Secret Crush

Charlie Malone · Chapitre 8 sur 32

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Secret Crush

Chapitre 6

 

Owen

— Owen, t’es sûr que tu vas bien ? Non, parce que, franchement, il est passé où le mec qui profite à fond de ses vacances pour sauter sur les petites minettes et draguer tout ce qui bouge ? s’exclame Enzo alors qu’il fait griller les saucisses sur le barbecue.

— Il a raison, on ne te reconnaît plus… T’as rien touché depuis qu’on est arrivé, et je suis sûr que t’as pas encore baisé ! renchérit Nolan. Tu nous as habitués à bien mieux !

— Ça ne fait même pas quatre jours qu’on est là, je rétorque pour tenter d’argumenter.

— Oui et bien en quatre jours, notre Owen, celui que l’on connaît tous, aurait déjà eu quatre filles différentes dans son lit !

Ce n’est pas faux. Je suis habituellement un adepte des coups d’un soir en vacances, et j’en profite pour ne pas trop me prendre la tête. J’aime attendre que les filles viennent à moi, même si en temps normal je n’accepte pas autant de facilité, en vacances c’est différent. Sauf que, cette fois, une fille a piqué ma curiosité et je n’arrive pas à me l’enlever de la tête.

Emma. En plus d’être incroyablement belle et bien plus sexy qu’elle ne l’imagine certainement, elle est intelligente, avec un attrait non négligeable pour la littérature, ce qui nous fait un point commun. J’ai bien aimé discuter avec elle l’autre soir, sans en attendre davantage pour une fois, et je dois bien avouer que ça faisait longtemps que je n’avais pas ressenti ça. Je suis d’ailleurs un peu déçu de ne pas l’avoir encore recroisée, mais je ne perds pas espoir. Après tout, on est encore là pour un mois, donc on a le temps. En espérant qu’elle reste aussi longtemps que nous.

Donc forcément, les autres filles me paraissent un peu vides et fades comparées à elle.

— T’as un peu perdu la main mais, t’inquiète, on va remédier à ça et ce soir on te trouve une jolie petite blonde au cul bien ferme !

Je rigole en l’entendant dire ça, sans pour autant enchérir. Je le laisse faire parce que de toute façon, quoi que je dise, il n’en fera qu’à sa tête.

On mange tranquillement sur la terrasse tout en profitant du soleil et de la vue imprenable sur la mer. Cet après-midi, on doit retrouver des filles que les gars ont rencontrées plus tôt dans la semaine et se faire une session plage, baignade et beach-volley. Avant de les rejoindre, je m’attarde quelques instants devant les étalages de la librairie où j’ai croisé Emma pour la première fois. Je fais signe à mes amis d’avancer alors que je me décide à en franchir le seuil. Un bruit de clochette annonce mon arrivée au moment où j’ouvre la porte. L’odeur des vieux livres qui envahit mes poumons me pousse à continuer mon exploration. Des centaines d’ouvrages sont alignés sur les étagères parfois poussiéreuses des bibliothèques, et je ne peux m’empêcher de contempler cet endroit en souriant.

Un vieil homme se lève de son fauteuil pour venir à ma rencontre. Sa démarche boiteuse et sa barbe blanche se fondent parfaitement dans le décor.

— Je peux vous aider ? me demande-t-il de sa voix rocailleuse tandis qu’il pose son livre sur une étagère.

Le Portrait de Dorian Grey. Oscar Wilde.

— « Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais », dis-je en pointant du regard son roman.

— Connaisseur ? Ou bien une simple citation mondialement connue d’un auteur dont tout le monde connaît le nom ?

Je souris face à sa méfiance. Il a tout à fait raison de l’être, car tout le monde connaît cette citation et n’importe qui pourrait la ressortir en voyant le nom d’Oscar Wilde s’afficher.

— Je vous laisse en juger par vous-même. En tout cas, très bon choix de roman et je ne peux que vous conseiller sa dernière œuvre, La Ballade de la geôle de Reading.

— C’est en effet un roman plutôt intéressant et marquant, dit-il en soutenant mon regard.

