Secret Crush

Charlie Malone · Chapitre 5 sur 32

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Secret Crush

Chapitre 3

 

Emma

Ce premier après-midi au soleil n’a peut-être duré que quelques heures, mais il a suffi à me reposer et surtout à me faire un bien fou, loin de la pression familiale de tous les jours. J’ai laissé Zoey prendre de l’avance et rentrer se préparer pendant que je profite encore quelques minutes des lieux et de ce calme que j’aime tant. Une sorte de rituel s’est mis en place au fil des ans avec la tournée des bars ainsi qu’une fin de soirée dans une boîte de la ville qui accueille généralement tous les étudiants qui, comme nous, viennent passer leur été à peaufiner les cours de l’année suivante. Ce n’est pas mon tempérament de boire à outrance pour ensuite « m’enflammer sur le dance floor », comme dirait Zoey. Ce n’est pas que je ne le fais jamais mais disons que, lorsque je bois, je ne me contrôle plus vraiment, ce qui m’effraie. J’ai déjà assez donné dans ce genre de connerie pour ne pas recommencer, et les sanctions m’ont largement suffi. Alors si je viens ce soir, c’est uniquement pour faire plaisir à Zoey, profiter du début de soirée avec elle, même si tout ce à quoi j’aspire en ce moment c’est de rester ici pour finir mon bouquin avec le bruit des vagues en guise d’accompagnement sonore.

Je profite donc de ce temps que Zoey passe à se préparer, soit une bonne heure à vue d’œil, pour me poser sur un muret face à l’océan, mes jambes recroquevillées contre moi pour continuer ma lecture. J’aime particulièrement cette place et ce n’est pas un hasard si je m’assois ici à chaque fois que j’en ai l’occasion. J’aime la vue qu’offre l’océan, la brise légère que les vagues apportent ainsi que l’odeur salée qui transperce mes narines. Mais, ce que je préfère, c’est cet olivier installé dans un coin, à la fois majestueux et oublié dans le décor. Je m’adosse à lui, comme s’il me protégeait du monde extérieur pour me procurer une bulle. La lumière des lampadaires est suffisante pour me permettre de lire en toute tranquillité. Si je le pouvais, je resterais assise là toute la soirée sans me préoccuper de ce qu’il se passera en boîte ce soir, avec pour seule compagnie celle de Marianne et Elinor.

— « Plus je vois de monde, plus je suis convaincue que je ne trouverai jamais un homme que je puisse réellement aimer. »

Je fronce les sourcils en entendant ces mots et finis par me retourner pour en découvrir l’auteur. Ma surprise est encore plus grande lorsque je découvre l’inconnu qui a hanté mon esprit toute la journée.

— Marianne, argumente-t-il en pointant du doigt mon livre comme si je n’avais pas compris le sous-entendu.

— J’avais reconnu, dis-je sans le quitter des yeux.

Son regard est perçant, à la limite de me faire chavirer. Il est encore plus beau de près. À cette distance, j’arrive à distinguer plus en détail cet homme qui ne me laisse pas indifférente.

Il est bien plus grand que moi. Ses yeux d’un bleu intense me dévisagent à leur tour tandis que ses cheveux blonds se rebellent légèrement face à la brise. Ses muscles moulés par son T-shirt semblent se contracter sans qu’il le décide par instants. Il est incroyablement séduisant, ce qui m’en ferait presque perdre mes moyens. Il y a quelque chose en lui qui le distingue des autres, et c’est sûrement dû au fait qu’il s’intéresse à ma lecture ce qui est plutôt rare. Je sens mes joues rougir face à cet homme et décide de me ressaisir, peu encline à me laisser influencer par un inconnu aussi facilement.

— Elinor devrait parfois suivre son exemple et lâcher prise, sa vie n’en serait que meilleure, continue-t-il sans me quitter des yeux.

— Parfois, la raison est le seul choix que nous ayons. Elinor fait preuve de beaucoup de sagesse en gardant une parfaite maîtrise d’elle-même.

Il me sourit sans rien ajouter d’autre. On reste quelques instants sans parler à se dévisager l’un l’autre, comme si nous étions en pleine discussion silencieuse. Je finis par secouer la tête et émettre un petit rire.

— Qu’est-ce qu’il y a de drôle ? me demande-t-il.

— C’est juste que je ne m’attendais pas à avoir ce genre de conversation, enfin je veux dire, une discussion sur un roman de Jane Austen, avec quelqu’un comme toi…

— « Quelqu’un comme moi ? » Je ne sais pas comment je dois le prendre…

Son air joueur est toujours présent, ce qui fait ressortir ses pommettes et intensifie son regard. Ce bleu envoûtant ferait chavirer n’importe qui, ce qu’il doit parfaitement savoir. Je me demande s’il en joue par moments.

— Je te pardonne ton jugement si tu acceptes de te balader quelques minutes avec moi, ajoute-t-il sans sourciller.

Il est sûr de lui. Je dois avouer que dans le fond, ça me plaît bien. Mais je n’aime pas céder aussi facilement, de plus, je n’ai ni le temps ni le droit de me laisser aller à ce genre d’aventure. Habituellement, les garçons ne sont pas ma préoccupation majeure et, même si je le voulais, mon emploi du temps est bien trop chargé pour ça. Le peu de temps qu’il me reste pour mes loisirs personnels, je préfère le passer la tête plongée dans mes livres. Et puis, si mon père l’apprenait, je serais bonne pour un retour immédiat à la maison.

Je me redresse et m’approche de lui en affichant un léger sourire en coin à mon tour.

— S’il faut choisir entre les deux sœurs Dashwood, je ressemble clairement à Elinor… Désolée. Profite bien de tes vacances et de tes sorties nocturnes, j’espère que tu apprécieras ce que tu y trouveras.

