je pensais imperceptible.
— Après tout, tu n’es pas en fonction, donc étudiante ou pas tu t’en fous ! Fonce mec, surtout si elle est canon ! renchérit Enzo.
— Elle est bien plus que canon, elle est vraiment belle. Le genre de fille qui te fait tourner la tête.
— Arrête, là, parce que à t’entendre on dirait que t’es en train de tomber amoureux, se moque Nolan alors que je porte à nouveau ma bière à mes lèvres pour en vider le contenu.
Je ne relève pas leur connerie, et le sujet dévie très rapidement sur leurs ébats respectifs qu’ils me racontent dans les moindres détails. Je n’écoute que d’une oreille. Mon cerveau est bien trop occupé, impatient d’être déjà à demain pour la revoir. L’inviter au restaurant était peut-être prématuré, mais je suis content qu’elle ait accepté. Je ne connais pas suffisamment les lieux pour avoir une idée d’un resto sympa dans lequel aller sans que ce soit trop sérieux. J’aimerais un truc décontracté pour éviter que ce soit trop officiel ou trop gênant comme situation parce que, après tout, ce n’est qu’un rendez-vous entre deux personnes qui s’entendent bien… Pour continuer à discuter… Et qui se plaisent quand même beaucoup…
Sauf qu’on appelle ça un rencard. Merde.
La journée se passe tranquillement entre la plage et la baignade. Les filles sont revenues nous voir, et les garçons ne manquent pas de discuter et de draguer à droite à gauche à la recherche de nouvelles proies. Si Emma n’occupait pas toutes mes pensées, je me joindrais à eux, plus subtilement que ces gros bourrins, mais j’irais, c’est sûr. Je dois bien admettre que j’ai vu passer des filles plutôt sexy qui me correspondraient parfaitement ! Malgré tout, je me contente de poursuivre le roman d’Agatha Christie que m’a conseillé le libraire et je dois bien avouer que c’est une petite pépite. Je suis tellement pris par ma lecture que je n’ai pas mis un pied dans l’eau, préférant assouvir mon impatience de connaître le dénouement.
18 heures arrivent. Je préviens les gars que je rentre me doucher et que je ne serai pas là pour dîner avec eux ce soir. Évidemment, ils me charrient, mais je ne m’en occupe pas. Lexie me regarde de travers, ce qui me fait rire intérieurement. Je déteste ce genre de fille qui se pense mieux que les autres alors qu’elles ne le sont absolument pas.
Ma douche prise, j’opte très rapidement pour un short en daim moutarde et un T-shirt blanc. Simple et décontracté. Je ne suis pas du genre à prendre des heures pour me préparer, je sais parfaitement ce que je vaux et n’ai pas besoin d’en rajouter des caisses. Je récupère mon portable, mon portefeuille et les clés de l’appartement avant de filer rejoindre le lieu prévu. Légèrement en avance, je m’assois sur le muret à l’endroit même où nous avons discuté la veille. J’aime cet endroit qui pourrait devenir notre point de rendez-vous, notre muret sous l’olivier… Un endroit à la vue de tous, mais pour autant rien qu’à nous.
Je secoue la tête face à autant de romantisme de ma part. Parler de « notre » muret alors que nous ne sommes qu’au stade des présentations est légèrement prématuré et trop fleur bleue. Le soleil commence gentiment à se coucher, donnant un spectacle magnifique sur la mer.
Comme si j’étais connecté à elle, je tourne la tête vers la gauche pour la voir apparaître un peu plus loin. Elle porte une robe jaune fluide qui lui arrive juste au-dessus du genou et dévoile ainsi ses jambes élancées. Ces dernières sont mises en valeur par une paire de talons compensés marrons assortis à son sac à main en bandoulière. Aucun décolleté puisque la robe est ras-du-cou, laissant ses épaules et ses bras nus. La couleur s’accorde parfaitement bien à ses cheveux blonds naturellement bouclés et attachés lâchement en arrière sans prise de tête. Le tout est maintenu par un serre-tête de la même couleur que ses chaussures.
Elle est tout simplement magnifique.
N’importe quelle fille porterait cette robe en passant totalement inaperçue, alors qu’elle tombe divinement bien sur Emma.
Elle sourit en me voyant, et je me redresse pour aller à sa rencontre. Elle ne porte pas de maquillage, ou alors il est naturel et reste très sobre.
— Désolée pour le retard, il a fallu que je convainque Zoey de me couvrir et que je soudoie la surveillante, dit-elle en riant.
Ce rire. Ce doux son qui résonne dans mon corps à m’en faire perdre la tête…
Merde, mais qu’est ce qui m’arrive ? C’est juste un putain de rire comme les autres ! Pour me l’ôter de l’esprit alors qu’on commence à marcher tranquillement vers le centre-ville, je lui demande :
— Quelle excuse as-tu trouvée pour te faufiler dehors en douce ?
— Un besoin irrépressible de m’aérer et de faire un jogging après une journée écrasante.
Je rigole en analysant sa tenue qui ne correspond pas vraiment à son histoire.
— Et elles t’ont crue ?
— Je suis évidemment sortie en short et en baskets, mais tu penses bien que j’avais tout prévu ! Zoey me couvre jusqu’à 22 h 30, après quoi les ennuis commenceront sérieusement.
— En tout cas, tu es ravissante, et je suis bien content que tu aies pu te libérer entre toutes tes dissertations sur la littérature française !
— C’est gentil, merci. Tu n’es pas mal non plus, dit-elle avec un sourire en coin.
— Il me semble que tu m’as décrit comme un mec « beau, séduisant et plutôt sexy », il y a quelques heures. Je suis rétrogradé à « pas mal », finalement ?
Après cette plaisanterie, on continue de parler dans la bonne humeur tout en rejoignant un petit restaurant en bordure de plage. Il n’a rien d’un grand étoilé servant une multitude de plats à la carte, c’est plus un petit coin sympa avec seulement un menu composé de trois choix à chaque plat. L’endroit est plutôt cosy, et on nous installe à une table à l’extérieur, face à la plage. Pas de grosses lampes trop vives, mais des petites guirlandes lumineuses pour nous éclairer et diffuser une ambiance chaleureuse.
En regardant de plus près, je constate que nous sommes entourés de couples qui se regardent tendrement dans les yeux, se sourient amoureusement ou se prennent la main. Sur le coup, je suis un peu gêné d’avoir choisi cet endroit… Emma finit par se moquer de moi et nous préférons en rire. Moi qui ne voulais pas quelque chose de trop formel, cela a finalement tout d’un rencard…
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