Il me teste, ce qui ne manque pas de me faire réagir. Cet homme tient une petite librairie mais je le qualifierais plutôt de bouquiniste. À en juger par son apparence et ses connaissances il est bien plus intéressé par ses livres que par l’argent que cela peut lui rapporter. Je lui rétorque, ce qui le fait sourire :

— Par roman, vous voulez sûrement dire poème, je suppose. En tout cas, vous avez une très belle boutique. Qu’est-ce que vous me conseilleriez ?

Je le vois froncer les sourcils tout en m’analysant de la tête aux pieds avant de disparaître au milieu des livres. Il finit par revenir quelques secondes plus tard avec deux livres à la main qui ont visiblement déjà bien vécu.

— Je pense qu’un bon polar saura vous divertir, mais pas n’importe lequel, me dit-il en me dévoilant la couverture de l’un d’entre eux. Agatha Christie, je suppose que vous connaissez déjà Le Crime de l’Orient-Express qu’on ne présente plus ?

— En effet, un très grand classique que j’ai beaucoup apprécié découvrir à l’époque. Je dois avouer ne pas être un connaisseur de cette autrice.

— Alors je vous conseille Un cadavre dans la bibliothèque. Il devrait vous occuper le temps d’un après-midi sur la plage.

Je récupère le livre qu’il me tend en le remerciant pour son choix avant de sortir un billet de ma poche qu’il refuse.

— Vous n’aurez qu’à me le rapporter une fois terminé et me dire ce que vous en avez pensé.

Il ne rajoute rien si ce n’est un signe de la tête avant de reprendre son livre. Son geste me touche, et je ne manquerai pas de revenir le voir pour en discuter avec lui. C’est sans doute ce qu’Emma doit apprécier chez lui pour fréquenter régulièrement sa librairie.

Mon livre en poche, je rejoins tranquillement mes amis sur la plage. Alors que nous sommes installés sur nos serviettes, les filles ne tardent pas à nous rejoindre. Je les salue rapidement avant de m’allonger et de profiter du soleil ainsi que de ma nouvelle lecture. L’une d’entre elles, une jolie brune aux formes plutôt avantageuses, il faut l’avouer, me fait la discussion et tente une approche que je vois venir à des kilomètres. En d’autres circonstances, il ne m’en aurait pas fallu davantage mais, pour le coup, je trouve notre échange plutôt sans intérêt. Je l’écoute d’une oreille et me concentre sur ce paysage bleu à perte de vue.

— Emma ! crie une fille à quelques mètres de nous.

Et je ne peux m’empêcher de tourner le regard vers elle. Les Emma, ce n’est pas ce qui manque, mais j’espère néanmoins que c’est bien mon inconnue. La jeune fille, que je reconnais, agite les mains pour lui faire signe. Mes yeux bifurquent et se focalisent sur celle qui occupe mon esprit depuis quelques jours. Elle porte une robe de plage bleu nuit, ou plutôt un voilage qui lui arrive jusqu’aux chevilles, son sac toujours en bandoulière et son sourire incroyable. Pas de toute, c’est bien elle.

Elle passe le petit muret, retire ses sandales puis commence à marcher dans le sable. Le vent fait voler légèrement sa robe pour laisser ses jambes fines et élancées apparaître. Elle sourit de nouveau à ses amis tout en les rejoignant. Elle ne m’a pas encore remarqué, ce qui n’est pas plus mal. J’ai le loisir de la regarder au naturel, sans artifice, et je la trouve encore plus belle. Quelque chose détonne chez elle, sans que je ne comprenne quoi exactement. Elle est d’une grande simplicité et je trouve que cela révèle toute sa beauté.

— T’étais passée où ? lui demande Ayden, le mec à qui elle a parlé à la sortie de la boîte de nuit l’autre soir.

— J’avais un livre à récupérer à la librairie, répond-elle.

— Laisse-moi deviner ! Encore du Jane Austen ? rigole son amie que j’ai également croisée à plusieurs reprises.

Zoey, il me semble.

— Non, même pas ! Et je peux savoir ce que tu as contre cette autrice ? As-tu au moins lu un seul de ses romans ? rétorque Emma en riant.

— Non, mais j’ai vu les films ! Orgueil et Préjugés, où Elizabeth Bennet s’est éprise du séduisant M. Darcy, qui soit dit en passant est loin d’être un canon !

Je rigole de son analyse très limitée et vois Emma en faire autant.