Sur ces paroles, je le vois afficher une mine satisfaite, visiblement pas mécontent de ma réponse. Je passe devant lui et pars en direction de l’école. Je ne me retourne pas même si l’envie m’en démange. Je l’ai croisé trois fois en un après-midi, alors je ne doute pas que nous nous reverrons dans les prochains jours. La ville n’est pas très grande, et les possibilités de se croiser sont multiples.

Je me fais incendier par Zoey en arrivant dans la chambre, ce qui m’amuse. Cette fille est complètement folle et accorde bien trop d’importance aux soirées. Celle-ci ne sera qu’une nuit de plus à danser dans l’une des boîtes les plus prisées de la ville. Je pense qu’elle n’a toujours pas digéré le coup bas de Kelly il y a deux ans, et qu’elle pense toujours à lui montrer qu’elle vaut bien mieux qu’elle.

Je me souviens très bien que cette salope (il faut dire ce qui est) avait couché avec le mec que Zoey fréquentait à ce moment-là. Autant dire que ce n’est pas du tout passé et que, depuis ce jour, la guerre est déclarée entre ces deux-là. Et par conséquent, entre nos écoles.

— Non, je ne mettrai pas ces chaussures ! dis-je sur un ton catégorique en la voyant sortir mes plus hauts talons. Je réserve cette paire pour les occasions très spéciales uniquement, généralement en présence de mon père, sinon, je m’en passe volontiers.

J’opte pour une paire de sandales à petits talons blancs assortie à ma robe de la même couleur. Oui, j’aime le blanc. Des bretelles fines, un décolleté généreux sans pour autant être vulgaire, de la dentelle et une coupe cintrée à la taille font de cette robe une tenue parfaite pour une sortie en boîte. Je suis loin d’être aussi sexy que Zoey qui a décidé de sortir le grand jeu avec une robe rouge près du corps et des talons de plus de dix centimètres aux pieds.

— Waouh Zoey ! Tu te surpasses d’année en année dis donc ! s’exclame Ayden avant de porter son attention sur moi. Et toi, Emma, fidèle à toi-même. En toute simplicité, mais tellement canon.

Je lui adresse un simple sourire en guise de remerciement sans rien ajouter d’autre. Il faudra qu’il finisse par lâcher l’affaire un jour ou l’autre quand même. Les filles, ce n’est pas ce qui manque, et elles sont toutes prêtes à se jeter dans ses bras. Enfin, encore faut-il qu’il accepte que ce soit mort avec moi. On a commencé les cours d’été ensemble, Zoey, Ayden et moi, et depuis on ne se quitte plus. Nous nous retrouvons tous les étés ici, mais il ne sera jamais plus qu’un ami pour moi.

— Hello les filles ! nous salue Dylan, le serveur de la boîte, qui est devenu un copain avec le temps. Ravi de vous revoir !

Je l’embrasse tout en l’enlaçant tendrement avant de continuer mon avancée pour analyser un peu l’ambiance de la nuit. Honnêtement, même si je préfère la compagnie d’un bon roman, j’aime aussi sortir de temps en temps pour danser et faire la fête. Mais ce soir la fatigue me gagne, et j’aurais clairement préféré la première option. La musique résonne à fond dans la salle bondée de jeunes en train de se déhancher sur de la techno. Les filles sont très sexy, et les mecs les regardent comme de vraies proies, ce qui n’a pas l’air de déplaire à Zoey. En même temps, le contraire m’aurait étonnée, ce petit jeu de séduction lui plaît. Et puis elle ne perd pas de temps à chercher un mec parfait pour la soirée.

Je commande un gin tonic fruité à Dylan avant de rejoindre ma table. Je reconnais pas mal de têtes d’étudiants plus âgés et de jeunes que l’on a rencontrés les années antérieures. Je m’assois en sirotant ma boisson, très vite abandonnée par mes amis qui ne tardent pas à rejoindre la piste de danse. Enfin, pas très longtemps seule, puisqu’un mec tente sa chance en m’invitant à danser. Je lève mon verre pour lui montrer que je suis occupée, mais ça n’a pas l’air de le déranger puisqu’il insiste. Je finis par lui dire pour qu’il me lâche la grappe :

— Je ne suis pas intéressée, désolée.

La musique s’intensifie et, alors que je tourne la tête, je tombe sur un visage qui ne m’est pas inconnu. Je ne suis visiblement pas la seule à avoir capté la présence de l’autre, puisque ses yeux s’ancrent dans les miens. Il porte la même tenue que lorsque je l’ai croisé quelques heures plus tôt à côté de la plage. Un sourire en coin se dessine sur son visage, ce qui le rend terriblement sexy. Ses cheveux sont décoiffés, et il passe d’ailleurs une main dans ses boucles avant d’être appelé pas l’un de ses potes.

Je le regarde ou plutôt l’admire quelques instants puis me décide à me diriger vers le bar pour reprendre un verre. J’en ai bien besoin, et il me faut au moins ça pour pouvoir suivre Zoey sur la piste. Si mon père me voyait, il me renverrait directement chez nous, mais heureusement pour moi, ici, je bénéficie d’un peu plus de liberté.

— Décidément, on ne fait que se croiser… me souffle une voix dans mon cou.

Je sens son souffle sur ma peau et son corps imposant contre mon dos. Juste un effleurement, mais c’est suffisant pour me couper le souffle et me faire perdre mes moyens. Je ferme les yeux deux secondes pour reprendre mes esprits et ne pas montrer à cet homme l’effet qu’il peut avoir sur moi.

Je ne le connais pas mais comme tous ceux présents ici, je sais parfaitement ce qu’il cherche.

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