— Tu m’écoutes ? m’interpelle la fille avec qui je discutais avant l’arrivée de mon inconnue. Visiblement pas… et il faut croire que tu es plus attiré par les gamines que les vraies femmes ! Si je peux me permettre, juste un conseil, elles sont bien trop jeunes pour un homme comme toi et surtout bien trop occupées avec leurs cours d’été.

Je fronce les sourcils et me retournant vers elle, ne sachant pas de quoi elle parle.

— Les cours d’été ? Qu’est-ce que c’est ?

— Tout le groupe que tu vois en face fait partie de l’école Richemond, l’une des plus réputées de la région. Elle accueille tous les ans des étudiants venus de tout le pays jusqu’ici. Alors, autant te dire que ce sont des enfants à papa, rien de plus.

Pour en savoir un peu plus, je la questionne.

— Et comment tu sais tout ça ?

— Peut-être bien parce que je vis ici et que je les vois défiler tous les ans. La plupart sont inintéressants, et ces filles sont sans cervelle.

Je ris jaune en l’entendant, car visiblement elle ne les a pas vraiment côtoyés. Mais ce que je retiens le plus c’est que si elle dit vrai Emma est étudiante, et je me demande bien l’âge qu’elle peut avoir. Elle est plus jeune que moi, ça ne fait aucun doute, mais de combien d’années, c’est la véritable question. Et surtout pourquoi elle suit des cours de rattrapage alors qu’elle a l’air bien trop intelligente pour ça ?

— Et c’est pour quel niveau cette école ?

— L’université principalement, donc ils ont entre dix-sept et vingt ans pour les plus vieux. Trop jeunes pour toi, je te dis…

Je me focalise de nouveau sur mon inconnue, qui ne l’est plus tant que ça. Je comprends mieux la grande bâtisse devant laquelle je l’ai raccompagnée la dernière fois. Elle m’avait en effet confié « ne pas être véritablement en vacances », ce qui s’explique à présent. J’aurais préféré qu’elle ne soit pas étudiante, mais l’essentiel, c’est qu’elle ne soit pas mon étudiante. Je ne suis pas en fonction, ni même professeur dans son établissement, donc officiellement cela ne pose aucun problème. Même si, sur le coup j’ai l’impression que tout se complique.

Vexée, la fille se relève et part rejoindre ses copines dans l’eau, et c’est à ce moment précis qu’Emma tourne son regard pour le poser sur moi. Son visage devient soudainement plus sérieux et ses yeux plus profonds et puissants, mais elle ne tarde pas à me sourire ce qui me pousse à en faire autant. Savoir qu’elle suit des cours en plein milieu des vacances accentue mon envie de la connaître, de la découvrir plus en profondeur. Pourquoi une fille qui, à première vue, ne semble pas avoir besoin de cours de rattrapage, préfère passer son été à étudier plutôt qu’à profiter de ces mois de vacances tant convoités ? Soit c’est une acharnée du travail, soit autre chose la pousse à suivre des cours en plus…

Qui es-tu donc, Emma ?

J’aimerais aller la voir, reprendre notre discussion et lui demander quel livre elle a choisi de lire pour remplacer Raison et Sentiments, mais je n’en fais rien. Je reste là à la regarder, ce qui me suffit largement pour le moment. J’aime le fait que ce soit discret, des moments hors du temps qui n’appartiennent qu’à nous, aussi éphémères soient-ils.

— On va bouger et rentrer, me lance Enzo, la voix remplie de sous-entendus. Tu viens avec nous ou tu restes encore un peu ?

Je le regarde et rigole en voyant les filles pendues à leurs cous à tous les deux.

— Tu devrais venir, Owen ! On va s’amuser un peu !

Je porte de nouveau mon attention sur la brune, dont je ne connais toujours pas le prénom et que j’ai gentiment remballée tout à l’heure. Je la détaille et, même si j’ai bien envie de prendre du plaisir purement charnel et qu’elle n’est pas vilaine du tout, mon esprit refuse de capituler, bien trop obnubilé par Emma.

— C’est gentil, je vais rester encore un peu. Mais allez-y, faites-vous plaisir !

— T’es sérieux ?! Putain, mais il te faut quoi de plus franchement ?! s’exclame Enzo.

— Faut croire qu’il les préfère un peu plus jeunes… commente la brune en plongeant ses yeux pleins de rancœur dans les miens.

— Ou que je n’ai simplement pas envie de baiser.

— Quoi ? Ça va faire cinq jours que tu n’as pas baisé et crois-moi, ça ne te ressemble pas ! Tu t’es même tapé l’hôtesse de l’air dans l’aéroport une fois, mec, et tu veux me faire croire que t’es devenu sage ? Y a un truc que je ne pige pas mais, bref, ça en fait plus pour nous, argumente Nolan.

Je ne relève pas et les regarde partir en me laissant seul sur la plage. Je constate que le groupe d’à côté rentre également. Ils sont en train de ramasser leurs affaires.

— Tu viens, Emma ? demande la fille qui l’accompagne partout.

— Partez devant, je vous rejoins. J’aimerais commencer tranquillement mon livre.

— Ça marche ! Si t’as plus d’eau chaude en rentrant tu ne te plaindras pas ! s’exclame-t-elle en partant.

Une fois ses amis partis, elle me rejoint. Nous voilà seuls, mais ça ne l’empêche pas de sortir son livre dont je ne distingue pas le titre. Elle me sourit avant de s’exprimer.

— Alors comme ça, t’es du genre à te taper les hôtesses de l’air entre deux vols ? dit-elle en rigolant sans pour autant me regarder.

Je souris et renchéris aussitôt.

— Et toi, à prendre des cours de rattrapage ? Moi qui te pensais brillante…

Elle fronce les sourcils en se tournant vers moi, toujours son sourire sur les lèvres. Je vois l’étonnement sur son visage quand je lui parle de ses cours et je suis plutôt satisfait de moi sur ce coup.

— Je ne suis peut-être pas suffisamment intelligente pour toi finalement, réplique-t-elle.

— Ça reste à voir, qu’est-ce que tu lis ?

Elle me montre son livre sans que j’arrive à le voir correctement. Elle recroqueville ses jambes contre sa poitrine comme elle le fait à chaque fois que je la vois avec un livre entre les mains. Comme une invitation, elle me propose :

— Tu n’as qu’à t’approcher.

Je secoue la tête en riant puis récupère mes affaires pour venir plus près d’elle. J’attrape son livre pour en découvrir la couverture et le titre.

— Madame Bovary, sérieusement ? En version originale qui plus est !

— La France a beaucoup à nous apprendre en matière de littérature, me dit-elle en français, que je comprends vaguement.

Je suis surpris de la voir parler une langue étrangère, et son accent est vraiment craquant. La langue française fait partie des plus complexes et difficiles à apprendre alors pour lire du Gustave Flaubert, il faut avoir un certain niveau.

— Je pratique mon français et je le perfectionne avec la lecture, continue-t-elle dans notre langue maternelle cette fois.

— Encore un personnage qui porte ton nom… Chercherais-tu une ressemblance avec l’une de ces héroïnes ?

— J’espère ne jamais avoir le destin d’Emma Bovary, même si je comprends parfaitement cette femme qui ne cherche qu’à tuer l’ennui qui s’est immiscé dans sa vie.

— C’est une femme qui a du mal à se satisfaire de ce qu’elle a…

J’attaque en sachant qu’elle va riposter et poursuis :

— Serais-tu de ce genre-là ?

— Elle ne rêve que de voyage et d’une vie plus trépidante. Elle veut juste être heureuse. Et non, je ne ressemble pas à Emma Bovary, ni à Emma Woodhouse. Je suis qui je suis, à la fois un mélange des deux et quelqu’un de totalement différent.

On se regarde quelques instants dans le fond des yeux. J’aime l’entendre parler de ces personnages de la littérature mondiale, et ses connaissances en la matière me bluffent totalement.

— Pourquoi tu suis des cours de rattrapage ? Tu n’as pas l’air d’en avoir besoin…

Elle continue de me fixer, fronce les sourcils en faisant une petite grimace mignonne.

— Tu es en vacances ici, tout comme moi, même si ce n’est pas l’impression que ça donne. Un été à profiter du soleil et de mes amis en laissant la pression universitaire derrière moi. Un été pour oublier…

Je la laisse parler et je comprends qu’elle ne veut pas en dire davantage sur ses cours.

— Ne peut-on pas être simplement nous le temps d’un été ? Juste Emma sans tout ce qui gravite autour d’elle, et Owen sans savoir qui tu es dans la vraie vie ?

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